FIN DE I. A TA IU. F
§ ier. L'anatomie a pour objet l'étude des corps organisés; elle est la science de l'organisation; tous les êtres organisés en sont le sujet. L'homme, le plus compliqué de tous les êtres , est le sujet principal de cette science : connaître le corps humain, les parties diverses dont il est composé , et l'arrangement de ces parties entre elles ; tel est en effet le but essentiel de l'anatomie.
L'anatomie comparative qui serait aussi bien nommée anatomie générale, embrasse dans son domaine tous les corps organisés; elle a pour objet de rechercher, par la comparaison, ce qu'ils ont de commun ou de général et en quoi ils diffèrent les uns des autres. La phytotomie est l'anatomie générale des végétaux; celle des animaux porte le nom de zootomie. L'anatomie est encore générale quand elle a pour sujet une classe, un genre, ou un grouppe quelconque d'êtres organisés, comme celle des animaux domestiques ou l'anatomie vétérinaire. L'anatomie spéciale a pour sujet une seule espèce de corps organisés ; telle est l'anatomie de l'éléphant, du cheval, de l'homme, etc.
Dans l'anatomie de l'homme, le terme anatomie générale a un autre acception, qui sera indiquée plus loin; mais il faut d'abord essayer de prendre une idée exacte de l'organisation en général et des corps qui en sont doués.
PREMIÈRE SECTION
S 2. Los corps, êtres étendus et mobiles, sont le sujet (l'une science immense appelée science de la nature, philosophie naturelle ou physique : mais ils peuvent être considérés; sous deux points de vue différens : dans l'état de repos et dans l'état de mouvement ou d'action. Dans la première, de ces deux manières de considérer les objets, on s oci upe particulièrement de la forme, soit extérieure, soit intérieure des corps ; c'est à ce genre d'étude, désigné par quelquesruns sous le nom de morphologie , qu'appartient l'anatomie. La seconde, qui conserve généralement le nom de physique, s'occupe de leurs changemens appréciables, c'est-à-dire de leurs phénomènes ou mouvemens, soit de masses, soit de molécules, et se divise pour cela en deux branches principales, la mécanique et la chimie.
§ 3. Les corps qui ont des propriétés communes ou •générales, diffèrent aussi entre eux à beaucoup d'égards. L'organisation et la vie> constituent un caractère extrêmement tranché qui les divise en deux séries trè&-distinctes; celle des corpsanorganiques ou bruts, et celle des corps organisée et vivans.
§ 4- Les corps anorganiques n'ayant point une structure compliquée, leurs particules étant dans une indépendance absolue lés unes des autres , ces corps enfin n'étant point le sujet de l'anatomie, il serait inutile1 d'insister davantage sur leur considération : il suffira
de dire que les Tnouvemens ou les phénomènes de masse que ces corps exécutent, sujets de la mécanique , se reproduisent avec une régularité et une constance qui permettent non -seulement de les observer, de les produire et de les répéter dans des expériences, de déterminer les lois suivant lesquelles ils sont produits , mais de les soumettre à l'analyse mathématique; que les phénomènes moléculaires de ces mêmes corps, sujets de la chimie, peuvent être observés, peuvent être produits ou déterminés à volonté dans des expériences, que cerraines lois suivant lesquelles ils sont produits , peuvent même être déduites des observations et des expériences, mais que ces phénomènes échappent encore à l'application du calcul, science instrumentale si propre à accélérer les progrès des connaissances auxquelles elle peut être appliquée. La science de l'organisation et de la vie est à peu près réduite aux lois d'observation.
§ 5. Les êtres organisés ou vivans sont les seuls dont s'occupe l'anatomie. Outre les caractères communs qu'ils partagent avec les corps anorganiqucs, ils en ont d'autres qui leur sont propres, et qui modifient les pre«miers; ils possèdent l'organisation et la vie. Ils ont chacun une forme propre, constante, ordinairement arrondie, ce qui paraît du à des fluides qu'ils contiennent. Leur forme intérieure, ou leur structure offre en effet un mélange de parties hétérogènes, solides et fluides. Les parties solides sont nommées organes, ce qui veut dire instrumens, à cause de l'action qu'elles exercent. Leurs particules sont entrelacées, entrecroisées, tissues, aussi nomme -t- on leur arrangement texture; elles son!
aréolaires, spongieuses, ou forment des cavités particulières qui contiennent les fluides. Ces parties sont en général extensibles ou susceptibles de s'allonger, et rétractiles ou douées de la faculté de revenir sur ellesmêmes. Lorsque ces parties ou organes sont multiples, comme cela a lieu le plus communément, chacun a sa forme déterminée, sa texture particulière , et sa situation propre. Les liquides ou humeurs sont contenus dans les solides, et en pénètrent tous les points. Toutes les parties soit solides, soit liquides, sont dans une dépendance mutuelle et nécessaire. C'est de leur réunion que résulte le corps organisé. Les solides et les fluides ont une composition analogue; ils contiennent beaucoup d'eau, et quelques combinaisons particulières ou matériaux immédiats, et peuvent se résoudre presque entièrement en gaz. Au reste leur matière n'a rien de particulier; elle se retrouve dans les corps anorganiques dans lesquels elle est puisée, et c'est beaucoup moins sa nature que son arrangement qui la distingue. On l'a présentée à tort comme différant essentiellement de la matière brute. L'oxygène, l'hydrogène, le carbone, dans un grand nombre l'azote, et quelques substances terreuses, en sont les derniers élémens.
C'est cette forme propre, cette structure commune à tous les corps vivans, ce tissu aréolaire contenant des liquides plus ou moins abondans et de même nature que lui, qu'on appelle organisation.
§ 6. On appelle vie l'ensemble des phénomènes propres aux corps organisés. La vie consiste essentiellement en ce que les corps organisés sont tous pendant
un temps déterminé des centres que pénètrent des substances étrangères qu'ils s'appi'oprient, et desquelles en sortent d'autres qui leur deviennent étrangères. Dans ce mouvement de formation momentanée la matière du corps change continuellement , mais sa forme persiste. C'est sous l'état de fluides que les substances étrangères pénètrent dans les corps organisés; c'est sous la même forme que les molécules superflues eij sortent. Les liquides et les solides sont dans un mouvement continuel dans l'organisation; les liquides parcourant les cavités des solides, et ceux-ci par leur dilatation et leur resserrement déterminant une grande partie du mouvement des premiers. Ils se changent sans cesse les uns en les autres, une partie de la matière mobile devenant fixe pour un temps, et une partie des solides redevenant liquide, ce qui s'accorde avec l'analogie de leur composition. Les corps organisés éprouvent des changemens pendant toute leur durée; depuis le moment de leur origine ils s'accroissent en dimensions et en densité. Ce dernier genre de changement continue jusqu'à la fin lorsque la structure du corps étant insensiblement altérée, le mouvement vital languit et s'arrête , ce qui constitue la mort; après la mort, les élémens qui composaient le corps organisé se séparent et forment de nouvelles combinaisons. Chaque corps organirusé ayant non-seulement sa forme extérieure mais sa structure propre et particulière, chacune de ses parties concourt par son action au résultat général. On appelle fonction l'action de chaque organe ou de plusieurs organes qui ont un but commun.
La nutrition, fonction comprenant l'absorption.,
l'assimilation et l'excrétion dont il vient d'être question, n'est pas le seul phénomène commun aux corps organisés; la génération est un autre phénomène aussi général sans lequel les espèces ne subsisteraient pas , la mort étant la suite nécessaire de la vie. Tous les corps organisés et vivans naissent de corps semblables à eux, et tous produisent leurs semblables; pour cela une partie du corps organisé qui a acquis son développement, après s'être accrue sur lui, s en sépare et forme un être semblable à lui. Cette partie, qui aura la même forme et présentera les mêmes phénomènes que son parent, s'appelle germe tant qu'elle fait partie de son corps. Ce second phénomène général n'est qu'une suite ou une conséquence du premier. Le germe tant qu'il fait partie du corps de sou parent, se nourrit et s'accroît comme un de ses organes; sa séparation constitue une sorte d'excrétion.
Les corps organisés reproduisent aussi pour la plupart certaines de leurs parties quand elles leur sont enlevées; ils réparent également jusqu'à un certain point les lésions qu'ils peuvent éprouver.
L'ensemble des individus nés des mêmes païens, et de ceux qui leur ressemblent autant qu'ils se ressemblent entre eux, constitue l'espèce. Les circonstances extérieures , comme l'atmosphère , la nourriture , et d'autres encore, suivant qu'elles sont plus ou moins favorables, influent sur l'organisation et ses phénomènes : de là résulte une perfection plus ou moins grande dans le développement , et des différences de similitude en général assez, bornées entre les individus d'une même espèce, c'est ce qui constitue les
variétés; de là résulte aussi des altératiôhs individuèïfcs variées dans les corps organisés et vivans; ces altérations de l'organisation et de ses phénomènes sont les
maladies. ' '
C est cette série de phénomènes cdmmuns à toits les corps organisés : l'origine dans un être semblable, la fin par la niort , l'entretien de l'individu par nutrition , celle de l'espèce par génération ; en un niôt, une action de formation momentanée, exercée dans un corps qui en a reçu d'un parent et qui en transmet le principe à des descendais , qu'on appelle la vie.
Ce sont cés deux caractères, l'organisation et la vie, communs à tous et propres à eux seuls, qui distinguent essentiellement les corps organisés et vivans.
§ 7. La1 forme et l'action des corps organisés et vivans, l'organisation et la vie -sont dans une connexion telle,
qu'elles peuvent être considérées chacune comme la condition de l'autre, l'une supposant constamment l'autre. Oh ne voit la vie que dans des corps organisés , oh né voit aussi l'organisation que dans des corps vivans. Il fallait en effet pour que la vie put avoir lieu, des parties solides" pour conserver la forme, et des parties fluides pour entretenir le mouvement, en un mot une organisation'; et de même pour que celle-ci pût se maintenir au milieu des causes de destruction , il fallait un mouvement et un renouvellement continuels de ses parties. Les corps organisés naissen t vivans de corps semblables à eux; dans tous, et pendant toute la durée de leur vie, les phénomènes vitaux sont dans un rapport exact avec l'état de l'organisation ; et quand celle-ci s'altère, soit par le fait même de la vie, soit par des cir-
constances accidentelles, la vie languit et s'arrête, et l'organisation , se détruit par l'action chimique de ses propres élémens. Tous les efforts des physiciens n'ont pu encore apercevoir la matière s'organisant, ou la vie Rétablissant soit spontanément, soit par des causes extérieures, en un mot ailleurs que dans un corps déjà organisé et vivant. La vie ne consiste en effet ni uniquement dans une réunion de molécules auparavant séparées, comme celle que pourrait produire l'attraction chimique, ni uniquement dans une expulsion des élémens auparavant combinés, comme celle que pourrait produire l'action répulsive du calorique; mais dans un mouvement de formation temporaire, dans lequel des élémens restent unis , qui se sépareraient si la vie cessait j et dans lequel des élémens se séparent sans que l'action du calorique les écarte: or, cette action vitale n'existe que dans les corps organisés. Cette connexion intime et réciproque de l'organisation et de la vie, a fait qu'on les a tour à tour regardées chacune comme la cause ou l'effet de l'autre. C'est à tort sans doute y et l'idée d'organisation et de vie est une idée complexe, qui ne doit pas être plus divisée, si ce n'est par abstraction, que ces deux choses ne sont ellesmêmes séparables. La vie est l'organisation en action, ou bien, suivant l'expression de Stahl; c'est l'organisme. L'objet de cet ouvrage cependant étant l'examen de l'organisation en repos, la vie n'y sera considérée que d'une manière fort abrégée *.
§ 7. Les corps organisés ayant une structure helé-
ï Voyez Riclierand, Élçmens de Physiologie.
rogène, leur histoire se compose de celle de leurs diverses parties; c'est proprement cette étude qui est l'objet de l'anatomie.. De même la physique de ces corps ne comprend pas seulement des phénomènes mécaniques ou chimiques, mais encore ceux qui leur appartiennent en propre et qui sont étrangers aux corps anorganiques; savoir la nutrition et la génération, c'està-dire l'action organique ou vitale. Cette physique particulière prend le nom de physiologie.
L'anatomie 1 peut donc être définie, la connaissance des corps organisés, ou la science de l'organisation. D'après ,son étymologie, ce mot n'a point cette signification ; il veut dire simplement dissection, mais l'usage l'a consacré, et on le préfère aux mots morphologie, organologie ( discours sur la forme, sur les organes), que quelques-uns ont proposés pour le remplacer. En effet l'anatomie est une. science purement d'observation , et la dissection est le principal moyen par lequel on met à découvert les parties des corps organisés pour les observer.
La physiologie 2 est la connaissance des phénomènes des corps organisés , ou la science de la vie ; on l'appelle encore zoonomie et biologie ( loix de la vie et discours sur la vie). La physiologie est, comme l'anatomie, une science d'observation; mais elle considère les phénomènes des corps organisés vivans.
L'anatomie et la physiologie sont liées entre elles par un rapport très-étroit : l'observation ayant appris que l'organisation et les phénomènes de la vie sont dans
1 De AvuTtpva, je dissèque.
* De Çvtis, nature, et Myos, discoms.
jO INTRODUCTION.
un rapport constant et réciproque, on peut conclure de l'une à l'autre.
§ 8. Les corps organisés et vivans, sujets de l'anatomie et de la physiologie, sont distingués en êtres inanimés ou végétaux, et en animaux ou êtres animés, d'après des différences très-tranchées entre les animaux et les végéatux dont l'organisation est compliquée, très-peu marquées au contraire entre ceux dont l'organisation est la plus simple.
§' g. Les végétaux les plus composés sont en général formés de deux parties séparées par une ligne médiane horizontale, et dont l'une descendante et contenue dans la terre est la racine; tandis que l'autre, ascendante et contenue dans l'atmosphère, est la tige qui porte les feuilles et les fleurs. Leur structure consiste simplement en un tissu aréolaire , en vaisseaux et en tuyaux spiraux qu'on nomme trachées. Ils n'ont point d'autres organes que ceux de la nutrition et de la génération. Leurs parties les plus importâmes sont toutes situées à l'extérieur. Leur composition chimique est assdz simple, l'azote s'y rencontre rarement ou n'y existe que localement. Leurs actions vitales se bornent à l'accroissement et à la reproduction. Leur nutrition , dont les matériaux sont puisés daris le sol et dans l'atmosphère, dans l'eau et dans l'air, consiste dans une absorption exercée par les racines, dans un mouvement de translation que les liquides éprouvent dans les vaisseaux de la tige, et dans une sorte de respiration qui a lieu principalement dans les lénifies; dans ces diverses actions, les végétaux retiennent l'hydrogène et le carbone, conservent peu ou point d'à-
zole, et exhalent l'oxygène superlln. Leur reproduction se t'ait suivant plusieurs modes. % a, du reste, dans [ organisation des végétaux, une assez grande diversité dont l'exposition serait déplacée dans cet ouvrage Si
Des animaux.
§ 10. Les animaux cà la tête desquels se trouve l'homme qui ressemblé beaucoup à quelques-uns d'entre eux, outre les caractères généraux des corps organisés , en ont d'autres qui leur sont propres, qui les distinguent par conséquent des végétaux, et qui influent sur les premiers et les modifient. Mais les animaux sont tellement dif'f'érens les uns des autres, que leurs caractères communs ne sont pas bien nombreux et bien tranchés; voici les caractères propres aux animaux, les uns en petit nombre communs à tous, les autres plus ou moins généraux.
Outre la forme arrondie qui appartient en général a tous les êtres organisés, on observe que la plupart des animaux sont, à l'extérieur au moins, symétriques et divisés par une ligne médiane verticale en deux, moitiés latérales semblables, et que leur longueur suivant cette ligne l'emporte sur les autres dimensions , quelquefois de beaucoup. La proportion des liquides aux solides est très-grande. Le tissu aréolaire ou cellulaire qui forme la niasse du corps est très-mou et trèscontractile. Le corps est creuse'' d'une cavité intérieure 'm intestine, où sont reçus les alimens. Cette cavité est
■' Voyez Richard. Jiléiiiens de botanique.
ainsi que l'extérieur, tapissée par une membrane ou peau qui limite et enveloppe tout le resite du corps. Il y a dans beaucoup d'animaux des vaisseaux circulatoires qui portent, dans des directions déterminées, la matière nutritive de l'intestin dans toutes les autres parties du corps; des organes respiratoires dans lesquels cette matière est soumise à l'action de l'atmosphère; et des organes sécrétoires où une partie de cette matière se sépare de la masse. Ils ont des organes génitaux qui consistent en général en une cavité de laquelle se détachent et sortent les germes. Dans la plupart des animaux enfin il y a des muscles pour exécuter les mouyemens apparens, des sens pour recevoir les impressions des objets extérieurs, et un système nerveux consistant en, des cordons ou filets plongés et épanouis par une extrémité dans les téguraens et dans les muscles, et en des renflemens plus ou moins gros dans lesquels tient l'autre extrémité des cordons.
§11. Les solides, ou les organes des animaux, ont pour base principale le tissu aréolaire ou cellulaire, substance molle, extensible, contractile, perméable aux liquides. Condensée aux deux surfaces du corps, c'est cette substance qui forme à l'extérieur la peau, et à l'intérieur les membranes muqueuses, ou la peau intérieure. C'est cette même membrane, la peau diversement disposée, qui constitue les organes de la respiration des sécrétions et de la génération : c'est elle aussi qui forme les sens. Creusé en canaux rameux dans les parois desquels il a une consistance assez grande, le tissu cellulaire constitue les vaisseaux : cette même substance
DES CORPS ORGANISÉS. l3
diversement modifiée sans perdre pourtant ses caractères distinctifs, forme encore plusieurs autres genres d'organes dans les animaux. La fibre musculaire constitue un second genre de solide différant essentiellement du tissu cellulaire en ce que au milieu de cette substance molle qui forme la masse commune , se trouvent des séries linéaires de globules microscopiques ; elle se contracte quand elle est irritée. La substance des nerfs est formée de même de globules , mais différens de ceux qui composent les muscles; elle transmet à des centres les impressions reçues , et conduit aux musclés l'influence des centres.
Les liquides animaux, ou les humeurs, sont nombreux et abondans. Dans beaucoup d'animaux il y a un liquide en circulation dans des vaisseaux, c'est le sang, masse centrale du liquide nutritif; d'autres liquides absorbés aux surfaces, ou dans la masse même du corps; et d'autres liquides enfin sécrétés ou séparés du sang. Celui-ci consiste essentiellement en un véhicule séreux, abondant, dans lequel sont plongés des particules microscopiques semblables à celles des solides. La composition du sang est tout-à-fait analogue à celle des parties solides , et il suffit d'un simple changement d'état, ou de quelques faibles changement de proportions dans les élémens pour que les matériaux, de liquides deviennent solides.
Les derniers élémens anatomiques des humeurs et des organes des animaux paraissent donc être une substance amorphe, liquide dans le sang où elle constitue le sérum ou l'albumine, et concrète dans les organes ou elle constitue le tissu cellulaire; et une substance
figurée en globules, libres et nageant dans le sang, fixés dans les organes où ils forment la libre musculaire et la substance nervale. La composition ehimiquedu corps animal est plus compliquée que celle du végétal, et consiste en élémens plus volatils; aussi l'azote y entre-t-il comme partie essentielle qui se joint aux autres élémens généraux de l'organisation. La chaux est l'élément terreux qui y existe le plus généralement.
§ 12. Les phénomènes organiques généraux, la nutrition et la génération se retrouvent dans les animaux, mais modifiés par les phénomènes qui leur sont propres. La nutrition, au lieu de résulter de l'absorption extérieure seule, résulte en même temps et principalement d'une absorption intérieure qui a lieu dans leur cavité intestinale. Le liquide nutritif puisé dans l'intestin est soumis à l'action de l'atmosphère; il résulte de ce^te respiration une production d'eau et d'acide carbonique , ce qui est le contraire de ce qui a lieu dans les végétaux. Outre cela, le liquide nutritif doit être continuellement débarrassé de matières surabondantes par les sécrétions; elles ont lieu aux surfaces externe et interne, tantôt par des vaisseaux simplement épanouis sur de larges surfaces qui laissent perspirer le liquide sécrété; ailleurs c'est du fond de petites cavités formées dans la peau ou la membrane muqueuse, que le liquide sourd; dans d'autres endroits les vaisseaux circulatoires communiquent avec des vaisseaux propres ou canaux excréteurs ramifiés, formés encore par l'enveloppe du corps, et qui versent le liquide sécrété. Parmi les liquides qui résultent de ces diverses aé-
cretions les uns ont des usages dans l'exercice des fonctions, d'autres sont rejetés comme matières superflues , ce qui constitue une sorte de dépuration. Le liquide nourricier sans cesse renouvelé par l'absorption intestinale, entretenu dans un état convenable par la respiration et les sécrétions, parvient dans toutes les parties du corps , et y opère la nutrition ; opération merveilleuse dans laquelle il se décompose de manière que dans chaque partie une portion du sang devient solide et fait partie d'un organe; en même temps, et partout aussi une partie des organes devient liquide et rentre dans le torrent circulatoire. La génération ou la production d'un nouvel être est tellement diversifiée dans ses modes qu'elle n'offre aucun caractère propre aux animaux et commun à eux tous. Lu séparation des sexes, subordonnée au mouvement, n'est en effet ni propre ni commune au règne animal. Les animaux jouissent, aussi , quoiqu'à un degré moindre que les végétaux, de la faculté de reproduire, par une sorte de végétation, certaines parties quand elles sont enlevées.
§ i3. Le mouvement musculaire, les sensations et l'action nerveuse donnent aux animaux, en quelque sorte, une nouvelle vie : aussi appelle-tron ces fonctions du nom de vie animale, par opposition aux autres fonctions que l'on appelle vie organique ou végétative. Les impressions exercées par les agens extérieurs sur les organes des sensations , c'est-à-dire sur la peau externe ou interne , ou sur quelques-unes de ses parties organisées d'une manière particulière, déterminent dans ces organes des actions qui se propagent par les
nerfs jusqu'aux masses centrales du système nerveux. 11 n est même aucune partie du corps qui , dans certains cas, ne puisse être le siège de quelque sensation. Quand l'animal à reçu une sensation, et qu'elle détermine en lui une volilion , c'est encore par les nerfs que cette volitioh est transmise aux muscles dont les contractions produisent les mouvemens de l'animal.
L'action nerveuses n'est pas bornée à transmettre les impressions reçues par les sens, et les volitions aux muscles, les masses nerveuses centrales sont encore les organes de l'instinct et des fonctions cérébrales.
Les fonctions dont il s'agit ne sont pas seulement en plus dans les animaux ou surajoutées en eux aux fonctions organiques ou végétatives, mais elles modifient singulièrement l'exercice de ces dernières. Ainsi, dans la nutrition , ce sont en général des mouvemens musculaires qui déterminent l'introduction desalimens; des fibres musculaires qui garnissent l'intestin , les y font mouvoir; des muscles qui, dans beaucoup d'animaux, garnissent les vaisseaux à leur centre de réunion, y meuvent le sang; des muscles encore déterminent, par leur mouvement, l'application du fluide atmosphérique sur l'organe respiratoire. Des sens sont placés à l'entrée des organes de la nutrition. Des nerfs se distribuent aussi aux organes de la nutrition, et quoique dans l'état ordinaire ces nerfs ne transmettent point de sensations ni de volitions , et que les mouvemens y soient immédiatement déterminés par les impressions ou irritations, cependant dans les affections fortes des centres nerveux, les mouvemens sont troublés, et dans des cas maladifs ces fonctions sont accompagnées de
sensations. La génération est, comme la nutrition, modifiée dans ses actes par les fonctions animales.
§ 14. Il y a en effet entre tous les jorganes, entre toutes les fonctions des animaux, un enchaînement qui existe bien dans tous les corps organisés et vivaris , mais qui se fait remarquer encore davantage dans les animaux , et surtout dans quelques-uns d'entre eux. Dans les êtres organisés réduits à la nutrition et cà la reproduction, la dernière de ces fonctions est la suite et la conséquence de la première. Dans les animaux qui jouissent du mouvement et du sentiment, la nutrition a dû être exécutée par une digestion , car l'animal ne pouvait être tout à la fois locomobile et em-aciné; la génération a pu être sexuelle. A mesure que chaque ordre de fonctions devient plus compliqué, les organes qui s'ajoutent à ceux dont l'existence , est plus générale, tiennent ces premiers sous leur dépendance. Ainsi -, dans l'ordre des fonctions nutritives, la.çirculalation , et dans la circulation , l'action du cœuri, beaucoup moins générales que les autres phénomènes nutritifs tiennent, quand elles existent, tous les autres phénomènes sous leur influence. De même dans les fonctions animales, l'action des centres nerveux tient sous sa direction , des phénomènes dont l'existence ;est plus générale. Les fonctions animales tiennent de même .sous la leur toutes les fonctions nutritives et reproductives, mais celles-ci, à leur tour, tiennent aussi les premières sous leur dépendance : les organes des fonctions animales devant être nourris pour remplir'leurs fonctions , et celles-ci déterminant l'exercice des organes des fonctions végétatives. De sorte que * 2
dans les animaux très-développés en organisation la vie semble essentiellement résulter de l'action réciproque de l'organe central des fonctions végétatives, et de l'organe principal des fonctions animales : de la circulation et de l'action nerveuse, ou de l'action du sangsur le système nerveux, et du système nerveux sur les organes qui meuvent le sang. Les autres phénomènes entretiennent ces deux actions principales que l'on peut regarder comme les deux fonctions essentiellement vitales des animaux.
