‹ Élémens d'anatomie générale, ou, Description de tous les genres d'organes qui composent le corps humainChapitre 35 sur 73 · DES GLANDES · texte numérisé non relu

DES GLANDES

prenait encore beaucoup de parties diflérentcs, et supposait la connaissance exacte de la texture intime.

On a aussi essayé de définir les glandes par leur fonction , en ^ disant qu'elles sont des organes sécréloires; mais, confondant ensuite ' la nutrition et la sécrétion , on y a compris la plupart des organes ; ou bien distinguant ces fonctions, mais ne séparant pas les sécrétions intrinsèques des sécrétions excrétoires, on a confondu les membranes séreuses et synoviales avec les glandes.

Il faut, pour distinguer les glandes de toute autre partie analogue par la forme, par la texture apparente, et même jusqu'à un certain point par les fonctions, avoir particulièrement égard à leurs connexions; Bichat et M. Chaussier ont pris cette considération pour base d'une définition des glandes; Haase l'a adoptée aussi, mais il a supposé des conduits excréteurs aux ganglions vascul aijes. Les glandes sont des organes de forme ob ronde , lobuleux , entourés de membranes , ayant beaucoup de vaisseaux et des nerfs , et pouiyits de conduits excréteurs ramifiés qui aboutissent aux membranes tégumentaires et y verspnt un bquide sécrété. En un mot, ce sont des organes de sécrétion extrinsèque , pourvus de conduits excréteurs.

§ 479" Considérées ainsi, les glandes sont des dépendances ou des prolongemens des membranes tégumentaires. Dans les animaux pourvus de vaisseaux et de cœur, les seuls qui aient des glandes massives, elles résultent d'une réunion' intime de ces deux genres d'organes : c'est pour cela que leur desciiption est placée ici. Elles tiennent cependant encore plus au système tégumentaire qu'au système vasculaire, car dans les animaux dépourvus de vaisseaux, les glandes existent, mais à un état rudimentaii'e ; le foie, la plus constante de toutes les glandes, si ce n'est cependant le rein , existe en effet dans les insectes sous forme d'un canal excréteur ramifié, aboutissant au canal intestinal, mais libre et flottant dans l'abdomen.

§ 4^0. Il est encore assez difficile, et peut-être impossible, d'établir une ligne de démarcation bien tranchée entre les follicules ou cryptes et les glandes.

On a déjà vu. que parmi les follicules il y en avait de simples et solitaires ; que d'autres sont groupés , agminés ou agrégés ; que d'autres sont composés, soit par leur réunion dans un orifice commun ou une lacune , soit en même temps par l'agglomération de plusieurs folficules, soit enfin par un canal excréteur commun et ramifié; c'est ici que la difficulté existe, car il n'y a pas de raison valable pour ne pas ranger les amygdales qui ont des lacunes composées, les glandes molaires, la prostate et les glandes de Cowper, f|ui ont des conduits ramifiés, parmi les glandes , aussi bien que les glandes sublinguales, lacrymales, etc.

Les glandes les plus parfaites et les moins équivoques sont : les' lacrymales, les salivaircs , au nombre de trois de chaque côté, savoir la parotide, la maxillaire et la sublinguale; le pancréas, le foie, les reins, les testicules et les mamelles. Les ovaires doivent être , comme les testicules , rangés dans ces genres d'organes.

§ 48i. La forme des glandes est irrégulièrement arrondie, et présente beaucoup de variétés. Les ui^es impaires , comme le foie et

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le pancréas, sont asymétriques ; les autres sont paires et assez exactement semblables des deux côtés.

$ 482. Elles sont toutes situées au tronc, et toutes, quelle que soit la diversité apparente de leur situation , aboutissent par leurs canaux à la membrane muqueuse ou à la peau.

§ 483. Leur volume difïère beaucoup : le foie est un des organes les jplus volumineux du corps; les glandes lacrymales , sublinguales et les ovaires ont à peine, au contraire, le volume de la moitié du pouce.

