CHAPITRE IX
§ 6/\g. Le système musculaire *, systema musculare , comprend tous les organes formés de fibres longues, parallèles , rougeâtres dans les animaux à sang chaud , molles, irritables et contractiles, qu’on appelle musculaires ; organes qui produisent tous les grands mouvemens qui ont lieu dans le corps vivant.
Le nom de muscle , mus } püç , de pvuv , serrer, indique cette propriété; les muscles sont en effet les organes du mouvement.
§ 65o. Il peut paraître étonnant, mais il est pourtant vrai que les premiers anatomistes , Hippocrate et Aristote n’ont point connu les muscles , ni surtout leurs usages. Les anatomistes de l’école d’Alexandrie ont connu ces organes, et en ont nommé quelques-uns. Galien en a eu une connaissance générale assez exacte; il représente le muscle comme formé par le nerf et par le ligament divisé en fibrilles, formant un tissu qu’il
1 W. G. Muys , Investigatio fabricæ , quæ in partibus tnusculos componentibus extat. Diss. I : de Carnis muscuiosce fibrarum carncarum structura , etc.; Lugd. Bat., 1741 , in-4°> clij et 482 pag. — Proéhaska , de Carne musculari tractatus anat.-physiol ; Viennæ , 1778, et in op. min. , pars I; Viennœ , 1820. — F. Ribes, Dictionn. des Sc. inéd., articles muscle , musculaire et myologie.
appelle stæbe , rempli par la chair. Il suppose les muscles cloués d’une faculté tonique , ou force contractile, et clans un état de tension élastique, inhérente à leur tissu, et indépendante delà vie; le mouvement dépendrait alors du relâchement volontaire des muscles antagonistes. De son temps on admettait aussi une contraction volontaire plus prompte et plus étendue que cette contraction par l’élasticité. A l’époque du renouvellement des sciences , la myologie était au point , fort imparfait, où l’avait laissée Galien ; elle a dû à Jacques Duhois (Sylvius), des progrès considérables: il nomma la plupart des muscles , chose qui n’avait encore été faite qu’à l’égard d’un très-petit nombre. Vésale, et les autres anatomistes de lécole d’Italie, surtout Eustache , ont perfectionné la connaissance particulière des muscles, et en ont donné des figures. La texture intime des muscles, leur action contractile, l’influence nerveuse sur cette action , et les mouvemens qui en résultent, ont été beaucoup étudiés dans le courant des deux derniers siècles , et sont encore aujourd’hui le sujet de travaux importans r.
§ 65 1. Dans les animaux les plus simples, la fibre musculaire n’existe pas distinctement : les mouvemens sont produits chez eux par le tissu cellulaire. Dans les premiers de la série où la fibre musculaire apparaît , elle meut seulement les membranes tégumentaires auxquelles elle est annexée , ou dont elle fait même
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1 MM, Prévost et Dumas s’occupent d’observations sur la texture intime et sur l’action musculaire ; ils ont bien voulu m’en communiquer les premiers résultats, encore inédits.
partie. Dans tous ceux qui ont un cœur, cette fibre en est le principal élément. Enfin, dans les vertébrés , un petit nombre de muscles seulement sont attachés à la membrane muqueuse , à la peau , et aux sens leurs dépendances; une grande masse , au contraire, est attachée au squelette pour le mouvoir.
§ 652. Il y a , dans l’homme, deux classes de muscles : les uns, intérieurs, membraniformes et creux, appartenant à la membrane muqueuse et au cœur, se contractant involontairement , et servant aux fonctions de la nutrition et de la génération , en un mot , aux fonctions végétatives; les autres, extérieurs, plus ou moins épais, et pleins, appartenant à la peau, aux sens , au squelette et au larynx, se contractant volontairement, et servant aux fonctions animales. Les uns et les autres présentent des caractères communs, qu’il faut d’abord considérer en général.
[PREMIÈRE SECTION
§ 653. Le système musculaire forme à lui seul une grande partie dq poids, et la plus grande partie du volume du corps.
§ 654- Quelle que soit la diversité de leur forme et çle leur situation, les muscles, pour.la plupart, se divisent en faisceaux, et tous sont formés de fibres primitives ou simples, rassemblées en fascicules.
Les auteurs qui se sont occupés de ce point de fine
anatomie , l’ont exposé d’une manière en général peu intelligible : les uns disent simplement que la chair est composée de fibres ; d’autres , de stries charnues ; d’autres , de fibres et de fibrilles ; d’autres , de fibres composées elles-mêmes de villi. Muys s’est complu dans une division ternaire : il divise la chair musculaire en fibres, en fibrilles et en fils. Il subdivise les fibres en trois ordres : en grandes, moyennes et petites , les grandes étant composées des moyennes, et celles-ci des petites; de même pour les fibrilles, dont les plus petites composent les moyennes , et celles-ci les plus grosses , ces dernières composant les plus petites fibres ; et de même encore pour les fils dont les plus petites fibrilles seraient composées ; d’où il arriverait que les muscles résulteraient de neuf degrés successifs de composition. D’autres, rejetant cette analyse tout-à-fait imaginaire , admettent une divisibilité indéfinie. Mais il paraît bien, au contraire, qite , dans les muscles comme dans toute substance organique, on arrive, par l’inspection microscopique, à un dégré de division fini et très-bien déterminé.
§ 655. Les faisceaux musculaires, lacerti , ne sont pas également distincts, nombreux, et volumineux dans tous les muscles : il en est dont les faisceaux sont tellement distincts et gros, qu’on pourrait les considérer comme autant de muscles particuliers ; tels sont ' les portions des biceps, triceps, les faisceaux du deltoïde, du masseler, du grand fessier, etc.; tels sont aussi les colonnes charnues des ventricules du cœur, les bandes longitudinales du colon, etc. Il est, au contraire, beaucoup démuselés qui égalent à peine une ,
petite partie dun faisceau des précédens, et qui ne sont pas formés de faisceaux distincts.
Les faisceaux musculaires sont eux-mêmes formés de faisceaux moins volumineux, et ceux-ci d’autres plus petits encore , que l’on peut distinguer dans presque tous les muscles.
§ 656. Tous les muscles, d’ailleurs, peuvent être divisés en fascicules ou fibres visibles à l’œil, fascicules seu fibræ secundariœ . Ces fascicules, dernier degré de division apercevable à l’œil nu , ont , dans tous les muscles, presque la même forme et la même épaisseur. On peut, comme les divisions précédentes, les apercevoir par une dissection longitudinale, mais mieux encore dans une section transverse, et surtout sur un muscle cuit, ou trempé dans l’alcohol : elles ont une forme prismatique , pentagone ou hexagone , et jamais cylindrique ; leur diamètre varie un peu ; leur longueur, suivant Prochaska, égale l’intervalle tout entier de leurs deux attaches ; même dans le muscle couturier. Haller, au contraire, pensait, avec Albinus, que les fibres ou les fascicules n’avaient pas toute la longueur des muscles, et que des fascicules de fibres se terminaient en s’amincissant dans les intervalles d’autres parties semblables ; il ne paraît pas qu il en soit ainsi.
§ 6 5y. Les fibres musculaires ^ fibræ musculares primarice , seu filcicarneci , visibles seulement avec le secours du microscope , sont le dernier terme de 1 analyse anatomique des muscles. C’est à R. Hooke, à Leuwenhoeck, àDehayde, àMuys, àDeilaTorre, à Prochaska, aux frères Wenzell, à M. Autenrieth, à M. Sprengel , à
MM. Ev. Home et Bauer1 , à MM. Prévost et Dumas2, que l’on doit les meilleures observations sur ce sujet. Cependant il faut remarquer que les premiers de ces observateurs ne s’étant servis, dans leurs recherches, que de loupes grossissant environ cent cinquante fois, n’ont pu apercevoir les fibres primitives qui exigent, pour être vues , un grossissement d’environ trois cents fois; leurs observations sont donc relatives à des fibres secondaires.
Hooke observa que les muscles des divers animaux sont composés d’une innombrable quantité de fils déliés, dont il évalue le volume au centième d’un cheveu , et dont il compare la figure à celle d’une série de perles ou de grains de corail. Leuwenhoeck, après avoir aperçu les fibres musculaires , qu’il appelle primitives , conjectura qu’ elles étaient encore composées, se fondant, mal à propos, sur ce que les animalcules spermatiques, plus fins que les fibres, devaient être pourvus de nerfs et de muscles; il en donna d’ailleurs des figures grossières; celles de Dehayde, quoique grossières encore, sont plus exactes. Muys en a donné des descriptions aussi exactes que longues, il les représente le plus souvent cylindriques, et rarement noueuses. Délia Torre a dit qu’elles étaient rougeâtres , ce qui n’est pas généralement vrai. Les observations de Prochaska , beaucoup plus exactes , ont appris que ces fibres sont parallèles, mais non tou-
1 Croonian lecture , in philos. Trcms . ; ann. 1818.
3 Examen du sang et de son action dans les divers phénomènes delà vie ; in Annales de chimie et de phys. , t. XXII.
jours droites , et que dans la chair cuite, elles sont presque toujours flexueuses ; que leur forme n’est pas cylindrique, mais aplatie ou prismatique; que leur substance est diaphane, et paraît solide; leur diamètre, peu variable, lui a paru être de sept à huit fois moins étendu que le plus grand diamètre d’un globule rouge du sang, observation qui ne semble pas exacte ; ces libres lui paraissent le dernier terme de la division des muscles , sans que cependant il ose affirmer que ce soient là des fibres élémentaires. L’observation microscopique faite par les frères Wenzell sur une poïtion de muscle préalablement plongée pendant huit jours dans un mélange d’alcoliol et d’acide muriatique , leur a montré chaque fibre composée de corpuscules ronds excessivemens fins. Selon M. Autenrieth, le diamètre de ces fibres serait le cinquième de celui des globules du sang. M. Sprengel , au contraire-, évalue le diamètre de la fibre musculaire à sept fois celui des globules du sang (lequel est d’un trois centième de ligne ) , c’est-à-dire à environ un quarantième de ligne ; il la décrit d’ailleurs comme angulaire , striée et pleine. Les observations microscopiques de M. Bauer et de M. E. Home, publiées avec de trèsbelles figures, représentent la fibre musculaire comme identique avec les particules du sang dépouillées de leur matière colorante, et dont les globules centraux se sont réunis en filamens. MM. Prévost et Dumas ont obtenu constamment le même résultat , quel quait été l’animal examiné, et quels que soient la forme et le volume de ses globules; mes propres observations s’accordent tout- à-fait avec les leurs. Pour que
Dü SYSTEME MUSCULAIRE.
l’observation ne laisse pas de doutes, elle doit être faite sur la chair musculaire crue et sans préparation ; en effet, la coction, et faction de l’alcohol produisant des globules en coagulant l’albumine , on pourrait attribuer à ces causes leur présence dans la fibre musculaire. Ces globules sont réunis par un medium invisible à cause de sa transparence et de son incoloration; c’est une sorte de gelée ou de mucus. Si on fait macérer de la chair musculaire dans l'eau fréquemment renouvelée , la putréfaction altérant plus promptement le moyen d’union des globules que ceux-ci , et le renouvellement de l’eau entraînant le produit de la putréfaction , on obtient les globules isolés et semblables à ceux des particules colorées du sang. Les fibres de tous les muscles ont le même volume et la même forme.
§ 658. On aperçoit souvent sur les fascicules des muscles , surtout quand ils sont cuits , des rides ou des flexuosités. Cette apparence, aperçue par Ilooke , Leuwenhoeek , Dehayde et Haller, très-bien représentée par Muys , a beaucoup occupé Prochaska , qui l’a attribuée au resserrement du tissu cellulaire, des vaisseaux et des nerfs, et à leur crispation par la coction. Ces rides ou stries apparentes ont encore été attribuées à plusieurs autres causes imaginaires, et ont fait accorder aux fibres une disposition articulée, tortillée, ou spirale ; ces rides ne sont ou ne paraissent être autre autre chose que des flexuosités ou des ondulations ; elles existent toujours dans les muscles contractés, soit dans l’état de vie, soit dans la raideur cadavérique , soit par l’action du calorique ; cette
flexuosité se produit encore d’elle-même quand on favorise ou quand on opère la rétraction d’un muscle , en coupant ou en rapprochant ses attaches, ou en les refoulant l’une vers l’autre. Elles s’effacent au contraire quand , sur le cadavre , on étend les fascicules musculaires. Elles disparaissent tout-à-fait quand la raideur cadavérique se dissipe.