§ 1 5. A tous ces caractères, les premiers très-généraux ou communs, et les derniers beaucoup moins généraux, il faut ajouter les dérangemens de l'organisation et des phénomènes de la vie, c'est-à-dire les maladies, beaucoup plus fréquentes dans les animaux que dans l'autre règne organique; et l'on trouvera aisément la raison de cette fréquence , dans la complication de leur organisation , dans l'enchaînement de toutes les parties entre elles et dans l'existence d'organes centraux et prédominans, dont l'action ne peut être troublée sans que tous les autres s'en ressentent. De là l'étude des circonstances et des corps extérieurs qui influent d'une manière utile ou nuisible sur l'organisation animale, et l'art de conserver ou de rétablir la santé par l'usage bien dirigé des influences extérieures , ou la médecine.
Tels sont les caractères les plus généraux des animaux ; mais ces êtres présentent dans leurs organes et dans leurs fonctions, une foule de variétés ou de dégrés de complication qu'il est important d'examiner.
DES COIIPS ORGANISÉS. J$
§ 1 6. La forme extérieure ou Ja configuration qui peu i donner une idée de la structure, dont elle est en quelque sorte l'expression , présente les variétés suivantes : Quelques animaux sont punctiformes ou globuleux, comme les monades; d'autres ont la forme d'un fila ment comme les vibrions; quelques-uns ont la forme aplatie comme une petite membrane, tels sont les cyclides; d'autres enfin appartenant comme les pré cédens au groupe des infusoires, n'ont point de forme déterminée, leur configuration changeant à chaque instant de la manière la plus bizarre; ce sont les protées. Ces formes élémentaires qui appartiennent à tous les animaux les plus simples , se retrouvent dans quelques-uns d'un ordre plus élevé, et dans certaines parties de tous les autres. Il en est de même de la forme étoilée ou rayonnée qui appartient à un certain nom bre de classes d'animaux , et qu'on retrouve dans di verses parties de ceux qui ont une autre forme exté rieure.
La forme rayonnée commence à se montrer dans les rotifères, et dans les autres polypes ; dans les acalèphes et les échinodermes, la forme rayonnée n'est pas bornée à l'extérieur, qui ressemble à une fleur radiée ou à une étoile, mais toutes les parties sont disposées autour d'un axe , et sur un plus ou moins grand nombre de rayons. Dans d'autres animaux l'axe étant plus long, la forme rayonnée devient cylindrique. Les échinodermes cylindroïdes, les vers intestinaux, les annélides établissent ce passage de la forme rayonnée à laquelle ils participent encore à la forme symétrique et à la disposition articulaire qu'ils présentent aussi ;
et les tuniciers le passage de la forme rayonnée à la forme symétrique sans articulations.
La forme symétrique se trouve à quelques faibles exceptions près, dans tous les autres animaux. Dans cette forme, le corps est partagé en; deux parties latérales ou en deux côtés semblables' par un plan médian1; mais elle se soudivise en deux autres très-différentes. Dans les mollusques le corps n'est point divisé en segmens, et il n'y a point de pieds articulés; ces animaux sont inarticulés. Les autres animaux symétriques au contraire sont articulés, c'est-à-dire que leur tronc est divisé en segmens mobiles lès uns sur les autres, et que leurs membres , quand ils en ont, sont divisés en plusieurs parties par des articulations. On trouve déjà la disposition articulaire dans les cirrhipodes qui,, de toute manière, appartiennent aux mollusques; on en trouve, aussi le principe dans les éebinodermes cylindroïdes , dans les vers, mais ce genre de forme appartient surtout aux annélides , aux insectes, aux* crustacés, aux arachnides, que l'on appelle pour cette raison animaux articulés, et à tous les animaux osseux ou vertébrés. Ainsi on peut rapporter les formes animales aux suivantes : la forme symétrique ou binaire , avec ou sans articulations; la forme rayonnée; et les formes simples d'un globule, d'un, filament^ etc. . i ; nunb i
§ 17. La forme extérieure des animaux présente encore d'autres différences. Le corps. se; divise en tronc, partie centrale qui contient les organes essentiels à la vie ou les viscères; et en appendices , parties en gênerai destinées aux mouvemens et aux. sensat ions. Le tronc
se divise en torse ou partie moyenne et en extrémités qui sont la tête et la queue. Le torse lui-même est quelquefois subdivisé en abdomen et en thorax. La tête est la partie qui , outre la bouche , contient le principal renflement nerveux, ou le cerveau, et les organes des sens spéciaux. Le thorax, dans les animaux articulés, est la partie du tronc qui porte les. membres; dans les vertébrés c'est celle qui renferme le cœur et les poumons. L'abdomen contient toujours les principaux organes de la digestion et de la génération. Ces diverses parties du tronc, qui n'existent pas toujours toutes, offrent diverses variétés.
Dans les animaux rayonnés, dans les mollusques acéphales, et dans les intestinaux et les annélides, le tronc réduit à sa partie moyenne, consiste en une seule cavité qui renferme tous les organes. Dans les mollusques céphalés il y a une tête distincte ; il en est de même des insectes, des crustacés et des arachnides, qui ont en outre un thorax, tantôt distinct de la tête et de l'abdomen, et tantôt confondu avec une ou avec ces deux parties du tronc. Dans les vertébrés la tête est toujours distincte, mais le thorax est quelquefois confondu avec l'abdomen. Les appendices présentent aussi diverses variétés : Dans quelques infusoires, il y en a de petits appelés cils. Les animaux rayonnés ont la bouche entourée d'appendices appelés tentacules, qui sont destinés au mouvement et au sentiment. Il en est de même dans quelques mollusques qui ont des tentacules sensibles et d'autres productions charnues appelée bras ou pieds pour le mouvement. Les crustacés et les insectes ont des (antennes , filamens
1NTHODUCTION.
articulés, de forme très-diverses tenant à la tête, et qui paraissent des organes de sensation. Il en est de même de leurs palpes que l'on trouve aussi dans les arachnides. Les appendices latéraux , pairs , essentiellement destinés au mouvement, et qu'on appelle membres quand ils sont articulés, existent en rudimens dans les cirrhopodes et dans les annélides setigères; on les trouve en grand nombre dans les myriapodes, en nombre assez grand, mais variable, dans les crustacés; d y en a huit dans les arachnides, et six dans les vrais insectes qui ont en outre, pour la plupart, des ailes au nombre de quatre ou de deux. Dans les vertébrés il n'y a jamais plus de quatre membres.
§ 1 8. Les organes de la nutrition présententune grande diversité. Dans les animaux les plus simples, les infusoires, cette fonction consiste uniquement dans une absorption ou imbibition extérieure dont la matière pénètre toutes les parties du corps de l'animal et est immédiatement assimilée et ensuite excrétée; on retrouve cette simplicité d'organisation dans quelques vers intestins et quelques acalèphes.
A un degré plus élevé, on trouve une cavité intestinale creusée dans la substance du corps, et dès lors l'absorption se fait par deux surfaces et surtout par la surface interne. On trouve cette simple cavité dans quelques polypes. A un degré plus élevé encore, la cavité consiste en un sac membraneux, distinct de la masse du corps, formé par une membrane ou peau intérieure continue et analogue à la peau extérieure. Ce sont encore des polypes et des acalèphes , et quelques intestinaux qui en montrent la première appa-
rence; dans d'autres animaux des mêmes classes, h cavité gastrique a des prolongemens étendus dans la masse du corps pour y distribuer la nourriture; Dans quelques acalèphes, quelques vers intestinaux, l'estomac manque, et il n'y a que les prolongemens ra^ niifiés qui s'ouvrent à la surface extérieure. Dans toutes ces premières apparences d'une cavité intestinale, la cavité est bornée à un sac allongé, ayant une seule issue. Plusieurs écbinodermes , et vers, intestinaux, ont un canal intestinal distinct, une bouche et un anus, disposition que l'on retrouve dans toutes les classes élevées , où le canal plus ou moins renflé , plus ou moins resserré, etc. , traverse le corps. L'existence de ce canal se montre en même temps que la forme cylindroïde ,et allongée du corps.
La bouche présente plusieurs variétés dont les principales sont celles d'un simple orifice ; d'une ouverture garnie de muscles , et quelquefois de parties dures, mais disposées uniquement par la succion ; d'une ouverture garnie de muscles et de parties dures pour diviser les alimens.
§ 19. Dans beaucoup d'animaux inférieurs, le suc nourricier absorbé parles parois de l'intestin, simple ou prolongé dans le corps par des appendices ramifiés,, est porté immédiatement par la substance aréolaire dans toutes les parties du corps. Tel est le cas de tous les animaux rayonnes et de l'immense classe des insectes. Dans tous les insectes, en effet, il n'y a point de vaisseaux, et le liquide nourricier doit passer par imbibition de l'intestin dans tout le corps; il y a seulement un vaisseau dorsal qui paraît un rudiment de
cœur, mais point de branches pour la circulation.
Dans les animaux plus élevés , le liquide nourricier absorbé par les parois de l'intestin , circule dans des vaisseaux clos, dont les dernières ramifications seules laissent échapper dans la substance du corps , les molécules qui doivent la nourrir. Les vaisseaux qui portent du centre de la circulation à toutes les autres parties, sont appelés artères ; ceux qui rapportent de toutes les parties du corps au centre, se nomment veines; au point de réunion des unes et des autres, on trouve dans beaucoup d'animaux un organe charnu, le cœur, qui aide par ses contractions le mouvement du liquide, et qui est ainsi que l'ensemble des vaisseaux, plus ou moins compliqué. On trouve les premiers rudimens de vaisseaux dans quelques vers intestinaux, et le premier rudiment de cœur dans les insectes.
Dans les annélides , seuls animaux invertébrés qui aient le sang rouge, il y a des artères et des veines pour la circulation , mais le cœur est seulement ébauché. Dans les arachnides trachéennes, les organes de la circulation ne sont guère plus avancés que dans les insectes , mais dans les autres, les pulmonaires, il y a un cœur ou grand vaisseau dorsal et des branches de chaque côté. Les crustacés offrent plus distinctement le cœur; dans quelques-uns , il est allongé en un gros vaisseau fibreux qui règne sur toute la longueur de la queue donnant des branches des deux côtés et qui rappelle encore le vaisseau dorsal des insectes ; mais dans d'autres crustacés, il y a un ventricule dorsal, un <*rand vaisseau ventral, èt de véritables vaisseaux cirdilatoires. Dans les mollusques il y a un cœur plus ou
moins compliqué, un double système d'artères et de veines; le sang est blanc ou bleuâtre. Enfin, dans les vertébrés, outre les artères, les veines et le cœur , il y a un système particulier de vaisseaux lymphatiques et des chylifères qui portent le liquide nourricier des intestins dans veines.
Le cœur le plus simple se compose au moins d'un ventricule qui pousse le sang dans les artères, et souvent d'une oreillette ou sinus des veines à leur entrée dans le cœur; il est aortique quand il envoyé le sang à tout le corps , et pulmonaire quand il l'envoyé à l'organe respiratioire ; il est double quand il y a deux ventricules, qui peuvent être d'ailleurs séparés ou réunis. Le cœur est simple, sans oreillette, et pulmonaire dans tous les animaux articulés qui en sont pourvus. IL' en' est de même dans les poissons, excepté qu'il y a une oreillette. Il est simple, mais aortique dans la plupart des mollusques ; il est triple dans les mollusques céphalopodes, où il y a deux ventricules pulmonaires et un aortique séparés et sans oreillettes. Dans tous les reptiles il y a un seul ventricule plus ou moins cloisonné qui envoie le sang dans un seul tronc tout à la fois aortique et pulmonaire ; la plupart ont deux oreillettes, les batraciens n'en ont qu'une.' Enfin ' le cœur est double; il y a deux oreillettes et deux ventricules accolés, l'un aortique et l'autre pulmonaire, dans les oiseaux et les mammifères.
§ 20. Pour que le liquide nutritif soit propre à sa fonction , il faut qu'il soit soumis à l'action de l'atmosphère où vit l'animal. Dans ceux qui n'ont point de circulation , l'eau agit à la surface du corps. Tel pa~
rait être le cas des ini'usoires, des polypes, des acalèphes; les vers intestinaux ne présentent non plus aucune apparence d'organes de respiration. Dans un autre degré d'organisation, l'air ou "l'eau pénétre dans tous les points du corps par des canaux élastiques, appelés trachées , et qui sont revêtus par des prolongemens de la peau. Les échinodermes ont des trachées aquifêres ; dans les insectes il y a deux trachées longitudinales étendues à tout le corps, ayant par intervalles des centres d'où partent beaucoup de rameaux et qui répondent à des stigmates , ouvertures extérieures pour l'entrée de l'air. Dans les animaux qui ont une circulation, une partie des vaisseaux porte le sang dans un organe où ils se subdivisent sur une grande surface de la peau extérieure ou de la peau intérieure. Cette surface est saillante et appelée branchie quand l'élément ambiant est l'eau, nommée poumon et creuse quand cet élément est l'air. Pour la respiration branchiale ou pulmonaire, il y a en général des organes de mouvement pour mettre le fluide ambiant en contact avec l'organe. Dans les arachnides, on trouve le passage de la respiration disséminée qui existe encore dans les trachéennes à la respiration locale qui a lieu dans des sacs pulmonaires. Dans les crustacés en général, les organes respiratoires sont des branchies saillantes diversement configurées. lien est de même dans la plupart des annélides. Dans les animaux mollusques en général, on trouve beaucoup de variétés dans les organes de la respiration : quelques-uns respirant l'air en nature, ont une cavité pulmonaire, ce sont les gastropodes pulmonés, d'au-
DES CORPS ORGAÎJISÉS. ^7
ires ont des branchies saillantes diversement configurées, d'autres encore ont leurs branchies dans une cavité'où l'eau doit être attirée. Dans les poissons, la respiration est branchiale ; elle est pulmonaire dans les
autres vertébrés.
La respiration est partielle et la circulation simple dans les reptiles où il n'y a qu'un ventricule et qu'une aorte dont l'artère pulmonaire est un rameau. Dans tous les autres animea'ux qui ont une respiration locale et une circulation , celle-ci est double et la respiration complète, c'est-à-dire qu'à chaque circuit du sang, tout le liquide passe par l'organe respiratoire. Dans les articulés et les mollusques, le cercle est simple; dans les premiers, le sang va du cœur à tout le corps en passant tout entier par les branchies, il en est de même dans les poissons; dans les mollusques, il va du cœur aux branchies en passant auparavant par tout le corps. Dans les oiseaux et les mammifères , les deux cœurs étant accolés, le cercle est double, ou mieux, le circuit est croisé et peut être représenté par un 8, au centre duquel est le cœur.
§ si. Le liquide nutritif ne doit pas être seulement soumis à l'action de l'atmosphère, mais il doit être débarrassé par les sécrétions des matières surabondantes. Dans les animaux qui ont une cavité intérieure, et par conséquent deux surfaces, ces deux surfaces servent à l'excrétion comme à l'absorption par toute leur étendue. La peau intérieure et la peau extérieure présentent aussi de petites cavités ou enfoncemens particuliers d'où le liquide sort. Enfin , dans les animaux même où il n'y a point de circulation , si quelque liquide parti-
culier doit être produit , les cavités ou enfoncemens de la peau intérieure ou extérieure sont étendues et ramifiés en vaisseaux propres ou conduits excréteurs dans le corps, et pompent dans le fluide nourricier les élémens propres à la composition de ce liquide. De même dans les animaux cpii ont une circulation , tantôt les vaisseaux s'épanouissent simplement sur de larges surfaces, et y laissent échapper par perspiration le liquide sécrété ; tantôt c'est du fond de petites cavités ou de follicules formés dans la peau intérieure ou extérieure que le liquide sourd ; dans d'autres endroits , les artères au point où elles se changent en veines j communiquent avec des canaux excréteurs ramifiés et toujours formés par la peau intérieure ou extérieure ; c'est de la réunion de ces canaux avec les vaisseaux sanguins que résultent les glandes. Ces derniers organes de sécrétion sont propres aux. animaux qui ont un cœur. Le foie par exemple, le plus général de ces organes, n'existe encore dans les arachnides trachéennes que sous la forme de vaisseaux désunis comme dans les insectes; dans les arachnides pulmonaires , et dans les crustacés au contraire , on trouve un foie encore séparé en lohes distincts ou en grappes dans quelques-uns. Les mollusques ont tous un foie considérable; la plupart ont des glandes salivaires, mais point de pancréas ni de reins. Plusieurs ont des sécrétions qui leurs sont propres. Les animaux vertébrés ont tous des glandes et, de plus que les autres, des reins, organes qui ont beaucoup de rapports avec ceux de la génération. Parmi les liquides qui résultent des diverses sécrétions, les uns ont 'des usages dans
l'exercice des fonctions,- comme la salive, la bile, etc. ; d'autres, tels surtout que l'urine, sont rejetés comme matières superflues ou nuisibles.
Ainsi les organes des fonctions nutritives dans leur extrême diversité, consistent en une substance perméable qui absorbe, s'assimile et excrète; en une ou deux surfaces, la peau et l'intestin, que les matières étrangères doivent traverser du dehors au dedans, ou du dedans au dehors par absorption ou par excrétion; en vaisseaux qui établissent des communications entre les surfaces du corps et tous les points de sa substance, et réciproquement ; en organes respiratoires, parties des surfaces, où le liquide est mis en contact avec l'atmosphère; et en organes sécrétoires, autres parties des surfaces où une partie du liquide est rejetée.
§ 22. La génération, ou la production d'un nouvel être semblable à celui dont il tire son origine , seconde fonction commune à tous les corps .organisés et vivans, présente aussi dans les animaux une grande variété dans ses organes et dans ses phénomènes. Celte fonction , dans le cas le plus simple , n'a point d'organe particulier; mais le corps tout entier, très-simple, homogène, se divise en plusieurs fragmens qui conservent chacun les propriétés du tout; c'est la génération fissipare; elle appartient essentiellement aux infusoires; elle existe accidentellement dans d'autres. Dans d'autres animaux du même groupe on aperçoit dans la substance du corps des globules ou corpuscules qui paraissent reproductifs, c'est la génération subgemmiparc , ou le premier indice d'une production de gemmes. Dans un
degré plus élevé la génération est en effet gemtnipare ; une gemme ou bourgeon croît sur la surface externe du corps, sur la peau, et ensuite se détache pour former un nouvel être distinct de son parent, ou bien continue de rester sur lui, et en forme un rameau. Ce genre de génération appartient aux polypes. On y trouve aussi la génération gemmipare interne ou subovipare. Son organe consiste en des cavités prolongées dans la masse du corps, et dans l'intérieur desquelles croissent des gemmes ou des ovules qui se séparent spontanément, et sortent en traversant un canal qui s'ouvre à l'extérieur. Ce mode de génération est encore celui des acalèphes , celui des échinodermes , peut - être celui des intestinaux cestoïdes. Les acéphales et quelques mollusques gastéropodes n'en diffèrent que parce qu'ils ont un véritable ovaire. Dans tous ces premiers cas, il n'y a pas, à proprement parler, d'organes sexuels.
§ 23. Dans toutes les organisations plus élevées, sous ce rapport, il y a des organes génitaux des deux sexes, dont le concours est nécessaire pour animer les germes. Les uns, les organes femelles, consistent en un amas de germes ou un ovaire, en un canal par où les germes détachés se portent au dehors , c'est l'oviductus, et dans plusieurs espèces, en une cavité où ils demeurent plus ou moins long-temps, se greffent et s'accroissent avant de naître, c'est l'utérus; l'orifice par lequel ils sortent est la vulve. Les organes mâles, sont des glandes appelées testicules, qui sécrètent le sperme, liqueur fécondante, et quand elle doit être introduite dans le corps de la femelle, le mâle est pourvu d'un
DES CORPS ORGANISES. Jl
pénis. Dans ce genre d'organisation le concours des deux sortes d'organes est nécessaire pour opérer la génération. On trouve la première apparence de cette organisation dans quelques vers intestinaux; mais ces animaux étant dépourvus de circulation, leur ovaire et leur testicule consistent uniquement en vaisseaux sécrétoires libres ou flottans. Les organes génitaux sont de même de deux genres dans beaucoup de mollusques, dans les annélides et autres articulés j et dans les vertébrés; seulement, dans ceux qui ont une circulation,les ovaires et les testicules sont des masses glandulaires. Parmi ces animaux, certains sont hermaphrodites ou pourvus d'organes mâles et femelles; mais cet hermaphrodisme est incomplet, ou plutôt insuffisant; car ils ont besoin pour engendrer, d'un accouplement réciproque avec un autre individu semblable : tel est le cas de quelques annélides et de quelques mollusques. Dans un ordre plus élevé encore d'organisation, les organes génitaux sont séparés et portés par des individus d.ifférens, ce qui constitue les sexes. C'est le cas de quelques vers intestinaux, de beaucoup de mollusques, des insectes, des crustacés , des arachnides et de tous les vertébrés.
§ ^4- Dans la génération sexuelle , le germe est renfermé avec des matières nutritives dans une enveloppe membraneuse ou plus solide, et même calcaire; c'est ce qu'on appelle un œuf. Tantôt l'œuf contient des matériaux nutritifs en quantité suffisante pour le développement complet de l'embryon, et reçoit seulement l'influence de l'air atmosphérique, et tout au plus celle de l'humidité au travers de son enveloppe; l'animal est
alors ovipare, soit que l'œuf soit pondu entier, et que le développement de l'embryon se fasse après la ponte, où bien que le développement précède la ponte, et que l'œuf se rompe au moment de la naissance. Dans la génération ovipare le germe ne se détache en général qu'après la fécondation; dans quelques cas cependant le germe se détache avant^ et l'œuf est fécondé pendant ou même après la ponte. L'œuf ne contient pas toujours des matériaux suffisans au développement de l'embryon ; il se 1 greffe alors par sa surface dans l'utérus, et y absorbe des matières nutritives; le petit naît vivant avec les débris de son œuf membraneux, mais clans un état de faiblesse qui exige qu'il soit nourri dune liqueur animale que la mère sécrète, c'est le lait. Les mammifères sont seuls dans ce cas. Au sordide l'œuf quelques petits ne ressemblent point du tout à leurs parens; ils éprouvent, avant d'atteindre à cette forme, des changemens qu'on appelle métamorphoses; tels sont les larves des insectes , et les têtards des batraciens; les autres au contraire naissent semblables à leurs parens, ou du moins ne s'en éloignent que par des différences de proportion qui s'effacent avec l'âge.
§ 25. La nutrition et la génération ne sont pas les deux seuls modes de production ou de formation des animaux ; ils possèdent aussi , quoique cà un degré moins élevé ou moins général que les végétaux, la faculté de reproduire, par une sorte de végétation les parties enlevées ou détruites. Mais cette faculté n'est pas au même degré de tous les animaux. Les animaux les plus simples la présentent au plus haut degré. Les
polypes et notamment les hydres reproduisent constamment et indéfiniment les parties qu'on leur enlève de sorte que l'on multiplie à volonté les i ndividus au moyen de la section. La force de reproduction des actinies n'est guère moindre; elles reproduisent les parties qu'on leur coupe, et peuvent se multiplier par la division. Les astéries ont aussi une grande force de reproduction ; elles repoussent les rayons qui leur sont enlevées, un seul rayon même, pourvu qu'il soit entier , peut reproduire les autres. On connaît la faculté qu'ont les ténia de reproduire les anneaux postérieurs de leurs corps. Parmi les annélides, les naïades ont aussi une très-grande force de reproduction. On a constaté sur l'écrevisse la faculté qu'ont les crustacés de régénérer leurs pieds lorsqu'ils les ont perdus , eu qu'ils ont été mutilés. Il paraît que les arachnides ont aussi la faculté de régénérer les pattes qu'elles ont perdues. Les salamandres aquatiques ont une force étonnante de reproduction ; elles repoussent plusieurs fois de suite le même membre quanti on le leur coupe, et cela avec tous ses os, ses muscles, ses vaisseaux, etc. Les membres et la queue des têtards de grenouilles se régénèrent aussi presque comme ceux des salamandres. La queue des sauriens , lorsqu'elle a été cassée, repousse, quelquefois un peu différente de ce qu'elle est naturellement. Dans les animaux à sang chaud la reproduction est presque bornée à $es parues épidermiques et cornées. Pour les au très parties elle se néduit ù la guérison des plaies, et à la production me cicatrice analogue à la peau, quand celle-ci a ele
entammée ou détruite.
Les organes et les fonctions propres aux animaux présentent, comme les précédons, beaucoup de degrés tle complication ou de variétés dans les êtres qui composent le règne animal.
