DES CONCRÉTIONS PIERREUSES. J
§ 826. Les voies biliaires1 sont fréquemment le siège de calculs, cholelithi. On les trouve le plus souvent dans lavésiculebiliaire; quelquefois dans les canaux cystique, hépatique ou cholédoque; ou dans le canal intestinal, et rarement dans les racines du canal hépatique dans le foie. Le nombre et le volume de ces calculs varient extrêmement : on en trouve depuis un jusqu'à plusieurs milliers dans la même vésicule, depuis le volume d'un œuf de poule jusqu'à celui d'un grain de millet : leur couleur varie du blanc ;au jaune, au brun et au noir; leur surface est arrondie ou à facettes, polie ou rugueuse; leur consistance varie beaucoup. Leur pesanteur spécifique est de 0,20 à o,35. On les divise, d'après Walter, en trois genres : striés ou rayonnés, striati, lamelleux, lamellati, et pourvus d'une écorce, corticati. Dans l'espèce humaine, ces calculs sont formés de cholestérine, de matière jaune de la bile, et quelquefois d'un peu de picromel.
§ 827. Les calculs urinaires 2, urolithi, se trouventdans lebassinetdurein, dans l'uretère, dansl'embouchure de ce canal, dans la vessie , dansl'urèthre, dans le prépuce, dans des locules de la vessie , dans les conduits prostatiques, et dans des cavités et des voies urinaires accidentelles.
Les calculs du bassinet et des calices du rein se
1 Sœmmering , de Concrementis biliariis , corp. humani ; Traject. adMœn., i795. — Thénard , Mcm. de la soc. d'Arcueil , vol. I.
1 Fourcroy et Vauquelin, Mém. de l'Inst. nat. , tom. IV. — Wollaston, Philos, trans. , ann. i797.eic.
Jo6 ASATOM Ili GENERALE.
moulent dans ces cavités, quand ils s'y accroissent, et deviennent rameux comme le corail.
Les calculs vésicaux sont les plus communs : tantôt, et c'est le plus ordinaire, il n'y en a qu'un dans la vessie, tantôt il y en a plusieurs; on en a vu jusqu'à plus d'un cent. Leur volume et leur poids varient depuis celui d'un grain de blé jusqu'au volume de la tête d'un fœtus à terme, et jusqu'à plus de six livres de poids. Leur forme est ronde ou obronde, ou ovoïde, ou tétraèdre, ou cunéiforme, ou cubique, etc.
Leur surface est unie, ou rugueuse, ou mamelonnée. Leur couleur et leur consistance sont très-variables. Ils ont toujours un noyau formé, soit par un gravier descendu du bassinet, soit par un caillot de sang, ou un flocon de mucus, soit par un corps étranger.
Ils sont quelquefois homogènes, assez souvent formés de couches superposées, semblables ou différentes; d'autre fois mêlés ou hétérogènes , et sans couches.
Les calculs vésicaux sont composés , i° d'acide urique; 2° d'oxyde cystique ; 3° de phosphate de chaux ; 4° d'urate d'ammoniaque ; 5° de phosphate ammoniaco-mngnésien ; 6° d'oxalate de chaux; y° de silice ; 8° de carbonate de chaux ; 90 d'oxyde xan tique ; io° de matière fibrineuse; n° de mucus; et 120 de phosphate de fer, de magnésie, de carbonate de magnésie, d'urate de soude. Ces substances se trouvent dans les calculs, ou isolées ou combinées par deux, trois, quatre ou cinq. Le plus commun de tous est le calcul d'acide urique ; puis le calcul fusible , composé de phosphates ammoniaco-magnésien et calcaire; puis le calcul mural; composé d'oxalate de chaux ; puis le cal-
t)ES TISSUS ACCIDENTELS. 707
cul formé de couches distinctes d'acide urique et d'oxalate de chaux, etc. La silice et l'oxyde cystique , et plus ■encore l'oxyde xan tique et la fihrine, sont les substances les plus rares dans les calculs urinaires.
§ 828. On dit avoir trouvé quelquefois des concrétions calculeuses pisiformes dans les vésicules spermatiques et dans les conduits éjaculateurs.
On trouve quelquefois aussi des petites concrétions semblables dans les trompes utérines. Quant aux concrétions de l'utérus, ce sont le plus souvent des corps fibreux ossifiés. Cependant, on a trouvé dans cet organe des concrétions de phosphate calcaire, ayant pour noyau un corps étranger.
On assure avoir trouvé des concrétions calculeuses dans les conduits excréteurs de la mamelle.
TROISIÈME SECTION
% 829. Les tissus accidentels 1 sont des organes nouveaux développés dans le corps vivant.
Ces tissus peuvent être divisés en deux sortes: i° les tissus analogues à ceux de l'organisation saine ;
2° Les tissus hétérologues ou sans analogues dans l'organisation régulière.