§ 659. Des physiologistes, trompés par des observations inexactes, ou conduits par des vues hypothétiques , ont admis des opinions fausses ou tout-à-fait arbitraires , sur la texture intime de la fibre musculaire 1 : ainsi, un très-grand nombre de physiologistes et de mécaniciens ont admis que la fibre musculaire est creuse , et consiste en une série de vésicules ovoïdes , ou de cavités rhomboïdales, et allongées dans l’état de relâchement , élargies et globuleuses dans l’état de raccourcissement des muscles. Plusieurs ont regardé la fibre musculaire comme creuse, et continue aux nerfs. Beaucoup d’autres l’ont considérée comme creuse , vasculaire et injectable , soit comme formée uniquement d’artérioles , soit comme consistant en vaisseaux très-fins , intermédiaires aux artérioles et aux veinules. D’autres ont décrit ces cavités intérieures , soit les vésicules, soit les canaux, comme spongieuses ou celluleuses. Quelques-uns ont admis des fibres transversales nerveuses ou autres , soit pour retenir le sang dans la fibre , soit pour resserrer son canal dilaté, et le raccourcir par ce mécanisme. D autres encore ont imaginé la fibre comme un canal spiral
1 Haller, Elément a physiül ., lib. XI, sect. I et III, tom. IV
autour d’un fil inextensible; d’autres l’ont supposée tordue à la manière des fils de lin ou de chanvre , etc.
On peut objecter à toutes ces assertions , que la fibre musculaire, examinée avec de bons instrumens d’optique, paraît bien résulter d’une série linéaire de globules plus opaques, réunis par un milieu plus clair , mais que rien du tout n’indique que ces globules soient des vésicules ; que lors de la contraction musculaire on voit des rides se former, et ces flexuosités s’effacer lors du relâchement, mais point du tout de changement dans la figure des globules ; que dans les insectes, où il n’y a point de vaisseaux, il y a néanmoins des fibres musculaires qui, dès-lors, ne peuvent en être la continuation ; que l’injection peut bien gonfler les muscles en s’infiltrant entre les fibres, mais qu’elle ne les pénètre point; que les prétendues fibres transversales , les torsions , les spirales, etc. , n’ont jamais été vues, mais seulement supposées au profit de certaines hypothèses sur l’action musculaire; qu’enfin la fibre musculaire, différant notablement par ses caractères organiques et par ses phénomènes vitaux, du tissu cellulaire, du tissu nerveux et de celui des vaisseaux, ne peut pas être assimilée à ces tissus; Mascagni a renouvelé et modifié une de ces opinions , en regardant les cylindres primitifs des muscles comme formés de vaisseaux absorbans remplis de substance glutineuse contractile dans 1 état de vie, et se renouvelant sans cesse par la circulation. Rien ne démontre qu’il en soit ainsi , et que les fibres soient creuses ; il est bien plus probable quelles sont solides.
§ 66 o. Les muscles sont enveloppés par le tissu cellulaire qui leur forme des membranes ou des gaines; il en est de meme à l’égard de leurs faisceaux et des divisions de ces faisceaux; seulement à mesure que les parties enveloppées sont moins volumineuses, le tissu cellulaire forme des enveloppes plus minces et plus molles. Les fascicules sont enveloppés et réunis entre eux par des couches presque imperceptibles de ce tissu ; les fibres primitives , enfin , sont réunies entre elles, dans chaque fascicule, par des prolongemens de son enveloppe , qui , par leur ténuité et leur mollesse, échappent tout-à-fait à l’observation. On aperçoit les enveloppes cellulaires, soit en écartant les faisceaux et les fascicules les 'uns des autres, soit sur la coupe transversale des muscles.
On trouve également du tissu adipeux autour des muscles , dans les intervalles de leurs faisceaux , et même quelquefois entre les fascicules.
§ 661. Les vaisseaux sanguins des muscles, trèsbien décrits par Albinus et Haller, et représentés par Prochaska et Mascagni, sont très-abondans, moins cependant que dans la membrane muqueuse. Leur abondance est proportionnée au volume des muscles; cependant les muscles intérieurs sont plus vasculaires, que les autres, et parmi les premiers, quelques-uns surtout le sont beaucoup. Les veines, comme dans la plupart des parties , ont une capacité supérieure à celle des artères. Les unes et les autres communiquent avec les vaisseaux des membranes tégumentaires , là où les muscles en sont voisins ; les unes et les autres, après s’être divisées d’abord dans la meni-
brane celluleuse , et y avoir présenté beaucoup d’anastomoses, pénètrent, sous des angles variés, entre les divers faisceaux, et s’y divisent encore, pour pénétrer entre les fascicules et jusque dans les intervalles des fibres, en suivant toujours les enveloppes celluleuses, et en présentant continuellement de nouvelles divisions et de nouvelles anastomoses. Dans tout leur trajet, ces vaisseaux accompagnent les divisions des muscles par des rameaux parallèles à eux , et en croisent la direction par d’autres rameaux transverses qui les entourent. Arrivées à leur dernier terme de division , les artères se continuent avec les veines , sans qu’on puisse savoir comment elles concourent à la texture et à la nutrition des fibres charnues.
Ce n’est pas aux vaisseaux sanguins des muscles qu’est due la couleur rougeâtre de ces organes, car les muscles intérieurs très-vasculaires sont blanchâtres.
Des vaisseaux lymphatiques se voient distinctement dans les intervalles de la plupart des muscles , et dans l’épaisseur de quelques-uns; quant à la manière dont ils en naissent, elle est inconnue : peut-être sont-ils la continuation du tissu cellulaire intermédiaire aux fibres.
§662. Les nerfs des muscles sont très - volumineux ; après la peau et les sens, aucune partie n’en est aussi abondamment pourvue. En général, ils sont proportionnés en nombre et en volume au volume des muscles; cependant les muscles intérieurs en ont en général moins que les autres, et, parmi ceux-ci, ceux du squelette moins que ceux du larynx et des sens. Ils accompagnent en général les vaisseaux san-
guins , et surtout les artères, et leur sont unis lâchement par le tissu cellulaire. Pour les bien voir, il faut faire macérer les muscles jusqu’à un commencement de putréfaction, laquelle en effet détruit les muscles plus promptement que les nerfs; ils pénètrent par divers points dans les muscles , et s’y divisent à la manière des vaisseaux; mais bientôt ils échappent à la vue, sans que l’on puisse les apercevoir par aucun moyen artificiel ; de sorte qu’on ne peut rien affirmer sur leur terminaison. On conjecture, avec quelque vraisemblance, que leurs divisions s’étendent jusqu’aux fibres primitives. Il paraît qu’avant de disparaître ils s’amollissent successivement , en se dépouillant de leur enveloppe propre, de sorte que leur substance médullaire serait en contact immédiat avec la fibre musculaire. Monro et Smith ont cru voir que les nerfs des muscles sont leurs fibres tortillées en spirales.
Suivant MM. Prévost et Dumas 1 , on aperçoit encore mieux les nerfs»des muscles par les moyens suivans que par tout autre : on examine un morceau de muscle de bœuf, qui a été macéré dans l’eau pure, dans un endroit obscur; en recevant sur le muscle seul un faisceau de lumière vive, on distingue la couleur du nerf qui tranche sur celle du muscle, et l’on peut le suivre très-loin , au moyen d’une bonne loupe et d’un scaspel très-délié; on voit alors les ramifications se terminer en s’insérant entre les fibres musculaires dont elles coupent la direction à angle droit. Pour observer cet arrangement dans toute la masse
* Mémoire inédit.
d’un muscle assez mince pour être transparent, on place le sterno-pubien de la grenouille , sur une lame de verre, et on l’examine en leclairaift par transmission , au moyen d’une faible loupe et de la lumière d’une bougie ; on aperçoit alors le nerf et ses rameaux, que l’on distingue des fibres musculaires à leur direction. En effet, le tronc du nerf marche, dans l’épaisseur du muscle , parallèlement à sa longueur, et les branches s’en séparent toutes à angle droit, pour s’engager entre les fascicules et les fibres musculaires ; et comme elles se trouvent toutes sur le même plan , à cause de la faible épaisseur du muscle , elles représentent une sorte de peigne. Si le muscle est contracté, on voit que les dernières fibrilles transverses visibles du nerf répondent exactement au sommet des angles ou des flexuosités du muscle.
Les nerfs, quoique nombreux et volumineux dans les muscles, échappent à la vue long-temps avant que leurs divisions soient à beaucoup près assez multipliées pour pouvoir se distribuer à toutes les fibres musculaires. On a imaginé deux hypothèses pour expliquer leur action sur toutes ces fibres : Isenflamm et M. Carlisle supposent que les nerfs , à leur terminaison, se fondent dans le tissu cellulaire des muscles, et que ce tissu participe par-là à la propriété conductrice des nerfs; Reil admet que les nerfs ont une sphère d’activité étendue au delà de leur terminaison, et qu’il appelle atmosphère nerveuse. Ce sont des sup- >< positions qui seront examinées plus loin.
S 66 3. La plupart des muscles, enfin, ont les extrémités de leurs fibres attachées à du tissu ligamenteux ,
par 1 intermède duquel leur action est transmise plus ou moins loin. Mais ces parties ligamenteuses sont beaucoup plus répandues dans les muscles extérieurs
que dans les autres.
§ 664- La couleur des muscles varie beaucoup : ceux des animaux invertébrés et ceux des vertébrés à san°froid sont blancs; ceux des oiseaux, des mammifères et de l’homme sont, les uns rougeâtres, de cette teinte généralement connue sous le nom de couleur de chair ; les autres sont d’un blanc grisâtre ; la nuance varie beaucoup dans les uns et dans les autres; elle varie aussi, suivant différentes circonstances antérieures ou postérieures- à la mort; la couleur s’enlève aisément par le lavage et la macération ; elle paraît d’ailieurs d’autant plus faible, que le muscle, ou le faisceau, ou le fascicule est plus petit, et d’autant plus foncée, au contraire , que la masse est plus grande. En tranches minces, la chair musculaire est demi-transparente.
La consistance des muscles varie beaucoup, meme dans le cadavre, et par des causes qui ont agi avant ou depuis la mort, et qui vont être examinées en parlant de leur irritabilité. En général, la fibre musculaire est molle, humide, peu élastique , facile à déchirer dans le cadavre.
§ 665. La chair musculaire, exposée en tranches minces à l’action d’un courant d’air sec, ou à l’étuve, perd plus de la moitié de son poids, devient brufie, plus transparente et très-dure. Plongée, au contraire, dans l’eau froide souvent renouvelée, la chair perd entièrement sa couleur, et prend une teinte jaunepaille. La macération d’ailleurs l’amollit et la gonfle.
L’alcohol , les acides étendus , la solution de sublimé corrosif, celles d’alun , de sel commun , de nitrate de potasse , augmentent la consistance du muscle , le contractent légèrement , favorisent sa séparation en fibres , et altèrent sa couleur de diverses manières. L’alcohol le pâlit; l’alun le brunit et le durcit beaucoup ; le nitrate de potasse et le sel commun le rougissent un peu, et après l’avoir durci d’abord, l’amollissent ensuite, surtout le premier, tout en retardant cependant sa décomposition. Suivant les observations inédites de M. Bretonneau , et celles de M. Labarraque , la solution de chlorure de calcium , à un degré convenable de concentration , conserve à la chair musculaire et aux autres parties 'molles leur consistance, leur flexibilité et leurs autres qualités naturelles.
§ 666. La chair musculaire , traitée par l’eau froide , lui abandonne de la matière colorante, un peu différente de celle du sang, de ralbumine, de la gélatine , et une matière extractive aperçue par Thouvenel.
Soumise à l’action de l’eau bouillante , la chair fournit une plus grande quantité des mêmes substances , et , de plus , de la graisse. Le muscle ainsi traité , et épuisé par l’action prolongée de l’eau ; il reste des fibres décolorées , insolubles dans l’eau , aisées à réparer , qui par la dessiccation deviennent cas- ! santés , et qui ont toutes les propriétés de la fibrine. La chair musculaire calcinée laisse environ un vingtième de son poids de matières salines.
Il suit de 'ces faits, observés par Thouvenel . Fourb croy, M. Thénard et autres, que les muscles sontprin-
A N A.TOMIE GÉNÉRALE.
cipalement composés de fibrine, et qu’ils contiennent aussi de l’albumine , de la gélatine, de l’extractif, osmazome de M. Thénard, des phosphates de soude, d’ammoniaque et de chaux , et du carbonate de chaux.
Ces observations ont été faites particulièrement sur la chair de bœuf; mais comme les propriétés chimiques des muscles présentent des différences, même entre des animaux de genre peu différens, elles ne sont peut-être pas exactement applicables à l’homme.
§ 667. Dans l’état de vie, les muscles jouissent d’une force ou propriété active, désignée communément sous les noms d’irritabilité musculaire , de force musculaire, ou de myotilité.