§ 26. Dans les animaux les plus simples, le corps étant ou paraissant homogène, on ne voit aucun organe particulier pour le mouvement, et pourtant ces animalcules infusoires se meuvent en totalité avec beaucoup de vitesse. D'autres animaux un peu plus composés, comme les rotifères , qui ont un organe rotatoire particulier, comme les polypes , qui ont autour de la bouche des appendices ou tentacules dont les mouvemens agitent l'eau, attirent et saisissent les substances nutritives, et dont quelques-uns ont en outre des mouvemens de totalité ; sont encore dépourvus de tout organe musculaire distinct. L'organe propre des mouvemens apparens, la fibre musculaire, existe dans les acalèphes et dans les échinodermes dont le système musculaire est soutenu par une peau bien organisée, et dans tous les animaux plus élevées, où les mouvemens apparens, généraux ou partiels, sont produits par 1 action de ces organes. Les fibres musculaires garnissent, dans tous les animaux qui en sont pourvus, la peau externe et la peau interne ; elles forment le cœur dans tous ceux qui en ont. Parmi les animaux , quelquesuns ont la peau aussi molle que les autres parties du corps ; dans un grand nombre , elle contient dans son épaisseur des parties dures, soit calcaires, soit cornées qui défendent l'animal contre les atteintes extérieures, et qui mobiles les unes sur les autres, transmettent parties qu'elles soutiennent le mouvement qu'elles
aux
ont reçu des muscles. Dans les animaux vertébrés, ce sont des os intérieurs articulés et mobiles, qui remplissent ce dernier office, et qui pour cela sont pourvus d'une grande masse de muscles qui manquent dans les invertébrés, ou qui sont attachés à leur peau endurcie.
§ 27. Les organes des sensations , dansles animaux les plus simples , n'ont point une existence distincte ; le corps tout entier paraît recevoir les impressions comme il exécute les mouvemens. Dans les animaux qui ont une peau extérieure et une peau intérieure, différentes du reste de la masse, et tous à partir des polypes , sont dans ce cas, la peau outre sa fonction d'absorber des matières nutritives, reçoit l'impression des corps extérieurs. Dans ceux qui ont la peau très-molle et peu distincte du reste, elle est partout également sensible. Mais la peau humectée dans beaucoup d'animaux par du mucus ou par la matière sébacée , est, dans un grand nombre, garnie d'épidémie, de poils, d'écaillés cornées, ou de croûtes calcaires, et devient ainsi un organe de défense ou de soutien. Dans ce cas-là, quelques parties restent dépourvues de ces enveloppes , sont très-mobiles et sont des organes particuliers de tact ou de toucher tels sont les tentacules des oursins , celles de ces mollusques, les antertnes des insectes des crustacés, les barbillons de quelques poissons, etc.
L'organe du goût ne se trouve pas distinct dans tous les animaux qui digèrent , et cependant la sensation semble devoir exister dans tous. On ne voit rien dans les .animaux rayonnes à l'entrée du canal alimentaire, qui semble être, cet organe. Il en est de menu: dans
les mollusques et les articulés. Dans quelques insectes cependant on suppose que c'est l'extrémité de la trompe ou un palpe, enfin il s'en faut beaucoup même que tous les vertébrés aient une langue organisée d'une manière propre au goût.
L'organe de l'odorat semble manquer dans un grand nombre d'animaux, cependant, les insectes, les crustacés, les arachnides sentent les odeurs, mais on ignore le siège précis de cette sensation. Il en est de même dans les mollusques. Dans les vertébrés mêmes les fosses nazales ne traversent pas la face dans toutes les classes.
L'organe de l'ouïe ou l'oreille n'existe pas dans les dernières classes d'animaux et le son ne paraît y être perçu que comme impression tactile. Parmi les animaux articulés qui entendent tous, les écrevisses sont les seuls où l'on ait aperçu l'oreille, elle y consiste en un sac rempli d'une lymphe gélatineuse recevant un nerf distinct. De même parmi les mollusques, les céphalopodes seuls ont cet organe, qui existe dans tous les vertébrés, et y présente beaucoup de variétés.
Dans tous les animaux la lumière exerce une action sur toute la peau, sur toutes les parties qui y sont exposées mais la vue n'a lieu qu'au moyen de l'œil. IL n'y a point d'yeux dans les animaux rayonnes. Les vers et une partie des annelides en sont dépourvus, dans les autres il n'est que rudimentaire ; c'est un petit point noir. Les articulés à pieds, savoir : les crustacés, les arachnides, et les insectes, ont tous des yeux qui peuvent être de deux sortes, plus ou moins nombreux, et toujours symétriques : des yeux simples
DES COUi'S ORGANISÉS. "5j
dont la cornée n'a qu'une facette, l'iris qu'une ouverture et le nerf optique un seul filet j et des yeux corn- * posés ou à facettes multiples avec autant de pupilles et autant de filets du nerf optique. Quelquefois les yeux sont pédiculés ou placés sur des appendices articulés. Les mollusques acéphales sont dépourvus d'yeux , la plupart des gastéropodes en ont, mais de trèspetits et rudimentaires, placés soit à la tête même soit aux tentacules postérieurs. Les céphalopodes ont deux gros yeux recouverts par la peau transparente en cet endroit. Les yeux ne manquent que dans un petit nombre d'espèces dans les vertébrés.
§ 28. Le système nerveux n'est pas connu et ne paraît pas exister, dans les animaux infusoires. On en aperçoit les premières traces dans les animaux rayonnés. Les hydres, parmi les polypes ont dans leur substance des globules microscopiques dont la nature est obscure. Mais dans les étoiles de mer et dans les holothuries il y a des ganglions disposés circulairement autour de la bouche, communiquant entre eux par des filets mous, en envoyant d'autres en rayonnant dans les divisons du corps où ils se distribuent à la peau externe et à la peau interne. Dans quelques vers intestinaux on aperçoit un anneau nerveux qui en toure la bouche et d'où partent deux cordons qui s'étendent à toute la longueur du corps. Dans les animaux articulés le système nerveux présente un caractère as^ez général. Il y a un petit renflement appelé cerveau placé sur l'œsophage et fournissant des nerfs aux parties qui tiennent à la tête. Deux cordons qui embrassent l'œsopbage comme un collier se continuent sous le canal intestinal, et se réunissent
d'espace en espace en autant de doubles ganglions ou de nœuds qu'il y a d'anneaux au corps et d'où partent les nerfs du tronc et ceux des membres quand il y en a.- La disposition est la même à peu près dans les cirrhopodes. Dans les mollusques il y a une plus grande diversité que dans, les articulés. Néanmoins ce sont toujours des ganglions communiquant par des cordons et envoyant des filets aux diverses parties externes et internes. Dans les acéphales il y a au-dessus de la bouche un ganglion principal qu'on appelle improprement cerveau et un autre vers l'extrémité opposée du corps, derrière la masse des intestins, deux branches nerveuses établissent une communication entre les ganglions et embrassent dans leur écartement les viscères , d'autres filets se distribuent aux différentes parties du corps. Dans les mollusques pourvus d'une tête, il y a un renflement nerveux ou une masse médullaire principale qu'on appelle cerveau , située en travers sur l'œsophage qu'elle enveloppe d'un collier nerveux, qui se termine en-dessons par un autre ganglion plus gros, ces renflemens envoyent des filets aux parties de la tête et aux différens viscères. Dans quelques-uns il y a en outre quelques autres petits ganglions. Les céphalopodes seuls ont leur cerveau enveloppé d'une espèce de crâne cartilagineux.
Les caractères généraux du système nerveux des animaux invertébrés consistent surtout dans la dissémination des centres nerveux, et en ce que toutes les parties soit externes, soit internes, soit celles qui appartiennent aux fonctions végétatives, soit celles qui appartiennent aux fonctions animales, reçoivent leurs
DES. CORPS ORGANISÉS. 3o,
filets nerveux des mêmes centres. On verra que dans les animaux vertébrés, au contraire, le système nerveux est disposé tout différemment et d'une manière qui les distingue tout-à-fait des autres animaux.
§ 29. L'action nerveuse ou l'innervation , présente dans les animaux des variétés correspondantes à celles qu'on observe dans la disposition des organes nerveux. Dans les animaux où il n'y a point de système nerveux, et dans ceux où ce système n'a point de centre (les rayonnes), les impressions sont immédiatement suivies de mouvemens ; on appelle irritables les animaux et les parties dont les mouvemens sont déterminés par des impressions. Dans les animaux rayonnés c'est la bouche ou l'orifice par lequel ils prennent leur nourriture qui est le point le plus irritable; c'est là aussi que le système nerveux commence à apparaître dans les rayonnés qui en sont pourvus. Tous les autres animaux ont aussi des parties irritables. Dans les mollusques et dans les insectes où les divers ganglions du système nerveux sont rattachés les uns aux autres par des cordons , de manière à former un centre , et où il y a des organes de sensation spéciale, les impressions reçues par les sens donnent lieu à des sensations , et les mouvemens sont déterminés par la volition. Les mouvemens intérieurs cependant, sont produits par irritation ; mais l'irritabilité dans ces animaux est dans la dépendance du système nerveux. On observe aussi dans ces animaux, et surtout dans les insectes, une faculté qu'on appelle instinct, et qui, comme une impulsion irrésistible, leur fait produire , sans apprentissage et sans imitation , des actions très-
^u INTRODUCTION.
compliquées, nécessaires à leur conservation et à celle de leur espèce. Les animaux vertébrés , outre l'irritabilité, la sensibilité, le mouvement volontaire et l'instinct , ont encore des fonctions cérébrales qui simulent l'intelligence, jusqu'à un certain degré.
§ 3o. Les variétés ou les degrés de complications qui existent dans chaque appareil de fonction, se combinent de diverses manières , ce qui constitue des variétés de l'organisation générale. La combinaison où la co-existence des divers appareils d'organes est déterminée; certain état des organes nutritifs ou génitaux exigeant, pour que la vie ait lieu, certain état correspondant des organes du mouvement, de la sensibilité, etc. D'après un caractère extrêmement tranché de l'organisation , on divise les animaux en vertébrés et en invertébrés. L'homme appartient à la première division.
§ 3i. Quoique les animaux invertébrés diffèrent beaucoup de l'homme , cependant leur étude est d'un grand intérêt pour l'anatomiste et le physiologiste; on y voit l'organisation et la vie dans leur plus grande simplicité, et dans une foule de variétés. Ils diffèrent même tellement entre eux qu'ils n'ont aucun caractère commun et positif. D'après l'ensemble de Jeur organisation on les divise en trois grandes sections qui diffèrent entre elles autant qu'elles s'éloignent des vertébrés; ce sont celles des animaux rayonnes , mollusques et articulés; et même on trouve encore hors de ces trois divisions, une classe d'êtres douteux que les zoologistes décrivent sous le nom d'infusoires, et que les botanistes réclament parmi les conferves.
§32. Ces animaux équivoques et microscopiques, ont des formes très-simples, diverses, quelquefois changeantes: ils sont homogènes, transparens, diffluens ; ils n'ont aucune cavité, aucun organe distinct, cependant ils se meuvent dans les eaux qui les contiennent; ils se nourrissent par imbihition, ils se multiplient par scission spontanée.
§ 33. Les animaux rayonnes constituent un type particulier dont le caractère essentiel est dans la forme, qui est celle d'un centre autour duquel les parties sont disposées en rayons. Leur structure, assez simple, présente plusieurs variétés depuis les hydres ou polypes à bras, les plus simples d'entre eux, jusqu'aux astéries. Ils habitent tous l'eau.
§ 34 • Les polypes forment une classe extrêmement nombreuse d'animaux rayonnés. Ils sont, en général , allongés, ayant une seule ouverture ou bouche munie d'appendices rayonnés ; ils ont une cavité alimentaire; ils digèrent très-vite et absorbent par imbihition; ils produisent des gemmes qui tantôt restant adhérens, forment des animaux composés, phytoïdes, et tantôt se séparent. Les surfaces extérieure et intérieure sont semblables; la substance intermédiaire est homogène, gélatiniforme; on n'y distingue aucun organe particulier, seulement des globules microscopiques. Ils sont tellement régénératifs que, coupés, chaque partie devient un individu. La lumière, le bruit, et d'autres causes extérieures produisent sur eux des impressions suivies de mouvemens. Les uns sont fixés au sol, d'au- H'es sont libres. Les plus simples de tous sont ceux qui sont nus comme les hydres, etc.; ils ont un sac ali-
merïtaire simple; ils se multiplient par des gemmes extérieurs. D'autres qui sont réunis, excrètent de leur surface externe une substance cornée ou calcaire appelée polypier. Dans d'autres enfin, qui sont des animaux composés, le corps commun enveloppe une substance sécrétée dont la consistance varie depuis celle de la gelée jusqu'à la pierre.
§ 35. Les acalèphes , ou orties de mer, ont une forme circulaire ou rayonnante encore plus marquée; on les a comparés à des fleurs rosacées ou radiées. Leur structure est variée; car quelques-uns sont aussi simples que les plus simples des polypes, et d'autres sont bien plus compliqués; la bouché est centrale, garnie de tentacules, et conduit dans un estomac souvent ramifié, mais qui n'a point d'autre issue. Il y a pour la génération, des amas de gemmes internes ovariformes dans des cavités particulières.
§ 36. Les .échinodermes sont les animaux rayonnes dont l'organisation est le plus compliquée : on trouve dans cette classe la forme étoilée, la forme sphéroïde, et la forme cylindrique. Ils ont une cavité intérieure où flottent des viscères distincts; leur intestin a des prolongemens vasculiformes ramifiés dans le corps; quelques-uns ont un anus distinct; les organes de la respiration sont des canaux aquifères ramifiés; les organes de la génération sont des amas ovariformes de gemmes internes qui aboutissent à la bouche ou à l'anus; ds ont des muscles, et dans la plupart il y a des organes particuliers pour le mouvement , consistant en tic nombreux tentacules terminés par des ventouses, et qu'on appelle pieds ; la peau est bien organisée, et sou-
vent solide; quelques-uns même ont des filets nerveux.
§3 7. Les animaux articulés constituent une division du règne animal dans laquelle le corps est symétrique, divisé à l'extérieur en un certain nombre, d'anneaux ou de segmens mobiles les uns sur les autres , et formés par la peau plus ou moins ferme, et quelquefois dure, excepté dans les intervalles des anneaux où elle conserve toujours sa mollesse et sa flexibilité. Leurs muscles sont attacbés en dedans de la peau ; leurs nerfs sont des cordons renflés d'espace en espace , situés au-dessous du canal intestinal. Du reste ce type comprend des organisations extrêmement variées.
Les uns sont vermiformes , dépourvus de tête et de pieds articulés, et réduits au mouvement de reptation. Ce sont les vers et les annélides.
§ 38. Les vers intestins ou helminthes qui ont quelques rapports avec les rayonnes, ont en général le corps allongé, cylindrique ou déprimé , nu , mou ; ils n'ont aucun organe de respiration ni de circulation. Leur génération est gemmipare interne, et sexuelle, ovipare; ils habitent le corps des autres animaux; ils offrent d'ailleurs des degrés d'organisation très-différens. Les plus simples de tous, les cestoïdes (les ligules) ressemblent à un long ruban strié, et marqué d'une ligne longitudinale; on n'y aperçoit aucun organe extérieur, pas même, des suçoirs, et à l'intérieur, rien que des corpuscules oviformes dans la masse du corps. D'autres dont les formes sont très-variées (trématodes et ténioïdes) ont seulement à Texte rieur des suçoirs plus ou moins nombreux , quelquefois ramifiés dans le corps, qui
présente aussi d'autres canaux gemmifères ou ovanfères. Les acanthocéphales (échinorhynques), ont une trompe armée de eroehets pourvus de muscles; ils ont tleux petits intestins sans issue; ils ont aussi des oviductes distincts, ou des vessies spermatiques suivant les sexes qui sont séparés. Les nématoïdes ou cavitairos, comme les ascarides, etc., ont encore une organisation plus compliquée : ils ont une bouche, un anus, un canal intestinal flottant dans une cavité abdominale distincte. Leur peau extérieure est garnie de fibres musculaires, et en général striée transversalement ; ils ont des organes génitaux distincts , consistant en trèslongs canaux. Les sexes sont séparés. Ils ont un anneau nerveux qui entoure la bouche et deux longs cordons l'un dorsal et l'autre ventral ; ils ont aussi deux vaisseaux latéraux, spongieux.
§ 3c;. Les annélides, ou vers à sang rouge, sont des animaux vermiformes dont le corps allongé est divisé en anneaux nombreux, dont le premier, qui se nomme tête, est peu différent des autres, la bouche est ou un tube, ou des mâchoires. Il y a un intestin plus ou moins long qui traverse le corps; il y a un système double d'artères et de veines sans cœurs bien marqués ; le sang est rouge; la respiration est branchiale. Ils sont hermaphrodites avec accouplement réciproque; ils ont des muscles et la plupart des soies roides qui servent de pieds; ils ont à la tète des tentacules, et quelques-uns des points noirs qu'on prend pour des yeux; leur système nerveux est un cordon noueux.
§ 4o. Les autres animaux articulés sont tous pourvus d'une tète, ont tous des yeux simples ou eompo-
DES C.ORrS ORGANISÉS. 4$
ses; leur bouche irès-compliquée se ressemble beaucoup et présente deux modifications, dans lune il y a pour broyer, plusieurs paires de mâchoires latérales, dont l'antérieure porte le nom de mandibules, et souvent des palpes, filamens articulés qui paraissent servir à reconnaître les alimens; dansl'autreune trompe pour sucer. Les organes de la digestion sont compliqués et très-variés. Ils jouissent de l'odorat, mais le siège n'en est pas bien déterminé. Ils ont tous un abdomen , un thorax qui soutient au moins six pattes articulées. Leur peau est encroûtée et solide ; chaque article des pattes est tubuleux et contient les muscles de l'article suivant: toutes les articulations des pattes sont des gynglymes. La génération, est sexuelle et ovipare. Cette section contient trois grandes classes , celles des insectes, des arachnides et des crustacés.
§ 4i • Les insectes, ou les héxapodes, ont le corps composé de segmens ou anneaux nombreux et partagé en trois portions principales, et des pattes articulées au nombre de six, unetête distinctemunie d'yeux et de deux antennes, un thorax qui porte les pieds, et les ailes quand il y en a, et un abdomen qui renferme les principaux viscères. La bouche est une partie très-composée : dans les uns, broyeurs, il y a des mâchoires latérales, dans les suceurs il y a une trompe. Le canal intestinal plus ou moins long, renflé, étranglé etc., se termine par un anus. Il y a un vestige de cœur, c'est un vaisseau attaché le long du dos divisé en segmens par des étranglemens, et qui éprouve des contractions alternatives. Mais on n'a pu y découvrir de branches. Le liquide qu'il contient est blanc et paraît y pénétrer comme dans toute
INTUODUCTION.
la masse du corps par imbibition. La respiration se fait au moyen de trachées ramifiées et réunies en deux troncs principaux. Les organes sécrétoires consistent en de longs vaisseaux ou canaux spongieux repliés sur eux-mêmes plongés dans la masse du corps et aboutissant dans l'intestin ou ailleurs suivant l'usage de leur produit. Les sexes sont séparés. Les organes génitaux aboutissent en général dans l'anus. Ces animaux ne s'accouplent qu'une fois dans leur vie. La femelle fécondée dépose ses œufs dans un endroit convenable. L'œuf produit un animal vermiforme qu'on appelle larve, celle-ci se change en une chrysalide qui est dans un état de mort apparente, de celle-ci enfin sort l'insecte parfait, qui bientôt se reproduit et meurt. Ces changemens considérables de forme extérieure accompagnés d'autres changemens, un peu moins grands dans la structure , sont appelés métamorphoses ; tous les insectes , excepté les thysanoures, et les parasites qui, par leur ressemblance avec les mites , se rapprochent des arachnides, les subissent; quelques-uns ne les subissent pas toutes. Les organes des mouvemens sont des muscles et la peau endurcie par une matière cornée qu'elle contient dans son épaisseur; il y a six pattes articulées, quatre ailes dans la plupart, deux ailes dans quelques-uns; un petit nombre seulement est dépourvu d'ailes. Les mouvemens sont très -variés, ce sont la marche, la course, le saut, le vol. Les organes des sensations sont des yeux composés , et dans plusieurs des yeux lisses ordinairement au nombre de trois ; des antennes et des palpes. Ils jouissent de l'odorat et de l'ouïe mais on n'en connaît pas les organes. Le
système nerveux ;i la disposition indiquée § 28, et se termine en avant par un petit renflement ou cerveau, situé sur l'œsophage et qui fournit aux yeux et aux autres parties de la tete.
§42. Les arachnides ou octopodes, dont la tête privée d'antennes, se confond avec le thorax, ont huit pattes, et point d'ailes. Le canal alimentaire commence dans les unes par une bouche à deux mandibules latérales, dans les autres par une bouche en suçoir. La plupart ont des palpes, elles sont sujettes à des mues ou changemens de peau et non à des métamorphoses. Les sexes sont séparés, la génération est ovipare, la plupart ont des yeux visibles dont le nombre et la situation varient.
Elles présentent deux degrés d'organisation ; le premier ou le plus simple est celui des artères trachéennes, où il n'y a pas d'organes de circulation plus apparens que dans les insectes ; les organes de respirations sont, des trachées rameuses distinctes entre elles. Le plus composé est celui des artères pulmonaires ou branchiales ( araignées, tarentules, scorpions). Elles ont un cœur musculaire simple , dorsal , allongé , cylindrique , branchial ou pulmonaire, d'où partent des vaisseaux pour les organes respiratoires qui sont des sacs pulmonaires , et de là pour tout le corps. Il y a aussi un foie composé de grains ou de lobules rassemblés en grappes. Les organes sexuels sont doubles dans chaque sexe. Quelques-unes s'accouplent plusieurs fois et vivent plusieurs années. Les scorpions sont ovovivipares.
§ 43. Les myriapodes ou mille-pieds forment un petit
groupe d'animaux intermédiaires aux crustacés, auxquels ils ressemblent par la configuration , et aux insectes dont ils se rapprochent par la structure; tout en différant encore des uns et des autres. Leur corps est allongé, formé d'une suite ordinairement considérable d'anneaux portant chacun une ou deux paire.-, de pieds. Leur tête porte deux antennes et deux yeux. Leurs mandibules et leurs mâchoires ont de l'analogie avec celles des crustacés. Leur respiration est trachéale. En sortant des œufs, les petits ont six pieds et sept ou huit anneaux ; les autres pieds et les anneaux qui les supportent se développent avec l'âge.
§ 44- Les crustacés sont les animaux articulés à pieds articulés les plus compliqués en organisation. La tête et le reste du tronc sont tantôt confondus, tantôt distincts. Il y a une queue plus ou inoins prolongée divisée en segmens. Ils ont en général quatre antennes. La plupart ont la bouche disposée pour broyer, et ont pour cela plusieurs mâchoires , au moins six , toujours latérales. Il y a toujours au moins cinq paires de pattes pour le mouvement, mais dont la forme varie selon le genre de mouvement. Le nombre des pattes locomotiles est en raison inverse de celui des mâchoires : en effet les pieds antérieurs se rapprochent des mâchoires, en prennent la forme , en remplissent une partie des fonctions , et peuvent même les remplacer en entier. Ils ont pour la respiration des branchies pyramidales , lamelleuses, filamenteuses ou en panaches, qui tiennent en général aux bases d'une partie des pieds, ou qui même les remplacent en partie. Leur circulai ion est double ; le sang qui a été soumis à la respiration
„ rnul dans un grand vaisseau ventral, aortique qui le distribue à mut le corps, d'où il revient dans un autre grand vaisseau ou même un vrai ventricule dorsal qui le renvoie aux branchies. Ils ont un fpie plus ou moins divisé, ou même en canaux désunis; suivant l'état du cœur. La génération est sexuelle ovipare, sans véritables métamorphoses. La plupart transportent leurs œufs. Ils habitent tous leau. Ils présentent d'ailleurs des variétés d'organisation assez grandes. Les mâchoires, les pattes et les branchies, sont dans un rapport tel qu'on a regardé ces appendices comme étant du même genre, les premiers résultant d'une transformation des derniers. La plupart ont un test, plus ou moins solidement crustacé comme le reste de la peau, et qui couvre le tronc et dans quelques-uns la tête même. Dans plusieurs ordres, l'estomac trèsmusculeux est pourvu d'un squelette cartilagineux et de tubercules ou de dents. Le canal intestinal est en général court et droit. La position des organes génitaux varie; ces organes sont doubles dans quelques genres. Les yeux présentent diverses variétés : ils manquent clans un petit nombre; dans d'autres les deux yeux sont très -rapprochés et comme confondus en un seul; quelques-uns ont des yeux composés soutenus sur un pédicule mobile. Enfin dans quelques crustacés décapodes, il y a des organes distincts pour l'ouïe.
