VI. Des capsules fibreuses de quelques organes
§ 527. Enfin l'œil est renfermé dans une membrarc capsulaire, appelée sclérotique et cornée; le testicule dans une appelée albuginée, l'une et l'antre remarquables par leur épaisseur et leur solidité ; tes ovaires , les reins, le foie, et quelques autres parties encore, ont des enveloppes du même genre, mais beaucoup moins épaisses et moins solides. La plupart de ces capsules , toutes même, excepté la scélérotique, ont des prolongemens intérieurs fibreux qui s'étendent dans le tissu de l'organe. Elles sont percées de quelques ouvertures
pour le passage des vaisseaux , mais sont peu vasculaires elles-mêmes. Elles ont pour usage commun de déterminer la forme des organes qu'elles enveloppent , d'en contenir, d'en soutenir, d'en protéger les parties internes.
TROISIÈME SECTION
§ 528. Le tissu fibro-cartilagineux est fibreux et tenace comme le tissu ligamenteux , dont il fait réellement partie; blanc , très-dense, et élastique comme le tissu cartilagineux; il semble intermédiaire aux ligamens et aux cartilages.
§ 529. Galiën a nommé certains ligamens neurochondroïdes , nvftxovfyatS'is <nnh.sf««t; Vésale les appelait ligamens cartilagineux; Morgagni les regardait comme intermédiaires entre les ligamens et les cartilages ; Weitbrecbt les comprend parmi les ligamens; Haase, au contraire, les range dans la chondrologie, sous les noms de cartilages ligamenteux et mixtes. Bichat a établi un système fibro-cartilagineux, composé du tissu ligamenteux cartilaginiforme dont il s'agit ici , et d'une partie du tissu cartilagineux , qui sera décrit dans le chapitre suivant; mais ce système d'organes ne me semble pas exister clans la nature, c'est pourquoi je ne l'ai point conservé. Les fibro- cartilages dont il est question ici ne me paraissent être qu'une variété du tissu desmeux : ce sont ries organes ligamenteux cartilaginiformes.
4^ 2 ANATOMIJE GÉNÉRALE.
§ 53o. Les fibro-cartilages sont temporaires ou permanens.
Les fibro-cartilages temporaires sont ceux qui passent régulièrement, constamment, et à des époques déterminées, à l'état osseux : ce sont les fibro-cartilages d ossification. On les rencontre dans l'épaisseur des tendons et des ligamens. Ils sont purement fibreux dans le principe, deviennent ensuite fibro-cartilagineux, et enfin osseux. La rotule et les os sésamoïdes se développent de cette manière. Les endroits où les tendons frottent contre les os , ceux , par exemple , où les jumeaux appuient contre le fémur, où le long péronnier latéral glisse contre le tarse, sont aussi constamment le siège de fibro-cartilages de ce genre. Le ligament stylo -hyoïdien, le thyrohyoïdien , contiennent, dans leur épaisseur, des grains de la même nature. La sclérotique, dans certains animaux, présente des points opaques, également fibro-cartilagineux, qui forment ensuite des plaques osseuses.
§ 53 1. Les fibro-cartilages permanens, ou du moins ceux qui durent presque toute la vie, sont de plusieurs espèces. i° Il en est de libres par leurs deux faces : ce sont les ligamens inter - articulaires ou ménisques, mknisci; on les rencontre dans les articulations temporomaxillaires, sterno-claviculaires, quelquefois dans celle de l'acromion avec la clavicule) constamment entre le fémur et le tibia, entre le cubitus et l'os pyramidal. Entièrement isolés par leurs deux faces, ces ligamens sont adhérens par leurs bords ou par leurs extrémités. a° D'autres sont adhérens par une de leurs faces; tels sent ceux que l'on Irouve partout où un tendon frotte
contre un os, et dont la présence est due à ce que le périoste devient cartilagineux dans ces endroits; ceux que présentent les ligamens contre lesquels glissent des tendons, comme cela a lieu pour le ligament calcanéocuboïdien , contre lequel frotte le tendon du muscle jambier postérieur. Tels sont encore les bourrelets fibro-cartilagineux attacbés au bord des cavités glénoïde et cotyloïde. Partout, en général, où le tissu fibreux est exposé à des frottemens habituels , ce tissu prend une texture ou une apparence cartilagineuse : c'est ce qu'on voit pour les frottemens des os contre les ligamens, au ligament annulaire du radius, au ligament transverse de l'apophyse odontoïde; la poulie du muscle grand oblique est encore un exemple du même genre. 3° Certainsligamenscartilagineux adhèrent par leurs deux faces; les intervalles des corps des vertèbres, l'intervalle des pubis, sontremplis par des organes de ce genre. Ainsi, d'après leur forme et leurs connexions on peut distinguer trois sortes de ligamens cartilaginiformes.
§ 532. Ces organes, quoique toujours fibreux comme les hgamens , et très-denses comme les cartilages, présentent un grand nombre de variétés, par. rapport à la consistance, et à l'homogénéité de leur tissu. Les ménisques, ou ligamens inter-articulaires , par exemple, offrent des fibres très- distinctes à leur circonférence, et prennent vers leur centre, qui est miuce, une appar rence'de plus en plus serrée et homogène, sans pourtant qu'on doive les regarder, même en cet endroit, comme de vrais cartilages. Le périoste cartilagineux a plus de ressemblance avec ces derniers. Dans les liga-
4M ANATOMIB GENERALE.
mens amphiarthrodiaux, un tissu fibreux très-apparent existe à l'extérieur ; il se convertit , à mesure qu'on se rapproche du centre, en une sorte de pulpe ou de bouillie blanche qui se rapproche des cartilages, moins par sa consistance cependant que par la disparition des fibres et par son homogénéité apparente.