§ 668. L’action musculaire 1 a été le sujet de beau-
1 Voyez Fr. Glisson , Anat. hepatis. ; Lond., 1 654- — 1 Swammerdam , Biblia nat. , tom. II. — Haller, de Partibus corp. hum. irrilabilibus ; in comm. Gotting. , tom. II, et in Nov. comm . Gotting., tom. IV. — Mémoires sur la nature sensible et irritable des parties du corps humain; Laus. , 1756-59. — Petrini, SulV insensib. e irritab. Dissert, transp. ; Romœ , — Fabri, Sull’ insensitiva e irrit.
opuscol. raccolti ; Bonon. , iySj - 5q. — A. G. Weber, de Initiis ac progr. doctr. irritab. , etc.; Halœ , 1783. — J. L. Gautier ( prœs . Reil.), de Irritabil. notione , etc.; Halœ, 1793. — Croonian * lectures on muscular motion , in \
* Le docteur W. Croon ou Croone, mort en 1684, laissa le plan de deux lectures à fonder, l’une au college des médecins, sur les nerfs et le cerveau; l’autre, qui devait être annuelle, à la Société royale de Londres, sur la nature et les lois du mouvement musculaire : celle-ci continue encore, et a donné lieu à plusieurs excellens Mémoires, tant snr la texture que sur l’action des muscles. Plusieurs de ces leçons n* sont pas consignées dans les Transactions philosophiques.
coup de travaux de la part de Haller, de plusieurs physiologistes antérieurs à lui , et d’un grand nombre de ses contemporains et de ses successeurs.
L’étude de l’action musculaire comprend celle, i° des phénomènes de cette action; 2° de ses conditions, 3° de son principe ou de sa cause, et 4° de ses effets.
§ 669. Les phénomènes de l’action musculaire les mieux constatés sont les suivans : le muscle en action se raccourcit, se tuméfie, durcit; on est incertain si son volume change; sa couleur ne varie pas ; il présente des rides ou des plis à sa surface ; ses fibres et ses fascicules sont souvent dans un état de
tremblement ou d’ossillation qui dépend de leurresserrement et de leur relâchement alternatifs; il acquiert une force très-grande, et une élasticité manifeste : ce sont là les phénomènes de la contraction ; le plus remarquable de ces faits est en effet le raccourcissement. Lorsque l’action cesse, tous ces phénomènes disparaissent , et le muscle est alors dans le relâchement.
Les muscles sont-ils aussi susceptibles d’une élon-
i philos. Trans., ann. 1738 , 1745, 1747, I75i, 1788, 1795, i8o5, 1810, 1818, etc. — J. Chr. A. Clarus, der Krarnpf; Lips., 18 22. — Lucæ, Grundlinien einer physiol. der Irritabilitàt des menschlichen organismus , in Meckel’s Archiv. , B. III. — G. Blanc, On muscular motion ; London, 1788, et in select. Dissert etc.; Lond. , 1822. — Barzelotd, Esame di alcune moderne Théorie alla causa prossima délia contrazionc muscolare ; Sienna , 1796, et in Reil’s Archiv., B. VI. — H. Mayo , Jnat. and physiol. commentâmes , 110 1 ; Lond. , 1 822.
56‘4 anatomie générale.
gation active ? Divers faits ont été cités en faveur de cette opinion. Parmi eux, les uns 1 ne prouvent rien du tout en sa faveur, les autres, rapportées par Bichat , M. Autenrieth , M. Sprengel et M. Meckel , laissent encore la question au moins indécise.
On a admis aussi, dans les muscles, une force de situation fixe"1 , ou une action dans laquelle ils ne sont ni contractés ni allongés. On peut dire de ce phénomène la même chose que du précédent.
§ 6 70. La contraction ou le raccourcissement étant le fait le mieux constaté dans l’action musculaire , il faut l’examiner en détail, ainsi que ses phénomènes concomittans.
Le muscle augmentant d’épaisseur en même temps qu’il se raccourcit, la simultanéité de ces deux phénomènes a donné lieu à une question qui a beaucoup occupé les physiologistes , et qui n’est pas encore toutà-fait résolue, c’est de savoir si le volume des muscles change lors de leur contraction.
Les expériences de Swammerdam , de Glisson , de Goddart et de M. Erman, sur la diminution de volume des muscles pendant la contraction , ne prouvent pas sans réplique que cette diminution ait lieu. Il en est de même des expériences et des raisonnemens d’Hamberger, de Prochaska et de M. Carlisle, en faveur de l’augmentation : ils laissent également la question indécise. Il est très-probable que, suivant les
1 V. Barthez, Nouv. Élém. de la science de l'homme, tome I.
1 Barthez , ibid.
observations et les expériences de M. G. Blane , de M. Barzelotti, de M. Mayo, et de MM. Prévost et Dumas, et suivant l’opinion de M. Sœmmering, de M. Sprengel et de M. Meckel, il n’y a aucun changement de volume; le raccourcissement et le gonflement du muscle se compensant mutuellement.
§ 671. Le raccourcissement se manifeste par divers effets , le gonflement est évident à la plus simple observation, l’endurcissement est sensible au toucher.
§ 672. La couleur des muscles ne change pas pendant la contraction. On a cru apercevoir le contraire, en examinant le cœur en action sur de jeunes animaux : c’est uniquement à sa transparence qu’est dû le changement apparent de couleur.
§673. Un grand nombre de physiologistes ont attribué l’action musculaire à l’accumulation du sang dans les muscles, soit dans l’intérieur même, soit dans les intervalles des fibres; d’autres à des causes ana- ; logues , qui toutes supposent une activité augmentée >de la circulation pendant l’action musculaire. Haller a i déjà fait diverses objections à ces hypothèses. Il n’y a i aucune preuve directe de l’afflux du sang dans les muscles pendant leur action. Il résulte d’ailleurs, des : expériences de Barzellotti , que la contraction des ; muscles de la grenouille, excitée par le galvanisme, peut avoir lieu après la mort, i° lors que le sang ne I circule plus dans les vaisseaux ; i° lors même que le b sang est congelé ; et, 3° lors qu’enfin les vaisseaux sont i privés de sang. Il s’agit, à la vérité, de contractions Y cadavériques , excitées par le galvanisme; mais d’autres J faits prouvent encore que la présence du sang dans
les vaisseaux des muscles n’est pas nécessaire à leur contraction. On sait cependant que, quand il y a du sang fluide dans un muscle , la contraction , même après la mort, y met le sang en mouvement, comme par une sorte d’expression.
§674. Les fibres qui étaient droites pendant letat de relâchement , se fléchissent pendant la contraction , en formant des sinuosités très-régulières. Ces sinuosités ou ces plis, aperçus déjà par beaucoup d’observateurs, ont surtout été examinés avec soin par MM. Prévost et Dumas , qui ont reconnu que ces zig-zags se produisent toujours de la même manière, et que les sommets des angles , qui sont les points de la fibre qui se rapprochent hors de la contraction, sont aussi ceux où se terminent les dernières ramifications transverses des nerfs.
§ 67 5. Pendant la contraction des muscles il se passe dans leur épaisseur une agitation fibrillaire 1 continuelle j les unes , parmi les fibres , se contractent , tandis que d’autres se relâchent. C’est à cette cause qu’il faut rapporter le bruissement que l’on entend quand on applique le doigt sur l’orifice du conduit auriculaire, ainsi que celui que l’on aperçoit par le stéthoscope appliqué sur un muscle en action. Ce phénomène est surtout, et peut-être uniquement, sensible dans un muscle en action soutenue. Il n’a été observé aussi, soit par la vue, soit par l’ouïe, que dans les muscles extérieurs , et dans le cœur.
1 Roger, De perpetuâ fibr. musc, palpitatione ; Gotl. , 176°- — WôllastOD, Croonian lecture , in philos. Tram, ; ann. i$i°*
§ 676. Certains muscles peuvent se contracter partiellement. C’est du moins ce que l’on voit dans des expériences sur les animaux vivans , et dans quelques cas de convulsion des muscles sous-cutanés. Cela est-il propre aux muscles qui ont plusieurs nerfs ?
§677. La vitesse et la force delà contraction sont extrêmement grandes ; la vitesse est très-grande dans l’action de courir, dans celle de parler avec promptitude, dans celle de jouer des instrumens à corde, etc. Cette vitesse, dans quelques cas, peut être portée jusqu’à moins d’une tierce. La force des muscles en action est énorme, et suffit quelquefois pour rompre les tendons ou les os, parties du corps si résistantes à la rupture; elle est toujours relative au nombre des fibres musculaires , chacune d’elles ayant sa force propre, qui est une fraction de la force totale. L’élasticité des muscles contractés est surtout manifeste dans la production de la voix.
§ 678. L'étendue de la contraction est difficile à déterminer; on a essayé de le faire , d’après des idées hypothétiques sur la forme des fibres primitives , et on l’a alors évaluée à un tiers de la longueur de la fibre. L’observation directe montre que le raccourcissement de la fibre contractée , dans les muscles extérieurs , est d’un quart de sa longueur; MM. Prévost et Dumas sont arrivés au même résultat, en mesurant les angles qui se forment pendant la contraction. Quoiqu’il en soit, l’étendue de la contraction est en effet relative à la longueur des fibres musculaires. Lorsque rien 11e s oppose a la contraction d’un muscle, elle peut produire un très-grand raccourcissement, comme on en
voit des exemples dans des cas de fractures et de perte de substance des os des membres.
§ 679. Les conditions de l’action musculaire sont la vie du muscle et sa communication avec les centres circulatoire et nerveux, son état d’intégrité, et l’action d’un excitant ou stimulant.
Pour que l’action musculaire ait lieu, il faut que le muscle participe à la circulation : si on lie les artères ou les veines principales d’une partie du corps, l’action musculaire y est considérablement affaiblie. Les muscles, pour agir, doivent aussi communiquer par les nerfs avec le centre nerveux ; l’interruption de cette communication arrête l’action musculaire plus ou moins subitement. Elle arrête toujours, et à l’instant, l’influence du centre nerveux; mais le muscle reste irritable par des causes qui agissent sur lui ou sur le nerf auquel il tient encore.
§ 680. Le muscle doit être dans son état d’intégrité : la contusion des muscles, l’inflammation de leurs gaines cellulaires, l’accumulation de la graisse dans les intervalles des fascicules, etc. , sont autant de circonstances qui s’opposent encore plus ou moins à l’action musculaire. La distension extrême des fibres musculaires suffit pour empêcher leur action ; il n’en est pas toutà-fait de même de leur raccourcissement. Un degré extrême de chaleur ou de froid, l’application immédiate de l’opium sur les muscles, et diverses autres substances , diminuent 1 irritabilité musculaire en général , mais cependant peu la susceptibilité galvanique.
§ 681. Il faut enfin , pour que le muscle entre en action , qu’il y soit excité par un stimulant. Lesstimulans
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de l’action musculaire sont, i° la volition , ou action de la volonté : elle agit sur les muscles par l’intermède des nerfs , mais elle n’est un stimulant que pour certains muscles seulement , que pour cette raison on appelle muscles volontaires ; 2° l’émotion ou la passion qui agit par le même moyen , mais dont l’action est étendue à tous les muscles; 3° l’irritation de l’encéphale, du cordon rachidien ou des nerfs, qui, dans le premier cas, agit aussi sur tous les muscles, mais avec plus ou moins d’énergie ; 40 la stimulation de quelque partie déterminée , de la peau ou de la membrane muqueuse, plus ou moins éloignée des muscles; 5° celle de la membrane qui couvre immédiatement les muscles, comme la membrane interne du cœur, la gaîne celluleuse des muscles, la membrane séreuse de l’abdomen , etc. ; 6° enfin , l’irritation directe du muscle lui-même : il reste douteux, dans ce cas, si l’excitanl! agit directement sur la fibre musculaire , ou par l’intermède des nerfs. Ce qui rend la dernière supposition plus vraisemblable , c’est que l’irritation d’une partie d’un muscle produit la contraction du muscle entier.
§ 682. La cause de l’action musculaire est , comme celle de toutes les actions organiques , à peu près impossible à déterminer : on en connaît les phénomènes et les conditions ; au delà ce sont de pures hypothèses. On a attribué cette cause a Faction du nerf, à celle du sang, à l’action réciproque du nerf et du sang dans le muscle ; et , suivant les doctrines dominantes aux diverses époques, ces opinions ont donné lieu à beaucoup d’hypothèses différentes. Au-
cune d’elle 11e rend raison de l’augmentation considérable de la force de cohésion du muscle. Il est évident que pendant la contraction il y a un accroissement momentané de l’attraction moléculaire entre les particules de la fibre. Si l’on considère la forme plissée que prend la fibre, et le rapport des filets nerveux avec les plis, on concevra que l’influence nerveuse doit avoir une très-grande part dans le phénomène de la contraction.