§ 45- Les animaux mollusques forment une division des invertébrés dans laquelle on trouve en général une forme symétrique ou binaire, mais point d'articulations. Ils ont des estomacs simples ou multiples, quelquefois garnis de parties dures, etdesintestinsdiyerseinentpro*-
longés. La plupartont des glandes sali vaires; tous,un foie volumineux ; el plusieurs, des sécrétions particulières Leur circulation est double; il y a toujours au moins un ventricule charnu; ce ventricule est aortique ; il reçoit lé sang des organes de la respiration et le renvoie dans les artères du corps. Dans ceux qui ont plus d'un ventricule , ils ne sont pas réunis en une seule masse; ils forment plusieurs cœurs distincts. Le sang est bleuâtre. Les organes de la respiration varient assez pour que les uns respirent l'air et les autres l'eau. La génération présente aussi toutes ses variétés : les uns étant sans sexes et produisant sans accouplement des petits vivans; les autres étant hermaphrodites avec accouplement réciproque : dans d'autres , les sexes étant séparés. Les œufs de ceux qui ont des sexes, ont tantôt une simple viscosité pour enveloppe, d'autres ont une coquille plus ou moins dure. Ces animaux sont très-féconds et ont la vie très-tenace. Leurs muscles sont attachés à l'intérieur d'une peau molle et contractile. Leurs mouvemens sont produits par des parties dépourvues de leviers solides. Ils sont très - irritables. Leur peau nue est enduite d'une humeur muqueuse qu'elle laisse suinter. Ils ont presque tous un développement de leur peau , qui recouvre le corps comme un manteau, en prenant toutefois diverses figures. Quelquefois ce manteau reste mou, mais le plus souvent il se forme dans son épaisseur une ou plusieurs lames, quelquefois cornées, le plus souvent calcaires ; ordinairement cette substance est assez étendue pour que l'animal puisse s'en envelopper totale ment: c'est ce qu'on appelle unecoquille. Beaucoup sont
DES CORPS ORGANISÉS. 5l
privés d'yeux, quelques-uns en ont de rudimentaires, d'autres en ont de très-développés. Leur système nerveux consiste en niasses médullaires dispersées dans le corps, et dont la principale est située en travers sur l'œsophage qu'elle entoure d'un collier nerveux. Ils ont peu d'instinct. La plupart habitent l'eau.
Ils offrent d'ailleurs plusieurs degrés d'organisation : les uns se rattachent aux rayonnes, d'autres aux articulés , d'autres , par la complication de leur organisation, approchent des vertébrés.
§ 46. Les acéphales sans coquilles , ou tuniciers , ont quelque ressemblance avec les animaux rayonnés. Il y en a qui sont réunis en un corps commun comme des polypes; parmi eux les uns sont disposés en étoiles , les anus étant au centre et les bouches à la circonférence; d'autres forment un cylindre dans lequel aboutissent les anus, les bouches étant ouvertes à l'extérieur; d'autres ont les viscères prolongés dans une masse commune , et la bouche rayonnée et l'anus rapprochés vers l'extrémité libre du corps. Il y en a d'autres qui restent seulement unis long-temps après leur naissance : ils ont, quand ils sont séparés, la forme d'un tube contractile ouvert aux deux bouts, et dans l'épaisseur duquel sont placés les viscères; d'autres enfin, fixes aux rochers , ont la forme de deux tubes engaînés dans l'intervalle desquels ils font passer l'eau. Ils ont d'ailleurs tous un canal alimentaire à deux orifices , des branchies, un foie, un cœur, et des ovaires ou des gemmes internes qui produisent, sans accouplement, des petits vivans; ils ont tous aussi des ganglions et des filets nerveux.
§ 47. Les cirrhopodes forment un petit groupe d'animaux intermédiaire entre les mollusques et les articulés. Leur corps raccourci, sans tête et sans anneaux transverses, est muni d'un manteau et d'une coquille multivalve qui ressemblent cà ceux des acéphales; ils ont à la bouche des mâchoires latérales, et le Ion» du ventre des appendices articulés, disposés par paires, dont la peau est cornée, qui ressemblent aux piedsnageoires de la queue de certains crustacés, et qu'on appelle cirrhes. L'estomac est garni de beaucoup de petites cellules qui paraissent faire l'office de foie; l'inte6tin est simple; il y a un cœur dorsal et des branchies latérales; il y a un double ovaire ou amas de gemmes internes, et un double canal serpentin pour la sortie des petits. Ces animaux sont sessiles ou pédiculés, mais toujours fixés; leur système nerveux est une série de ganglions sous le ventre.
5 48. Les mollusques acéphales ou conchyfères ont le corps dépourvu de tète, contenant tous les viscères, et enveloppé en totalité, comme un livre dans sa couverture, par le manteau ployé en deux et garni d'une coquille calcaire en général bivalve, quelquefois multivalve. La bouche est garnie de feuillets tentaculaires, cachés sous le manteau; l'anus est caché de la même manière à l'autre extrémité; il y a quatre feuillets branchiaux très - grands; le foie est volumineux et embrasse l'estomac et une partie de l'intestin, qui varie beaucoup. Le pied, lorsqu'il existe, est attaché entre les quatre branchies; c'est une niasse charnue qui se meut à la manière de la langue des mammifères. Le coeur est généralement unique, aortique, situe
du GÔté tlû dos. Ils ont un ou deux muscles qui ferun-nt la coquille, et un ligament élastique qui l'ouvre; ils ont un ganglion principal situé au-dessus de la bouche, réuni par deux cordons nerveux, à un autre opposé, et quelques autres nerfs et ganglions. Ils engendrent, sans accouplement, des petits vivans.
Les brachiopodes sont d'autres acéphales peu nombreux qui, au lieu de pieds ont deux bras charnus; ils paraissent avoir deux cœurs aortiques; un intestin replié entouré du foie. On ne connaît pas bien leur génération ni leur système nerveux.
§ 4,9- Les gastéropodes sont des mollusques céphalés qui rampent généralement sur un disque charnu placé sous le ventre, et dont le dos est recouvert par le manteau qui varie en étendue et en figure, et qui produit générale ment une coquille univalve ou multivalve. H y a dans cette classe, des mollusques, dont les organes de la respiration et la coquille ne sont point symétriques. La tête , placée en avant, et plus ou moins dégagée de dessous le manteau a ordinairement des tentacules au nombre de deux , quatre ou six , placés au-dessus de la bouche , qui servent au tact , à la vue , et peut-être à l'odorat. Il y a ordinairement aussi des yeux petits, punctiformes , tenant à la tête ou aux tentacules: les organes de la digestion sont très-variés; il n'y a jamais qu'un cœur, qui est aortique : dans ceux qui ne sont point symétriques il est à gaucho dans la plupart, et à droite dans les perverses. Les organes respiratoires varient beaucoup là plupart ont des branchies, quelques-uns respirent hm' 0,1 "«turc il en est de même de la génération,qtri présente toutes les variétés ; unisexuelle sans accou-
plemeht; hermaphrodite avec accouplement réciproque; et à sexes séparés.
Les ptéropodes forment un petit groupe de mollusques entre les acéphales et les céphalés.
§ 5o. Les céphalopodes forment une petite classe qui comprend les animaux inarticulés les plus compliqués dans leur organisation, et qui de même que les crustacés parmi les articulés se rapprochent le plus des animaux vertébrés.
Ce sont des animaux mollasses dont le corps est enveloppé dans un sac formé par le manteau qui par ses côtés s'étend plus ou moins en nageoires, et dont 1 ouverture donne passage à une tête ronde couronnée de pieds ou bras charnus garnis de ventouses, qui servent à marcher , à saisir et à nager. La bouche située entre les bases des pieds est armée de deux fortes mâchoires de corne comme un bec de perroquet; il y a une langue hérissée de pointes cornées; un œsophage renflé en jabot, un second estomac musculaire comme un gézier, et un troisième membraneux; un intestin simple et peu prolongé qui aboutit dans l'ouverture du sac devant le col. Il y a un double système d'artères et de veines, deux ventricules branchiaux et un ventricule aortique. Les organes respiratoires sont deux branchies situées dans le sac où l'eau entre et sort pour la respiration. Il y a un foie très -grand qui verse la bile par deux conduits dans le troisième estomac. Ces animaux ont une excrétion particulière, noire, produite par une glande et déposée dans un réservoir. Les sexes sont séparés ; il y a un ovaire , deux oviductes qui y prennent les œufs et les conduisent au dehors au
travers de deux grosses glandes qui les enveloppent de matière visqueuse et les réunissent en grappes; il y a un testicule, un canal déférent qui aboutit à un pénis charnu à côté de l'anus ; une vésicule et une prostate y aboutissent également. Il paraît que la fécondation se fait par arrosement des œufs. L'œil est formé de nombreuses membranes et recouvert par la peau qui est transparente en cet endroit, et qui forme même quelquefois des replis ou paupières. Il y a pour chaque œil un gros ganglion d'où sortent des nerfs innombrables. L'oreille est une petite cavité simple, creusée de chaque côté près du cerveau, sans conduit extérieur, et où est suspendu un sac membraneux qui contient une pétite pierre. Le cerveau est renfermé dans une cavité cartilagineuse qui est un rudiment de crâne.
§ 5i. Telle est l'immense série des animaux invertébrés r. Ils forment, comme on l'a vu, trois embranchemens ou types différens. On a vu qu'il y a dans chaque type une ressemblance générale et aussi divers degrés de complication et de perfectionnement dans l'organisation.
Les rayonnes sont évidemment les plus simples; ils se rapprochent par quelques-uns d'entre eux des inlusoires; les plus compliqués mêmes, parmi eux, n'ont encore aucun organe central de circulation -t aucun organe nerveux prédominant; manquant d'organes centraux ds manquent d'unité organique ou vitale.
Après les rayonnés viennent les mollusques et les articulés. Quant à l'ordre de supériorité organique de
1 Voyez. De Larnarck. Hisl. nalur. des animaux sans ver- 'ebres.
ces deux embranchemens il est assez difficile à déterminer ; car si d'une part les articulés sont inférieurs aux mollusques sous le rapport des organes et des fonctions végétatives, puisque beaucoup d'entre eux sont dépourvus d'une véritable circulation , fonction qui au contraire existe dans tous les mollusques ; d'un autre côté ceux-ci sont inférieurs aux articulés sous le rapport du développement et du rapprochement des masses nerveuses et surtout sous le rapport de l'instinct si parfait, dans quelques articulés , qu'il les rapproche beaucoup des vertébrés.
fDes animaux vertébrés.
§ 52. Les animaux vertébrés constituent un type ou un mode d'organisation auquel appartiennent l'homme et les animaux qui lui ressemblent le plus. Ils se rapprochent des invertébrés par les organes des fonctions végétatives , mais ils en différent beaucoup par ceux des fonctions animales. Leur conformation extérieure est , à l'exception près d'un genre, exactement symétrique; c'est- à* dire que leurs organes des sensations et des mouvemens sont disposés par paires aux deux côtés d'un axe ou d'un plan médian. Ils atteignent une grande tadle ; c'est parmi eux que se trouvent les plus grands animaux, ce qu'ils doivent aux os qui soutiennent leurs parties molles. Leur corps se compose toujours d'un tronc, et, à peu d'exceptions près, de membres. Le tronc est soutenu dans toute sa longueur par le rachis, colonne composée de vertèbres mobiles les unes sur les autres, à l'une des extrémii- >
DES CORl'S ORGANISÉS. %j
de laquelle est Là tête, et dont l'autre extrémité se prolonge généralement en une queue. Cette colonne , en partie solide, est creusée d'un canal, qui contient la moelle épinière. La tête est formée du crâne, qui renferme le cerveau, et de la face, qui se compose des mâchoires et des réceptacles des sens. Le reste du tronc forme une ou deux grandes cavités qui contiennent les organes des fonctions végétatives. Dans la plupart il y a, aux côtés de la colonne, des arcs osseux, ou côtes , qui garantissent la grande cavité splanchnique et dans le plus grand nombre ces côtes s'articulent en avant avec le sternum. Les membres ne sont jamais au nombre de plus de deux paires, qui manquent quelquefois l une ou l'autre ou même toutes deux : ils ont d'ailleurs des formes variées et relatives aUx mouvemens qu'ils doivent exécuter.
Les vertébrés ont tous deux mâchoires horizontales garnies, dans la plupart, de dents, corps durs analogues aux os par leur composition chimique, et aux cornes par leur mode de formation. Dans ceux qui n'ont pas de dents ( les oiseaux et les tortues ) , on trouve une véritable matière cornée à la place. Dans tous les vertébrés , le canal intestinal , étendu de la bouche à l'anus et présentant divers renflemens, est garni de glandes sécrétoires, savoir : les glandes salivaires , le pancréas et le foie. Dans tous il y a des artères , des veines, un cœur diversement conformé et des vaisseaux chylifères et lympathiques. Dans tous le sang est rouge. Dans une classe seulement ( les poissons), il y a des branchies; dans les autres l'organe respiratoire est un poumon. La respiration d'ailleurs est plus
ou moins grande ou parfaite , suivant les classes. L'organe de la sécrétion delà bile, le foie, reçoit, dan.s tous les vertébrés, du sang rapporté des intestins et de la rate par la veine-porte. Tous ces animaux ont aussi des reins qui sécrètent l'urine, et la plupart une vessie ou réservoir pour cette humeur excrémentitielle. Les sexes sont toujours séparés ; la femelle a un ou deux ovaires , d'où les œufs se détachent. Le mâle les féconde par la liqueur spermatique, mais le mode de fécondation varie beaucoup, ainsi que d'autres phénomènes de la génération.
Les muscles, outre ceux qui forment le cœur et ceux qui appartiennent à la peau, à la membrane muqueuse, et aux sens, sont en très-grand nombre et s'insèrent à des os intérieurs mobiles les uns sur les autres. Tous ceux qui ont un poumon ont aussi un larynx , quoique tous n'aient pas de voix. Les sens sont dans tous, deux yeux, deux oreilles, le nez, la langue et la peau; cette membrane étant d'ailleurs pourvue de diverses parties protectrices. Mais c'est essentiellement le système nerveux qui , par sa disposition , distingue les vertébrés. Dans les invertébrés, les mêmes renflemens nerveux, plus ou moins écartés, fournissent des filets tout à la fois aux organes des fonctions végétatives et à ceux des fonctions animales; ici, au contraire, outre ces ganglions dont les filets sont confinés aux organes des fonctions végétatives , il y a un centre particulier avec lequel communiquent ces renflemens, et d'où partent, ou bien où aboutissent les nerfs des organes des sensations et des mouvemens. Ce centre, parfaitement symétrique,
consiste en un gros cordon renfermé dans le rachis et prolongé dans le crâne où il présente divers renflemens, et est surmonté par deux organes nerveux, compliqués, plus ou moins volumineux , qu'on appelle le cervelet èt le cerveau. Ce centre nerveux est enveloppé d'os solidement unis entre eux et qui le protègent contre les atteintes extérieures. On peut regarder cette fonction des os comme une des plus importantes qu'ils remplissent.
§ 53. Outre les genres d'humeurs et d'organes qui sont communs à tous, ou du moins à la généralité des animaux , on en trouve encore dans l'embranchement des vertébrés qui n'axistent pas dans les autres ; ce sont le sang rouge, les vaisseaux chylifères et lymphatiques, les os , les ligamens et les tendons , les membranes séreuses et synoviales.
Dans tous les invertébrés, le liquide nourricier est d'une seule couleur et blanc ou bleuâtre, excepté dans les annélides, où il est rouge. Dans les vertébrés au contraire les artères, les veines, et lé cœur, contiennent du sang rouge, liquide composé de sérum incolore dans lequel nagent des corpuscules formés d'un globule central et d'une enveloppe colorée. Sa composition est plus grande que dans les invertébrés. Un liquide peu coloré ou blanchâtre, est contenu dans les vaisseaux chylifères qui commencent à l'intestin et dans les vaisseaux lymphatiques qui naissent de toutes les parties du corps; les uns et les autres très-analogues aux veines, aboutissent dans ces derniers vaisseaux.
Les. os sont des parties dures, propres aux verté-
uo INTRODUCTION.
brés; ils sont situés à l'intérieur; ils sont A'tine ftâtûré organique consistant en une masse de substance cellulaire serrée, imprégnée d'une grande proportion dë phosphate de chaux. Ils servent d'enveloppe aux centres nerveux: ils reçoivent et transmettent le niouvement musculaire; ils servent enfin de soutien et d'appui à toutes les parties, et par-là déterminent la forme du corps. Dans les invertébrés les parties dures sont en général transsudées à la surface de la peau, et consistent en coquilles, croûtes, écailles de carbonate de chaux ou de substance cornée. Ce dernier genre se retrouve aussi dans les vertébrés, où il affecte des dispositions extrêmement variées, comme celles d'écailles, de plumes, de poils, de cornes; toutes parties analogues entre elles par leur composition et leur mode de formation. On trouve encore dans les vertébrés un genre d'organes qui leur est, à peu près particulier, ce sont les tendons qui attachent les muscles aux os, et les ligamens qui entourent les articulations des os; ces liens ou attaches sont de la substance cellulaire trèscondensée , dont toute la fonction réside dans leur ténacité.
Les membranes séreuses et synoviales sont encore des parties formées par la substance cellulaire condensée et disposée en vessies à parois contiguës partout où la continuité est interrompue entre les parties ; dans les cavités splanchinques elles séparent les viscères des parois, dans les articulations mobiles elles contiennent un liquide qui humecte les extrémités contiguës des os.
§ 54. Mais ce qui distingue les vertébrés, c'est nonseulement l'action des organes qui leur sont propres,
DES CORPS ORGANISÉS. 6l
savoir un système nerveux plus concentré, et dont les parties centrales sont plus volumineuses, d'où résulte une apparence d'intelligence qui se distingue de l'instinct, un certain degré d educabilité, etc. ; c'est nonseulement l'influence que ces organes exercent sur les autres pour en diriger l'exercice; mais c'est surtout la concentration de la vie dans les organes centraux ou prédominans : dans le cœur, et dans le centre nerveux, et dans l'action de ces deux parties l'une sur l'autre. Cependant encore sous ce rapport il y a des différences assez grandes entre les vertébrés.
§ 55. Les animaux vertébrés, qui seressemblent partant de caractères, présentent en effet ainsi de grandes difféJ rences. La ressemblance existe surtout danslapartie centrale du système nerveux, et dans son enveloppe, c'est-àdire dans la moelle et dans le rachis; et les différences dans les extrémités et à la surface : ainsi dans le cerveau, le crâne, les sens, la face, les organes du mou- ' vement, les membres et la peau. De même dans les organes des fonctions végétatives , le cœur présente bien des différences, mais elles sont surtout très-grandes dans les organes et les pbénomènes de la respiration; et comme l'action des muscles et du système nerveux dépend beaucoup de la respiration, les variétés de cette fonction en déterminent de correspondantes dans les fonctions animales. Ainsi dans les mammifères, où la circulation est double, c'est-à-dire que tout le sang rapporté du corps est envoyé au poumon avant de retourner au corps, et où la respiration est aérienne, l'action musculaire a de la force. Dans les oiseaux, qù la circulation est double, et où la respiration, aérienne
aussi , ne se borne pas au poumon , niais setend dans divers endroits du corps, la vigueur des muscles est encore plus grande ; elle est faible, et les mouvemens sont lents et souvent interrompus jdans les reptiles, où la circulation est simple, et par conséquent la respiration partielle, puisqu'une partie du sang seulement est soumise à l'action de l'air avant de retourner au corps. Les poissons ont bien une circulation double , mais leur respiration ne peut être complète à cause de la petite quantité d'air que contient l'eau qu'ils respirent; aussi sont-ils , pour la station , presque en équilibre dans l'eau. Les animaux des deux premières classes ont le sang bien plus cbaud que ceux des deux dernières, qu'on appelle pour cela vertébrés à sang froid.
La génération offre aussi une différence très-notable d'après laquelle on divise les vertébrés en ovipares et en vivipares ou mammifères.
§ 56. Les vertébrés ovipares se ressemblent surtout par leur mode de génération, ils ont aussi quelques caractères communs d'organisation dans le système nerveux et dans les os qui l'enveloppent.
La génération ovipare consiste essentiellement eri ce que le germe est renfermé dans ses enveloppes avec des matières nutritives suffisantes pour le nourrir jusqu'à l'éclosion; de sorte que si l'œuf demeure à l'intérieur, il ne se greffe point aux parois de l'oviducte, mais qu'il en reste séparé. La nourriture du petit est contenue dans un sac qui fait partie de son intestin, et qu'on appelle le vitellus ou le jaune de l'œuf. Le germe n'en est d'abord qu'un appendice imperceptible , mais h mesure qu'il se nourrit et s'accroît par l'absorption
dn jaune, celui-ci diminue en proportion, et finit par disparaître vers l'époque de l'éclosement. Les fœtus des ovipares à poumons (les oiseaux et les reptiles, excepté les batraciens), ont de plus une membrane très-vasculaire, qui paraît servir à la respiration, et qui est un prolongement de la vessie : c'est l'allantoïde ; elle n'existe pas dans les poissons ni dans les reptiles batraciens dont les petits sont pisciformes. Certains reptiles et poissons gardent les œufs à l'intérieur jusqu'à l'éclosement; c'est ce qu'on appelle des ovovivipares.
Le prolongement de la moelle dans le crâne présente , dans les ovipares , des tubercules dits quadrijumeaux très-développés , le cervelet et le cerveau au contraire le sont fort peu, et il n'y a point de pont de varole ni de corps calleux. Leurs os du crâne sont très, ou très long-temps subdivisés; leurs sens ne sont point aussi complets que dans les vivipares ; leur mâchoire inférieure , très-compliquée , s'articule par une facette concave sur une partie saillante du temporal, qui est distincte du rocher; leurs orbitres ne sont séparés que par une membrane ou par une lame osseuse du sphénoïde. Quand ils ont des membres antérieurs, souvent les clavicules se réunissent et forment une fourchette, et les apophyses coracoïdes allongées s'articulent avec le sternum. Le larynx est assez simple et manque d'épiglotte, etc. 11 n'y a point un diaphragme complet entre la poitrine et l'abdomen.
Les ovipares se divisent d'après leur respiration, leur température, l'atmosphère qu'ils habitent, leur genre de mouvemens, les appendices de leur peau, etc. ;
t>4 INTRODUCTION.
en trois classes : les poissons, les reptiles, et les oiseaux.
§57. Les poissons ont un mode d'organisation évident ment disposé pour la natation 5 ils sont suspendus dans un liquide presque aussi pesant qu'eux-mêmes. Beaucoup ont dans le corps, sous la colonne vertébrale, une vessie pleine d'air qui, en se comprimant ou en se dilatant, fait varier la pesanteur spécifique de l'animal. La tête, variable pour la forme, est d'une structure fort compliquée, soit dans le crâne, soit dans les mâchoires, soit dans la distribution des dents. Les membres sont fort réduits en étendue, et conformés en nageoires; d'autres nageoires occupent le dos, le dessous de la queue et son extrémité. Le nombre des membres varie; le plus souvent il y en a quatre, quelquefois deux, quelques-uns en manquent touUà-fait. Leur position et leur connexion avec le tronc varient aussi beaucoup. Les organes de la digestion varient également; le pancréas est en général remplacé par des appendices intestinaux. La circulation est double, c'est-à-dire que la totalité du sang passe par l'organe respiratoire, mais l'atmosphère respirée est l'eau aérée : pour cela ils ont aux côtés du col un appareil d'organes appelés branchies , ce sont des feuillets attachés à des arceaux latéraux de l'os hyoïde , et composés de beaucoup de laines membraneuses couvertes d'un lacis d'innombrables vaisseaux sanguins ; cette ouverture est en outre garnie d'une membrane branchiale soutenue par des rayons de l'hyoïde , et d'un opercule osseux. L'eau que le poisson presse dans la bouche comme pour l'avaler, s'échappe entre les divisions des bl anchies, <et agit sur
le sang. Le cœur n'a qu'une oreille.tte qui reçoit les veines du corps, et un ventricule branchial. Le sang, après avoir traversé les branchies, se rend dans un gros vaisseau situé sous l'épine du dos, et qui, faisant les fonctions de ventricule et d'aorte, l'envoie dans toutes les parties du corps. Les poissons ont des reins allongés sur les côtés de l'épine, et une vessie. Leurs testicules sont deux énormes glandes connues sous le nom de laite; leurs ovaires ne sont pas moins volumineux; dans la plupart, les œufs sont pondus d'abord, et le mâle les arrose pour les féconder ; dans quelques-uns il y a accouplement et intromission de sperme : ceux-là sont pour la plupart ovovivipares. Les muscles qui forment une si grande partie de la masse de leur corps sont blancs, très-irritables, et ont une organisation moins parfaite que dans les autres classes. Il en est de même des os : dans quelques-uns d'entre eux , les chondroptérygiens, les os restent cartilagineux ; la substance calcaire n y forme pas des filamens , mais elle y reste par grains isolés; dans quelques-uns même les articulations du rachis n'existent pas; dans les autres, les os quoique fibreux et calcaires , varient beaucoup en solidité , et diffèrent notablement des os des autres classes. Les côtes sont souvent soudées aux apophylebles tfansverses. Les sens sont peu parfaits; les narines sont ébauchées sous forme de fossettes au bout du museau; l'œil a une cornée plate, peu d'humeur aqueuse, et un'crystallm presque sphérique; l'oreille consiste en un sac vestibulaire, qui contient suspendus des os pierreux en trois canaux demi-circulaires membraneux, situés' en gênerai dans la cavité du crâne; quelques genres seule. l' 5
ment ont une fenêtre ovale, située à la surface extérieure; leur langue est le plus souvent osseuse et dentée , ou cornée; la plupart ont toute la peau couverte d'écailles; quelques-uns ont des barbillons charnus qui peuvent servir au toucher. Le prolongement de la moelle dans le crâne se termine antérieurement par des renflemens d'où partent les nerfs olfactifs.
