‹ Elémens d'anatomie générale [electronic resource]Chapitre 52 sur 71 · O DD · texte numérisé non relu

O DD

veaux capables de développer et de communiquer la force nerveuse, comme l’origine des nerfs involontaires, et comme propres à rompre l’influence de la volonté sur les organes à mouvemens involontaires, tels que le cœur.

Haase, qui a rapproché les ganglions des plexus, a combattu l’opinion de Johnstone par ces deux argumens: que des muscles volontaires reçoivent des nerfs des glanglions spinaux , et que des organes involontaires , comme l’estomac, en reçoivent du nerf vague.

Scarpa adopte une opinion semblable à celle de Meckel et de Zinn : suivant lui, les ganglions ont pour usage de séparer, de mêler et de réunir de nouveau les filets nerveux; suivant lui, les nerfs des viscères émaneraient directement des nerfs spinaux et des

cinquième et sixième paires, et seraient seulement rassemblés dans les ganglions.

Toutes ces opinions, comme on le voit, peuvent être rapportées à deux. Les uns, comme Meckel, Zinn, Haase, Scarpa , et, plus récemment, Legallois, n’ont vu dans les ganglions qu’un arrangement particulier, une disposition anatomique des filets nerveux : les autres, comme Winslow , Johnstone, Lecat, Petit, Metzger , etc. , ont regardé les ganglions comme des points d’origine, et surtout comme descentres d’action nerveuse. Personne n’a défendu cette dernière idée avec plus de chaleur et de talent que Bichat. Reil, M. Autenrieth , M. Wutzer, M. Broussais, et beaucoup d’autres, ont ajouté de nouveaux argumens à ceux de notre célèbre compatriote, dont ils ont à peu près embrassé l’opinion.

§ 8 1 4 • Bichat regarde le système nerveux organique comme résultant essentiellement de centres nombreux ou de ganglions réunis entre eux par des filets, et le tronc nerveux sympathique lui -même comme une série de ganglions et de filets anastomotiques. Bichat a peut-être accordé aux ganglions une importance exagérée ; mais certainement il n’a pas accordé à leur ensemble, à leur réunion, toute l’importance quelle mérite.

Suivant Reil , le nerf sympathique constitue un système propre, qu’il appelle système ganglionnaire; il l’appelle aussi système nerveux végétatif. Dans les animaux vertébrés , il est uni au svstème cérébral ou animal, mais il n’en émane pas. Ce système, «au lieu d’avoir un centre unique où les racines soient im-

plantées, a plusieurs loyers d’action : i° il consiste en des plexus ou réseaux placés autour des artères; ori en compte environ douze : parmi eux, un principal , l’épigastrique, muni de ganglions, et formant des plexus secondaires, est une sorte de centre ou de cerveau. a° Ces plexus sont liés au système cérébro-spinal par des rameaux et des plexus conducteurs : les deux troncs réunis en bas, devant le coccix,eten haut par les cinquième et sixième paires et par le cerveau , constituent une périphérie elliptique qui embrasse tout le système des ganglions et des plexus, et dans laquelle pénètrent plusieurs nerfs cérébraux, notamment la huitième paire. 3° Les rameaux ou plexus conducteurs transmettraient des sensations et des voûtions, s’ils étaient des conducteurs parfaits; mais on peut les considérer comme des semi-conducteurs, et les ganglions comme des corps isolans.

Il résulte de là deux systèmes nerveux et deux sphères d’activité nerveuse: i° la sphère animale, où les impressions sont senties, où les voûtions déterminent les mouvemens ; 2° la sphère végétative, où l’activité nerveuse est départie lentement , continuelle-

ment, obscurément. Dans ce système les impressions, sans être propagées au centre animal, déterminent des mouvemens. Dans l’état malade , cependant , les cordons et les plexus communiqyans deviennent conducteurs, les ganglions cessent d’être isolans, les impressions sont senties, et les mouvemens sont influencés par le centre animal.

Suivant Reil encore, dans le sommeil magnétique, la séparation des deux systèmes nerveux disparaîtrait.

6p4 ANATOMIE GÉNÉRALE.

et le centre nerveux épigastrique, centre delà sphère végétative, deviendrait un sens distinct.

M. Autenrieth considère le nerf sympathique comme naissant du cerveau et de la moelle, mais en devenant de plus en plus indépendant à mesure qu’il en est séparé par des plexus et des ganglions, la substance rougeâtre, grisâtre, des nerfs sympathiques, conduisant plus difficilement que la blanche les impressions et les irritations.

M. Wéber a rassemblé beaucoup d’argumens anatomiques et physiologiques, pour démontrer que le nerf sympathique constitue un système particulier, qui, indépendant du cerveau, a son centre en lui-

même.

M. Wutzer a observé, comme Bichat et d’autres encore, que l’irritation mécanique du nerf sympathique ne produit aucun effet appréciable ; tandis qu’un irritant plus fort, comme l’agent galvanique,

détermine des douleurs et des convulsions.