§ 683. L’irritabilité est-elle une force inhérente à la substance fibrineuse des muscles , et l’action nerveuse n’agit-elle là que comme tout autre excitant de la contraction ? Dans cette hypothèse , les nerfs rempliraient, dans les muscles volontaires, l’unique fonction de les irriter 5 et à l’égard des muscles qui, comme le cœur, ne se contractent point volontairement , l’action nerveuse ne se manifesterait point dans les circonstances ordinaires. Ou bien l’irritabilité a-t-elle sa source unique dans le système nerveux? dans cette autre hypothèse, les nerfs rempliraient, à l’égard des muscles volontaires , le double office de les rendre irritables, et de les faire se contracter; et, à l’égard des muscles involontaires , dont la contraction est déterminée par des stimulans locaux , elle les rendrait seulement aptes à cette contraction. Ou bien, enfin, les muscles ont-ils une force propre ( vis insita ) et une force empruntée à l’action nerveuse (2 us nervea):J Il est à peu près impossible de résoudre ces questions, et de choisir avec quelque motif raisonnable entre ces hypothèses.
§ 684- effets de l’action musculaire dans le
corps vivant, sont de produire ou d’empêcher le mouvement des parties solides et liquides, ou même du corps entier, suivant les cas.
Les modes suivant lesquels les muscles exercent leur action, peuvent être réduits à deux : i° les deux extrémités des fibres en action peuvent rester également fixes , comme dans l’action du diaphragme , des muscles de l’abdomen, du buccinateur, etc.; ou être également mobiles, comme dans les sphincters, les fibres annulaires de l’estomac , des intestins , etc. ; 2° une extrémité des fibres en action est plus fixe que l’autre ; de sorte que la plus mobile est entraînée vers l’autre, comme dans la plupart des muscles des membres; comme, surtout, dans les muscles des doigts ou des orteils; ou bien même une extrémité est absolument fixe, et l’autre absolument mobile, comme dans les muscles de l’œil, du voile du palais, ded’oricule, etc.
§ 685. Les actions musculaires qui ont naturellement lieu dans le corps peuvent être divisées en deux classes : les unes sont volontaires, les autres involontaires.
Les actions volontaires sont celles de tous les muscles servant à la station et aux mouvemens du squelette, aux mouvemens du larynx, et à ceux des organes des sensations. Tous ces muscles reçoivent leurs nerfs directement de la moelle.
Les actions involontaires peuvent être sous-divisées en trois ordres : les unes sont produites par des stimulus agissant à travers une membrane mince, qui couvre immédiatement les muscles; ce sont les mouvemens du canal alimentaire, de la vessie urinaire.
ceux du cœur, etc. ; d’autres sont produits par des stimulus d’un genre analogue , mais qui se propagent par voie d’association à beaucoup d’autres muscles : tels sont les mouvemens de déglutition , de respiration, de toux, d’éternument, d’excrétion fécale, d’émission du sperme et de l’urine, d’accouchement, etc. Les autres sont les mouvemens d’émotion ou de passion, comme le rire, les cris, etc.
Parmi les actions ou les mouvemens de cette seconde classe, quelques-uns ont été regardés comme demi -volontaires , ou bien comme constituant une classe intermédiaire de mouvemens mixtes. Il est en effet très-difficile d’établir une démarcation parfaitement tranchée entre les mouvemens volontaires , c’està-dire parfaitement soumis à la volonté, et les mouvemens involontaires ; car, d’une part, il est peu de fonctions sur lesquelles la volonté , mais surtout les passions, n’aient de l’empire , et, d’un autre côté, beaucoup de mouvemens volontaires deviennent, par l’assuétude, presque involontaires : tels sont, par exemple, les mouvemens des membres qui ont lieu sans conscience et sans volonté pendant le sommeil ; tels sont ceux des paupières qui ont lieu sans et tnême malgré la volonté, quand un corps étranger est approché de l’œil; telle est, d’un autre côté, la difficulté ou limpossibilité de mouvoir simultanément les membres supérieurs ou inférieurs , les yeux , dans une direction opposée à celle qu’ils suivent ordinairement. L irritation accidentelle des muscles, des nerfs, ou du centre nerveux, rend quelquefois tout-à-fait involontaire la contraction des muscles extérieures ; d’autres
DU SYSTEME MUSCULAIRE. 5j/3
affections les rendent immobiles malgré la volonté. Quant à l’influence de la volonté sur les mouvemens regardes comme involontaires, elle est évidente sur ceux de la respiration , du vomissement , de la rumination j il paraîtrait même qu elle se serait étendue quelquefois jusqu’aux mouvemens du cœur , jusqu’à ceux de l’utérus, à ceux de l’iris, à ceux de la peau; il est vrai qu’il ne faut pas oublier l’influence des passions sur la volonté elle-même.
Les mouvemens que l’on a regardés comme mixtes sont surtout ceux qui, s’exerçant ordinairement sans conscience et sans volonté, peuvent être modifiés par la volonté : tels sont ceux du diaphragme. On ne donne pas aussi généralement ce nom a ceux qui , habituellement volontaires , s’exercent par assuétude et par association , sans que la volonté les dirige ; comme les mouvemens de balancement des membres supérieurs dans la marche.
Il est à remarquer que l’apoplexie et les autres affections cérébrales paralysent le plus souvent les muscles volontaires seuls.
§ 686. En général , les mouvemens musculaires variés qui ont heu dans le corps vivant , sont ou associés les uns aux autres pour produire une même action , ou opposés les uns aux autres pour produire des actions contraires : dans le premier cas, les muscles sont dits congénères ; dans le second, ils sont antagonistes. L’antagonisme est beaucoup plus évident dans les muscles extérieurs , comme , par exemple , on le voit entre les fléchisseurs et les extenseurs , etc. ; il est moins marqué dans les muscles intérieurs ou
automatiques ; cependant il ne leur est pas tout-à-fait étranger; il résulte, aux orifices naturels, de l’opposition des muscles automatiques et des muscles arbitraires, comme on le voit entre les muscles excréteurs, qui sont involontaires , et les muscles rétenteurs ou sphincters , qui sont volontaires. Partout l’antagonisme présente ce phénomène remarquable , que la contraction des uns est accompagnée du relâchement des autres muscles. Les muscles congénères ou associés présentent cet autre phénomène important, que leur contraction est simultanée , et que , quand la stimulation est bornée à un seul, les autres entrent néanmoins en action : ainsi, quand le gosier, l’orifice du larynx, l’angle antérieur du trigone vésical , etc., sont stimulés , toutes les puissances musculaires du vomissement, de la toux ou de l’urinement, etc., entrent en action , par la loi de l’association des muscles congénères , en même temps et conformément à la loi de l’antagonisme. Dans ce dernier cas , les muscles sphincters et constricteurs du col de la vessie et de l’urèthre se relâchent.
§ 687. Les muscles continuent, quelque temps après la mort, après la cessation de la circulation, à être irritables et contractiles par divers stimulus. Tous les muscles ne conservent pas pendant le même temps l’irritabilité ; ils ne perdent pas non plus tout à coup la susceptibilité à la contraction , mais ils cessent d’abord d’être excitables par tel ou tel stimulus; l’état antérieur de la santé, le genre de mort, les circonstances extérieures avant la mort influent beaucoup sur la durée de l’irritabilité musculaire. Galien , Harvey ,
Haller, savaient que le cœur est en général Vultimum moriens. Haller avait établi un ordre de cessation de l'irri tabilité dans les différens muscles, et avait entrevu aussi diverses variétés dans cet ordre. Zinn , Zimmermann, OEder, Froriep, et surtout Nysten, se sont occupés de cette question. Les variétés déjà entrevues par Haller dépendent beaucoup de la nature de l’excitant : ainsi , le cœur reste plus long-temps qu’aucun autre muscle, irritable par les agens mécaniques, et les muscles du squelette, au contraire, par l’irritation galvanique. L’irritation galvanique agit plus efficacement en ne comprenant pas les muscles extérieurs , qu’en les comprenant avec le nerf dans le courant. Le contraire a lieu pour les muscles intérieurs. *
L’ordre établi par Nysten , pour l’extinction successive de l’irritabilité dans les cadavres d’individus décapités, est le suivant : i° le ventricule aortique du cœur; 2° le gros intestin, l’intestin grêle et l’estomac ; 3° la vessie urinaire ; 4° le ventricule pulmonaire ; 5° l’œsophage; 6° l’iris; y° les muscles extérieurs; 8° l’oreillette droite , et enfin la gauche.
Des muscles, ou des portions de muscles, séparés du corps vivant, conservent pendant quelque temps l’irritabilité. Ils présentent sous ce rapport des variétés analogues à celles qui viennent d’être indiquées. La contraction dans ces deux circonstances a évidemment lieu sans afflux du sang.
§ 688. Quand l’irritabilité est près d’être éteinte ou épuisée dans les muscles , l’irritation ne détermine plus de contraction générale ou étendue des muscles
entiers, de leurs faisceaux ou de leurs fascicules, mais elle reste bornée aux points irrités , qui se tuméfient par la flexuosité dont ils deviennent le siège. Ce dernier genre d’irritabilité , qui survit à l’action nerveuse , me semble tout-à-fait du même genre que celui qu’on observe dans la fibrine du sang; c’est là véritablement la vis insita de la fibre musculaire.
§ 689. Le genre de la mort, l’état antérieur et les circonstances environnantes , influent sur l’irritabilité cadavérique. L’état de paralysie , d’hémiplégie , n’em- - pêche pas les muscles d’être irritables , dans le cadavre , par le galvanisme. Les maladies influent sur l’irritabilité cadavérique, bien plus par leur marche et leur durée, que par leur nature; les maladies chroniques altèrent beaucoup plus cette propriété que les maladies aiguës , et parmi les chroniques , ce sont celles dans lesquelles la nutrition est le plus lésée , qui portent la plus forte atteinte à l’action musculaire. Les sujets les plus musclés ne sont pas ceux chez qui l’irritabilité musculaire persiste le plus après la mort. Cette durée varie depuis une heure jusqu’à vingt-quatre heures environ.
§ 690. Enfin , après que toute irritabilité générale ou locale a cessé dans le corps privé de vie , la raideur cadavérique se manifeste (§ 124)* C’est un phénomène constant, quoi qu’en aient dit Haller et Bichat, mais variable dans son intensité et dans sa durée. Cette contraction, ou raideur, qui a son siège dans le système musculaire , est indépendante du ‘système nerveux , elle n’a lieu que quand ce système ne jouit plus d’aucune excitabilité galvanique. La section de>
DU SYSTÈME MUSCULAIRE. Snj
nerfs , 1 état d’hémiplégie , l'ablation du centre nerveux, n’empêchent pas quelle se manifeste. C’est le dernier effort de la contractilité musculaire. Dans les animaux à sang froid , où l’excitabilité nerveuse persiste long-temps, la raideur cadavérique se manifeste tard, et dure peu; elle se manifeste peu après la mort, au contraire, et dure long-temps dans les animaux à sang chaud, où l’excitabilité nerveuse est peu persistante. La raideur cadavérique semble analogue à la contraction du coagulum fibrineux du sang, et ne cesse , comme celle-ci , que quand la putréfaction commence. On peut la regarder, jointe au refroidissement qui l’accompagne toujours , comme un signe certain de la mort. Si on plonge et si l’on conserve clans l’alcohol , un muscle dans l’état de raideur, cet état y persiste indéfiniment.
§ 692. On a encore attribué d’autres propriétés motrices aux muscles. Galien leur reconnaissait une force
tonique indépendante, de la vie; on leur accorde aussi
l’élasticité; Haller leur accordait la force contractile en général , et la force morte; Sympson et Whytt leur attribuaient la tonicité ou la force tonique; Bichat, outre la contractilité volontaire, et l’irritabilité ou contractilité involontaire, leur accordait aussi la contractilité organique insensible, c’est-à-dire la tonicité.
Les muscles sont extensibles ; ils sont rétractiles aussi, et! cela, indépendamment de leur contraction par irritation. Dans l’état de sommeil et de repos les muscles donnent, en général, aux parties du corps des attitudes moyennes, dépendantes de leur longueur proportionnelle, et par conséquent de leur tension , de
leur force, et de la manière plus ou moins efficace dont cette force est appliquée. La même chose a lieu dans la paralysie déterminée artificiellement, en coupant tous les nerfs d’un membre. Dans les paralysies par affection cérébrale , et dans les rétractures des membres , l’attitude est quelquefois différente; la flexion est quelquefois portée très-loin. Mais il reste7 ici un doute, c’est de savoir si la cause de la paralysie a porté également sur tous les nerfs de la partie; si même cette cause n’en est pas une de contraction tonique de quelques muscles. Dans le cadavre, les muscles restent contractiles, et donnent une attitude déterminée à toutes les parties du corps , jusqu’à ce que la raideur cadavérique soit dissipée.
§ 698. Les muscles sont sensibles, mais à un degré médiocre. Ils ne donnent même guère , dans l’état de santé, que le sentiment de la fatigue durant et après leur action, quand elle a été prolongée. Quand l’action a été très-longue ou violente , elle donne lieu à une sensibilité douloureuse. Il en est de même dans le cas d’inflammation de leur tissu ou de leurs gaines celluleuses. Cabanis et le docteur Yelloly ont rapporté des cas de maladie dans lesquels les muscles étaient insensibles.