La classe des poissons présente, dans la nature du squelette, et dans le mode de génération, une division assez tranchée : en cartilagineux et en osseux.
C'est dans cette classe de vertébrés que l'on trouve un genre (celui des pleuronectes ou des poissons plats), où il y a un défaut de symétrie dans la tête, tel que les deux yeux sont du même côté.
§ 58. Les reptiles présentent dans leur configuration , dans leur structure et dans leurs fonctions, des variétés beaucoup plus grandes qu'aucune des trois autres classes des vertébrés. En effet les uns ont quatre pieds, d'autres en ont deux en avant, d'autres deux en arrière, d'autres point. Dans les uns le corps est écailleux, dans d'autres la peau est nue. Quelques-uns sont pisciformes dans leur état de fœtus , et éprouvent une véritable métamorphose en grandissant. Les organes de la digestion sont très-variés; la circulation est simple , et la respiration partielle , c'est-à-dire que le cœur, d'ailleurs assez variable, envoie le sang dans une artère dont une branche seulement va au poumon; d'où il résulte qu'il n'y a dans chaque circuit du sang qu'une partie de ce fluide qui soit soumise à la respiration. Leurs poumons ont la forme de sacs, ou du moins ont de larges cellules. Ils peuvent sans arrêter la circula-
DES CORBS ORGANISÉS. 67
tion suspendre la respiration : leur sang est froid. La quantité de respiration n'est pas la même dans cette classe , l'artère pulmonaire n'étant pas dans tous dans le même rapport avec le tronc aortique qui la fournit. Ils ont une trachée-artère et un larynx, quoiqu'ils n'aient pas tous de la voix. Les femelles ont un double ovaire et deux oviductes. Quelques mâles ont la verge bifurquée, quelques-uns en sont privés. Aucun ne couve ses œufs. Leurs muscles ont une irritabilité qui se conserve long-temps après leur séparation du système nerveux et même du reste du corps. Leurs sensations sont assez obtuses. Ils ont. des narines qui traversent la face; mais leur oreille n'est pas complète, elle est bornée au vestibule qui contient despieiTes molles, aux canaux demicirculaires, et, dans quelques-uns, à un rudiment de limaçon. On y trouve aussi des rudimens d'os du tympan, sous la peau. Les crocodiles seuls ont une ouverture auriculaire extérieure. Le cerveau, assez petit, peut être enlevé ainsi que la tête et les mouvemens continuer encore. Plusieurs restent engourdis une partie de l'année.
On a divisé les reptiles en plusieurs familles, d'après des variétés très-grandes d'organisation.
Les chéloniens ou tortues, ont un cœur à deux oreillettes, qui reçoivent chacune un sang différent, et à un ventricule, ayant deux loges inégales et communicantes , dans lequel les deux sangs se mêlent. Ces animaux sont enveloppés d'une carapace formée par les côtes et les lames des vertèbres , et d'un plastron formé par le sternum, recouverts les uns et les autres par la peau et par une matière cornée ou écaillée transsudée par la peau.
uo INTRODUCTION.
L'air pour la respiration est attiré par les narines , et poussé dans le larynx par une sorte de déglutition. Le mâle a un pénis simple, cannelé. La femelle pond des œufs qui ont une coquille très-dure. Elles vivent sans manger pendant des mois et même des années. Elles survivent plusieurs semaines à la section de la tête.
Les sauriens ou lézards, crocodiles, etc., ont le cœur comme les tortues; les côtes sont mobiles pour la respiration , le poumon est très-étehdu. Les œufs ont une enveloppe plus ou moins dure. Il y a des dents, des ongles, des écailles. La verge est simple ou double.
Les opbidiens ont le cœur à deux oreillet tes , et point de pieds. Quelques-uns d'entre eux sont venimeux. Ceux qui le sont le plus ont des crochets isolés et une disposition particulière de la mâchoire. Leurs os maxillaires supérieurs sont fort petits, portés sur un long pédicule analogue a l'apophyse ptergoïde externe, et très-mobile; il s'y fixe une dent, creusée d'un petit canal qui donne issue à la liqueur venimeuse sécrétée par une glande considérable située sous Tœil. Cette dent, placée avec plusieurs germes de remplacement sur l'os maxillaire, se cache, au moyen de la mobilité de celui-ci , dans un repli de la gencive quand l'animal ne s'en sert pas.
Les batraciens ou grenouilles, crapauds et salamandres , ont au cœur une seule oreillette et un seul ventricule. Ils ont des poumons , et dans la jeunesse des branchies analogues à celles des poissons. Dans ce premier état la circulation est comme celle des poissons; l'artère se divise dans les branchies; les vaisseaux se réunissent ensuite en un tronc aortique pour
tout le corps et même pour les poumons. Quand les branchies disparaissent, leurs artères s'oblitèrent, excepté deux rameaux qui se réunissent pour former l'aorte , et qui donnent chacun une petite branche au poumon. Les œufs sont membraneux et fécondés pendant ou après la ponte. Le petit, en naissant, a des branchies, et point de pattes; il perd les premières en grandissant, et les pattes se développent. Quelques-uns conservent les branchies toute leur vie.
§ 5g. Les oiseaux ont une organisation évidemment disposée pour le vol ; leur configuration, la proportion de leurs parties, leur abondante respiration , d'où résulte leur légèreté spécifique et une grande vigueur musculaire : tout se réunit pour ce mode de station et de mouvement. Ils sont bipèdes , leurs membres antérieurs étant uniquement destinés au vol. La poitrine et l'abdomen forment une seule grande cavité dont les vertèbres sont irès-peu mobiles ; le sternum est d'une très grande étendue, augmentée encore par une lame saillante comme une carène. La partie sternale des côtes est osseuse comme leur partie vertébrale; tout dans cette partie du tronc, est disposé pour donner un appui solide et des attaches musculaires aux ailes. Les épaules sont formées par la fourchette, les os coracoïdes, qui sont très-forts, et des omoplates allongées et faibles. L'aile est soutenue par l'humérus, les deux os de l'avant-bras et la main qui est allongée et qui a un doigt , et deux autres rudimentaires ; elle porte une rangée de pennes élastiques. Le bassin, très-allongé, fournit des attaches aux muscles des membres inférieurs, et ses os sont assez écartés pour laisser la place où les œufs se déve-
loppent. Les membres inférieurs sont formés du fémur, du tibia et du péroné, qui sont joints à lui par une-articulation à ressort, se maintenant étendue sans effort musculaire. Il y a aussi des muscles qui vont du bassin aux doigts en passant sur le genou et le talon , de manière que le poids du corps fléchit lui-même les doigts. Le tarse et le métatarse sont formés par un seul os terminé en bas par trois poulies. Il y a le plus souvent un pouce et trois doigts diversement dirigés, et dont le nombre des articulations va en croissant du pouce, qui n'en a que deux , au doigt externe , qui en a cinq. Le col est allongé, formé de beaucoup de vertèbres, et très-mobile,* le coccyx est très- court et garni de pennes comme les ailes. Le cerveau , qui a les mêmes caractères que celui des autres vertébrés ovipares, se fait remarquer par sa grandeur proportionnelle au corps qui est considérable ; mais ce volume ne dépend pas des hémisphères, qui sont petits. La peau de l'oiseau est, en général, couverte de plumes composées d'une tige creuse et de barbes ; la peau est écailleuse en dessus des doigts, et calleuse en dessous- le toucher doit être par conséquent très-faible. L'œil est muni de trois paupières mobiles; la cornée est très-convexe, le cristallin plat, le corps vitré petit. Le cristallin est muni d'une membrane qui paraît propre à le mouvoir. Le devant du globe est garni d'un cercle de pièces osseuses. Les oiseaux voient distinctement les objets de près et de loin. L'oreille, un peu plus complète que dans les autres ovipares, n'a point de pierres dans le vestibule; le limaçon est un-peu arqué; il y a un osselet entre la fenêtre ovale et le tympan, qui est dépourvu de con-
DES CORPS ORGANISÉS. Jl
que , excepté dans les oiseaux de nuit. L'organe de l'odorat, caché dans la base du bec, a ordinairement
trois cornets cartilagineux, et point de sinus. La langue est peu musculaire, et est soutenue par un prolongement osseux de l'hyoïde. La trachée-artère a des anneaux entiers; à sa bifurcation H y a une glotte ou larynx inférieur où se forme la voix ; le larynx supérieur est très-simple. Les poumons i non lobés, attachés aux côtes, laissent passer l'air dans plusieurs cavités de l'abdomen, de la poitrine, des aisselles , et même des os , ce qui augmente la légèreté spécifique , et multiplie la respiration. La mâchoire supérieure est formée principalement par les os intermaxillaires, et se prolonge en arrière en deux arcades, l'une interne, formée par les os palatins, et l'externe par les maxillaires et les jugaux, et qui s'appuient l'une et l'autre sur l'os carré ou os tympanal, qui est mobile; elle s'enjoint au 'crâne par des lames élastiques. L'une et l'autre mâchoire est revêtue de corne qui tient lieU de dents, et qui en a quelquefois la forme. L'estomac est composé de trois parties plus ou moins distinctes : le jabot, qui manque quelquefois ; l'estomac membraneux garni de beaucoup de follicules sécrét'oires ; et le gésier, muni de deux muscles vigoureux et tapissé d'une membrane coriace. Cependant dans les carnivores, le gésier est très-mince et peu distinct de l'autre estomac. La rate est petite, le foie a deux conduits, le pancréas est considérable; il y a au rectum deux appendices, quelque-
ois un seul, point dans quelques genres, et qui paraism iiiêtrelerestedel'allantoïde. Le rectum, les uretères, et les canaux spermatiques ou bien l'oviducte abou-
tissent dans une poche appelée cloaque, qui s'ouvre à lanus. Les testicules sont à l'intérieur, au-dessous des reins; il n'y a qu'un ovaire et un oviducte. Dans la plupart des oiseaux, la copulation se fait par la simple application des anus; cependant quelques genres ont un pénis cannelé. L'œuf détaché de l'ovaire ne se compose que du jaune et du germe, il s'enveloppe du blanc dans l'oviducte , et au bas du même canal il se garnit de sa coquille. La chaleur du climat, ou le plus généralement l'incubation maternelle y développe le petit.
Des vertébrés vivipares.
§ 60. Les vertébrés vivipares ouïes mammifères, au nombre desquels est l'homme,ne diffèrent pas seulement des ovipares par leur mode de génération et par leur quantité de respiration , mais ils se distinguent surtout par des fonctions animales plus parfaites, par une intelligence plus grande , moins dominée par l'instinct et plus capable de perfectionnement.
Leur conformation générale est celle des vertébrés. La cavité splanchnique du torse est divisée en deux par une cloison musculaire complète, appelée diaphragme. Sauf une seule exception , ils ont le cou formé de sept vertèbres; ils ont un sternum auquel s'attachent les premières côtes. Leur tête s'articule toujours par deux condyles avec la première vertèbre. Leur crâne a la plus grande ressemblance dans sa composition. On y trouve toujours un occipital, un sphénoïde, un etbmoïde, des pariétaux, des frontaux cl
des temporaux; plusieurs de ces os dans les fœtus sont divisés en plusieurs parties. La face est aussi peu variable; elle est formée essentiellement par lesmaxiL laires supérieurs, les intermaxillaires |, les palatins, le vomer,les os du nez, les cornets inférieurs, les jugaux et les lacrymaux : ces os réunis entre eux forment la mâchoire supérieure, qui est fixée au crâne; l'inférieure, composée de deux pièces , est articulée par un condyle saillant à un temporal fixe. Un os hyoïde, suspendu au crâne par des ligamens , soutient la langue qui est toujours charnue. Les membres antérieurs commencent par une ceinture osseuse ou épaule, formée par l'omoplate, non articulée avec l'épine, appuyée dans beaucoup de mammifères au sternum, au moyen d'une clavicule. Le bras est formé d'un seul ôs ; l'avant-bras de deux, le radius et le cubitus; la main, qui termine ces membres , est composée de deux rangées de petits os qu'on appelle carpe, d'une rangée d'os nommée métacarpe et de doigte formés chacun de deux ou trois os qu'on appelle phalanges. Les membres postérieurs ont une composition analogue à celle des membres antérieurs, et cette analogie est plus ou moins grande suivant que les membres sont destinés à des fonctions semblables ou différentes. Au reste, dans tous les mammifères, excepté les cétacés, le membre postérieur commence par une ceinture osseuse ou bassin formé par les os des hanches fixés à 1 épine; et dans la jeunesse ces os sont formés de trois parties distinctes, l'ilium , le pubis et l'ischion. La cuisse est formée d'un seul os, la jambe de deux principaux, le tibia et le péroné; le pied qui termine ce membre est
composé d'un tarse , d'un métatarse et de doigts ou orteils.
Les muscles ont une assez grande force de contraction; mais leur irritabilité est très-dépendante du système nerveux. Les mouvemens sont ceux de la marche ; dans quelques-uns le vol peut avoir lieu au moyen de membres prolongés et de membranes étendues; d'autres ont les membres très-raccourcis et ne peuvent que nager. Le système nerveux des mammifères est surtout caractérisé par l'état du cervelet et du cerveau. Le cervelet a des lobes latéraux , ou hémisphères volumineux , et il y a toujours un pont de Varole sous la moelle allongée. De même le cerveau a toujours des corps striés, et est toujours formé de deux hémisphères volumineux, garnis de circonvolutions, formant deux ventricules latéraux et réunis entre eux par le corps calleux.
Les yeux, logés dans les orbites , sont préservés par deux paupières , et un vestige de la troisième , la sclérotique est simplement fibreuse , le crystallin est fixé parles proeçs ciliaires. L'oreille a, dans tous, un labyrinthe complet, avec un limaçon, une caisse et une membrane du tympan, et des osselets. Les fosses nasales traversent la face, ont des cornets, et s'étendent dans des sinus des os. La langue est charnue et attachée à l'os hyoïde. La peau des mammifères est en général revêtue de poils : les cétacés seuls en sont totalement dépourvus.
Le canal intestinal est revêtu parle péritoine, suspendu au mésentère, repli de cette membrane qui renferme les glandes conglobées des vaisseaux chylifères ,
eteouvert d'un prolongement flottant de la même membrane, que l'on nomme épiploon. Ils ont une vessie urinaire, dont l'orifice, à peu d'exceptions près, est dans celui des organes de la génération. Les poumons eelluleux et le cœur sont renfermés dans une cavité formée par les côtes, séparée de l'abdomen par le diaphragme , et où leur surface est libre. Leur circulation est double et leur respiration est aérienne et simple. Ils ont un larynx à l'extrémité supérieure de la trachée qui s'ouvre dans l'arrière-bouche et les arrière-narines dont la communication dépend d'un voile charnu mobile , appelé voile du palais.
Oe qui distingue surtout l'organisation des mammifères, c'est leur génération; elle est essentiellement vivipare ; c'est-à-dire que l'œuf membraneux descend, et se fixe dans l'utérus, après la conception , qui exige un accouplement par lequel le sperme du mâle est lancé dans les organes de la femelle. Ils ont bien comme tous les vertébrés ovipares, du moins tout au commencement, une vésicule ombilicale ou intestinale ; ils ont aussi comme les ovipares à poumons une vessie allantoïde; mais ils ont de plus des enveloppes dont la plus extérieure , le chorion , se fixe aux parois de l'utérus par un ou plusieurs plexus de vaisseaux appelés placentas qui établissent entre lui et sa mère une communication par laquelle il reçoit sa nourriture et probablement aussi l'oxygène. Quand les foetus ont acquis le développement nécessaire , ils sont expulsés avec leurs enveloppes déchirées. Les mamelles, glandes sécrétoires , produisent du lait p,')ur nourrir les petitspendant tout le temps qu'ils en ont besoin.
C est à ce genre d'organisation , qui présente encore certaines variétés , qu'appartient l'homme.
§ 6 1 . Les mammifères présentent ainsi quelques organes qui leur sont propres , tels sont les poils de leur peau et les mamelles ; pour tout le reste, ils ne diffèrent des autres vertébrés que par des développemens plus grands de certains organes , comme , par exemple , de l'oreille , du cerveau , etc. , ou par des combinaisons différentes des organes de la circulation , de la respiration et des mouvemens.
Le sang des mammifères diffère de celui des ovipares par la forme des particules colorées : elles sont circulaires ou plutôt lenticulaires dans les mammifères , tandis que dans les ovipares , elles sont en général ovales ou ovoïdes comprimées.
lies poils des mammifères ne diffèrent pas essentiellement des autres appendices cornés de la peau : ils sont , comme tous les organes de ce genre, produits par une excrétion à la surface de cette membrane.
Les mamelles sont aussi tout-à-fait du même genre que les autres organes sécrétoires glanduleux.
§ 62. Les mammifères présentent encore dans leur organisation des variétés assez grandes : soit dans les organes du toucher, qui sont d'autant plus parfaits que les doigts sont plus nombreux", plus mobiles, moins enveloppés par l'ongle ; soit dans les organes de la manclucation et par suite dans le reste des organes digestifs ; soit enfin clans les organes de la génération. Les différentes combinaisons de ces variétés qui en entraînent beaucoup d'autres dans toutes les fonctions, et même dans l'intelligence, ont donné lieu à partager
cette classe en plusieurs ordres au nombre desquels est celui des bimanes , formé d'un seul genre, l'homme.
§ 63. L'homme se distingue des autres mammifères , par quelques différences peu importantes dans les organes des fonctions végétatives, par quelques autres plus marquées dans les organes des fonctions animales, mais surtout par Y intelligence.
L'intelligence qui constitue l'homme, est surtout caractérisée par la conscience , par la raison , par une volonté libre, par le sentiment moral et par celui d'une cause divine.
L'homme est en outre de tous les mammifères celui qui a les hémisphères du cerveau et du cervelet les plus développés et les plus garnis de circonvolutions. Ce volume des hémisphères paraît surtout considérable si on le compare à la moelle, aux nerfs, aux sens et aux muscles. Ses fonctions cérébrales sont très-développées et très-distinctes de l'instinct. Il est doué de la parole ; il vil en société. Il est le seul animal vraiment bimane et bipède; son corps tout entier est organisé pour la station verticale : ses mains sont évidemment réservées à d'autres usages qu'à la station.
Le cœur est dirigé obliquement sur le diaphragme, et l'aorte disposée un peu autrement que dans les quadrupèdes. Les organes de ka digestion sont propres à une nourriture variée, et principalement végétale. Le pénis est libre et sans os intérieur; l'utérus est une cavité simple et ovale; les mamelles, au nombre de deux seulement , sont situées au-devant de la poitrine.
Mais tout le reste de cet ouvrage étant consacré à
l'étude du corps humain, il serait superflu d'insister sur des caractères qui seront exposés en leur lieu
SECONDE SECTION
§ 64- L'homme participe, comme on le conçoit, aux caractères généraux des corps, des êtres organisés, des animaux, des vertébrés, des mammifères; il a en outre, comme tout autre , ses caractères propres : c'est l'étude de tous ces caractères, soit de la conformation extérieure et intérieure, soit des phénomènes, qui est l'objet de l'anthropologie ou de la science de l'homme. L'anatomie de l'homme, qu'on a aussi appelée anthropotomie, a pour but particulier la connaissance du corps humain , c'est-à-dire de toutes les parties qui le composent et de leur arrangement mutuel.
§ 65. L'anatomiste peut étudier le corps humain dans deux états différens : dans l'état le plus ordinaire, celui qui est propre à l'espèce et seul compatible avec l'état de santé; ou bien au contraire dans ses déviations de l'ordre naturel. Dans le premier cas , c'est l'anatomie de l'homme sain, l'anatomie hygide, si l'on veut s'exprimer ainsi ; c'est l'anatomie morbide dans le second cas.
Dans l'étude de l'anatomie on peut considérer le
J Voyez Blumcnbach, fie Varielate ndtivâ gêna is humain
Lawrence, Lectures on physiology, zoology, and the nu
tural hislori of man.
corps humain tout entier, examiner les caractères généraux de tous ses organes, de toutes ses humeurs, etc. Ce sont les généralités de l'anatomie. On peut , réunissant les organes multiples en genres ou en systèmes, d'après leurs analogies de texture, s'arrêter aux caractères génériques, en faisant abstraction de toutes les différences spéciales des organes ; et pour ceux qui , sans être multiples , sont étendus à tout le corps , on peut ne considérer que les caractères généraux,en faisant abstration des différences locales qu'ils présentent dans les diverses régions; tel est l'objet de l'anatomie générale : elle donne une connaissance un peu plus précise du sujet, que les généralités; mais pour connaître le corps humain, d'une manière positive et profitable, il faut joindre à cela une connaissance exacte de chaque organe en particulier, et de chaque région du corps; tel est le double objet de l'anatomie spéciale.
L'anatomie générale, considérant ensemble les organes semblables par leur texture, et se bornant à ce qu'ils ont de commun ou de générique, a pour objet spécial, mais non unique, leur texture. L'anatomie spéciale des organes, improprement appelée anatomie descriptive, s'occupe particulièrement de leur conformation, car c'est surtout en cela qu'ils diffèrent les uns des autres; leur situation respective est l'objet essentiel de l'anatomie des régions, ou topographique.
§ 66. La conformation extérieure du corps humain est symétrique 1 ; il est divisé en deux moitiés latérales sem-
' V oyez entre autres Bichat. Rech. physiol. sur la \ie et la mort. — Mcckel. Beitr. zur vttrgl. anat. Leipz. 1812.
blables, par une ligne médiane verticale. Cette ligne se prononce même en quelques endroits, où elle forme eë qu'on appelle des raphés ou coutures, qui semblent en effet résulter d'une sorte de couture ou de réunion de deux parties latérales séparées dans le principe. La symétrie n'est pas également prononcée dans toutes les parties du corps; elle l'est davantage dans les organes des fonctions animales , et moins dans ceux des fonctions végétatives , dans ceux de la nutrition surtout. En effet, les os, le système nerveux, les sens, les muscles , sont les parties les plus symétriques; et les organes de la digestion , de la circulation , de la respiration le sont moins que les organes génitaux. Cependant il ne serait pas exact de dire que la symétrie appartient aux premiers, et est étrangère aux derniers; elle appartient plutôt aux parties extérieures en général, et est moins exacte dans les parties profondes; ainsi les glandes lacrymales et salivaires, la thyroïde, les mamelles, les testicules, tous organes des fonctions de la nutrition et delà génération sont symétriques, tandis que les nerfs du larynx, de l'estomac et des intestins, le muscle diaphragme, ne le sont point. On observe aussi que certaines parties qui se développent plus tard sont moins symétriques que celles du même genre qui se développent avant: ainsi dans le système nerveux la moelle, qui se développe la première, est plus symétrique que le cerveau ; les côtes sont moins symétriques que le rachis, et plus que le sternum. Enfin on observe encore que les parties sont plus symétriques à l'époque de leur formation , et que ce ce genre de régularité s'altère ensuite : l'estomac, l'intestin, le
DÛ CORPS HUMAIN. 8l
foie, sont d'abord beaucoup moins irréguliers qu'ils ne le deviennent ensuite; la colonne vertébrale, d'abord exactement médiane , se renverse un peu à gauche par la prédominance du bras droit , et de-là résultent encore l'inclinaison du nez, l'inégale élévation des testicules , la fréquence des hernies à droite, etc. On observe quelquefois un dérangement de la symétrie, tel que les organes d'un côté occupent le Coté opposé, et vice versa; c'est ce qu'on appelle transposition des viscères. Dans ce cas , qui se rencontre une fois sur trois ou quatre mille sujets environ, et que j'ai vu quatre ou cinq fois, le poumon trilobé, le foie, le cœcum, sont à gauche, et le poumon à deux lobes, la pointe du cœur, la rate, la portion sygmoïde du colon, etc., sont à droite: les individus qui présentent ce vice de situation ne sont pas pour cela gauchers. Les maladies qui affectent les organes symétriques, et celles qui ont leur siège dans des parties sans symétrie présentent des différences remarquables. On a même prétendu, mais d'après des vues hypothétiques, que les deux côtés du corps étaient chacun plus disposés à certaines maladies r.
On a aussi établi des comparaisons et cherché des analogies entre les deux moitiés supérieure et inférieure du corps. L'analogie entre les membres est évidente ; les épaules et le bassin , le bras et la jambe , la main et le pied, sont construits sur le même plan, et ne diffèrent qu'autant que la différence de leurs fonc-
' Voyez Mehlis, de Morbis homtnis dextri et sinistri. Gotting. 1818.
8 a INTRODUCTION.
tions le comporte. Quant à l'analogie que l'on a cru trouver dans l'homme, comme clans les animaux articulés, entre différentes tranches de son tronc, et entre les membres et les mâchoires , elle repose sur une comparaison entre des objets trop différens pour être comparables.
Entraîné par une analogie forcée avec les animaux rayonnés, on a aussi cherché dans la partie antérieure du tronc des parties correspondantes à la colonne vertébrale ; on a cru les trouver dans le sternum : l'observation ne montre ici de rapprochement raisonnable qu'entre les muscles antérieurs et les muscles postérieurs de la colonne vertébrale. Laissons donc des comparaisons qui ne peuvent conduire à rien de bon et d'utile.