§ 484- A. l'intérieur, les unes sont lobées et lobulées , comme les lacrymales, les salivaires et le pancréas; les mamelles le sont moins distinctement; les testicules le sont d'une autre manière - les reins le sont seulement dans le fœtus; le foie n'est lobé qu'à l'extérieur.

Dans les premièi'es , les lobules paraissent formés de jparticules très-petites , mais semblables et blanchâtres ; dans le foie et dans les reins , on trouve deux substances de couleur- différente , disposées par couches dans les i-eins, et mêlées à la manière du granit dans le foie.

§ 485. Les glandes sont enveloppées d'une membrane, cellulaire dans la plupart d'entre elles, et fibreuse dans les autres, entom'ée dans quelques-unes par une membrane séreuse,, et dans les autres par beaucoup de tissu cellulaire et adipeux. La face interne de cette membrane se continue avec le tissu cellulaire plus ou moins lâche qui existe abondamment dans les glandes.

Ces organes ont beaucoup de vaisseaux sanguins et lymphatiques, et peu de nerfs ; plus cependant que la membrane muqueuse en général, mais moins que la peau. La plupart ne reçoivent que du sang artériel ; le foie seul dans l'homme et les mammifères, le foie et les reins dans les ovipares , reçoivent en outre du sang veineux, ce qui explique la nature des liquides, si différens du sang et tout-à-fait excrétoires que fournissent ces glandes. Le nombre et le volume, ou la capacité totale des artères, sont trèsdivers dans les glandes , mais nulle part plus grands que dans les reins. La longueur, le trajet, le mode de distribution des vaisseaux , sont également très-variés. La différence de capacité entre les artères et les veines est très-peu marquée dans les glandes; et, en effet , une grande pai'tié du sang y est transformée en humeur sécrétée, et emportée par les conduits excréteurs.

§ 486. Ces conduits commencent par des radicules très-fînes, invisibles, et probablement closes, qui se réunissent entre elles à la manière des veines , pour former plusieurs ti-oncs , comme dans les glandes lacrymales , subhnguales et mammaires , ou un seul , comme dans toutes les autres. Ces conduits, multiples ou uniques pour chaque glande, parcourent un trajet en général droit, tortueux dans les testicules seulement , et aboutissent aux membranes tégumentaires. Celui de l'ovaire est seul interrompu ; ceux des mamelles présentent, avant leur terminaison , des renflemens olivaires, ceux du rein présentent d'abord un évasement ou bassinet , et puis viennent aboutir à une vessie unique pour eux deux ; celui du foie et celui de chaque testicule ont aussi un réservoir , mais situé latéralement et exigeant un cours rétrograde du liquide sécrété pour y arriver. Les conduits

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-tles autres glandes ne présentent ni interruption, ni renflemens, ni

réservoirs. ^ ^ . . ,

La composition des conduits excréteurs resuite toujours essentiellement d'une membrane muqueuse dont l'épaisseur va en diminuant , à mesure qu'elle forme des divisions plus fines dans la glande. Cette membrane est doublée à l'extérieur par du tissu cellulaire , par du tissu élastique; dans quelques conduits par du tissu erectile , comme dans l'urètre , dans le mamelon , et peut-être dans quelques autres; dans quelques parties des voies excrétoires, la membrane muqueuse est armée ou doublée de fibres musculaires.

§ 487. La texture intime des glandes est peu connue. Malpj^ghi avait avancé que chacun des grains glanduleux, acini , devait être considéré comme un follicule , et chaque glande comme une conglomération de follicules aboutissant à un canal excréteur commun. Cette opinion fut reçue et admise sans contradiction jusqu'à Ruysch , et de son temps défendue contre lui-même par Boerhaave. Suivant Ruysch, au contraire, ce qu'on a appelé grains glandulevix consisterait uniquement dans des entrelacemens de vaisseaux fins , dans lesquels les artères se continueraient en canaux excréteurs.