§ 694. Les circonstances qui montrent un changement continuel de particules dans la nutrition musculaire ne sont pas très-évidentes ; le fait est cependant probable : il semble que ce soit la partie globuleuse du sang qui en fournisse les matériaux. O11 connaît les effets de l’exercice sur l$t nutrition , 1 augmentation et la coloration des muscles, et l’effet op-
DU SYSTEME MUSCULAIRE. 5jg
posé d’un repos trop prolongé. La paralysie produit un effet plus marqué encore sur leur diminution. La quantité et l’espèce de nourriture ont une grande influence sur le volume et la force des muscles. Certaines maladies consomptives , comme la phthisie , ont une influence marquée sur l’atrophie musculaire. On ignore si dans ce cas il y a diminution seulement du volume, ou disparition des fibres.
§ 6p5. Dans l’embryon , le tissu musculaire n’est pas distinct du tissu cellulaire , il se confond avec lui en une masse gélatineuse commune. A une époque peu éloignée du moment de la conception , l’action du cœur annonce déjà un degré de développement assez avancé dans le tissu musculaire de cet organe. Vers deux mois de la conception , les muscles du squelette ont des fibres distinctes ; ils commencent à exécuter vers quatre mois quelques contractions. Suivant Bichat, les muscles du fœtus auraient une irritabilité, ou du moins une susceptibilité galvanique moindre que celle des individus qui ont respiré. Des expériences faites par M. Meckel , sur quelques animaux , ont eu des résultats contradictoires à ceux de Bichat.
Pendant l’enfance , les muscles restent peu volumineux relativement aux nerfs et au tissu adipeux. A cet âge aussi , la chair musculaire , moins rouge , est plus gélatineuse et moins fibrineuse que dans l’âge adulte; les mouvemens sont faciles, prompts et faibles.
Les muscles, qui sont d’un rouge vermeil dans l’âge adulte , deviennent pâles , fauves et livides dans la vieillesse; les contractions, à cette époque, deviennent difficiles , faibles et lentes.
L’irritabilité et les actions musculaires de la femme , comparées à celles de l’homme , présentent à peu près les mêmes différences que celles de l’adolescent , comparées à celles de l’adulte : une plus grande irritabilité ou susceptibilité au mouvement , et une action moins forte et moins soutenue.
Il existe entre les races humaines des différences dans la force musculaire , qui , d’après les observations faites par Péron avec le dynamomètre , sont à l’avantage des européens, dont la santé et la force résultent d’une nourriture abondante et saine , et d’occupations habituelles ; tandis que les liabitans de Timor, de la Nouvelle - Hollande et de la Terre de Van-Diémen , exposés à tous les genres de privations, ont moins de puissance musculaire.
§ 696. Quand des muscles sont mis à découvert 1 par une plaie de la peau, des aponévroses et des gaines celluleuses , et qu’on réapplique ensuite exactement ces parties, il se fait dans la solution de continuité, une effusion de liquide organisable , d’abord peu adhérent au muscle , et qui finit par rétablir une réunion organique. La même chose arrive quand des muscles, divisés en travers , dans l’amputation par exemple , sont recouverts par des lambeaux de peau, seulement la matière de l’agglutination tient dès le commencement très-étroitement à l’extrémité tronquée des muscles. Quand des muscles sont divisés en travers, et non couverts par des lambeaux de peau , il se forme
1 B. Fr. Schnell , Prœs. Àutenrieth, de Naturel reunion û musculorum vulneratorum ; Tuhingœ , 1804.
assez promptement sur leur extrémité des granulations suppurantes , et plus tard une cicatrice ; ces phénomènes , et surtout le dernier, sont plus lents quand les muscles sont seulement dénudés latéralement. Dans tous ces cas, quelle que soit l’époque à laquelle on examine la plaie affectée d’inflammation , soit adhésive , soit suppurative , les gaines celluleuses des muscles et de leurs faisceaux sont seules altérées; on n’aperçoit absolument aucun changement dans les fibres musculaires elles-mêmes. Il n'est pas inutile de noter cependant que ces fibres sont privées, dans ce cas, de la plus grande partie de leur irritabilité.
§ 697. Lorsqu’un muscle est divisé en travers , il s’établit entre les bords de sa division un écartement assez considérable , et toujours plus grand que celui de la plaie de la peau. Lorsque les 'bords de la plaie extérieure ont été rapprochés, et se sont réunis, les bouts du muscle, au contraire, présentent un écartement rempli d’abord par un liquide organisable , qui devient ensuite vasculaire , mou, qui se contracte un peu, et diminue légèrement l’écartement qui existait entre les bouts du muscle , et devient enfin plus ou moins ferme et résistant. Cette substance intermédiaire , lorsque son organisation est achevée , a quelquefois l’apparence du tissu cellulaire, le plus souvent celle du tissu ligamenteux, et quelquefois celle d’un tissu coriace subcartilagineux, mais jamais celle du tissu musculaire. A quelque période de la formation qu’on l’examine, on trouve toujours que les fibres et les fascicules musculaires y sont étrangères , et qu elle n’est que la réunion du tissu cellulaire qui leur forme
des gaînes. Un muscle qui a une réunion de ce genre offre donc une espèce d’intersection aponévrotique ou tendineuse c’est une sorte de muscle digastrique, dont les deux ventres sont vivans et irritables , tandis que la substance intermédiaire remplit seulement les fonctions d’un tendon qui résiste ou cède plus ou moins à la distension. Cette substance intermédiaire n’est irritable, ni par les stimulans mécaniques, ni par le galvanisme. Cependant, quand l’irritabilité est encore bien manifeste , et que l’action galvanique est forte , l’irritation appliquée à une des parties du muscle réuni , se propage par la cicatrice , qui toutefois ne se contracte pas , à l’autre partie du muscle. On ignore si dans le vivant , et par l’action de la volonté , les deux parties d’un muscle divisé en travers et réuni par une cicatrice , se contractent l’une et l’autre. Il est évident que plus les bouts du muscle divisé seront restés écartés pendant que la réunion médiate s’est opérée , que plus aussi le moyen de réunion sera long et extensible, et plus les mouvemens des muscles auront perdu de leur étendue et de leur force. Dans les cas les plus heureux mêmes, les mouvemens seront d’abord impossibles, puis faibles et mal assurés , jusqu’à ce que le moyen d union ait acquis toute sa fermeté.
Tout ce qui vient d’être dit de la réunion des muscles coupés en travers , s’applique à leur rupture par un effort.
Quand une plaie transversale des muscles et de la peau est restée écartée et béante, il se fait dans toute son étendue une couche de granulations suppurante.^,
et plus tard une cicatrice plus ou moins large , sous laquelle les deux bouts du muscle restent écartés.
Dans ce dernier cas, ainsi que dans le précédent, on a quelquefois mis à découvert et réséqué la substance intermédiaire trop longue et trop extensible qui formait la réunion d’un muscle divisé ; tenant ensuite ses bouts dans un rapprochement aussi exact que possible, et suffisamment prolongé, on a obtenu une réunion courte et ferme, et rendu le mouvement à des parties qui l’avaient tout-à-fait ou presque perdu.
§ 698. Les muscles sont sujets à des variétés et des vices de conformation. On a vu certains fœtus monstrueux, acéphales 1 et autres, privés de tous les muscles ou de tous ceux d’un membre au moins , ces organes étant remplacés par du tissu cellulaire infiltré.
On observe plus souvent le défaut ou l’absence de muscles isolés.
Assez souvent on trouve des muscles surnuméraires , ou des muscles divisés en plusieurs parties distinctes ; des muscles réunis qui ordinairement sont séparés; d’autres, plus longs ou plus courts, ce qui change leurs attaches et modifie leurs fonctions ; toutes ces variétés sont originelles ou primitives.
La diminution ou l’augmentation de volume des
muscles sont, au contraire', ordinairement dues à des causes accidentelles. Le repos et la paralysie en diminuent le volume, l’exercice l’augmente.
Les ruptures musculaires 2 arrivent , soit par l’ac-
1 Béclard, Mémoire sur les fœtus acéphales.
2 J. Sédillot, Mémoire sur la rupture musculaire, in Mém. et prix de la Soc. de méd. de Paris; 1817.
tion des muscles antagonistes , ou par une autre puissance qui distend un muscle relâché, soit par l’action même du muscle rompu, et, dans ce dernier cas , la rupture a lieu ordinairement à l’union des parties tendineuses , ou aponévrotiques, avec les fibres charnues, dont un petit nombre seulement se trouvent rompues. Dans le cas de rupture , il se fait avec bruit et douleur un écartement plus ou moins grand et profond , et une effusion de sang plus ou moins abondante dans la solution de continuité, et dans le tissu cellulaire environnant. Les muscles intérieurs , et notamment le cœur, se rompent quelquefois aussi par leur contraction.
Le déplacement 1 des muscles admis par Pouteau ,
M. Portai et d’autres pathologistes , n’est guère possible que quand les aponévroses d’enveloppe sont divisées.
§ 6gg. Les muscles présentent diverses altérations de couleur, de consistance et de cohésion.
Dans le rhumatisme, on trouve quelquefois , à la surface , à l’intérieur et dans l’épaisseur des gaines celluleuses des muscles et de leurs faisceaux, un liquide gélatiniforme.
Dans les cas de paralysie ancienne , les muscles sont atrophiés, blancs, et quelquefois très-gras. On a déjà vu plus haut (§ 168), que la transformation des muscles en graisse était plutôt apparente que réelle. Elle résulte de la pâleur et de l’atrophie du muscle,
1 J. Hausbrand, Diss. luxationis sic dictœ musculans réfuta tionc/n sistens ; Berpl. , 1814.
conjointement avec l’accumulation de la graisse entre les fascicules de fibres.
On observe rarement des productions accidentelles, soit de tissus analogues, soit de tissus morbides, dans les muscles. On y trouve cependant quelquefois des os accidentels. J’ai vu une fois une production composée osseuse et cancéreuse , occupant les muscles du mollet. On trouve quelquefois , dans les muscles de l’homme, et souvent, dans ceux du porc, le cysticerque ladrique , cysticercus cellulosæ de Rudolphi. La production accidentelle du tissu musculaire est très-rare , si jamais elle a lieu. On a cependant établi un rapprochement entre le sarcome et la chair musculaire. On a dit aussi avoir vu des productions musculaires accidentelles dans les membranes séreuses, dans les os et dans les ovaires : il paraît qu’on s’est laissé tromper par l’apparence.
Le développement de la texture musculaire dans l’utérus , pendant la grossesse , et la disparition de cette texture, après l’accouchement, se rapprochent d’une production accidentelle.
§ 700. Les fonctions des muscles présentent des variétés et des altérations , dont les unes ont leur siège et leur cause dans le tissu musculaire lui-même , et les autres dans le système nerveux. Ces variétés et ces altérations sont , la plupart , différentes dans les deux espèces de muscles , et presque toutes sont propres aux muscles pleins, extérieurs., volontaires ^ ou des fonctions animales.
SECONDE SECTION
DES MUSCLES INTÉRIEURS
§ 701. Ces muscles, qu’on nomme aussi n\uscles creux , muscles involontaires , et muscles des fonctions végétatives ou organiques, n’ont point de noms propres ; chacun d’eux porte celui de l’organe qu’il concourt à former.
§ 702. Ces muscles sont, i° le cœur; i° ceux qui doublent dans toute son étendue la membrane muqueuse des voies alimentaires; ceux qui, garnissant les prolongemens urinaire et génitaux de la même membrane, forment la vessie, les vésicules spermatiques et l’utérus; ceux de son prolongement pulmonaire, qui forment les faisceaux musculaires de la trachée et des bronches. Les sphincters qui se trouvent aux orifices du conduit alimentaire et des voies urinaires et génitales, peuvent être regardés comme intermédiaires aux deux classes de muscles. Il en est presque de même , pour la texture et surtout pour les fonctions, des muscles du squelette qui servent à la digestion , à la respiration , à la génération et à l’excrétion urinaire. Il n’y a donc point de démarcation bien tranchée entre les deux classes de muscles.
§ 703. Les muscles dont il s’agit ici sont placés à 1 intérieur ; les uns, situés immédiatement au-dessous du tégument interne, un autre, le cœur, situé tout-àfait profondément, et loin des deux surfaces dont il est indépendant.
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Le volume de ces muscles est très-peu considérable , comparé à celui des muscles extérieurs : tous forment des parois de canaux et de réservoirs.
§ 704* Ces muscles sont disposés en couches ou en faisceaux croisés.
Dans toute l’étendue du canal alimentaire, il y a des fibres circulaires ou annulaires, et des fibres longitudinales , formant chacune un plan distinct , et plus ou moins complet et épais.