§ 67. On divise le corps humain , comme celui des autres vertébrés, en tronc et en membres. Le tronc est la partie centrale et principale, celle qui contient les organes les plus essentiels à la vie, ou les viscères. Ces parties sont logées dans trois cavités ou ventres: l'inférieur est l'abdomen, et contient les organes de la digestion, de la sécrétion urinaire et de la génération ; le moyen, le thorax, renferme les organes de la respiration et de la circulation ; et le supérieur, la té te, dont la cavité se prolonge dans la colonne vertébrale, loge le centre nerveux et les sens. On a pu remarquer déjà ( Pre Section ) combien cette distribution des viscères est en rapport avec leur importance dans le règne animal , on verra plus tard qu'elle l'est également avec l'ordre de leur développement. Considéré dans son ensemble, le tronc, aplati d'avant en arrière, pré-
sente une face antérieure ou sternale, une face postérieure, ou dorsale, et des côtés ; il présente deux extrémités , l'une supérieure ou céphalique , l'autre inférieure ou pelvienne. Les membres, appendices articulés et destinés aux mouvemens, se distinguent en supérieurs ou thoraciques, et en inférieurs ou abdominaux , les uns et les autres divisés par des articulations en plusieurs parties. Les diverses parties du tronc et des membres sont encore soudivisées en un certain nombre de régions, ou de portions distinctes et importantes à considérer , à cause des organes qui y sont placés. Les divisions du corps et les subdivisions sont principalement déterminées par les os» La connaissance des régions est nécessaire pour déterminer la situation absolue des organes, et leur étude approfondie est . le plus sûr ou plutôt le seul moyen de connaître la situation respective des parties : cette connaissance constitue une sorte d'anatomie topograpbique du plus grand intérêt.
§ 68. Le corps bumain est composé , comme tous les corps organisés , de parties solides et de fluides qui ont une composition analogue, et qui se changent continuellement les unes en les autres. Les fluides sont en trèsgrande quantité et leur masse l'emporte de beaucoup sur celle des solides ; cependant la proportion des uns aux autres ne peut être déterminée exactement ; d'une part, parce que certains fluides, comme l'huile, se séparent difficilement des solides; et d'autre, part, surtout, parce que beaucoup de parties solides sont fluidifiables, et dans la dessication se confondent et se dissipent avec les liquides. On a cependant essayé de
déterminer la proportion des liquides aux solides, soit par la dessiccation au four ou à l'étuve, soit par la momification; quelques-uns pensent que la proportion des liquides aux solides est comme six est à un ; d'autres, que cette proportion est comme neuf est à un. L'examen d'une momie a donné une proportion des liquides bien plus grande encore, puisque cette momie d'adulte ne pèse que sept livres et demie. Mais la proportion , fut-elle déterminée exactement dans un cas, varierait suivant les individus; l'âge, le sexe, la constitution, etc., y apporteraient des différences notables.
Les solides et les liquides sont formés de globules et d'une substance amorphe , liquide dans les uns, concrète dans les autres.
§ 69. La composition chimique 1 des solides et des fluides du corps humain résulte d'un certain nombre de matériaux immédiats, dont les principaux sont le gélatine, l'albumine, le mucus, la fibrine, l'huile, l'eau, le sucre, la résine, l'urée, la picrocholine, l'osmazôme, la zoohématine, le phosphate de chaux, le carbonate de chaux, etc. Ces matières elles-mêmes sont composées, et les élémens que l'on trouve dans le corps humain sont l'oxygène , l'hydrogène , le carbone , l'azote, le phosphore, le calcium, le soufre, le potassium, le sodium, le chlore, le fer, le manganèse; on y trouve même du magnésium et du silicium.
Ces substances élémentaires, pour former les matériaux immédiats et ceux-ci pour composer les parties
Voyez Orfila. Chimie médicale.
solides et fluides du corps humain sont combinés dans l'acte de la nutrition et de la génération d'une manière que la chimie ne peut imiter : c'est précisément cet acte de formation ou d'organisation qui caractérise la vie.
Des humeurs.
% 70. Les fluides ou les humeurs 1 du corps humain sont contenus dans les solides et en pénètrent toutes les parties. Ils se composent des molécules venues du dehors pour l'entretien du corps, et de celles qui sont détachées du corps pour être rejetées. Leur fluidité n'est pas seulement due au calorique et à l'eau , comme celle des fluides étrangers à l'organisation, mais elle dépend, comme leur composition, de l'action vitale. Les fluides diffèrent entre eux , les uns étant gazeux, d'autres vaporeux, d'autres liquides et plus ou moins coulans, ils diffèrent aussi en couleur; leur composition varie également, mais elle leur est propre et ne peut être imitée par l'art.
On peut distinguer les humeurs en trois genres: i° le sang, masse centrale où affluent et d'où partent toutes les autres; i° les humeurs qui arrivent du dehors au sang ; 3° celles qui en émanent.
§ 71. Le sang est un liquide d'une couleur rouge , d'une odeur particulière, d'une saveur un peu salée, nauséeuse; sa température est celle du corps, dont il est même la partie la plus chaude; il est visqueux au tou-
' Voyez Plenck. Hygrologia corporis humani.—C\\au&s\ev. Table synoptique des humeurs.
cher; sa pesanteur spécifique est environ io5, l'eau pesant 100. Il est contenu dans le cœur et dans les vaisseaux sanguins. Sa quantité dans l'homme adulte est considérable, niais variable. On a très-diversement estimé ceUe quantité; les estimations varient depuis huit ou dix livres, jiyqu'à quatre-vingt ou cent.
S 72. Les m ci ographes ont fait sur cette humeur des observations d«»nt voici le précis : re sang se compose d'un véhicule séreux dans lequel des particules microscopiques rouges sont tenues en suspension; en général on a considéré ces corps comme des sphères, marquées d'un point lumineux dans leur centre, ou bien comme étant percées et par conséquent de forme annulaire. Hewson a trouvé au contraire que les particules rouges du sang humain sont lenticulaires. Les observations importantes de MM. Prévost et Dumas et les miennes propres ont donné le même résultat. M. Home avait cru , comme le Dr. Yyoung , que l'aplatissement était postérieur à la sortie du sang, et qu'il dépendait de la séparation de la partie colorante. Les particules sont en effet composées d'un globule central, transparent, blanchâtre, et d'une enveloppe rouge, moins transparente, ayant la forme d'un sphéroïde déprimé. Le diamètre des particules est , dans l'espèce humaine, d'environ un cent cinquantième de millimètre. Tant que le sang est contenu dans ses canaux et qu'il y est en mouvement ées choses restent en cet état.
§ y'5. Extrait des vaisseaux qui le contiennent, le sang exhale,, pendant tout le temps qu'il conserve sa chaleur, une vapeur formée d'eau et de matière animale suscep-
DtT CORPS HUMAIN. bj
tible de putréfaction. Il se coagule bientôt, abandonne probablement un peu de chaleur, et dégage aussi une grande quantité de gaz acide carbonique. Ce dégagement, peu sensible quand le sang est soumis à la pression de l'atmosphère , et ne se manifestant alors que par la production de canaux clans l'intérieur du coaguhun , s'opère au dehors du caillot , lorsqu'on le place sous le récipient d'une machine pneumatique où l'on Tait le vide. Il ne faut pas confondre ce dégagement de vapeur et de gaz du sang hors de ses vaisseaux, avec un prétendu gaz que l'on a supposé circuler avec lui.
Peu après la coagulation du sang en une seule masse, il se partage en deux parties ; le coagulum se resserrant, exprime la partie liquide ou le sérum qu'il renfermait. Le resserrement continue,. et par conséquent la quantité du sérum expiimé augmente jusqu'à l'époque de la putréfaction. Ordinairement la surface supérieure du coagulum, se resserrant davantage que le reste, devient concave. Si on lave le caillot sous un filet d'eau en le pressant doucement et long-temps, l'eau entraîne la matière colorante ou le cruor, et il reste une masse fibrineuse blanche. Ainsi , par la coagulation et par le lavage , le sang se trouve partagé en sérum , en cruor et en fibrine.
Mais voici ce qui arrive dans ces opérations : aussitôt que le sang est hors des vaisseaux, la matière colorante des particules abandonne le globule blanc central , et ceux-ci , débarassés de leur enveloppe , s'unissent entre eux et forment des filamens qui se réunissent en un reseau ou lacis dans lequel se trouvent renfermées la matière colorante el beaucoup de particules entières
qui n'ont point éprouvé cette décomposition. Quand on pétrit et qu'on lave le caillot, l'eau entraîne tout à la fois la matière colorante libre et les particules qui sont restées entières, et qui contiennent encore un globule blanc dans leur intérieur.
Il y a donc dans le sang- trois matériaux principaux, le sérum , les globules blancs et la matière colorante qui les enveloppe; ces deux derniers, réunis dans le sang coulant et formant les particules colorées, se séparent en grande partie peu d'instans après que le sang est tiré hors des vaissaux. Ces matériaux sont dans des proportions très -différentes, suivant les circonstances d'âge, de sexe, de constitution, de maladie, etc. ; dans l'homme adulte et sain , les particules colorées , desséchées, font un peu plus d'un huitième du poids du sang.
§ 7 4- Le sérum a une faible couleur jaune -verdâtre; il a la saveur, l'odeur et le toucher du sang; il est alcalin; il se coagule à environ 6o° C. Il ressemble alors à du blanc d'œuf cuit , et contient dans des vacuoles une substance que l'on a prise pour de la gélatine, et qui paraît être du mucus. Les parties constituantes du sérum sont de l'eau, de l'albumine, de la soude et des sels de soude. On peut, selon M. Brande, considérer le sérum , qui est de l'albumine liquide presque pure , comme un albuminate de soude avec excès de base. La coagulation paraît dépendre de la neutralisation de la soude nécessaire à sa fluidité ; l'alcool et la plupart des acides opèrent cette coagulation en enlevant la soude; et par l'action de la pile galvanique comme par la chaleur, la soucie transforme en mucus
une petite partie de l'albumine, tandis que le reste se coagule. L'albumine et le sérum lui-même présentent encore quelques particularités à noter ; c'est que le coagulum d'albumine offre à l'inspection microscopique des globules , et que le sérum conservé liquide dans une éprouvette pendant quelques jours montre peu à peu des globules qui se déposent au fond , et qui éprouvent un mouvement singulier d'ascension et de descension quand on échauffe le vase en le tenant dans la main; enfin il faut encore noter que l'albumine coagulée a la plus grande analogie avec la fibrine, dont elle ne diffère peut-être point du tout.
§ j5. Le cruor du sang ou la matière colorée obtenue par le lavage, est toujours un mélange de matière rouge libre, de globules enveloppés de la même matière et de sérum. Aussi les travaux des plus habiles chimistes ont encore appris peu de choses sur la matière colorante du sang ou la zoohématine. Cette substance insoluble dans l'eau , mais pouvant s'y diviser extraordinairement et de manière à traverser les filtres, est formée d'une matière animale en combinaison avec le péroxide de fer. La couleur rouge du sang varie dans ses nuances.
§ 76. La fibrine du sang, ou la lymphe coagulable de quelques-uns , offre l'aspect de fibres feutrées , tenaces , élastiques, ayant au microscope l'aspect et la structure de la fibre musculaire, étant composées de globules blancs semblables à ceux des particules Golorées du sang; la fibrine, tout comme la fibre musculaire, mise dans l'eau se résout en globules avant de se putréfier. Cette substance coagulable ou plastique paraît
être, ainsi que l'albumine, le moyen d'agglutination qui détermine dans l'économie les réunions et h s adhérences.
Le sang contient aussi une matière grasse ou huileuse.
S 77. Le sang contenu dans les artères, dans les veines et dans le cœur y est dans un mouvement continuel qu'on appelle circulation. Il éprouve dans ce mouvement des altérations constantes et régulières qui , se balançant mutuellement, l'entretiennent dans un état
moyen de composition. Il reçoit de nouveaux liquides préparés par la digestion et l'absorption intestinale ; des molécules séparées des organes sont sans cesseajbutées à sa masse 5 il est soumis à l'action de l'atmosphère dans les poumons, où il se revivifie; il estenvoyé dans toutes les parties, où il éprouve un changement inverse, où il fournit des matériaux qui se fixent dans les organes , et où il est dépouillé d'une partie de ses principes par les sécrétions. Parmi ces altérations, les plus frapantes sont celle qull éprouve dans les poumons, où il devient d'un rouge vermeil, et celle qui a lieu dans tout le reste du corps, où il prend une couleur rou^e-brun. Ces altérations de couleur sont accompagnées et paraissent dépendre d'une absorption d'oxygène dans le premier cas, et d'une absorption de carbone dans le dernier. Outre la matière nutritive que le sang distribue dans tous les organes, il est encore le véhicule du principe de la chaleur.
§ 78. Le sang présente des variétés constantes suivant les âges , les sexes et d'autres circonstances ; il présente aussi des altérations accidentelles.
DU CORPS HUMAIN. Ql
Dans le fœtus le sang, dont la couleur est très-foncée, n'a presque pas de matière coagulable. Il en est de même du sang menstruel de la femme. Le sang artériel présente plus de particules colorées que le sang veineux. Chez les personnes qui font usage d'une nourriture succulente , le sang abonde en caillot ; il est plus séreux dans les circonstances opposées. La soustraction répétée du sang y diminue la proportion des particules colorées et même celle de l'albumine , et y augmente celle de l'eau.
Dans les maladies, le sang éprouve des altérations qui n'ont pas été assez étudiées. Dans les inflammations, le caillot du sang extrait se recouvre d'une couenne blanche, c'est de la fibrine: et l'on trouve dans le caillot une grande quantité de matière colorante libre. Dans d'autres maladies, comme le scorbut et les maladies septiques , le sang a perdu sa coagulabilité, il reste fluide. Il est beaucoup de maladies sur lesquelles l'examen attentif du sang répandrait un grand jour.
§ 79. Les liquides qui arrivent au sang sont le chyle et la lymphe. Le premier provient du chyme, substance 1 grisâtre, pultacée, en laquelle les alimens se changent dans l'estomac , et dans laquelle on commence à apercevoir quelques petits globules. Absorbé par les parois de l'intestin et arrivé dans les premiers vaisseaux chylifères, il est blanchâtre et à peine coagulable; il devient plus coagulable et prend une teinte rosée dans les glandes du mésentère. Enfin , dans le canal thoracique et près d'arriver dans la masse du sang, il est distinctement rose, manifestement coagulable, et con-
tient des globules nus et des particules qui ne diffèrent de celles du sang que par une couleur moins forte. Il semble dès lors qu'il n'ait plus besoin que d'être sour mis à l'action respiratoire pour devenir du sang parfait. La lympbe , liquide incolore, visqueux , albumineux, mais peu connu, est l'autre humeur apportée au sang.
§ 80. Les humeurs qui émanent du sang s'en séparent par sécrétion ; on peut rapporter à ce genre la matière nutritive laissée par le sang dans tous les organes, par une sorte de sécrétion nutritive; on y rapporte encore celles qui sont produites et déposées comme en réserve, par une sécrétion qu'on peut appeler intrinsèque, dans les cavités closes du corps, comme la graisse, la sérosité, la synovie; mais on y rapporte surtout celles qui sont sécrétées à la surface des tégumens externes ou internes el de leurs dépendances plus ou moins éloignées. On les distingue, d'après leur mode de formation , en trois genres : i° en humeurs perspiratoires, qui sont immédiatement formées et déposées à la surface par les vaisseaux : telles sont les matières de la transpiration cutanée, de la sueur, de la perspiration pulmonaire ; 2° en humeurs folliculaires , qui sont d'abord déposées dans des follicules ou ampoules de la peau interne ou externe : tels sont le mucus et la matière sébacée; et 3° eu humeur glandulaires, formées dans des glandes , organes particuliers qui ont des conduits excréteurs ramifiés, lesquels ont leur orifice sur la peau et sur les membranes muqueuses, .dont ils sont des prolongemens ramifiés : telles sont la salive sécrétée par les glandes salivaires , la bile sécrétée par le foie, etc. On distingue aussi les humeurs sécrétoires, d'après leur
DU CORPS HUMAIN. g3
destination, en celles qui remplissent quelque usage dans l'organisme, comme les larmes, la bile, le sperme, etc., et en celles qui, rejetées sans remplir aucun usage, comme l'urine, la sueur, sont appelées excrémentitielles. Ces dernières sont acides , tandis que les autres sont alcalines.
Des organes.
§ 81. Les organes sont les parties solides 1 ou contenantes du corps; ce sont eux surtout qui déterminent la forme , et qui impriment le mouvement.
La figure des organes est très-variée : cependant en général leurs contours sont arrondis, les surfaces ne sont jamais bien planes, les lignes bien droites, les angles bien entiers. Dans la plupart des organes, la longueur l'emporte sur les deux autres dimensions ; quelques-uns sont large's et aplatis : on appelle membranes ceux qui ont cette forme et qursont mous, quelle que soit d'ailleurs leur texture ; d'autres enfin ont les yois dimensions peu différentes. On détermine la forme extérieure des organes par le rapport de leurs trois dimensions ; on se sert souvent aussi de comparaisons plus ou moins triviales; car il est en général assez difficile de déterminer la forme par la comparaison avec des figures géométriques.
A l'intérieur, quelques organes sont creux et forment des réservoirs ou des canaux communiquant à l'extérieur; d'autres forment des cavités fermées de
' Voyez Chaussier. Table des solides organiques.
toutes paris ; d'autres des canaux ramifiés et clos ; d'autres sont pleins ou massifs; mais tous cependant sont aréolaires et plus ou moins perméables.
Parmi les organes, quelques-uns s'étendent en rayonnant ou en se ramifiant, du centre à la circonférence; tels sont les vaisseaux, les nerfs, les os eux-mêmes. Aucun n'est isolé, tous sont entrelacés et ont des communications entre eux. Enfin il y a entre les organes comme entre les régions des analogies trèsgrandes. Quelques-uns, se ressemblant tout-à-fait, constituent , par leur réunion , des genres.
§ 82. La couleur des organes est blancbe, ronge, brune ; quelques-uns son t transparens, d'autres sont opaques. Leur consistance varie depuis une mollesse trèsgrande jusqu'à une dureté extrême. Ils sont extensibles et rétractiles , flexibles , compressibles et élastiques , mais à des degrés très-variés. Quelques-uns ont une cohésion peu marquée, d'autres une ténacité telle, qu'il faut de très- grands efforts pour les rompre. Ces propriétés de couleur et de cohésion dépendent beaucoup des liquides qu'ils contiennent en grande proportion. Ainsi des parties opaques, comme le tissu ligamenteux, deviennent transparentes par la dessiccation ; cette même substance, très-tenace et peu élastique quand elle est humide , devient très-élastique quand elle est desséchée; des parties élastiques, comme le tissu des artères, deviennent cassantes par la dessiccation , etc.
§ 83. Les organes diffèrent aussi beaucoup parleur texture. Au premier aperçu , on voit que plusieurs sont formés de l'assemblage ou de la réunion de faisceaux de filets parallèles ou entrecroisés : on dit qu'ils ont
DTJ CORPS HUMAIN. $5
une texture fibreuse. D'autres sont formés par la réunion de couches ou de lames plus ou moins nombreuses et distinctes, ordinairement unies très-étroitement entre elles. Dans d'autres on trouve des granulations ou grains rapprochés réunis entre eux. Quelques-uns ont une texture très-compacte , uniforme ou homogène en apparence, mais en apparence seulement; car tous sont aréolaires et perméables, d'une manière plus ou moins distincte; tous sont plus ou moins composés.
§ 84. Ce premier aperçu ne suffit pas pour faire connaître la texture intime des parties solides. En examinant île plus près, on voit que ces fibres apparentes, ces couches membraneuses , ces granulations, sont composées ; et comme les solides contiennent les humeurs, on a été généralement porté à croire que tout est vaisseau dans les solides. Cette idée erronée , puisque les vaisseaux sont eux-mêmes des parties composées, a été reproduite tout récemment dans un ouvrage posthume de Mascagni. D'autres ont admis que tout est formé par le tissu cellulaire, et celui-ci par des fibres et des lames entrecroisées, ou bien par des cellules ou des vésicules accolées les unes aux autres. Mais le tissu cellulaire, tout en étant bien l'élément principal de toutes les parties , n'en est pas l'élément unique. Quant à l'idée d'un parenchyme comme base ou élément générateur de tous les solides, c'est une idée extrêmement vague, et sur laquelle on n'est pas parvenu k s'entendre. Haller 1 a admis dans la composition des orga-
1 De corporis humani fabried et functionibus. Tora. I. Lib. I. Scct. III.
nés , outre le tissu cellulaire formé par la réunion de fibres et de lames , et qui est le plus général et le plus répandu, la fibre musculaire et la substance médullaire. Cette division a été depuis assez généralement admise, avec quelques légères modifications plus ou moins heureuses. Ainsi Walther admet une texture membraneuse ou cellulaire, une fibreuse ou vasculaire, et une nerveuse; Pfaff une structure vasculaire, une fascilaire et une cellulaire; d'autres une cellulaire., une vasculaire et une massive, ou sans cellules et sans vaisseaux. M. Chaussier a joint aux trois parties composantes de Haller une quatrième fibre, sous le nom de fibre albuginée; c'est la base des hgamens : M. Ricberand y a joint la substance épidermique ou cornée. Parmi les .vingt-un tissus admis par Bichat, il en est trois qu'il considère comme générateurs des autres ; ce sont le cellulaire, le vasculaire et le nerveux. M. Meyer admet 1 aussi trois organes élémentaires : i° la cellule, le vaisseau ou la glande; i° la fibre irritable, cellulaire ou musculaire; 3° la fibre sensible ou le nerf.
§ 85. En admettant avec Haller l'existence de trois organes simples , de trois tissus élémentaires , ou de trois fibres distinctes les unes des autres par des caractères essentiels, savoir, du tissu cellulaire, de la fibre musculaire et de la substance médullaire ou nerveuse, on n'est pas encore arrivé au dernier terme d'analise auquel on peut arriver en anatomie. Si l'on s'aide du microscope on voit que ces organes simples,
1 Ueber histologie , etc. Bonn, i8ig.
DU CORPS HUMAIN. gj
et tontes leurs modifications, et tous leurs composés , peuvent être ramenés ou réduits à deux élémens anatomiques. Ils sont formés d'une substance animale aréolaire , perméable , et de globules microscopiques semblables à ceux qu'on trouve dans les humeurs. La première substance seule forme des lames, et le plus souvent des fibres, qui ne diffèrent les unes des autres que par la figure allongée et filiforme dans le premier cas, élargie dans le second, et qui quelquefois séparées, sont le plus souvent réunies : c'est de leur réunion que résultent les cellules ou les aréoles, etc. Ce premier élément qui, à lui seul, mais diversement modifié, constitue la plupart des organes, réuni avec l'autre dont il rassemble et joint les particules, forme la fibre musculaire et la substance nerveuse.
S 86. Les organes diffèrent encore les uns des autres par les phénomènes qu'ils présentent pendant la vie, et qui seront. examinés tout à l'heure. Il suffit de noter ici que la substance cellulaire est surtout remarquable par son resserrement continuel, qui peut être augmenté par des impressions ou irritations • que le tissu ligamenteux et le tissu élastique, ses deux principales variétés, se font remarquer, l'un par une grande ténacité, et l'autre par une force de ressort; que la fibre musculaire est par sa contraction l'organe de tous les grands mouvemens; et que la substance nerveuse se distingue de toutes les autres, par la faculté de conduire les impressions au centre et l'action du centre nerveux aux muscles, etc.
§ 87. Les organes étant différens les uns des autres par leur conformation , leur texture, leurs propriétés
physiques, leur composition chimique, et dans letat de vie par l'action qu'ils exercent, on les a divisés en un certain nombre de classes ou de genres. Ces genres doivent être déterminés d'après l'ensemble des caractères, et non d'après la forme seule ; car autrement on rapprocherait des choses très-différentes, comme toutes les membranes , et l'on éloignerait des parties tout-àfait semblables, excepté par la forme, comme les os larges des os longs , les aponévroses d'avec les tendons et les ligamens, les nerfs d'avec les ganglions, etc.; la forme fibreuse pu fasciculée, la forme lamelleuse ou membraneuse, pouvant appartenir à des parties toutà-fait différentes sous tous les autres rapports.
§ 88. Les anciens divisaient les parties solides du corps en parties similaires el en parties dissimilaires ou organiques. Les parties similaires ou homogènes sont celles qui se divisent en particules semblables entre elles, comme les os, les cartilages, les muscles, les tendons, etc. Les parties dissimilaires sont celles qui sont formées par la réunion des parties similaires, comme la main, les viscères, les organes des sens, et autres organes composés. Celte idée d'Aristote, reproduite avec de nouveaux développemens par Coïter, est l'origine et le fondement de toutes les divisions établies plus tard entre les organes. On connaît la division généralement admise dans les livres d'anatomie, en os, muscles, nerfs, vaisseaux et viscères, et quelques autres genres encore. Mais ces genres d'organes comprennent des parties composées, quelques-unes très-composées; et d'un autre côté ces genres, et surtout celui des viscères, contiennent des organes très-différens les uns
DU CORPS HUMAIN. fjg
des autres, ce qui ôte tous les avantages de la généralisation. M. Pinel , en France, et Carmichael Sinyth • , en Angleterre, ayant fait observer que l'es tissus simples qui entrent clans la composition des parties dissimilaires ou composées pouvaient être malades et surtout enflammées à part, et que leur inflammation était la même, quel que fut l'organe composé dont elles fissent partie, cela a mis sur la voie de faire une analise anàtomiqne de l'organisation plus complétée que celle qui avait été faite jusqu'alors, surtout à l'égard des viscères. Bichat 2 , développant cette idée féconde et digne de son génie, a classé tous les organes simples sous le nom de tissus ou de systèmes en vingtun genres. M. Chaùssier a distingué les organes en douze genres, le douzième comprenant les viscères ou organes composés. Depuis, plusieurs auteurs, tout en en adoptant les principales bases, ont modifié les classifications de ces deux anatomistes 3.