§ 533. Il entre dans la composition des fibro-cartilages les mêmes parties que dans celle du tissu ligamenteux; on y trouve peu de vaisseaux. Leur composition chimique a été peu étudiée. Par la dessiccation, ils deviennent jaunes et transparens, comme les ligamens. La décoction agit sur eux de la même manière que sur ces derniers : elle les fond entièrement en gelée, de sorte qu'ils ne participent pas, sous ce rapport, du tissu cartilagineux.
§ 534- Leurs propriétés physiques sont semblables à celles des ligamens et des cartilages. Leur ténacité ou force de cohésion très-grande , et qui surpasse même celle des os, les rapproche du tissu ligamenteux. D'un autre côté, ils sont très - élastiques , et reviennent promptement sur eux-mêmes loi-squ'ils ont cédé , soit à la distension , soit à la pression ; c'est surtout quand ils sont comprimés, que leur élasticité est très-marquée. Ils résistent plus que les os et les cartilages à l'action destructive des tumeurs pulsatiles : dans les anévrysmes de l'aorte, les vertèbres sont usées et détruites avant le fibro-cartilage qui les sépare : cette propriété est une suite de leur élasticité. Les propriétés * vitales des fibro-cartilages sont obscures, comme celles du tissu ligamenteux en général.
■ 5p5. Dans leur formation , plusieurs de ces partie*
passent par l'état fibreux; d'autres passent directement de l'état muqueux à l'état fibro-cartilagineux. Ce n'est qu'accidentellement, et d'une manière variable, que les fibro-cartilages permanens deviennent osseux dans la vieillesse; cependant cela leur arrive plus souvent qu'aux ligamens , mais moins souvent qu'aux cartilages. § 536. Les fibro-cartilages temporaires ou passagers
ont pour usage de servir de type ou de moule à des os.
Ceux qui sont permanens forment tantôt des liens.
flexibles, élastiques et très-solides, et servent tantôt
à faciliter les glissemens , p>ar la consistance qu'ils
donnent aux surfaces.
§ 537. Les états morbides des fibro-cartilages sont peu connus.
Divisés, ils se réunissent, comme on le voit, après, l'opération de la symphyséotomie.
Leur production accidentelle n'est pas très-rare. On peut prendre pour type de l'espèce et pour objet de comparaison le centre d'un ligament in ter-vertébral. Les fibro-cartilages accidentels sont en effet fibreux comme les ligamens, d'un blanc laiteux comme les cartilages, souples, humides et élastiques. D'après leur forme' leurs connexions, leurs usages, les fibro-cartilages accidentels sont de deux sortes. Les uns sont des moyens d'union de quelques fractures non-consolidées, soit à cause des mouvemens, comme celles du col du' fémur, de la rotule et autres; soit à cause d'une perte étendue de substance , dans un des os de l'avantbras, de la jambe, du métatarse, du métacarpe, du crâne, etc., endroits où le rapprochement des frag- ™ns ne peut avoir lieu. D'autres fibro-cartilages m
forment sur le bout des os amputés, sur les surfaces des articulations surnuméraires , sur et autour de la surface des cavités articulaires supplémentaires, et dans quelques fausses ankyloses. On trouve des fibro-cartilages informes clans quelques tumeurs composées de la thyroïde, dans certains kystes, et dans quelques cicatrices , surtout celles qui se font quelquefois dans les poumons , à la.suite de l'évacuation des tubercules. On trouve des plaques du même genre à la surface de la rate. Les corps fibreux de l'utérus sont quelquefois mous, et pulpeux au cefftre, comme les ligamens inter-vertébraux. On trouve enfin quelquefois des masses fibro - cartilagineuses régulières, globuleuses , libres dans les cavités séreuses où elles ont pénétré. M. le docteur Trouvé , de Caen , m'a donné une tumeur de ce genre, grosse comme une noix, trouvée avec une autre semblable dans la cavité péritonéale ; cette tumeur, manifestement fibreuse à l'extérieur, est molle comme les ligamens in ter-vertébraux, vers le centre , et contient là un os gros comme un petit pois.
§ 538. L'inflammation des fibro-cartilages est peu connue. On sait seulement que, dans certains cas, les parties desmo - cartilagineuses deviennent extrêmement molles par suite d'un afflux des liquides , d'une sorte de congestion : c'est ce qu'on voit dans la grossesse, aux symphyses du bassin, et ce qu'on a même observé chez l'homme, dans ces mêmes articulations. La colonne vertébrale présente ce ramollissement d'une manière très-marquée chez les rachitiques : il en résulte une flexibilité des ligamens inter-vertébraux qui
DES CARTILAGES. foj
fait que la colonne se ploie avec la plus grande facilité, et que si l'individu garde habituellement une mauvaise attitude, la colonne se courbe latéralement en plusieurs endroits, et que les vertèbres elles-mêmes participent avec le temps à la déformation.
Une des variétés du mal vertébral consiste aussi dans le ramollissement et dans le gonflement des ligamens inter-vertébraux, qui finissent par s'ulcérer et se détruire.
A NATO. M ill GliNIUlAI.E.