Il y a dans chacune de ces deux opinions quelque chose de vrai qu'il faut admettre , et quelque chose à rejeter comme inexact. Il est vrai, comme le dit Malpi^hi, qu'une glande consiste, comme un follicule simple ou compose, en un canal fermé à l'extrémité; il est vrai aussi , comme le dit Ruysch , que chaque grain glanduleux , et que la glande entière consiste dans le mélange et l'entrelacement des vaisseaux fins avec les origines du conduit excréteur ; mais il est inexact de dire, comme il l'a dit , qvie les conduits excréteurs sont la continuation des artères ; comme il serait inexact de dire, avec Malpighi, que les racines des conduits excréteurs commencent par des renflemens ou follicules. Peut-être l'hypothèse de Malpighi aurait-elle plus de probabilités , appliqiiée aux glandes granulées , comme les sahvaires , le pancréas et les lacrymales , qui ressemblent tant en effet à des folUcules composés; et celle de Ruysch, plus de vraisemblance en l'appliquant seulement au foie , aux reins et aux testicules , dont la texture est si évidemment vasculaire et canaliculée; sans que cependant on puisse affirmer qu'il y a dans les premières de véritables follicules évasés, et dans les autres, des continuations directes entre les artères et les conduits excréteurs.

On pourrait encore apporter à l'appui de cette conjecture la facilité avec laquelle , dans ces dernières glandes, les injections passent des vaisseaux dans les conduits excréteurs , et réciproquement ; et la difficuhé avec laquelle on obtient les mêmes résultats dans les glandes lobulées et granulées.

Quoi qu'il en soit de cette opinion , la texture des glandes paraît bien certainement résulter de la réunion intime des conduits excréteurs ramifiés , et clos à leur origine, avec des vaisseaux sanguins et lymphatiques et des nerfs situés dans leurs intervalles , divisés et termmes dans leur épaisseur ; le tout réuni par du tissu cellulaire et enveloppe de membranes.

§ 488. Les glandes ont pour fonction un mode de sécrétion que 1 on appelle glandulaire. Toute sécrétion en général consiste dans la formation dune humeur particulière, dont le sang fournit les maté-

ANATOMIE GÛiVÉRALE.

riaux. La sécrétion glandulaire ne clillere des autres (sécrétions folliculaire ctperspiralone), que par là complication plus -lande de son organe.

A une exception près, le même sang, le sang artériel seul , est apporte dans toutes les glandes ; le nombre , le voluirie , la direction , le mode de distribution dos vaisseaux, et le degré de ténuité auquel ils arrivent par leurs divisions successives, ne peuvent guère influer que sur la quantité de sang qui arrive à la glande , et sur la rapidité de son cours ; cependant une partie du sang étant l'emportée par les veines , et un autre liquide par les vaisseaux lymphatiques , les glandes versent par leurs conduits excréteurs des humeurs aussi différentes entre elles , que la salive , les larmes , la bile , l'urine le sperme et le lait. ^

Quelles sont donc la nature et la cause du changement du sang en humeur sécrétée? On a cru que le changement et sa cause étaient purement mécaniques , et dépendaient de la grandeur et de la figure des ouvertures par ou les humeui's sortent des vaisseavix 5 on a supposé, avec beaucoup plus de vraisemblance, que c'était un changement chimique , c'est-à-dire une autre composition élémentaire ; mais ce changement n'a lieu que dans les corps organisés, et que dans certains de leurs organes ; cette différence tient donc à des modifications de leur substance , tout comme on voit divers végétaux plantés dans le même sol, plongés dans la même atmosphère, pi-oduire, les uns , de la gomme , les autres un acide , les autres de la résine , etc. La sécrétion glandulaire , comme les autres , est donc une fonction de la substance organisée et vivante : les vaisseaux en apportent les matériaux contenus dans le sang, la production est probablement môme disposée ou préparée parla disposition des vaisseaux et le mode de circulation qui en l'ésultè; mais c'est dans le tissu qui forme les racines des conduits excréteurs qu'il faut en chercher l'instrument essentierot immédiat. La séci'étion en général, et la sécrétion glandulaire en particulier, sont évidemment soumises à l'innucnce nerveuse ; les effets des passions sur les sécrétions en général , ceux dcîs maladies, de l'hystérie, de l'hypochondiie , etc. , sont assez connus. Des expériences de M. ]3rodie sont venues confirmer ce que l'observation directe avait appris.