§ 89. Au milieu de toutes ces variations , voici une classification ou division des organes en genres d'après l'ensemble de leurs caractères anatomiques , chimiques , physiologiques et pathologiques.
1 On inflammation, in médical communications .'V ol. II.
2 Analomie générale , appliquée à la physiologie el la médecine, par Xav. Bichat.
3 Voyez presque tous les ouvrages d'anatomie et de physiologie, publiés depuis l'an 1801, et notamment: J. F. Meckel. Handbuch der menschlichen anatomic. Ester- Band. AUgemcine anatomic. Halle und Berlin, i8i5. — J. Gordon. A syslem ofhutndn anatomy. Vol. 1. Edinburg, j8i5. — IMvIascagni. Prodromo délia grande anatomia. Firensc , 1819. — C. Meyer. Opusc. cit.
JMiluDUCTION. .
Le tissu cellulaire, éiémenl principal et général de l'organisation doit. tenir le premier rang: il existe dans tout le règne organique., il entre dans tous les organes,'et fait la base de toute l'organisation.
Ce tissu., un peu modifié dans sa consistance, dans sa forme, dans la proportion de substance terreuse qu'il contient, forme plusieurs autres genres d'organes.
Disposé en membranes closes de toutes parts, dans l'é.paisseur desquelles il a plus de fermeté et moins de perméabilité , il constitue les systèmes séreux et sy-< novial.
•Il forme de même le tissu tégumentaire qui comprend la peau et les membranes muqueuses , ainsi que les follicules de ces deux sortes de membranes et les organes producteurs des poils, des dents, etc.
Il en est de même aussi du tissu élastique, qui l'ait la base du système vasculaire , lequel comprend les artères, les veines et les vaisseaux lymphatiques, et qui appartient encore au même ordre, en se rapprochant du tissu musculaire.
Le système glanduleux, qui est formé par la réunion des systèmes tégumentaire et vasculaire,est encore du même ordre d'organes.
Le système ligamenteux ou desmeux, qui comprend des organes très-tenaces et très-résistans , résulte encore d'une modification du tissu cellulaire.
Enfin les systèmes cartilagineux et osseux appartiennent encore au tissu cellulaire, et doivent leur solidité a sa condensation , et à la grande quantité de sels terreux que contient cette substance.
Un second ordre d'organes est formé essentiellement
DU CORPS HUMAIN. JOt
par la fibre musculaire : ce sont les muscles , soit ceux qui appartiennent aux os, soit ceux des tégumens externe et interne, et dés sens, soit ceux du cœur.
Les nerfs et les masses nerveuses centrales constituent un troisième et dernier ordre d'organes formé essentiellement par la substance nervalè:
On voit que cette classification repose sur les bases indiquées parHaller, et qui existent vraiment dans la nature.
§90. Quant à l'ordre successif dans lequel lès genres d'organes doivent être rangés, il peut être fondé sur diverses bases : si l'on avait égard à la généralité plus ou moins grande des organes dans la série des animaux, le tissu cellulaire devrait toxrjours être placé le premier ; après lui viendraient lés organes tégumentai'res, puis lès muscles et lès nerfs, puis les vaisseaux, puis les glandes; les tissus cartilagineux et osseux, ligamenteux et séreux, ne viendraient qu'en dernier lieu, comme propres aux vertébrés. On suivrait un autre ordre si l'on classait d'abord les genres dWganes qui appartiennent aux fonctions communes ou végétatives , et en second lieu ceux qui forment les appareils des {onctions propres aux animaux. On établirait encore un autre ordre si on voulait, comme Biclïat, ranger d'abord les systèmes généraux, comme le tissu cellulaire, les vaisseaux et les nerfs, et ensuite les systèmes particuliers. Il est peu important mais pourtant préférable de ranger les organes d'après leur analogie : c'est l'ordre suivi ci-dessus*
S 91. Plusieurs physiologistes placent encore la sub stàhce cornée ou épidermique parmi les fibres priïh'i
fW? INTRODUCTION.
tives;mais cette substance presque inorganique, produite par excrétion, ne saurait être considérée comme un élément, anatomique. Au reste les caractères qu'on lui assigne sont les suivans : elle ne contient pas de cellulosité distincte- la macération la réduit en une sorte de mucilage; la chimie y démontre de l'albumine suivant les uns, ou du mucus, suivant les autres, ce qui n'est peut-être pas très-différent, puisque le mucus paraît être de l'albumine unie à de la soude. Cette substance est celle qui constitue l'épidémie, les ongles, lis poils, et toutes parties cornées des animaux. Quoiqu il paraisse y avoir une légère différence entre les matières cornée et épidermique, cette différence n'est pas assez grande pour qu'on ne. puisse les rapporter à la même substance. M. Meyer, qui a donné récemment une nouvelle classification des solides du corps humain, regarde la membrane du tympan, la cornée et le cristallin comme formés de cette substance, qu'il appelle tissu écailleux ou feuilleté; mais ce rapprochement n'est pas fondé, surtout pour les premières. Les substances épidermiques sont remarquables par la facilité,et la promptitude avec lesquelles elles se reproduisent.
§ 92. Les noms défibre, tissu, organe, etc. , désignent en général les solides organiques. 11 faut préciser un peu le sens qu'on y attache. On appelle tissu toute partie distincte par sa texture. Le tissu ne diffère de la fibre qu'en ce que celle-ci est plus fine et en est la partie composante. Un tissu peut être formé par des fibres semblables ou différentes. Un organe résulte ordinairement de la réunion de plusieurs tissus. Au
reste, ces distinctions ne sont pas absolues : ainsi le tissu cellulaire représente à la fois une fibre particulière, un tissu formé par cette fibre, et un organe important de l'économie. En général, la fibre est l'élément, le tissu indique l'arrangement des parties, et l'organe une partie composée qui exerce une action propre. Presque tous les solides sont formés par la fibre cellulaire et ses deux modifications; quelques tissus ont pour base les fibres musculaire et nervale; un seul, qui est le tégumentaire , contient de la substance épidermique. Les organes sont presque toujours des parties plus ou moins composées : ainsi, dans un muscle, on trouve la fibre musculaire, le tissu cellulaire qui l'entoure , et à l'extrémité le tendon auquel elle se termine ; de même dans un nerf, il y a dans le centre une substance molle et médullaire, et à l'extérieur, une membrane particulière qui porte le nom de névrilême. Certaines parties , comme l'estomac , l'œil, sont plus composées encore. En général tout organe ou partie agissante contient du tissu cellulaire, des vaisseaux et des nerfs. Le tissu cellulaire est le plus répandu : il n'y a point de parties où on ne le rencontre sous différentes formes. Apres ce tissu , ce sont les vaisseaux qui existent le plus généralement : à part un petit nombre d'exceptions, on trouve partout des vaisseaux de diverses sortes , blancs ou rouges. Les nerfs sont moins abondans que les vaisseaux et, à plus forte raison , que le tissu cellulaire; cependant la plupart des organes en sont pourvus. On peut donc regarder ceux-ci comme des parties dans la composition desquelles il entre constamment du tissu cellulaire, près-
que constamment des vaisseaux , et le plus souvent du tissu nerveux.
Les viscères ou organes splanchniques tirent leur nom de l'importance de leurs usages. Ce sont les organes les plus essentiels à la vie, ceux par lesquels nous vivons; ce sont les organes les plus composés; ils sont situés dans les trois cavités du corps qu'on appelle splanchiques. Ils comprennent les organes de la digestion, de la génération et de la sécrétion urinaire, que renferme l'abdomen; ceux de la circulation et de la respiration, qui sont contenus dans la poitrine, et les organes sensoriaux et nerveux , logés dans la tête et dans le canal vertébral. C'est surtout aux organes thoraciques et abdominaux, et encore plus spécialement à ces derniers, qu'on donne le nom de viscères.
§ 93. On entend par système ou genre la réunion de parties semblables par leur texture, comme les os , les muscles, les ligamens, etc. : cela correspond aux parties similaires des anciens. On a encore désigné ainsi des parties , telles que la peau, le tissu cellulaire, etc., étendues à tout le corps , et offrant par là des régions, des divisions, mais non, comme les précédentes, des portions distinctes, Bichat surtout a employé le mot système dans cette acception. L'étude des genres d'organes ou des systèmes fait l'objet de l'anatomie générale, qui embrasse de cette manière tout ce que les parties semblables présentent de commun , et en même temps ce que les tissus généralement répandus ont de commun dans leurs différentes régions.
§ 94. Les appareils sont des ensembles d'organes quel" quefois très-distincts par leur conformation , leur si-
du cours humain. iod tuation , leur structure et même leur action particulière, mais qui concourent à un but commun, lequel est une des fonctions de la. vie. C'est à tort que l'on a confondu cette réunion de parties avec celle qui constitue un système ou un genre d'organes. La classification des appareils repose entièrement sur la considération des fonctions, tandis que celle des systèmes ou genres repose sur la ressemblance des parties entre elles. On a vu plus haut I enumération des genres d'organes; voici maintenant comment les organes sone réunis en appareils de fonctions-
Les os et leurs dépendances, savoir: le périoste, la moelle, la plupart des cartilages, les ligamens , les capsules synoviales, constituent un premier appareil d'organes qui détermine la forme du corps, qui servent de soutien à toutes les parties, et notamment d'enveloppe aux centres nerveux, et qui, par la mobilité des articulations, reçoivent et communiquent les mouvemens déterminés par les muscles.
Les muscles, les tendons, les aponévroses, les bourses synoviales, forment l'appareil des mouvemens.
Les cartilages et les muscles du larynx et diverses autres parties forment celui de la phonation ou de la voix.
La peau , les autres sens et les muscles qui les meuvent, etc., forment l'appareil des sensations.
Les centres nerveux et les nerfs, forment celui de l'innervation.
Le canal alimentaire, depuis la bouche jusqu'à l'anus et toutes ses nombreuses dépendances, constituent celui de la digestion ;
u" INTRODUCTION. •
Le cœur et les vaisseaux, celui de la.circulation;
Les poumons, celui de la respiration.
Les glandes , les follicules et les surfaces perspiratoires, forment l'appareil des sécrétions ; mais la plupart de ces organes servant à d'autres fonctions , sont compris dans leurs appareils. 11 ne reste guère que la sécrétion urinaire, dont les organes forment à eux seuls un appareil.
Les organes génitaux constituent un appareil différent dans chaque sexe.
Enfin, l'œuf et le fœtus qu'il renferme, forment un dernier groupe ou appareil d'organes.
De l'organisme.
§ C)5. Le corps humain présente pendant la vie, des phénomènes très-nombreux et de divers genres. Des actions mécaniques et chimiques ont lieu en lui comme dans tous les corps ; niais elles sont modifiées par celles de la vie. Il y a effectivement dans le corps humain, comme dans tout corps organisé et vivant, les phénomènes essentiels de la vie, savoir : la nutrition et la génération, actions organiques dont l'exercice est subordonné à d'autres actions propres aux animaux; savoir, les mouvemens musculaires et les sensations, soumises elles-mêmes à l'innervation. Ces actions animales enfin sont dirigées par des fonctions d'un genre supérieur; ce sont celles de l'intelligence. Outre cet ordre remarquable de subordination entre les phénomènes de la vie, il existe entre eux un enchaînement tel, que les fonctions d'un genre inférieur tiennent aussi
sous leur dépendance les fonctions d'un ordre plus élevé, et que toutes les fonctions sont dans une dépendance mutuelle telle, que les phénomènes de la vie peuvent être comparés à un cercle qui, une fois tracé, n'a plus ni commencement ni fin. C'est, comme on l'a déjà dit, cet ensemble d'actions organiques qu'on appelle organisme ou vie.
§ 96. On appelle fonction 1 , l'action d'un organe ou d'un appareil d'organes ayant un but commun. On a classé ou distribué les fonctions en plusieurs genres , non que ces divisions soiènt parfaitement exactes , ni qu'elles soient bien utiles pour aider la mémoire, puisque les objets à classer sont assez peu nombreux; mais parce qu'il faut bien, dans leur exposition, suivre un ordre quelconque, et qu'il vaut mieux en suivre un naturel qu'un tout-à-fait arbitraire. La division des anciens, suivie , à quelques modifications près, par Haller, Blumenbach, Chaussier et quelques autres modernes, consiste à ranger les fonctions en quatre classes; fonctions vitales, animales, naturelles ou nutritives, et génitales. Une autre division qui vient également des anciens, puisqu'on en trouve la première idée dans Aristote, qui a été aussi indiquée par Buffon, Grimaud , etc., et qui a été adoptée et développée par Bichat et M. Richerand, consiste à classer les fonctions en celles de l'espèce et en celles de l'individu , et cellesci en fonctions de relation ou fonctions animales, et en celles de nutrition ou organiques.
§ 97. Voici un ordre très-naturel suivant lequel les
1 V oyez Chaussier, Table synoptique des fonctions.
Io8 INTRODUCTION.
fonctions peuvent être classées. Les unes sont communes , sinon par tous leurs actes et tous leurs organes, du moins par le résultat, à tous les corps organisés, aux végétaux comme aux animaux ; ce sont les fonctions communes, organiques ou végétatives : i° la nutrition, qui comprend la digestion, l'absorption, la circulation \ la respiration et les sécrétions , et dont je résultat définitif est l'entretien de l'individu dans sa forme , dans sa composition et sa température ; 2° la génération, qui comprend la formation des germes , celle du sperme , la fécondation et le développement du germe fécondé , et dont le résultat est l'entretien de l'espèce ou d'une succession d'individus semblables. Les autres fonctions sont propres aux animaux ; ce sont ; 3° l'action musculaire dont les résultats sont la locomotion, le geste et la voix, et de plus le^ mouvemens musculaires nécessaires à l'exécution des deux fonctions précédentes ; 4° les sen~ sations, et 5° l'action nerveuse ou l'innervation. Un autre ordre de fonctions encore appartient à l'bomme exclusivement; ce sont les fonctions intellectuelles, qui n'existent qu'en apparence dans les animaux qui lui ressemblent le plus. Enfin l'homme n'exerce pas seulement des fonctions individuelles et des fonctions sexuelles , mais , vivant en société , il exerce des actions collectives dont l'observation et la direction sont encore hors du domaine de la physiologie et de la médecine.
§ 98. Nous n'apercevons, dans les corps en repos, que les qualités par lesquelles ils frappent nos sens. Dans les corps en action ou en mouvement, nous ne
distinguons encore que des phénomènes ou des changement perceptibles à nos sens. Parmi les qualités et les phénomènes, les uns sont communs à tous les corps, les autres sont particuliers aux corps organisés et vivans; ces derniers sont leurs qualités et phénomènes propres, en un mot, leurs propriétés. Les propriétés ne sont autre chose en effet que des qualités et des phénomènes sensibles. Quand des phénomènes se reproduisent suivant un ordre dont on peut déterminer toutes les conditions, on connaît la loi de ces phénomènes, c'est-à-dire la règle qu'ils suivent et à laquelle ils nous paraissent être assujettis; cette loi, quand elle est générale , est appelée théorie. Au-delà nous ne connaissons rien. Mais nous admettons en général que la matière est inerte, et toutes les fois que nous la voyons en action, nous supposons une cause de mouvement qui la fait agir, et que nous appelons une force. Ainsi la matière organique étant en action pendant toute la vie dans les corps organisés, on a dit que la vie avait pour cause une force vitale r.
On a considéré cette force comme une substance différente des organes, et dont ceux-ci auraient été les instrumens, et on l'a tantôt supposée rationnelle et tantôt irrationnelle. On l'a considérée aussi comme une faculté ou activité propre de la matière; soit de la matière organique solide, soit de la matière fluide. On l'a regardée encore comme résulant de l'organisation,
1 V oyez Reil. Von dcr lebens kraft , in archiv fur die physiologie. B. I. Halle, 1795. — Chaussier. Table synoptique «le la force vitale, etc.
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c'est-à-dire de l'assemblage de toutes les parties solides et liquides d'un corps organisé, etc.
Il aurait mieux valu, sans doute , se borner dans une science physique, comme la science de l'organisation de la vie, à l'observation des corps et des faits.
S 99- Les phénomènes organiques ou vitaux étant différens les uns des autres, les forces vitales ou organiques qu'on a admisets ont du être aussi de plusieurs eenres.
Il y a des phénomènes de formation organique, tels que ceux de la nutrition et de la génération, de la réparation des parties lésées, de la reproduction , etc. Aussi on a admis sous le nom de force plastique, de force formative, d'affinité vitale, une force de formation 1 : elle est commune à tous les corps organiques et à toutes leurs parties.
§ 100. Les parties solides des corps organisés et surtout des animaux, reçoivent de la part de divers agens des impressions suivies immédiatement de mouvemens plus ou moins appréciables: on appelle cela des mouvemens d'irritation ; et la force ou la cause à laquelle on les attribue est appelée irritabilité 2. Toutes les parties animales en sont susceptibles à des degrés trèsvariés. On en distingue trois variétés principales. Dans le tissu cellulaire, où elle existe à un faible degré, on l'appelle tonicité; dans les vaisseaux où elle est plus marquée on l'appelle contractilité vasculaire; dans les
1 Voyez Blumembacli. Uber den Bildungstricb. Gotting.
2 Voyez Gautier, de irntabil'datis nolionc , natura et mor^ bis , Ilalœ , 1793.
muscles où elle existe au plus haut degré , on la nomme irritabilité musculaire ou myotihté.
Il est remarquable que tous ces mouvemens consistent dans des resserremens ou contractions. On a cependant cru que certains mouvemens dépendaient d'une expansion, d'une élongation, d'une turgescence *; il paraît que c'est faute d'avoir bien observé.
§ 101. Dans l'homme et les animaux qui ont des nerfs distincts et un centre nerveux, les impressions reçues sont transmises par des nerfs , et senties au centre ; et les centres transmettent par des nerfs leur action aux muscles. La cause à laquelle on rapporte ces phénomènes est appelée force nerveuse , et en un mot sensibilité. Parmi les sensations, les unes sont extrêmement obscures et vaguement aperçues2 : elles sont à peu près répandues partout , mais surtout dans les membranes muqueuses. Dans l'état de santé elles constituent un sentiment général de bien-être ; quand elles sont exaltées par quelques causes elles donnent lieu à une sensation morbide qu'on appelle douleur. Il n'est aucune partie qui ne puisse être le siège de cette sensibilité morbide. Les autres sensations sont distinctes et quelques-unes tout-à-fait spéciales.
Quant à l'action nerveuse sur les muscles , elle en dirige l'irritabilité; elle s'exerce aussi sur les vaisseaux, surtout les plus petits.
Les actes intellectuels et moraux diffèrent tellement des phénomènes organiques, qu'ils ne peuvent dépendre de la même cause : ils seraient en effet aveugles et nécessaires , au lieu d'être éclairés et libres. La physio-
1 Voyez Hebenstreit,rfe Turgore vitàli; Lipsiœ, 1795.
2 Voyez Hubner, de. Coenœsthesi ; Halœ, 179/,.
logie qui d'un côté se rencontre avec la physique ou la philosophie naturelle , se rencontre ici avec la philosophie morale ou la métaphysique.
§ 102. Les fonctions ne s'exercent point, ou si l'on veut , les forces vitales n'entrent point en action spontanément, mais par celle des stimulans ou cxcitans ; soit les corps qui agissent sur les surfaces externe et interne de notre corps , soit le sang qui pénètre dans toutes les parties. Relativement à leurs effets, les stimulans sont très-différens les uns des autres. Relativement aux sujets sur lesquels ils agissent, leur variété n'est pas moins grande, et dépend de lage, du sexe, et surtout de la diversité des organes qui éprouvent plus ou moins l'action du même agent.
Tout se tenant dans l'organisation , l'action d'un organe n'est point isolée : ceux qui sont des centres influent sur tous ceux qui leur sont subordonnés. D'autres entrent en fonction par association. Quelques-uns exécutent, pour la suppléer , l'action qui s'interrompt dans un autre. Il n'en est pas un seul qui, étant excité d'une manière extraordinaire, par un stimulus aproprié, n'influe plus ou moins sur l'organisme tout entier.
Du développement et des différences de V organisation.
§ io3. Chaque organe, chaque action, et par conséquent l'organisme tout entier présente des stades ou des degrés de développement et de perfection. Une première période est celle de la jeunesse , de l'accroissement et du perfectionnement successif; une seconde , très-courte, est celle dans laquelle l'organisation demeure dans un état de maturité; une troisième enfin
DU CORPS HUMAIN- Il3
est celle dans laquelle l'organisme s'altère progressivement, et arrive naturellement à la mort et à la destruction.
§ io4- C'est au commencement de la vie que la ressemblance entre les parties latérales est la plus grande. Le cœur est alors vertical et médian, les lobes du foie sont à peu près égaux, l'estomac est vertical, etc. Les membres supérieurs et les inférieurs se ressemblent tout-à-fait, au moment et peu de temps après leur apparition. Les organes génitaux des deux sexes sont d'abord semblables. C'est aussi au commencement de la vie que les animaux se ressemblent le plus entre eux. La grandeur relative des parties change avec l'âge ; ainsi le système nerveux, les sens, le cœur, le foie, les reins, etc., sont d'abord dans , une très-grande proportion avec le reste du corps, tandis qu'au contraire, l'intestin, la rate, les organes génitaux, Les poumons, les membres, etc., sont très-petits relativement au reste du corps et aux autres organes. Cela joint à ce que certaines parties disparaissent ou diminuent beaucoup avec l'âge, constitue une espèce de métamorphose; ainsi les membranes de l'œuf et le placenta, la membrane pupillaire, les dents de lait, cessent d'exister; et les capsules surrénales, le thymus, diminuent beaucoup, et disparaissent presque tout-à-fait.
S io5. Les organes et les humeurs ne sont pas toujours dans la même proportion : au commencement, 1 embryon n'est qu'une molécule presque tout-à-fait liquide; avec le temps la proportion des solides augmente, elle augmente jusqu'à la fin. La couleur se développe aussi graduellement; toutes les parties sont
Ir4 INTUODUCTION.
d'abord blanches; la coloration du sang et celle des autres parties se fait peu à peu. II n'y a d'abord point de texture déterminée dans les organes : il n'y a même pas de globules au commencement; plus tard, la masse du corps tout entière paraît globuleuse ou granulée; ensuite les fibres, les lames, les vaisseaux deviennent distincts. Tous les organes ne se développent pas à la fois. Tous ceux du même genre ou système ne se forment pas non plus ensemble. La forme extérieure ou la configuration se dessine avant que la consistance, la texture et la composition soient fixées ; car, ainsi qu'on le voit dans le fruit de l'amande, qui a déjà sa forme, et qui n'est encore qu'un liquide glaireux qui acquerra successivement la consistance, la texture et. la composition qui lui sont propres, de même le système nerveux, le système osseux, ont déjà en partie leur configuration , alors qu'ils sont encore liquides. Le tissu cellulaire et les vaisseaux perméables aux liquides diminuent depuis le commencement jusqu'à la fin de la vie: c'est ce changement surtout, qui persiste après la fin de l'accroissement, qui paraît constituer essentiellement la période de la détérioration de l'organisme, et de la vieillesse.
§ 106. Les organes se forment par parties isolées, qui se réunissent ensuite. Ainsi la moelle nerveuse est d'abord un double cordon ; ainsi l'intestin et la cavité du torse, d'abord ouverts par devant, se ferment ensuite; il en est de même pour le canal rachidien. Les vaisseaux sont d'abord des vésicules isolées, qui s'allongent et se communiquent dans la masse du corps. Les reins, d'abord multiples, s'agglomèrent ■; les os, qui, à
DU COUPS HUMAIN. X i jj
1 état èartitdgiheb», s'allongent par une sorte de végétation , s'ossifient plus tard, par parties séparées, qui se réunissent, etc. Il reste dans certains endroits des traces de cette formation, plus dans quelques -Uns,, dans quelques autres moins; ainsi les raphés de la peau , la suture médiane du frontal, la ligne médiane de l'utérus, etc., sont des traces assez apparente s d'une réunion de deux moitiés; au contraire, dans la partie supérieure du sternum, dans le corps des vertèbres, ces traces s'effacent ordinairement tout-à-fait.
