Élections provinciales de 1892 [microforme]
Le fonctionnaire du gouvernement fédéral qui régente la province depuis le mois d'août a dissout la législature et ordonné des élections générales : la mise en nomination des candidats aura lieu le ler et la votation se fera le 8 mars prochuin.
Ces élections vont se faire dans des circonstances d’une gravité exceptionnelle : de leur résultat dépendent la conservation ou la perte du gouvernement responsable, que nos pères ont conquis au prix de leur sang en 1837; du résultat de ces élections dépendent aussi l'avenir matériel de la province et l'influence qu’elle doit exercer dans la Confédération.
Il est de notoriété publique que M. Angers n’a été nommé lieutenant-gouverneur que pour voler le pouvoir au parti national et le remettre aux bleus, que l'électorat avait balayés aux élections de 1886. Les torys s’en ventaient ouvertement, lors de l’arrivée de M. Ange,s à Spencer-Wood et disaient à qui voulait l’éntendre qu'Angers avait été nommé gouverneur pour chasser Mercier du pouvoir et qu’il ne faillirait pas à sa mission, qu'il le démettrait coûte que coûte.
Ces sinistres prédictions se sont malheureusement accomnlies à la lettre et en plein XIXe siècle, en l’an de grâce 1891, nous avons eu le spectacle d’un attentat aux droits et aux libertés du peuple, qui nous reporte aux jours les plus sombres de Cromwell et des pires tyrans dont l’histoire fasse mention. A la dernière session, le gouver: nement Mercier avait été supporté par une majorité variant de 22 à
25 voix dans l'assemblée législative et de 4 à 6 dans le conseil législatif, Cette majorité, surtout celle de la Chambre basse, représentait les sentiments et la volonté fraîchement exprimés du peuple, qui venait de lui donner une preuve de sa confiance aux élections générales de 1890, M. Angers, pour assouvir la haine et la soif de vengeance qui le tourmentent de même que pour exécuter les ordres de ses maîtres, les orangistes qui agonisent à Ottawa, a d'un trait de plume chassé les élus du peuple, cassé le mandat que les électeurs leur avaient donné une quinzaine de mois auparavant et dissout la législature pour faire élire par les fausses représentations et la cor-
ruption, une députation plus à sa guise et plus aux goûts des orangistes d'Ottawa.
Le peuple endurera-t.il sans protester l'injure que le lieutenantgouverneur vient de lui lancer à la figure en chassant les représentants qu'il s'était choisis, il n’y a que quelques mois? Les libres et indépendants électeurs de la province de Québec vont-ils ainsi se laisser bafouer par l’autocrate au petit pied qui habite Spencer Wood ? Vont-ils, sans offrir la résistance la plus énergique, se laisser arracher ces libertés constitutionnelles que leurs pères n’ont obtenues qu’au bout de la bayonnette et au sacrifice de leur vie ? Allons-nous, habitants de l’ancien Bas-Canada, proclamer au monde entier par notre vote, le 8 mars, que nous avons dégénéré, que nous ne sommes plus accessibles à ces nobles sentiments, à cet amour sacré de la liberte, qui animaient nos ancêtres il y à cinquante-cinq ans ?
Mais ce serait un véritable déshonneur, une honte pour notre province, et surtout pour la race française, qui compose la masse de sa population. Si les patriotes de 37 pouvaient sor.ir de leurs tombeaux, ils nous supplieraient de ne pas infliger cette ignominie à leur race et de défendre envers et contre tous les usurpateurs, cette grande cause de la liberté pour laquelle ils ont versé leur sang ; ils nous adjureraient de porter le coup de mort à cette oligarchie qui les a fait tant souffrir et contre laquelle ils ont combattu avec tantde courage et d'énergie.
Respectons les cendres et la mémoire de ces martyrs de la grande cause nationale ; unissons-nous comme aux jours glorieux de ces luttes patriotiques, jurons de rester fidèles aux traditions de nos pères, jurons l’écrasement des tyranneaux qui voudraient nous asservir et faisons main-basse sur les usurpateurs qui ont escamoté le pouvoir en violant tout ce qu'il y a de plus sacré dans la constitution.