Dans les réservoirs, ainsi qu’au cœur, les fibres, disposées en couches et en faisceaux qui se croisent obliquement, ont la forme d anses fixées par les extrémités aux côtés de l’ouverture de l’organe. Les faisceaux de fibres dans ces organes se croisent entre eux , et s’unissent à la manière des plexus. Cette disposition est moins marquée dans le canal alimentaire , où les couches musculaires se croisent à angle droit.
La fibre musculaire des muscles intérieurs est d’un blanc grisâtre dans la plupart d’entre eux, et rouge dans le cœur seulement. Cette fibre ne diffère pas autrement de celle des muscles extérieurs. L’utérus seul offre , sous ce rapport, une différence tranchée et des caractères tout-à-fait spéciaux.
§ 7o5. Le tissu cellulaire des muscles intérieurs est moins abondant et plus serré que celui des autres muscles. On ne trouve de tissu fibreux ou ligamenteux que dans lé cœur, où il forme des anneaux aux orifices des ventricules , des cordons ou tendons aux colonnes charnues de ces mêmes cavités, des épanouissemens aponévrotiques qui constituent en grande partie les
valvules tricuspide et bicuspide des orifices auriculoventriculaires et des cordons dans le bord des valvules semi-lunaires des orifices artériels. Bichat, qui ne parle que des cordons tendineux des colonnes charnues, avait déjà indiqué qu’il existe des différences entre eux et les tendons. Dans les autres parties on ne trouve d’analogue au tissu ligamenteux , que le tissu fibrocellulaire sous-muqueux, auquel s’attachent les fibres musculaires sous-jacentes.
Les muscles intérieurs paraissent avoir plus de vaisseaux sanguins que les autres. M. Ribes cependant dit le contraire. Les nerfs de ces muscles, peu abondans , appartiennent , la plupart , au grand sympathique; plusieurs sont fournis par le nerf pneumo-gastrique, et quelques-uns par d’autres nerfs de la moelle.
§ 706. L’irritabilité des muscles intérieurs présente les mêmes phénomènes que celle des autres muscles , excepté l’agitation fibrillaire, qui n’a été observée que dans le cœur seulement.
L’irritabilité y paraît moins que dans les autres, dépendante de l’influence nerveuse.
L’irritation mécanique est beaucoup plus efficace que l’action galvanique pour y déterminer des contractions. L’irritation galvanique agit peu sur eux par l’intermède des nerfs. Cependant les nerfs cardiaques et le cœur étant compris dans un cercle galvanique, l’action persévérante de cet agent détermine des inouvemens dans l’organe.
L’irritabilité ou la susceptibilité à la contraction des muscles intérieurs, est surtout remarquable en ce
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quelle est naturellement excitée par des agens locaux, qui agissent sur la fibre par l’intermède de la membrane qui la recouvre; d’autres fois la cause agit d’une manière sympathique : ainsi la titillation du gosier, la présence d’une bougie dans l’urètre , d’un suppositoire dans l’anus, déterminent l’action de l’estomac, de la vessie et de l’intestin. La volonté a peu cl’empire sur la contractilité de ces muscles; cependant l’œsophage , le rectum, la vessie, l’estomac même, n’y sont pas tout-à-fait soustraits; il paraîtrait même que l’utérus, du moins dans les oiseaux, serait aussi quelquefois soumis à la volonté. L’intestin grêle en est, au contraire, tout-à-fait indépendant; le cœur également. On cite cependant encore le cas d’un capitaine anglais, rapporté par Cheyne , et répété depuis par tous les physiologistes ; et celui de feu le docteur Bayle , rapporté par M. Ribes , qui pouvaient à volonté ralentir ou suspendre les mouvemens du cœur. Mais si les muscles intérieurs ne sont pas soumis à l’influence ordinaire de la volonté , les affections fortes de l’âme et les émotions vives les influencent de la manière la plus évidente.
Haller, en admettant que la force musculaire est inhérente aux muscles, et que l’action nerveuse n’en est que l’excitant, avait été conduit à admettre, et la plupart de ses successeurs avaient admis plus positivement encore que lui-même , que les muscles intérieurs sont indépendans de l’action nerveuse, du moins dans leurs mouvemens ordinaires et réguliers. Les expériences de Legallois ont porté ensuite à admettre une opinion diamétralement opposée. Les expériences pos-
5po
térieures de M. Glift 1 et de M. Wilson Philip 2; l’observation comparée des autres animaux, des embryons et des fœtus monstrueux, ont dû faire modifier l’une et l’autre conclusions. Les faits connus montrent , en effet , que les muscles intérieurs , indépendans de la moelle nerveuse, dans les animaux et dans les fœtus monstrueux qui n’en ont point, ainsi que dans les embryons qui n’en ont pas encore; peu dépendans de cette moelle dans les jeunes animaux chez lesquels son influence ne date pas encore de long-temps , et dans les animaux d’un autre ordre inférieur, où l’action nerveuse n’a pas de centre unique bien déterminé , sont , au contraire , dépendans de cet organe dans l’homme adulte; sont surtout très -influencés par ses lésions , et plus encore par des lésions brusques que par des altérations lentes.
§ 707. Quand les muscles intérieurs entrent en contraction , ils entraînent quelquefois dans une action simultanée et associée, tous les muscles extérieurs qui peuvent contribuer à l’accomplissement de leur fonction : ainsi, dans la toux, l’éternument, le vomissement , la défécation , l’accouchement , etc. , un nombre plus ou moins grand de muscles du squelette agissent par association avec des muscles intérieurs.
Les muscles intérieurs n’ont point , comme les autres, de véritables antagonistes, toutes leurs fibres concourant à un but commun et unique, la dimi-
1 Philos, trans. , ann.
An exper. Inq. into the laves of the vital Junctions , etc.; Lond., ifiiH.
DES MUSCLES EXTERIEURS. l
nution de capacité de la cavité qu’ils forment. Cependant on peut considérer comme tels, i° les substances étrangères qui tiennent écartées les parois des organes formés par ces muscles ; i° les diverses parties d’un même organe creux : par exemple , les oreillettes, à l’égard des ventricules; le corps de l’utérus et de la vessie, à l’égard du col ou de l’orifice de ces organes; 3° les deux couches musculaires du canal
alimentaire dans le mouvement péristaltique; le raccourcissement des fibres longitudinales déterminant, en poussant les matières , l’allongement des fibres annulaires. En outre, il arrive ici ce qui a lieu dans tout antagonisme ; la contraction d’un muscle coïncide avec le relâchement de son antagoniste, et réciproquement; 4° enfin les muscles intérieurs trouvent des antagonistes dans les muscles extérieurs.
Ces muscles n’ont pas de point fixe déterminé : ceux qui sont annulaires se contractent sur eux-mêmes; ceux qui sont longitudinaux ont cependant pour point de ce genre les orifices du canal alimentaire ; ceux des réservoirs, comme la vessie, l’utérus , ainsi que ceux du cœur, ont encore un point fixe, mieux déterminé, dans l’orifice de ces organes.
TROISIÈME SECTION
DES MUSCLES EXTÉRIEURS
§ 708. Ces muscles sont aussi nommés muscles volontaires, muscles des fonctions animales, de la vie animale, muscles proprement dits. Ce sont eux qui forment la plus grande partie de la masse du corps.
§ 709. Ils sont très-nombreux; il y en a de trois à quatre cents, mais on a varié sur ce nombre : les uns regardent comme plusieurs muscles, ce que d’autres présentent comme des faisceaux d’un même muscle.
§ 710. Chaque muscle a un nom propre, mais cette nomenclature a beaucoup varié. Il n’y a presque pas un muscle qui n’ait reçu plus d’un nom , quelques-uns en ont reçu jusqu’à une douzaine.
La dénomination des muscles a été tirée de plusieurs considérations : on y a fait entrer l’ordre numérique , ainsi , quand plusieurs muscles appartiennent à la même partie , à la même région , au même mouvement , etc. , on les a distingués par des noms de nombre , comme les radiaux , les adducteurs, les interosseux, distingués en premier, second, etc. Avant Jacques Sylvius , presque tous les muscles étaient ainsi désignés par des noms de nombre. On a fait entrer dans leur dénomination, comme surnoms, leur situation antérieure, postérieure, supérieure, inférieure, superficielle, profonde, etc. ; ou bien on les a désignés par le nom de la partie qu’ils meuvent ou de la région qu’ils occupent , comme les palpébraux , oculaires , labiaux, pectoraux, dorsaux, abdominaux, cruraux, etc. D’autres sont distingués, d’après leur étendue ou leur volume, par les épithètes de grand, petit, moyen, grêle, vaste, large, long, court, etc. D’autres ont. été nommés rhomboïdes, carrés, triangulaires, scalènes, etc. , d’après la figure qu’on a cru leur trouver; ou bien 011 les a nommés splénius , par comparaison à la rate ou à une compresse, soléaire, à cause de leui ressemblance avec une sole ou avec une semelle ; cer-
DES MUSCLES EXTERIEURS. 5ü 3
tains muscles ont été nommés, d’après leur direction , droits , obliques , transverses , contournés ; d’après leur texture et leur composition , on les a nommés biceps, triceps, complexus , demi-aponévrotique, perforant, perforé, etc.; d’autres muscles ont été dénommés d’après leurs attaches , soit une seule , comme les ptérygoïdiens, les péroniers, les zygomatiques, etc. , soit les deux, comme le stylohyoïdien , le sternohyoïdien , soit un plus grand nombre , comme le sterno-cléïdo-mastoïdien; d autres encore ont été nommés, d’après leurs usages, fléchisseurs, extenseurs, élévateurs, abaisseurs, pronateurs, supinateurs, etc.; enfin , ce ne sont pas même là toutes les considérations qui ont servi de base à la nomenclature des muscles.
Presque aucune de ces considérations n’est absolument inutile à la connaissance des fonctions des muscles; toutefois les plus utiles sont, sans contredit , le mouvement lui-même, les attaches, la région occupée parle muscle, sa direction, etc. Quelque nombreuses que soient ces bases, il réimporterait pas beaucoup, si elles fournissaient toujours des noms propres , distincts et courts, ne fussent-ils même pas bien significatifs; mais presque tous les noms des muscles sont des noms composés de plusieurs des circonstances indiquées. Ainsi on trouve dans la nomenclature musculaire, les noms oblique- externe- abdominal , grand -droit-antérieur-de la tête, premier-radial-externe , droit-antérieur-de la cuisse, premier- interosseux -dorsal -de la main, etc. Cet inconvénient, joint à celui qui résulte de la multiplicité des noms différens donnés par les di-
r»,9 4 ANATOMIE GÉNÉRALE.
vers anatomistes au même muscle , ont engagé 3VL Chaussier 1 à proposer une réforme dans la langue anatomique, et surtout dans celle de la myologie. Cette réforme dans les noms des muscles consiste à donner à chacun d’eux un nom qui exprime seulement et constamment les deux points d’attache opposés , désignés communément sous les noms d’origine et d’insertion; mais il a été impossible à l’habile auteur de ce projet de donner des noms qui ne fussent en même temps, en assez grand nombre du moins , composés de quelques autres des circonstances indiquées plus haut.
M. Dumas 2 a essayé de modifier la nomenclature de
M. Chaussier, en indiquant dans ses noms tous les points d’attache des muscles. M. Duméril 3 s’est aussi occupé de la réforme de la langue anatomique, en prenant pour racines de cette langue les noms grecs ou latins des os et des viscères, et en variant seulement la désinence de ces noms pour les divers autres organes et pour les régions. La désinence des muscles était ien, ainsi le nom occipito-fronlien , sans y joindre le mot muscle, désigne, dans cette nomenclature, le muscle occipito-frontal. Vicq-d’Azyr avait également dirigé ses vues sur la nécessité de réformer la langue anatomique; il n’a pas exécuté son projet. Le docteur Barclay s’est aussi occupé de cet objet , et s’est sur-
1 Exposition sommaire des muscles du corps humain; Dijon, 1789. — Tableau des muscles de l'homme; Paris,
1 Système méthodique de nomenclature et de classification des muscles du corps humain, etc. ; Montpellier, 1797» in-4°*
3 Magasin encyclopédique.
D ILS MUSCLES EXTERIEURS. 5 g5
tout attaché à donner des noms propres et précis aux différentes régions du corps. M. Schréger 1 a rassemblé Ja plupart des noms anatomiques employés jusqu’à lui dans une synonymie volumineuse , où l’on trouve à quelques organes presque autant de noms qu’il y a de traités d'anatomie. La crainte de contribuer à accroître une confusion qui augmente presque toutes les fois qu’il paraît un nouveau traité, doit engager les anatomistes. à se servir des noms déjà usités , en choisissant entre tous le plus connu, le plus simple et le plus significatif.