§ 107. Toutes les phases par lesquelles passe l'organisme humain répondent à des états permanens dans le règne animal. On pourrait ici accumuler les preuves de cette importante proposition , en mettant en parallèle le fœtus humain à divers degrés dé développement, avec les degrés de l'organisation de l'échelle animale. Quelques exemples suffiront. L'embryon ii/estj d'abord qu'un petit bourgeon .ou germe placé sur une vésicule ; tels sont quelques-uns des vers les plus simples. Plus tard c'est un petit corps vermiforme sans memhres et sans tête distincts : c'est le cas des un uelides; plus tard les membres sont égaux et la queue est saillante : c'est le cas de la plupart des quadrupèdes. Dans le système nerveux , on voit d'abord .p. paraître les nerfs avec leurs ganglions : c'est le cas de tous les m vertébrés pourvus de nerfs; plus tard, on «langue la moelle vertébrale et crânienne, le, arborées démette dernière, et seulement encore des ru-
dnnens de cervelet et de cerveau : c'est le cas des pois, -s et des reptiles ; p|,ls tar(1; (,)fill ^
Part.es « accroissent beaucoup pins que les tubercule
et l'encéphale est successivement celui des oiseaux et des mammifères , jusqu'à ce qu'enfin, par la prédominance des lobes cérébraux et cérébelleux sur le reste, il devienne celui de l'homme lui-même. On verrait, en suivant le développement des os, d'abord mucilagineux , puis cartilagineux, puis osseux, et à cet état séparés d'abord en beaucoup de pièces qui se soudent plus tard ; en comparant ce développement avec l'état du système osseux dans la lamproie, dans les poissons cartilagineux, et dans les vertébrés ovipares en général , on verrait une autre preuve de la proposition énoncée. Il en serait de même enfin en passant en revue tous les genres et tous les appareils d'organes.
S 108. L'homme se distingue entre tous les animaux par la grande rapidité avec laquelle il parcourt les premières périodes de sa formation ou de son développement; aussi est-il difficile d'apercevoir en lui ces premiers changemens. C'est un point d'anatomie comparée de l'homme avec les animaux et de l'homme avec lui-même, à ses différens âges, qui, déjà riche d'un grand nombre de faits , se recommande par son importance à l'observation des médecins qui pratiquent l'art des accouchemens.
§ 109. Les phénomènes organiques suivent, comme on le conçoit bien , le développement successif des organes. Il n'y a d'abord dans l'embryon qu'une absorption, et une assimilation presque immédiate de la matière nutritive ; les vaisseaux deviennent ensuite apparens , et c'est alors la circulation qui porte les matériaux de la nutrition partout ; les sécrétions corn-
mencent ensuite à se faire, et le sang du fœtus , mis en contact dans le placenta avec celui de la mère , en éprouve une espèce de respiration branchiale. A la naissance , la respiration de l'air et la digestion se joignent aux autres fonctions nutritives, et les fonctions animales entrent en exercice; et ici, comme dans l'ensemble du règne animal, on voit les organes les derniers développés et leurs fonctions, tenir tout le reste sous leur dépendance , et la vie résulter de l'enchaînement des actions organiques les unes avec les autres.
§ 1 10. L'organisation de l'homme présente dans les deux sexes des différences 1 : outre celles qui existent dans les organes de la génération , il y en a d'autres dans la forme générale du corps , et dans la proportion de ses parties. L'homme est en général plus grand que la femme ; le poids total de son corps est d'environ un tiers plus considérable. Les formes sont plus arrondies dans la femme , plus rudes et plus saillantes dans l'homme ; la femme a le tronc plus court et les membres inférieurs plus longs , de manière que le milieu de son corps se trouve chez elle plus bas que chez l'homme; elle a l'abdomen, et surtout le bassin , plus larges relativement aux épaules et à la poitrine, qui est courte et évasée. Les organes contenus dans l'abdomen sont plus grands , et ceux de la poitrine et du cou plus petits , en proportion du reste du corps, dans la femme que dans l'homme; les os et les muscles sont moins développés , le tissu adipeux
Voyez J. F. Ackermann. de discrimine sexuurn prœter genitalia. Mogunt. 1787. — Ejusd. historia et ichnogr. in- Jantis androgyni. Jenœ , i8o5.
'l8 INTRODUCTION. .
lest davantage; la texture générale des parties est plus molle et plus lâche ; les poils sont moins forts et moins nombreux. Quant aux organes génitaux, les différences très-grandes qu'ils présentent ne détruisent pas des analogies essentielles. Les caractères extérieurs des sexes qui viennent d'être indiqués paraissent surtout dépendre de l'existence et de l'action de l'ovaire dans la femme , et du testicule dans l'homme. Dans l'embryon , dont le sexe est douteux, il n'y a pas de différences extérieures appréciables ; dans le foetus et l «infant, elles commencent à se dessiner à. mesure que les organes génitaux se perfectionnentjc'est à la puberté que les caractères sexuels s'établissent surtout, et dans la vieillesse ils redeviennent moins tranchés. Le défaut de développement complet des ovaires ou des testicules, leurs altérations par des maladies, et leur ablation, empêchent également les différences générales des sexes de s'établir, ou les effacent plus ou moins complètement. On a cherché les causes de la différence des sexes dans une prétendue prédominance du principe coagulant ou de l'oxigène dans le maje, et de la matière nutritive hydro-earbo-azotée dans la femelle.
§ ni. L'espèce humaine présente des différences d' organisation héréditaires dans les races ou variétés j répandues sur le globe, et qu'on peut rapporter à cinq, dont trois principales; savoir la caucasienne, la mongole et l'éthiopienne, et les races malaie et américaine
§ 112. La race caucasienne, à laquelle nous appartenons, se fait remarquer par la beauté delà forme et des
* Voyez Blumenbach. Op. cit. - - Lawrence. Op. cit.
proportions de la tète , dans laquelle le ci âne l'emporte de beaucoup sur la face; ce dont on se convaint par la plus simple inspection comme par l'application des méthodes céphalométriques. Le crâne est arrondi et élevé, la face est ovale, ses parties sont peu saillantes. La coloration de la peau est généralement blanche et rosée, celle des yeux est bleue ou brune, celle des cheveux, en général nombreux, fins et longs, varie du blanc au noir.
Cette race se fait particulièrement remarquer par le développement de son intelligence, par la. civilisation et par la culture de la philosophie , des sciences et des arts. Les races colorées , au contraire, l'emportent par la perfection plus grande des sens.
§ 1 1 3. La race mongole se reconnaît à la force du tronc, à la petitesse des membres , à la forme presque carrée de la tête et à l'obliquité du front, à la largeur et à l'aplatissement de la face, à la saillie des- pommettes , à l'écartement, à l'étroitesse et à l'obliquité des yeux; la couleur de la peau est olivâtre; les cheveux sont droits, noirs et courts; la barbe est rare, et manque quelquefois tout^-à-fait.
§ n4- La race nègre a le tronc mince, surtout aux lombes et au bassin ; les membres supérieurs sont longs, surtout lavant-bras; les mains sont petites, les pieds grands et aplatis; le genou et le pied sont tournés en dehors; la tète est étroite et allongée; la partie inférieure de la face est saillante; le nez est écrasé; les dents antérieures sont obliques et les lèvres saillantes; la peau, l'iris et les cheveux sont noirs : ceux-ci sont crépus, et la barbe est peu épaisse.
IJO INTRODUCTION.
§ ii 5. La race américaine a des caractères anatomiques moins tranchés, et semble intermédiaire à la race caucasique et à la race nègre. La peau est d'un rouge cuivré; les cheveux sont noirs, droits et fins, et la barbe rare ou nulle.
§ ii 6. La race malaie est, comme la précédente, peu distincte par des caractères tirés de l'anatomie : elle paraît intermédiaire aux deux premières. Dans cette race, la peau est brune ou basanée, et les cheveux épais et frisés. -
§ 117. On a admis des variétés fabuleuses : il ne doit pas en être question ici. Les albinos sont le résultat d'une altération morbide. On trouve encore dans chaque race des sous-variétés plus ou moins tranchées. Dans les divers pays souvent très-rapprochés , on observe en général un caractère national , au moins dans la physionomie; mais aussi dans chaque race, dans chaque nation , et même dans des divisions bien plus rétrécies, on trouve quelquefois des individus très-différens des autres ; ainsi il n'est pas très-rare de trouver dans la race nègre tous les caractères anatomiques et physiologiques de la race caucasique, excepté la couleur, et réciproquement. Les variétés d'ailleurs se confondent par des gradations insensibles. Il ne faut donc considérer ces variétés dans l'espèce que comme des différences accidentelles, dont les causes, à la vérité, ne sont pas faciles à déterminer : mais combien aussi dans une pareille matière les observations sont-elles courtes, et par conséquent imparfaites, pour déterminer les conditions d'un phénomène à la production duquel la nature n'a pas épargné le temps 1
Des altérations de l 'organisation.
S ii 8. Le corps humain n'arrive pas, à beaucoup près, toujours au terme de sonexistence par un changement progressif de l'organisation. Le plus souvent le développement s'arrête, se dévie de l'ordre habituel, ou bien l'organisation régulièrement développée s'altère par l'action des agens extérieurs. Le corps , ainsi altéré dans sa conformation, dans sa texture, dans sa composition, est le sujet de l'anatomie morbide. Pour le médecin cette anatomie est le complément nécessaire de l'anatomie de l'homme sain : elle est à la pathologie ce que l'anatomie ordinaire est à la physiologie; il n'y a pas plus de pathologie sans anatomie morbide, que de physiologie sans anatomie; il n'y a pas plus de phénomènes morbides ou de symptômes sans organes altérés, que de fonctions sans organes réguliers, que de phénomènes sans corps, que de mouvement sans matière. L'anatomie morbide est le fondement de la pathologie.
S 1 19- Les dérangemens de l'organisation peuvent intéresser la conformation du corps en général ou de quelques organes : cela constitue une première classe, celle des vices de conformation. Les uns sont originels ou primitifs; d'autres sont secondaires ou acquis. Ces derniers sont nombreux et très-différens les uns des autres. Quant aux premiers, leur observation attentive a contribué à faire découvrir une des lois les plus importantes du développement de l'organisation. Ces
vices ne sont, en effet, essentiellement qu'un état permanent, clans un ou plusieurs organes, des stades ou degrés par lesquels ils passent dans leur développement successif. Ainsi, par exemple, les vices nombreux qui consistent dans une fente ou un éeartement plus ou moins grand sur la ligne médiane , connue le bee-delièvre , la fente de la voûte ou du voile du palais , l'ouverture du sternum, du diaphragme, de la paroi de l'abdomen, de la paroi antérieure de la vessie, des pubis, de l'urètre , du périnée, le spina-bifida , le crâne bifide, etc., sont l'état permanent d'une fente qui ne devait être que temporaire.
La réunion des doigts entre eux, le prolongement du coccyx, la persistance de la membrane pupillaire, l'utérus bifide, le testicule dans l'abdomen, etc., ne sont encore que des situations , des divisions , des réunions , des existences d'organes, qui ne devaient être que temporaires et qui sont restées permanentes. Il en est de même des communications anormales des cavités du cœur, de l'ouverture de la vessie à l'ombilic, de l'existence d'un cloaque, delà hernie ombilicale congénitaiey etci
Quelquefois, un de ces vices existant, le reste de 1 organisation se développe à peu près connue à l'ordinaire ; mais dans certains cas , une imperfection en entraîne nécessairement d'Autres à sa suile , et en voici un des exemples plus frappans : que le hêi -f olfactif et ïethmoïde qui le contient s'arrêtent dan.s leur développement, les orbites et les yeux se confondront plus ou moins intimement, et constitueront ce «pion ap-
pelle un cyclope 1 . Il en est de même de plusieurs autres
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Cette partie de l'anatomie pathologique, qui n'a guère été regardée que comme un objet de curiosité, est au
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contraire d'un très-grand intérêt pour le physiologiste et pour le pathologiste.
§ 120. Les dérangemens de l'organisation peuvent aussi consister clans une altération de la texture et de la composition des organes.
Tels sont les effets et les produits de l'irritation, de l'inflammation , et d'autres dérangemens moins connus des sécrétions et de la nutrition. '.L'adhésion, en général, et les différences qu elle présente dans les divers organes divisés; le pus et les autres produits liquides de l'inflammation; les transformations, d'un tissu en un autre, analogue aux tissus sains; la dégénération ou le changement d'un organe en une substance qui n'a point d'analogue dans l'organisation régulière; les concrétions molles ou dures qui se forment dans les conduits et les réservoirs tles follicules et des glandes, et qui dépendent d'une altération du liquide sécrété, et de l'organe sécréteur, sont autant de genres trèsimportans dans cette classe, dont l'étude n'est pas d'une utdité contestable comme pourrait le, paraître celle des vices de conformation.
Il faut joindre à ces deux classes celle des vers intestinaux assez nombreux, et des animaux parasites qui peuvent exister dans l'homme.
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De /a raor? ûfa cadavre.
§ i2i. La mort 1 est la cessation totale et définitive des fonctions de la vie , suivie bientôt après de la dissolution du corps. Elle est le résultat nécessaire et inévitable' des changeniens successifs de l'organisme. Rarement cependant elle est le dernier terme de la vie, parvenue jusqu'à l'extrême vieillese ; le plus souvent elle arrive par des causes accidentelles.
La vie consistant essentiellement dans l'action réciproque de la circulation du sang et de l'innervation, la mort résulte toujours de la cessation de cette action réciproque. La mort sénile paraît résulter de l'affaiblissement simultané de ces deux fonctions et de l'alteration simultanée de leurs organes, et la mort accidentelle ou morbide de l'altération primitive de l'un des deux organes et de sa fonction. C'est toujours en effet par l'interruption de l'action nerveuse sur les organes de la circulation , ou par la cessation de l'action du sang sur le centre nerveux, que la mort est déterminée par les accidens et les maladies. Mais le sang peut cesser d'agir sur le système nerveux de manière à entretenir la vie ; soit parce que le cœur ne l'y pousse plus, et que les vaisseaux cessent effectivement de l'y conduire ; soit parce que le sang n'est plus soumis à la respiration • soit parce qu'il n'est pas débarrassé par les sécrétions et surtout par la dépu-
1 Voyez Bichat. Recherches, etc. — C. Himly. Commenlatio mords historiam , causas et signa sistens. Gotting. 1794-
ration urinaire des principes nuisibles ; soit parce que la digestion et l'absorption intestinale ne lui fournissent pas des matériaux nutritifs; soit enfin parce que des substances délétères sont introduites du dehors dans la masse de ce liquide.
§ 122. Le cadavre 1 est un corps organisé mort ; mais ce terme s'entend particulièrement d'un animal, et surtout de l'homme qui a cessé de vivre. Le corps où l'action vitale a cessé est insensible, la chaleur et la motilité s'y éteignent bientôt. Quelques instans encore on y peut observer des phénomènes particuliers , derniers vestiges de la vie qui vient de finir , et qu'on appelle phénomènes cadavériques primitifs. Mais le cadavre n'a qu'une durée éphémère. Constamment, à moins de quelques circonstances particulières, la putréfaction s'en empare au bout d'un temps assez courtises élémens se dissocient, et les os seuls subsistent encore quelque temps pour se détruire euxmêmes à leur tour. Quoique tous les cadavres soient disposés aux altérations dont il s'agit, cependant ils ne s'altèrent point tous en même temps et de la même manière. L'âge, la constitution de l'individu, la proportion de ses humeurs, le genre de la mort , les circonstances qui l'ont précédée , la saison , le climat , l'état de l'atmosphère , les corps qui entourent le cadavre, etc., sont autant de circonstances qui influent chacune à leur, manière sur le développement des phénomènes cadavériques ; chaque organe d'ailleurs éprouve des altérations particulières. Voici les chanr gemens les plus généraux.
Voyez Chaussier. Table des phénomènes cadavériques.
§ Isfôï La chaleur, de même que les auh-fes-phénomcncs dénutrition, diminue quelquefois dès avant la nibrtel et eesse peu de temps après. Le refroidissement se fait graduellement, et commence par les surfaces et les extrémités. Il s'opèi-e d'autant plus vite que le sujet est plus épuisèïpavla vieillesse ou la maladie, qu'il est privé de sang,, qu'il est maigre, et que l'atmosphère est plus froide : il peut alors s'opérer en deuix ou trois heures!; <xmimunément il demande quinze à vingt heures ; il peut même exiger plusieurs jours. Le sang est noirâtre , il conserve en général de la fluidité et du mouvement tant que le cadavre est chaud; laorte et les principales artères se- vident ; il s'accumule en général dans les veines caves, dans les oreillettes du cœur et dans les vaisseaux des poumons, et même dans les veines en général , ce qui dépend de l'élasticité! des artères et des bronches , et du mécanisme de la poii trine. Ati reste, l accumulaticwi du sang dans les veines varie suivant les causes de la mort : elle est trèsgrande quand il y a eu dyspnée ou suffocation ; il en résulte alors quelquelois des congestions , des turgescences , des érections, et même des transsudations sanguinolentes. Le sang, obéissant à la pesanteur et-à 1 action des artères, s'accumule et forme des lividités dans les parties qui sont déclives au moment de la mort ; et, pendant que le corps es l resté chaud, le reste du corps est au contraire pâle -et jaunâtre. Pendant tonte ce^te période de refroidissement, le corps1 est en général flexible et. mou, les yeux sont entrouverts, la lèvre et la mâchoire inférieures pendantes, la pupille dilatée;, des congestions qui avaient existe pendant la
DU COUPS HUMA IN . 1 Sj
vie disparaissent quelquefois ; tes sphincters soin relâchés, et quelquefois la déféra tiôn et même l'accouchement ont eu lieu par un dernier reste de. contractilité. Les muscles sont encore irritablës par divers excita'ns, et surtout par le galvanisme.
§ 124. Les parties molles restent flexibles, et le sang Huide, tant que le cadavre conserve sa chaleur - aussitôt qu'elle l'abandonne, le sang se coagule, et les parties molles se ïoidissent d'une manière plus ou moins marquée. La coagulation du sang varie beaucoup; ordinairement il se forme des concrétions blanches, ou de couleur ci tri ne1, qui se moulent dans les vaisseaux ,• quelquefois le sang prend une consistance de gelée , ou même reste tout-à-fait fluide, La roideur cadavérique est un phénomèue constant, ca ractérisé par la fermeté que prennent les parties molles , et par la résistance et l'immobilité des articulations. Elle commence par le tronc, et s'étend aux membres supérieurs, puis aux inférieurs. Ce phénomène, qui paraît dépendre essentiellement de la dernière contraction des muscles , et aussi du refroidissement' général et de la coagulation des liquides, présente de grandes variétés, relativement à l'époque de sa manifestation, à son intensité, à sa durée. Ainsi dans la mort sénile, dans la mort par un lent épuisement ou par des fatigues excessives, après les maladies septiqucs, gangréneuses , scorbutiques, etc., la roideur survient très-promptement , est peu intense ,et dure à peine une ou deux heures. Au contraire dans les sujets forts ., musclés, qui meurent tout à coup d'une mort violente; après la plupart des asphyxies et des maladies
lAO INTRODUCTION-
aiguës, la roitleur ne survient qu'au bout de vingt à trente. heures, devient très-considérable, et dure pendant trois ou quatre jours. Laroideur des parties molles cesse, ensuite d'elle-même, et dans le même ordre où elle s'était manifestée ; elle est remplacée par une mollesse qui augmente graduellement; les parties sont abandonnées à leur pesanteur , elles se dirigent en conséquence, et s'affaissent sur elles-mêmes. Les liquides qui étaient coagulés se liquéfient de nouveau , et leur fluidité semble même augmenter. Ce sont les premiers phénomènes de la décomposition putride.
§125. Dans quelques cas, et ordinairement après une mort prompte et violente, il se fait un dégagement rapide et considérable de gaz, soit dans le canal intestinal, soit dans les cavités séreuses, dans le tissu cellulaire, soit même dans les vaisseaux : il en résulte divers autres phénomènes remarquables. La tympanite de l'abdomen repoussant le diaphragme, fait souvent sortir du mucus par la bouche ou par les narines ? refoule le sang dans le cou et la tête : d'où le gonflement de la face, l'éclat des yeux, le resserrement de la pupille ; elle fait encore refluer par l'œsophage dans le pharynx, dans le larynx, dans les fosses nasales ou dans la bouche, les matières de l'estomac; elle détermine aussi le reflux du sang vers les organes génitaux, l'excrétion de gaz, de fèces, et quelquefois même la rupture de la paroi abdominale. Le développement de gaz dans le tissu cellulaire constitue l'emphysème cadavérique; son dégagement dans le cœur et les vaisseaux détermine le mouvement du sang et même sa sortie par des plaies, phénomène,que l'on appelle cruentation cadavérique.
§ 126. La putréfaction est un mouvement intestin, inverse (le l'action organique, qui s établit clans le cadavre, détruit toutes les combinaisons qui s'étaient formées par l'action vitale, en sépare les molécules, les ramène à un état plus simple de composition , les réduit en gaz , en vapeurs, en putrilage , en terreau , et les rend ainsi à La masse générale des corps inertes. Outre la cessation de la vie, la putréfaction demande encore comme conditions, le contact de l'air, et un certain degré de ebaleur et d'humidité. Le degré et la combinaison de ces conditions font beaucoup varier les phénomènes de la décomposition.
§ 127. En général, elle commence dès que la coagulation et la roideur cessent : dès lors les liquides commencent à se résoudre, et les parties molles se relâchent et s'amollissent graduellement. Le cadavre, qui exhale dès le commencement une vapeur dont la. déperdition diminue son poids, répand alors une odeur fade. Le sang et les autres humeurs transsudent à travers leurs réservoirs, et imprègnent de leur couleur et de leur odeur les parois et les parties environnantes : de là la coloration des veines et du tissu cellulaire environnant en rouge , les taches imprimées à l'estomac et aux intestins par le foie, la rate, la vésicule biliaire, les infiltrations séro-sanguinolentes dans le tissu cellulaire et lés membranes séreuses, leur coloration en rose, en rouge, en brun, et la coloration des parois de l'abdomen en une teinte bleuâtre ou verdâtre. Les humeurs de l'œil transsudent, d'où l'affaissement de la cornée, et, en se mêlant avec les corpuscules qui voltigent dans l'œil , forment un enduit terne.
ï3<) INTRODUCTION.
Dans celte première période les muscles rougissent le papier de tournesol.
§ 10.8. La putréfaction , qui , eu égard aux régions , commence en général par l'abdomen, à cause des matières excrémentitielles qui y sont accumulées; qui, eu égard aux organes, commence par les plus mous et les plus imprégnés de liquides, comme la masse encéphalique, et qui attaque aussi, en premier lieu, les parties engorgées ou altérées par la maladie ou par le gétfté de mort, devient bientôt générale. L'épiderme se détache et est soulevé par des amas de sanie brunâtre; les chairs, imbibées par les liquides, deviennent gluantes, verdàtres , pulpeuses, ammoniacales; il se dégage" une odeur putride, nauséabonde.
§ 129. Enfin la texture disparaît tout- à-fait; les parties molles, confondues avec les liquides, se réduisent en putrilage demi-fluide, mêlé de bulles de gaz, et répandant l'odeur la plus infecte , et la vapeur la plus pernicieuse. Il ne reste bientôt plus que les os, qui à leur tour deviennent friables, pulvérulens, et ne laissent qu'un faible résidu terreux.
§ i3o. Lorsque les conditions de la putréfaction sont favorables, comme après certaines maladies, et dans des temps ou des lieux chauds et humides, elle commence presqu'à l'instant de la mort, et parcourt ses périodes avec la plus grande rapidité. Dans les cas contraires elle est lente , et peut n'être complète qu'après plusieurs années. Elle peut même être indéfiniment suspendue, ou très-modifiée dans ses phénomènes. Ainsi, un cadavre enfermé dans la glace peut s'y conserver sans altération sensible, tant que durera
DU COUPS HUMAIN. l3l
la congélation 5 ainsi, un corps desséché par une atmosphère très-chaude et sèche , comme celle des déserts de l'Afrique, ou par une terre absorbante, comme dans certains caveaux , ou par la chaleur du four ou de l'étuve, ou par divers procédés chimiques, peut devenir a peu près imputrescible. De même, un corps plongé et retenu dans l'eau, dans un terrain humide, ou dans une terre saturée de produits cadavériques, peut se transformer en gras , se saponifier, par l'action réciproque de sa graisse et de l'ammoniaque qui résulte de la décomposition des chairs.
§ i3i. Le cadavre conservant encore, quelque temps après la mort, à peu près l'organisation et la composition que le corps avait pendant la vie , il est le sujet sur lequel on étudie l'anatomie. Cependant, comme il arrive dès le moment de la mort des changemens qui vont sans cesse en augmentant, il faut rectifier par l'examen des animaux vivans les idées que l'on pourrait se faire en n'examinant que des corps privés de vie.
Tous les corps ne sont point également propres et convenables à l'étude de l'anatomie. Il ne faut point se servir, pour faire des dissections longues et suivies, de ceux qui ont succombé à des maladies septiques ou à la fatigue, de ceux qui sont encore chauds, de ceux dont la putréfaction a été prompte, ou est très-avancée. Il faut dans dans les recherches anatomiques être d'une extrême propreté. Si l'on se blesse en disséquant, et surtout en disséquant un sujet impropre à l'étude de l'anatomie , il faut sur-le-champ laver et cautériser la blessure.
§ L'anatomiste considère dans chaque partie