La question est bien simple : il s’agit de savoir si c’est le peuple qui gouverne, ou plutôt si c’est sa volonté qui doit prévaloir ou bien celle d’un seul homme ; il s’agit enfin de savoir si nous sommes des citoyers libres ou des esclaves.
Pour pallier un peu tout ce qu’il y a de monstrueux et d’infâme dans l'attentat du 16 décembre, on recourt au mensenge, à la calom-
nie et au dénigrement, les moyens favoris des torys de tous les temps et de tous les pays.
L'histoire n'offre aueun exemple d’un homme public plus honnête, plus pur et plus désintéressé que le grand Papineau. Consultez les annales de son temps, les journaux tory de cette époque ; vous trouverez à son adresse et à celle du groupe de patriotes qu'il commandait, ces accusations de vol, de brigandage, de corruption, que seules l’effronterie et la malice des torys peuvent inventer et qui forme tout l'arsenal de guerre de ce parti corrompu et corrupteur, ici comme ailleurs,
M. Dorion, une autre grande figure de notre histoire, est aujourd’hui reconnu comme l’un des hommes publics les plus intègres, un politicien sans tache et sans reproche, Cependant, reportez-vous au temps où il était chef du parti libéral, ouvrez les journaux des torys et vous y lirez toutes les accusations de malhonnôteté et de corrup: tion que le même parti avait accumulées contre M. Papineau.
Où trouver un homme public plus honorable plus scrupuleusement honnête que M. Joly ? Il n’est pas un citoyen digne de ce nom, dans notre provinre comme dans tout le Canada, qui n’adinette que M. Joly est un politicien modèle, le type accompli du gentilhomme. Eh bien! parcourez les gazettes bleues de 1878 à 1880, et vous y trouverez à son adresse toutes les abominations qu’un cerveau en délire et un cœur pourri peuvent concevoir. C’est à la douzaine que les torys inventaient les scandales sur son compte, pour le perdre dans l'estime et la confiance du peuple. On l’a accusé, même en Chambre, de détournement des fonds publics, d’avoir donné des chèques, secrètement et à l'insu des départements, pour des montants considérables, d'avoir soutiré les crédits votés pour les différents ministères. Enfin, il n’est pas d'abominations qu'on n'ait publiées sur ‘son compte personnel et celui de son administration.
Les torys, depuis quatre ans et surtout depuis quelques semaines, se servent des mêmes moyens pour perdre M. Mercier. Comme Papineau, Dorion et Joly, il l’abreuvent d’injures, de mensonges et de calomnies. Incapables de le combattre par des moyens honorables, ils lui font une guerre de guérillas et comptant sur ce misérable penchant de la nature humaine, qui la porte à croire plutôt le mal que le bien qu’on dit d’un homme public, ils inventent contre le chef du parti national toutes les turpitudes dont les chefs du parti tory ont été publiquemeut convaincus.
C’est tout simplement l’histoire qui se répète, ce n’est ni plus ni moins que le truc du brigand qui crie au voleur pour cacher son escroquerie. À ;
Mais le pruple, qui a du cœur et de l'intelligence, ne se laissera pas surprendre par cette supercherie ; il saura faire la distinction entre l'ivraie et le bon grain. Pour lui permettre de la faire avec plus de connaissance de cause, cette importante distinction, nous
allons lui donner une courte esquisse des turpitudes, des brigandages administratifs des torys, de l’état où ils :vaient réduit la province quand M. Mercier arriva au pouvoir et de leur incapacité à faire face à la situation, Nous indiquerons ensuite à grands traits l’œuvre de revendication et de réhabilitation accomplie par M. Mercier, durant quatre années d'administration nationale,
Les administrations conservatrices de Québec condamnées par des ministres conservateurs
Quand le projet de confédération fut discuté dans l’ancien pariement du Canada, les libéraux prétendirent qu'avec les ressources mises à notre disposition pour l'administration des affaires locales, nous n'aurions pas assez pour faire face à nos “épenses et qu'avant peu d'années nous serions obligés de recourir à la taxe directe, qui amènerait inévitablement l’union législative. C'était un argument puissant. Pour rassurer la peuple, les ministres conservateurs soutinrent que notre gouvernement local aurait suffisamment de revenus pour payer toutes ces dépenses, faire face à ses obligations et que, si nous ne réussissions pas à équilibrer nos revenus et nos dépenses, même à accumuler des excès de recettes, ce serait le résultat d’une mauvaise administration. Cette prétention fut soutenue principalement par Sir Alexander Galt et Sir Hector Langevin.