§ y h. D’après leur situation et leur destination de mouvoir telle ou telle partie , on distingue les muscles extérieurs en ceux du squelette ou des os , en ceux du larynx , en ceux des organes des sens et de la peau ; plusieurs muscles extérieurs aussi appartiennent aux orifices des voies digestives, respiratoires , génitales et urinaires , et se confondent là insensiblement avec les muscles intérieurs.
Les muscles du squelette sont situés au tronc et aux membres : aux membres ils forment des masses considérables , et sont allongés ; au tronc ils sont •élargis, nombreux au dos et à l’abdomen, moins au thorax, beaucoup moins encore au crâne.
§712. Les muscles varient beaucoup en volume; les uns sont grands ou volumineux , d’autres sont moyens , d’autres petits , et d’autres très -petits.
S 7i3. Tous les muscles , excepté le diaphragme, les
1 Synonymia ancitomica , auct. Chr. H. Th . Schreger ; Fur thii , i8o3, in-8° , 38o pages.
anatomie générale.
sphincters de la bouche et de l’anus, l’arythénoïdien et souvent le releveur de la luette, sont pairs; tous, excepté le diaphragme , sont symétriques , ou semblables des deux côtés , à la légère différence près que l’on observe ordinairement dans le Volume des deux moitiés latérales du corps.
D’après leur forme on distingue encore les muscles en larges, longs et courts;
Les muscles larges appartiennent au tronc : quelques-uns s’étendent du tronc aux membres, et sont alors allongés dans cette dernière partie de leur étendue.
Les muscles longs appartiennent aux membres , et sont, en général , disposés par couches, les plus extérieurs étant les plus longs et les plus droits, les plus profonds ayant beaucoup moins de longueur, et plus d’obliquité ; disposition importante à connaître dans la pratique des amputations, puisque les muscles, inégalement longs, doivent se rétracter inégalement.
Les muscles courts se rencontrent au tronc , et aux membres , près des articulations.
§ y i4- La direction des muscles est celle d’une ligne qui s’étend, en passant par leur centre, de l’une à l’autre de leurs extrémités; elle est souvent fort différente de celle de leurs fibres , et cette dernière est la plus importante à considérer. Quand toutes les fibres sont droites et parallèles entre elles, la force du muscle, égale à la somme des forces de toutes les fibres, s’exerce parallèlement à la direction de ces fibres. Mais si les fibres sont obliques entre elles, l’intensité et la direction de la force seront différentes.
DES MUSCLES EXTERIEURS
§ 716. On distingue en général dans chaque muscle un corps ou ventre, et deux extrémités, que Ion distingue vulgairement en tête et en queue. Le corps est la partie charnue, les extrémités sont ordinairement tendineuses : on distingue assez souvent aussi les extrémités en point d’origine, d’adhésion ou point fixe , et en point mobile ou d’insertion ; mais beaucoup de muscles ne se prêtent point à cette description. Ceux auxquels elle s’appliquerait le mieux sont certains muscles des membres , qui sont allongés , renflés au milieu , à cause de la disposition de leurs fibres charnues , formés d’un tendon court à leur extrémité supérieure, ordinairement la plus fixe, et d’un tendon long à l’autre extrémité , généralement la plus mobile. Mais, dans ces muscles même , le mouvement peut être partagé entre les deux points, et quelquefois même être tout entier exécuté par le point le plus élevé.
§ 716. Certains muscles forment un corps charnu unique entre les deux attaches ; d’autres , au contraire , sont formés de faisceaux très-distincts , et qu’on pourrait prendre pour autant de muscles : tels sont surtout le masseter, le deltoïde, le sous-capulaire , le grand fessier, etc.
§ 717. Il y a des muscles qui dans toute leur étendue restent simples et distincts , et d’autres qui sont divisés en plusieurs "parties , ou confondus avec d’autres , à l’une de leurs extrémités : ainsi , quelques muscles simples à leur insertion sont , à leur origine , séparés en deux ou trois portions : tels sont les biceps , les triceps; tels sont encore le sterno-mastoïdien et le grand pectoral, que, pour cette raison, quelques-uns ouï
regardés comme composés de deux muscles chacun ; ainsi les muscles extenseurs et fléchisseurs communs
des doigts et des orteils, simples à leur origine, sont
divisés à leur insertion en plusieurs parties. Les muscles dentelés, transverses, etc., qui s’attachent aux côtes par des digitations, sont encore à peu près dans le même cas. Il faut rapprocher de ce genre les muscles qui ont une origine commune, comme les muscles qui s’attachent à l’ischion , ou une insertion commune , comme le grand dorsal et le grand rond.
§ 718. Il y a encore des muscles dont la composition est différente, tels sont plusieurs des muscles spinaux ou vertébraux, et notamment le transversaire épineux, le long dorsal , le sacro-lombaire : ils résultent chacun de beaucoup de faisceaux musculaires, distincts aux extrémités et confondus au centre , de telle sorte que chaque portion de muscle, unique à une extrémité, se continue à l’autre extrémité avec deux portions ; et réciproquement chacune de celles-ci tient à une double portion de l’extrémité opposée : ces'faisceaux musculaires se succédant les uns aux autres, et s’unissant latéralement, il en résulte un muscle très-long, composé de faisceaux courts , distincts «à leurs extrémités, et réunis latéralement dans leur partie moyenne. Chaque faisceau étroitement lié avec les deux faisceaux ne peut se contracter sans que ceux-ci entrent en même temps en action, de sorte que le mouvement est toujours imprimé à la fois à plusieurs vertèbres ou à plusieurs côtes : disposition tout-à-fait en rapport avec celle des os qui doivent toujours être mus, plusieurs simultanément.
DES MUSCLES EXTERIEURS
§ 719. Les muscles du squelette, et ce sont les plus nombreux , ont leurs deux extrémités attachées au périoste et à la surface des os, par des tendons ou des aponévroses. Les muscles du larynx sont attachés de la meme manière aux cartilages et au périchondre. Les muscles qui du squelette s'étendent aux organes des sens, et s’insèrent à des cartilages , sont encore pourvus de tendons aux deux extrémités; ceux qui s’attachent aux tégumens en sont , au contraire , dépourvus à leur insertion au derme.
Outre les tendons et les aponévroses d’attache que l’on trouve aux extrémités de la plupart des muscles , quelques-uns présentent aussi des tendons ou des aponévroses d’intersection qui occupent quelque point de leur longueur, et les divisent en plusieurs corps charnus. Tels sont le digastrique maxillaire et le digastrique cervical , divisés en deux corps très-distincts par des tendons; tels sont aussi le sterno-hyoïdien , le scapulo-hyoïdien, le droit de l’abdomen, etc., dont le corps charnu est divisé par des aponévroses.
§ 720. Dans beaucoup de muscles les fibres sont droites, et sensiblement parallèles d'un bout à l’autre. Dans plusieurs muscles, les fibres charnues, toutes parallèles, s’étendent obliquement entre deux tendons aponévrotiques épanouis sur deux faces opposées du corps charnu , tel est le droit antérieur crural. Ce sont sans doute îles muscles de ce genre qui avaient fait comparer par Gassendi le muscle à un moufle. D autres muscles sont rayonnés ou flabeliiformes ; comme le grand pectoral et le grand dorsal, dont les libres étalées du côté de l origine se rassemblent en
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anatomie générale.
un faisceau épais du côté de l’insertion ; comme les moyen et petit fessier, dont les fibres se terminent successivement sur une expansion aponévrotique. Dans d’autres, les fibres s'étendent ainsi obliquement de leur origine d’un os au côté d’un tendon : on appelle ces muscles demi-pennés, tels sont les péroniers. D’autres sont pennés , les fibres se rendant obliquement sur les deux côtés d’un tendon ; dans quelques autres , trèsanalogues à ceux-ci, les fibres forment deux plans qui se rendent sur les deux faces d’une aponévrose moyenne, comme le temporal. D’autres muscles sont plus composés encore, comme le deltoïde, le masseter, etc., qui résultent de la réunion de plusieurs faisceaux penniformes. '
§ 721. La texture des muscles extérieurs résulte toujours de faisceaux plus ou moins distincts , qui se terminent en général aux deux bouts sur du tissu tendineux; ces faisceaux sont composés de fascicules ou fibres visibles, résultant elles-mêmes de fibres élémentaires microscopiques. Le tissu cellulaire et le tissu adipeux leur forment des enveloppes et des cloisons d’autant plus distinctes, que les faisceaux sont plus distincts eux-mêmes et plus volumineux. Les nerfs de ces muscles , très-abondans, surtout dans ceux des organes des sens, viennent presque tous de la moelle, peu viennent du grand sympathique, et ceux-ci ne sont jamais seuls.
§ 722. Outre ces parties essentielles aux muscles, ces organes ont des dépendances ou des annexes; ce sont les fascice ( § 5 19), ou aponévroses d’enveloppe, qui entourent les muscles, qui les maintiennent en
DES MUSCLES EXTERIEURS. 6'ül
place , et leur fournissent des cloisons qui les séparent, ainsi que des points d’attache ; ce sont aussi les gaines et les anneaux qui renferment les tendons et préviennent leur déplacement, et les membranes syno-. viales qui en facilitent les glissemens.
§ y 23. On divise les muscles, d’après les mouvemens qu ils produisent , en congénères et en antagonistes , suivant qu’ils concourent au même mouvement, ou qu’ils produisent des mouvemens opposés. Les mouvemens qui ont lieu dans le corps humain , et que les muscles produisent, sont des mouvemens de flexion et d’extension, d’inclinaison latérale, de rotation en deux sens opposés, qu’à l’avant-bras on distingue en pronation et en supination , d’élévation et d’abaissement, d’adduction , d’abduction et de diduction , de dilatation et de constriction , de protraction et de rétraction , etc. On nomme , d’après cela , les muscles fléchisseurs, extenseurs, pronateurs , supinateurs, élévateurs, etc.
Les muscles antagonistes présentent quelques différences : presque dans toutes les parties du corps , les muscles affectés à un mouvement sont plus forts que ceux qui produisent le mouvement opposé. Ceux des deux côtés du corps qui produisent l’inclinaison latérale , et la rotation autour de l’axe du corps , présentent seulement la légère différence que l’on observe en général entre les deux côtés. Les autres présentent des différences bien plus grandes. On ne s’est guère occupé que de celle qui existe entre les fléchisseurs, et les extenseurs. Borelli pensait que les fléchisseurs, étaient plus courts que les extenseurs , et que , se cori-
tractant avec une force égale, ils entraînaient nécessairement les os dans la flexion. M. Richerand pense également que la différence est à l’avantage des premiers; M. Meckel a adopté cette opinion : ces deux physiologistes sont d’avis qu’elle est établie sur l’observation de l’attitude fléchie que prennent toutes les parties du corps dans le repos, et qu’elle a sa cause dans la force et la longueur des muscles, dans le volume de leurs nerfs, et dans la disposition plus favorable des fléchisseurs, relativement au centre des mou* vemens et à la direction des os.
Ritter a ajouté à ces différences, que les fléchisseurs se contractent quand le pôle zinc de la pile galvanique communique avec l’extrémité musculaire du nerf, et le pôle argent avec l’extrémité centrale; et que le contraire a lieu pour les muscles extenseurs. Cette différence n’est sans doute qu’une différence de susceptibilité galvanique; susceptibilité assez grande dans les muscles les plus forts, pour qu’ils se contractent même dans la circonstance la moins favorable de l’action galvanique.
M. Roulin 1 pense comme Borelli, que la cause principale de l’antagonisme des fléchisseurs et des extenseurs dépend de leur longueur respective, et par conséquent de leur tension.
Cette question mérite peut - être qu’on 1 envisage d’une manière plus générale; il faut chercher la prédominance dans la longueur et dans le volume des
' V oyez ses Recherches sur les mouvemens et les attitudes de l’homme, dans le Journal de physiologie, vol. I et II-
DES MUSCLES EXTERIEURS
muscles, et plus précisément dans le nombre des fibres charnues qui entrent dans leur composition ; il faut la chercher aussi dans la disposition des muscles , relativement aux leviers sur lesquels ils agissent ; il faut observer quelle est l’attitude que prennent les parties dans leur action la plus ordinaire , et celle qu’elles prennent dans le repos, dans le sommeil, et dans la paralysie ; il faut avoir égard aussi à celles qu elles prennent dans le spasme tonique général ou dans le tétanos : or, en ayant égard à ces diverses considérations, il semblerait que les muscles prépondérans sont , dans le tronc, les extenseurs; à la mâchoire, les élévateurs; aux membres supérieurs en général, les fléchisseurs; à l’avant-bras, les pronateurs ; aux membres inférieurs en général, les extenseurs; et au pied, les adducteurs. <
S 724* Il y a dans l’organisation plusieurs circonstances 1 défavorables à l’action des muscles, et qui réduisent leur force de contraction, ou force effective, à une force efficace, c’est-à-dire à un résultat beaucoup moindre. Ces circonstances , bien connues depuis Borelli, sont, i° le partage égal de l’effort musculaire entre ses deux attaches, tandis qu’un seul point doit en générai être mu; 20 le levier défavorable, celui du troisième genre, par lequel une grande partie de la force est perdue; 3° l’insertion oblique des muscles sur les os, et des fibres charnues sur les tendons; 4° la résistance des muscles antagonistes; 5° le frottement des tendons et celui des articulations.