Ily a aussi quelques tissus accidentels, intermédiaires, pour ainsi dire, entre les uns et les autres, et ayant
' Laennec , Cours oral de médecine, au Collège de France, année i82a-i8a3.
AŒ4TOMIE GENERALE.
.des analogues, non dans l'organisation humaine, mais au moins dans d'autres animaux.
§ 83o. Ces diverses sortes de tissus sont tantôt isolés tantôt , et souvent, réunis ou combinés entre eux. Ils sont même souvent réunis avec des humeurs accidentelles , avec des animaux vivans , avec des humeurs ou des tissus altérés, etc.
§ 83 1. Parmi les anatomistes et les pathologistes , .les uns (MM. Dupuytren , Cruveilher, etc. ) , regardent les tissus accidentels comme le résultat de transformations éprouvées par les tissus naturels : ils appellent les tissus accidentels analogues, des transformations proprement dites, et les tissus hétérologues, des dégénérations; les autres (J. Hunter, MM. Abernelhy, Laennec, etc. ) , les regardent comme des productions nouvelles ou épigénétiques. C'est une question trèsdifficile à résoudre; cependant la dernière opinion nous paraît la plus conforme à l'observation.
§ 832. Les transformations véritables sont très-rares, et n'ont lieu qu'entre des tissus peu différens : ainsi les cartilages du larynx se changent en os; la membrane muqueuse renversée à l'air se change en peau, comme la peau attirée à l'intérieur, par une cicatrice, devient muqueuse, etc. C'est ainsi que l'on voit, dansles arbres, les racinesse changer en branches, etréciproquement les branches en racines. Mais la plupart des prétendues transformations ne sont autre chose que des productions : ainsi, 'une cicatrice est une membrane toute nouvelle, et non le résultat de la transformation des tissus dénudés; ainsi le cancer du col de l'utérus est le résultat d'une matière de nouvelle for-
mation infiltrée dans son tissu , et qui la écarté, comprimé , atrophié , et non le résultat de la dégénération de ce tissu.
ARTICLE PREMIER
§ 833. Ces tissus ressemblent plus ou moins parfaitement aux tissus de l'homme sain.
Ils sont altérables comme les tissus naturels, et même plus qu'eux.
Ces tissus sont de deux sortes: i°les uns sont le résultat de l'adhésion des lèvres d'une solution de continuité, ou de la régénération après une perte de substance ; 20 les autres sont le résultat d'une production tout-à-fait accidentelle. Les uns et les autres ont été décrits à l'occasion de chaque tissu (Chap. là X ).
§ 834; Les tissus demi-analogues sont, i° quelquesuns des tissus ci-dessus, qui n'atteignent pas un degré parfait d'organisation : telles sont surtout les cicatrices ou productions cutanées accidentelles, la production de tissu blanc compact et flasque, les productions demicartilagineuses , les ossifications terreuse et pierreuse , les productions cornées imparfaites, etc.; 2° ce sont aussi la production nacrée , analogue à la vessie natatoire des poissons , observée dans des parois de kystes ; la production de fongus en lames, etc.
ANATOM1E GÉNÉRALE.
ARTICLE II
PES TISSUS ACCIDENTELS HÉtÉROLOGDES.
S 835. Les tissus accidentels hétérologues, morbides, ou sans analogues dans l'organisation saine, sont assez nombreux. Les plus communs et les mieux caractérisés sont, le tubercule, le squirre, l'encépbaloïde et la mélanose; quelques autres plus rares seront indiqués après ceux-là.
§ 836. Ces tissus commencent probablement par l'état fluide; mais dès le moment qu'on peut les apercevoir ils sont solides. Ils persistent plus ou moins long-temps en cet état , qu'on nomme de crudité ou d'organisation; état dans lequel on peut les comparer à des zoopbytes, dans lequel ils présentent , pour la plupart, des vaisseaux, et dans lequel ils sont indolens et ne nuisent que mécaniquement. Ils se ramollissent ensuite, se décomposent, se liquéfient. Dans cet état, queBayle comparaît à une mort anticipée , ils causent des douleurs plus ou moins vives, quelquefois nulles; ils irritent et enflamment les parties voisines; ils exercent une action délétère sur tout l'organisme, et particulièrement sur la nutrition, même sur celle des os ; ils s'étendent et se multiplient alors plus ou moins rapidement dans l'organisation.
L'origine et la cause de ces tissus sont inconnues. On les a regardés comme innés ou héréditaires; comme résidtant d'une aberration de l'action formatrice ; comme des êtres organisés se développant et mourant prématurément au milieu de l'organisation; comme
tîes produits, des résultats de l'inflammation et de l'irritation, etc. Ce sont autant d'hypothèses plus ou moins ingénieuses et plus ou moins fondées.
Ces tissus existent sous forme de masses isolées , de masses enveloppées, d'infiltrations dans le tissu des organes , etc.
Tantôt ils existent seul à seul , tantôt ils sont combinés entre eux et avec d'autres productions accidentelles, et avec des tissus et des humeurs altérés.