La ligature des veines d'une glande augmente beaucoup le produit de sa sécrétion.

§ 4,89. Les glandés commencent à se former par leur canal excré teur. Dans l'embryon ; ce canal est libre et flottant, comme dans les insectes. Les glandes sont ensuite lobées, par exemple les reins, comme eHes le sont dans les arachnides et les crustacés. Elles sont en général très-voluiTiineuses dans le fœtus et l'enfant. Elles diminuent proportionnellement à mesure que les organes des fonctions animales se développent. Quelques-unes changent de place vers l'époque de la naissance : ce sont les testicules et les ovaires. Ces glandes et les mamelles se développent beaucoup à l'époque de la puberté et se flétrissent dans la vieillesse. ^

^ 4qo. Les glandes présentent beaucoup de variétés individuelles et de vices de conformation. Quelques-unes manquent quelquefois entièrement; ce sont celles de la génération qui sont le plus sujettes à manquer. Une des glandes paires peut manquer ou être moins volu-

DU TISSU LIGAMENTEUX.

mineuse que l'autre. Quelques-unes restent quelquefois lobées, ou très-volumineuses comme dans le fœtus. D'autres sont quelcjuelois' réunies, comme les deux reins en un. D'autres peuvent conserver leur situation primitive, comme les testicules et les ovaires; ces derniers sont quelquefois, au contraire, entraînés au dehors de l'abdomeiî. Les reins peuvent aussi être situés beaucoyp trop bas , ou dans le bassin.

§ 491 . On observe quelquefois l'atrophie des glandes , soit par urie pression extérieure , soit par une production accidentelle développée dans leur épaisseur : elle a aussi lieu par le défaut d'action , ou même sans cause appréciable. L'hypertrophie a lieu quelquefois par suite de la cessation d'action d'autres organes , et surtout d'une glande paire. Assez souvent elle est accompagnée de quelque altération de tissu.

§4g2. L'inflammation des glandes est Tréquente, et souvent se développe en se propageant le long du conduit excréteur , depuis son orifice jusqu'à ses racines dans la glande. L'inflammation y est souvent suppuratoire, et quelquefois plastique; d'où résulte l'oblitération des conduits et l'induration du tissu.

§ 493- Les productions accidentelles, soit saines, soit Tnorbides, sont très-communes dans les glandes. Les ovaires y sont le plus sujets , mais surtout aux productions analogues ; les testicules , le foie et les mamelles, sont très-sujets aux productions morbides; les glandes lacrymales , salivaires , et le pancréas , sont au contraire très-peu sujets, soit aux unes, soit aux autres productions accidentelles.

§ 494' Le tissu glanduleux ne se produit point accidentellement. Quand il est entamé ., les racines ou le tronc du conduit excréteur étant divisés , la matière sécrétée est versée dans la plaie , qui a beaucoup de tendance à devenir et à rester fistuleuse.

§ 495- Ici se termine la description de tous les systèmes ou genres d'organes qui appartiennent spécialement aux fonctions végétatives; ceux qui restent à décrire appartiennent au contraire plus particulièrement aux fonctions animales. Cette distinction serait mieux tranchée si l'une des membranes tégumentaires , la membrane muqueuse, n'appartenait principalement aux fonctions de la natritîon et de la génération ; tandis que l'autre , la peau , sert principalement aux sensations ; c'est le système tégumentaire qui he les deux classes de fonctions et d'organes.'

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