J. Alph. Borelli, De motu animaîium , opus posthulnnin .
Il y a aussi, dans l’organisation, des circonstances qui, en favorisant l’action musculaire, diminuent l’inlluence des premières : tels sont le changement de l’angle que forment le muscle et l’os au moyen de certaines dispositions anatomiques, comme le volume des extrémités articulaires des os , l’existence des apophyses à l’endroit où les muscles s’attachent , celle des os sésamoïdes , etc. ; tels est encore la diminution des frottemens par la synovie , etc.
En résultat, le mécanisme animal présente la même perfection qu’on admire dans toute la nature. Ce que le muscle perd en force , le mouvement le gagne en étendue et en vitesse par l’emploi du levier du troisième genre , et par l’obliquité de l’insertion ; d’un autre côté , l’obliquité des fibres musculaires sur les tendons, en diminuant l’étendue du mouvement, et même la force du muscle, permet, sous un petit volume, la réunion d’un très-grand nombre de fibres, ce qui compense, et bien au delà, la perte de force; sans parler de la forme et de la liberté des membres, qui ne pourraient avoir lieu avec toute autre insertion et toute autre direction des muscles relativement aux os.
§ 72$. Le muscle est le siège et l’organe immédiat de la contraction , tout comme les tégumens et les sens qui en font partie sont le siège de 1 impression ; mais de même que la sensation n a lieu qu autant que l’impression est propagée par les nerfs jusqu’au centre nerveux, de même c’est du centre nerveux que la volition est propagée , par les neifs, jusqu’au muscle, pour le mettre en mouvement. Il y.
DES MUSCLES EXTÉRIEURS. 6û5
a en outre, dans un cas et dans l’autre, une chose tout-à-fait incompréhensible : c’est la manière dont le moi acquiert la connaissance de la sensation ; c’est aussi la manière dont le moi détermine la volition. Ce n’est pas ici le lieu d’examiner cette question encore insoluble de l’action réciproque de l’organisme et du moi.
Quoi qu’il en soit, la volition procède du centre nerveux , elle se propage par les nerfs , et détermine la contraction des muscles extérieurs. Si le nerf est coupé ou interrompu par une ligature serrée, etc., le muscle , encore irritable , ne se contracte plus volontairement. On verra dans le chapitre suivant quel est, dans le système nerveux, le siège précis, ou du moins probable , du principe organique des mouvemens volontaires.
§ 726. Les effets de la contraction des muscles extérieurs sont de déterminer les attitudes et les mouvemens du corps , en agissant sur le squelette; de mouvoir la peau et les organes des sens ; de produire la voix , la parole , le geste ; et enfin , de servir d’une manière plus ou moins nécessaire, mais toujours auxiliaire, aux fonctions végétatives.
§ 727. On a déjà vu que les muscles droits , en se contractant , rapprochent une ou leurs deux extrémités du centre , suivant qu’un des points d’attache est seul mobile , ou qu’ils le sont tous les deux ; que les muscles circulaires rétrécissent , en se contractant , les orifices ou les canaux qu’ils forment. Les muscles courbes se redressent en se contractant, si leurs attaches sont fixes; et, en teudaht à se redresser, ils diminuent les
cavités dont ils forment les parois, comme les muscles abdominaux et le diaphragme pour l’abdomen ; ils agrandissent la cavité à laquelle ils répondent par leur surface convexe, comme le diaphragme pour le thorax. Les muscles réfléchis, et il y en a un trèsgrand nombre , tendent, comme les muscles courbes , à se redresser pendant leur contraction ; mais si un obstacle insurmontable s’y oppose, le mouvement, dont la direction est changée , est transmis à l’une ou l’autre extrémité, ou aux deux, suivant leur mobilité.
§ 728. Lorsque l’une des deux parties auxquelles s’attache un muscle est immobile et l’autre mobile , il tire cette dernière vers la première ; c’est ce qui a lieu à l’égard des muscles qui s’étendent des os aux parties molles, etc. Lorque l’une des deux parties est peu mobile , et l’autre très-mobile , comme le
tronc à l’égard des membres, comme l’extrémité centrale des membres à l égard de leur extrémité périphérique , etc. , la dernière est en général la seule qui se meut. Mais il faut observer que, dans ce cas, le point fixe et le point mobile des muscles peuvent changer : ainsi, dans les mouvemens les plus Ordinaires du bras, les muscles moteurs de cette partie ont leur point fixe au tronc , et leur point mobile dans le membre; au contraire, dans l’action de s’élever en grimpant sur un arbre, le point fixe, au moment où le tronc s’élève vers le bras préalablement fixé, est dans le bras , et le point mobile dans le tronc. De même , dans l’action de monter un escalier, lorsque la ^ambe est portée en avant et en haut sur une marche,
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le point fixe est du côté du tronc; lorsque ensuite le tronc s’élève vers la jambe dont le pied est appuyé, le point fixe esta la jambe, et les points mobiles des muscles sont à la cuisse et au tronc.
Lorsque les deux parties auxquelles s’attachent les muscles sont à peu près également mobiles, la contraction tend à les mouvoir à peu près également; ainsi , quand on est couché sur un plan horizontal , la contraction des muscles antérieurs du tronc tend à peu près également à fléchir la tête sur le col , et le bassin sur les lombes.
Dans ce cas et dans le précédent , qui sont extrêmement fréquens dans la mécanique animale I 2, la partie qui doit servir de point fixe est retenue par la contraction d’autres muscles qui la rendent immobile. Les mouvemens les plus simples en apparence exigent presque toujours l’action simultanée d’un grand nombre d’autres muscles que ceux qui sont destinés à les produire immédiatement.
§ 729. C’est surtout dans les efforts que l’on observe ces synergies musculaires.
On appelle effort 2 , nisus , toute action musculaire d’une intensité extraordinaire, destinée à surmonter
1 Winslow, Mém. de l’Acad. des sc. , ann. 1719-123-26' 29-30-39-40, etc.
2 Js. Bourdon, Recherches sur le mécanisme de la respiration et de la circulation du sang; Paris, 1820. — J. Cloquet, de l’Influence des efforts sur les organes renfermés dans la cavité thorachique ; Paris , 1820. — Magendie , de l’Influence des mouvemens de la poitrine, et des efforts, sur la circulation du sang; Journal de physiologie, vol. I.
une résistance extérieure ou à exécuter une fonction laborieuse, soit accidentellement, soit naturellement. Ainsi l’action de soulever ou de porter un corps pesant, l’accouchement, rurinement difficile, etc., exigent des efforts pour être exécutés.
Dans tout effort il y a un influx nerveux extraordinaire sur les muscles ; tantôt cet influx est volontaire, tantôt il est involontaire. Dans le dernier cas, il est irrésistiblement déterminé par la liaison déjà remarquée entre les muscles intérieurs involontaires et leurs congénères extérieurs. Dans tout effort aussi , un nombre considérable de muscles, quelquefois l’appareil tout entier des mouvemens est en action. Dans tout effort enfin, le poumon est d’abord rempli d’air par une inspiration, la glotte est fermée ou rétrécie, les muscles expirateurs sont contractés , et les parois de la poitrine sont ainsi rendues immobiles, pour offrir des points d’attache fixes aux muscles de l’abdomen et des membres.
Les effets des efforts sont de retarder ou d’empêcher l’entrée du sang veineux dans les troncs thoraciques, d’où son reflux et sa stase dans les veines du col, de la tête, de l’abdomen, et même des membres; de comprimer les viscères thorachiques et abdominaux , et d’en déterminer même quelqùefois l’expulsion, surtout des derniers , à travers une ouverture des parois ; par fois même les efforts vont jusqu’à déterminer la rupture des muscles, des tendons, ou des os; jusqu’à produire des ruptures vasculaires , des hémorrhagies et des épanchemens de sang.
§ 7 ^0. Les muscles qui passent sur plusieurs artieu-
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lations peuvent les mouvoir toutes. Ainsi les fléchisseurs des doigts , après avoir fléchi la troisième et la seconde phalanges sur la première , fléchissent celle-ci sur le métacarpe , la main sur l avant - bras ; l’un des deux concourt même à la pronation. Il en est de même au pied, où l’extenseur commun des orteils fléchit le pied sur la jambe , et partout où la même disposition se rencontre. Ges muscles, qui passent sur plusieurs articulations , ont encore d’autres usages ; ils sont auxiliaires ou supplémentaires des muscles plus courts, étendus seulement aux deux os réunis par une articulation. Ainsi, les biceps, demi tendineux, et demi membraneux de la cuisse, qui passent sur deux articulations à flexions opposée, peuvent aider ou suppléer dans leurs fonctions les muscles extenseurs du bassin sur la cuisse , et les fléchisseurs de la cuisse sur la jambe. Les muscles de cette sorte, si nombreux dans les membres, surtout dans les membres inférieurs, et qui existent également dans le sens de l’extension, et dans celui de la flexion , paraissent aussi avoir pour usage d’assurer la station en appliquant les surfaces articulaires les unes contre les autres , et en prévenant le mouvement dans tous les sens.
§73i. Le mouvement musculaire est simple quand il est imprimé par un seul muscle ou par plusieurs qui agissent dans la même direction. Il est composé, quand il est produit par plusieurs muscles qui agissent dans des directions différentes. Le mouvement simple a ordinairement lieu dans la direction même du muscle ou des muscles qui le déterminent. Ainsi les fléchisseurs des doigts amènent les doigts dans leur propre
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direction. Dans d’autres cas, le muscle étant réfléchi , la direction du mouvement est déterminée par celle de la p?rtion du muscle qui s’étend depuis l’endroit où il change de direction, jusqu’à la partie mobile. Ainsi le mouvement imprimé par le muscle grand oblique de l’œil , par le péristaphylin externe , par les muscles péroniers latéraux, etc., a une direction déterminée par celle de la dernière portion de ces muscles. La direction du mouvement est souvent déterminée , en grande partie , par celle des articulations des os ; ainsi les os articulés par ginglyme et par articulation rotatoire, quoique la plupart aient des muscles obliques , ne se meuvent que dans deux sens opposés; ainsi, au contraire, le même muscle, le biceps brachial , sans changer de direction , produit , ,
par sa contraction , la supination et la flexion de l’avantbras; ainsi les muscles pyramidal, jumeaux, etc., rotateurs de la cuisse en dehors, quand elle est étendue, deviennent abducteurs lorsqu’elle est fléchie.
§ y 32. Dans beaucoup de cas les mouvemens musculaires sont composés ; plusieurs muscles se contractant simultanément , impriment à une partie mobile un mouvement différent de celui qui résulte de la contraction de chacun d’eux en particulier. Ainsi , si les muscles droit supérieur et droit externe de l’œil se contractent ensemble et avec une force égale, l’œil obéissant à ces forces différentes , la prunelle sera dirigée en haut et en dehors. Ainsi, si le muscle grand pectoral, qui porte le bras en dedans et en avant, se contracte en même temps que le grand dorsal, qui le porte en dedans et en arrière, le bras sera
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porté, par un mouvement composé, directement en dedans. Les mouveinens de l’épaule sont toujours composés. Beaucoup d’autres parties sont souvent dans le même cas; sans cela les mouvemens, qui sont si variés , seraient extrêmement bornés.
§ ^33. Les mouvemens des muscles volontaires sonten effet le plus souvent combinés. On peut sous ce rapport distinguer les actions musculaires en mouvemens isolés résultant d’un seul muscle en contraction ; en mouvemens associés ou combinés, résultant de l’action de plusieurs muscles associés , soit congénères, soit antagonistes, pour produire des mouvemens déterminés , comme ceux de flexion , d’extension , etc. ; en actions coordonnés , comme celles qui par leur réunion opèrent la station , la locomotion , etc. ; enfin, en actions voulues , ce sont les actions musculaires dirigées par la volition. Ces variétés dans l’action musculaire dépendent de l’influence nerveuse , suivant quelle est volontaire, et suivant que, soustraite à la volonté , elle est déterminée par l’irritation du centre nerveux, par celle du pléxus d’un membre, ou seulement par celle d’un nerf isolé.
§ 734. La contraction des muscles extérieurs, par des causes qui agissent soit sur le tissu musculaire, soit sur les nerfs, soit sur le centre nerveux , devient quelquefois faible et incertaine (tremblement); impossible ( paralysie ) ; permanente (spasme ou contraction tonique, tétanos); involontaire et irrégulière (convulsions , spasme ou contraction clonique ).
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