Voici leurs propres paroles :
‘{ La totalité des dépenses pour les quatre dernières années, disait Sir A. Galt, s’est élevée, en moyenne à 8997,000 par année, pour le Bas-Canada, A ces sommes, nous AVONS à ajouter celles qu’il seb pour subvenir aux dépenses du gouvernement civil du pays et de la législature pour les fins locals. T1 se peut qu’il soit aiflicile de faire une estimation exacte des sommes requises À cette fin, mais quand la Chambre verra, d’après les états de la dépense durart les uatre dernières années, que le revenu de toute la province du Cenada permettra de dis-
oser d’au moins $1,048,015, il faudra admettre, je pense, qu’il y aura eu aspilage, si celles portées au compte des affaires d'administration ous du Haut et du Bas-Canada excèdent ce montant, et à un tel état de choses le peuplé saura trouver un prompt remède... Cette subvention de 80 centins paï tête étant établie en permanence, il est à espérer que les gouvernements locaux verront Pimportance, ou plutôt la nécessité d'exercer un contrôle vigilant et sévère sur les dépenses de leurs provinces. Nous obliendrons ainsi les plus fortes garanties qui puissent nous être offertes contre ces influences qui, dans une législature comme Celle qüe possède le pays 1naintenant, sont souvent mises eu jeu pour grossir les dépenses. Ces influences ne pourront réagir sur les législatures locales ; elles reneontreront une telle résistance dans le seul fait de l’impossibilité où seront les gouvernements locaux de s’y soumettre, qu’il en résultera une très grande économie dans les dépenses générales de tout le pays. Je crois donc que les dépenses du gouvernement neseront pas effectivement plus considérables sous le nouveau que sous l’ancien système. ‘ (Débats sur la Confédération, page 68 et 69).
** Si cependant il arrivait que les revenus locaux fussent insufisants, !l devien. drait alors nécessaire aux gouvernements locaux de recourir À la taxe directe ; et je n'hésite pas à déclarer que l'une des plus sages dispositions de la nouvelle constitution, et-celle qui offre la garantie la plus solide que le peuple suivra de près ses propres affaires et verra î ce que ceux auxquels il a confié ses intérêts ne se montrent pas prodigues des deniers publics, se trouve dans le fait que les gouvernements, quard ils se verront forcés d'imposer la taxe directe, sentiront qu’ils prennent sur eux une bien grave responsabilité et que les gouvernés leur en tiendront un compte sévère.” (Idem, p. 67).
EF bien, nous l'avons cette taxe directe que M. Galt regardait comme une bien grave responsabilité ; nous avons la taxe directe pour la construction du palais de justice de Québec, la taxe directe pour l'entretien des aliénés dans les asiles, de même que nous avons eu la taxe directe sur les actes notariés, les exhibits judiciaires et les polices d'assurance, sous le gouvernement de Boucherville-Angers : nous avons malgré iuut cela des déficits énormes, en sorte que, de l’aveu de M. Galt, il y a eu gaspillage et que le peuple doit demandor un compte sévère aux auteurs de ces gaspillages.
M. Langevin, qui alors n’était pas siré, allait encore plus loin. Voici ce qu’il disait en réponse aux libéraux soutenant que nos revenus ne sufliraient pas à payer nos dépenses et que nous serions obligés de recourir à la taxe directe :
‘N'oublions pas que le produit des revenus locaux du Bas-Canada sera empla ré à défrayer les dépenses locales. L'hon. ministre des finances a dit Lue dans e Bas-Canada ce rerenu local sera de 8557,000, outre les quatre chelins jar tête de sa population que lui paiera tout les ans le gouvernement fédéral Ce subside s'élèvera donc à 8388.00, ce qui fera un total de $1,446,000 pour les besoins locaux du Bas-Canada.... Voici les chiffres que je trouve par ?" dépouillement des documents officiels :
‘Total des POVOQUS «seems ss esse sonore essor esosesorosssses $ 111,828 à chelings par tête de la population.......,,,.,.,,..,