M. Broussais considère aussi le nerf inter-costal comme un système propre, un centre sensitif particulier, qui transmet des impressions au sensorium animal, et, par suite, des déterminations sur les muscles volontaires. Dans le fœtus, il agit seul, il dirige les organes sécréteurs et nutritifs, il excite l’énergie du cœur, il étend son action jusque sur le centre animal, et détermine les mouvemens automatiques. Dans les fœtus anencépliales et amyèles, il excite les mouvemens musculaires par son action sur les nerls spinaux. Après la naissance, il agit sur le centre nerveux, en y transmettant les sensations internes, et établit ainsi,

DES GANGLIONS ET DU NERF SYMPATHIQUE. 6y 5

entre le cerveau et les viscères des deux autres cavités, une liaison féconde en phénomènes. Dans tous les temps, il régit l’action des vaisseaux capillaires, et dirige la nutrition par l’intermède de la force formative ou plastique , que cet ingénieux écrivain appelle chimie vivante.

§ 8i5. Presque toutes ces opinions, qui consistent à considérer le système des ganglions comme un système indépendant, pèchent en ce quelles sont trop absolues, tout comme celles qui ne considèrent dans les ganglions qu’un pur arrangement anatomique. Le système des ganglions doit être considéré tout à la fois comme un système séparé ou réuni, indépendant ou dépendant, suivant diverses circonstances déjà indiquées pour la plupart.

Les fonctions des ganglions paraissent être de diminuer ou d'arrêter l’influence du centre nerveux sur les nerfs ganglionnaires , de diminuer ou d’ empêcher la transmission des impressions au centre; de sorte que, par l’action des ganglions, le système nerveux végétatif est séparé du système animal.

Les ganglions paraissent en outre destinés a rassembler , à coercer la force nerveuse qu’ils puisent dans la moelle, à en développer par eux mêmes, pour la communiquer convenablement aux nerfs et aux organes où ils se terminent.

Les ganglions exercent des fonctions différentes , suivant la diversité de leur texture.

Ces différences consistent dans, i° le mélange plus ou moins intime des filets médullaires ; i° la diversité de la substance secondaire; 3° les différences dans la membrane extérieure , plus ou moins dense , plus ou

moins tendue : or, c’est dans les ganglions du nerf sympathique que l’on observe l’intrication et la fusion la plus grande des filets médullaires , la ténacité et l’union la plus intime de la substance secondaire , et une membrane ou capsule assez ferme , et très-adhérente à la substance intérieure. Dans les ganglions spinaux , au contraire , les filets médullaires sont droits, point mêlés, etla substance secondaire est grossière, lâche ettrès-distincte des filets : aussi ces ganglions sont -ils regardés comme moins parfaits que les autres; aussi Pfeffinger pensaitil qu’on devait les exclure de ce genre d’organes. La fonction de ces derniers ganglions reste d’ailleurs trèsdouteuse. Il ne paraît pas, en effet, qu'ils diminuent la communication nerveuse ; il ne peuvent pas être considérés non plus comme les origines des nerfs moteurs et sensitifs communs , car la racine antérieure des nerfs spinaux leur est étrangère.

§ 816. Les usages des cordons nerveux ganglionnaires sont de conduire l’influence nerveuse ; mais ils sont des conducteurs un peu différens des autres nerfs, dont ils diffèrent en se rapprochant beaucoup des ganglions : ils sont des conducteurs imparfaits. Les irritations mécaniques ou chimiques ne les traversent pas ; mais l’irritation galvanique est conduite par eux, et détermine, soit des sensations , soit des contractions. Il en est de même des irritations morbides , comme les irritations intestinales, urétériques, etc. , qui sont ressenties.

Les fonctions du nerf sympathique sont de diriger la nutrition , les sécrétions , de distribuer l’agent nerveux au cœur, au canal digestif et aux organes urinaires et génitaux ; d’établir une liaison sympathique entre tous les principaux organes. Il remplit ces diverses fonctions

sans l’influence de la volonté et sans conscience des impressions, les ganglions faisant tout à la fois l’office de ligatures qui modèrent la transmission de l’influence nerveuse , et de centres particuliers d’activité , qui en augmentent et en modifient la distribution.

Ce nerf forme ainsi un système particulier dans le système général; il a une sphère d’action propre renfermée dans la sphère générale. L’un et l’autre système nerveux ont des connexions intimes ; ils s’influencent réciproquement, surtout dans l’état de maladie.

§ 817. M. Lobstein a recueilli plusieurs faits très-curieux relatifs aux altérations morbides des ganglions et des nerfs sympathiques ; il a observé l’inflammation des ganglions semi-lunaires ou cœliaques, dans des cas de névropathies abdominales chroniques , de coqueluche et de tétanos; il a observé également dans divers cas l’inflammation des nerfs cardiaques et pulmonaires. M. Autenrieth a aussi observé dans la coqueluche l’inflammation des nerfs vagues, sympathiques et cardiaques. M. Duncan a vu dans un cas de diabetès la portion abdominale du nerf sympathique triplée ou quadruplée en volume. Les nerfs sympathiques sont, comme les autres, augmentés en volume dans les hypertrophies , diminués au contraire dans les atrophies simples , ainsi que dans celles qui résultent d’une production accidentelle infiltrée dans le tissu d’un organe.

Beaucoup de maladies abdominales et thoraciques semblent en outre dépendre d’une action irrégulière du nerf sympathique ; et d’autres , très-nombreuses aussi , de l’action anormale de ce nerf sur le centre nerveux cérébral.

6gS

Page 1