‹ Élémens d'histoire naturelle médicale (volume 3)Chapitre 166 sur 187 · QUATRE-VINGT-ONZIÈME FAMILLF · texte numérisé non relu

QUATRE-VINGT-ONZIÈME FAMILLF

POLYGALÉES. — POLYGALEjE.

On distingue les plantes de cette petite famille à leur calice offrant trois , quatre ou cinq divisions plus ou moins profondes, tantôt égales et régulières , tantôt irrégulières et inégales. Leur corolle est formée de trois à cinq pétales libres ou soudés par leur base^ au moyen des filets staminaux, et semblant constituer une corolle monopétale irrégulière , divisée dans sa partie supérieure en lobes qui forment deux lèvres. Les étamines sont communément au nombre de huit , soudées par leurs filets , et diadelphes : quelquefois il n'en existe que deux ou trois , qui sont libres dans les deux cas, elles sont insérées sur les pétales. Leurs anthères s'ouvrent généralement par un trou qui se pratique à leur sommet : elles sont uniloculaires. L'ovaire est libre et supère , à deux ou à une seule loge , contenant chacune un ou deux ovules. Le style est simple et se termine par un stigmate dont la forme est extrêmement variable dans les différens genres. Le fruit est une petite capsule , quelquefois légèrement charnue , à une ou deux loges, qui chacune renferment une graine. Cette capsule s'ouvre en deux valves, emportant chacune la moitié de la cloison sur leur face interne. La graine est suspendue , souvent accompagnée à sa base d'un arille charnu et lobé. L'embryon est renversé, placé au centre d'un endosperme charnu qui manque dans le genre Krameria. Les Polygalées sont des plantes herbacées, ou des arbustes d'un aspect agréable et d'un port élégant. Leurs feuilles sont alternes et dépourvues de stipules. Leurs fleurs, qui ont eu général quelque ressemblance extérieure avec celles des Légumineuses , sont quelquefois axîllaires et solilaires , mais plus souvent terminales et en épis, accompagnées à leur base de deux bractées latérales. Les caractères que nous venons d'éuumérer suffisent pour distinguer cette famille de celles dont nous l'avons rapprochée,

POLYGALA, — POLYGALA. L. J.

Calice à cinq divisions profondes et inégales , dont deux" la-

^'pO BOTAIKIQUE.

térales plus grandes et souvent colorées. Corolle irréguliôre, de cinq pétales soudés par leur base et disposés en deux lèvres ; huit étamines diadelplies. Capsule comprimée, à deux loges monospermes , s'ouvrant en deux valves. Graines arillées, contenant un embryon endospermique. Plantes herbacées ou frutescentes, ayant les feuilles entières, les fleurs en épis terminaux.

PoLYGALA. AMER. Polygala aniara. L. J.

Nom pharmaceutique : polygala amara. Partie usitée : la racine.

C'est sur les pelouses sèches, dans les lieux incuites, que croît cette jolie petite plante, qui épanouit ses fleu--s d'un beau bleu d'azur pendant une partie de l'été. Sa racine est vivace , rameuse , blanchâtre ; elle développe plusieurs liges de quatre à cinq pouces de longaeur , ordinairement couchées dans leur partie inférieure , redressées supérieurement et glabres. Ses feuilles sont alternes , les inférieures obtuses et comme spatuiées ; les supérieures lancéolées , étroites , aiguës et sessiles. Les fleurs forment un épi qui termine Ja partie supérieure de la tige. Chacune d'elles est pédicellée , accompagnée à Ja base de son pédicelle par deux petites bractées linéaires très courtes. Le calice est à cinq divisions très profondes cl inégales ; deux sont latérales , colorées , beaucoup plus grandes que les autres, obovales, aiguës, entières; les trois autres sont linéaires, étroites et beaucoup plus courtes. La corolle esta peu près de la même longueur que les deux grandes divisions du calice 5 elle se compose de cinq pétales unis intimement par leur base , au moyen des filets des étamines. Deux de ces pétales sont égaux et forment une sorte de lèvre supérieure^ l'inférieure est concave et composée d'un pétale qui est découpé en lanières extrêmement étroites. Les deux autres pétales sont latéraux. Les étamines, au nombre de huit, sont soudées en deux faisceaux et diade'phes , renfermées dans une sorte de carène très concave, qui résulte de la soudure des deux pétales latéraux. L'insertion des pélales est hypogynique. L'ovaire est alongé . très comprimé , à deux loges , qui contiennent chacune un seul ovule. Le style est dilaté , terminé par nn stigmate concave et comme à deux lèvres, dont la supérieure est dressée et beau-

coup plus grande. La capsule est comprimée , cprdiforme , glabre, à deux loges, et s'ouvre en deux valves ; les graines sont arillées et velues.

Propriétés et usages. Toutes les parties de cette plan|.e,mais surtout sa racine , sont d'une amert^unis très intense. C'est un médicament Ionique^ mais qui en même temps provoque presque constamment la purgalion. Sous ce rapport, il p^ut être utile dans certaines hydropisies qui ne sont pas liées à l'état d'inflammation du péritoine ou des organes |'<^Y4fMS par celte membrane.

Mais que penser des éloges qui lui ont été prodigués dans le traitement des maladies inflammatoires des pouqion^ , telles que la pneumonie , la pleurésie, la phthisie pulmonaire et le crachement de sang? Cpllin , Van-Swieten , et plp^ récetpment MM. CosteetVillemel; , prétendentl'avoir employé avecavantage dans ces différens cas. Mais si Yon fait attention qu'Us associaient le polygala amer à l'usage du lait et dep npucilagjneux , et que souvent même ils faisaient précéder son adpiir istration de l'emploi de la saignée, les médecins vraiment physiolpgistes sauront faire la part de ce médicament, et attribueront cerlainemen t les heureux résultats obtenus par les praticiens que nous venons de nommer, à la saig>iée, au lait et aux mucilagineux.

On peut administrer le polygala amer à la dose d'une once pour deux livres d'eau; on prépare avec sa poudre des bojs ou un électuaire dont la dose est d'un scrupule à un gros. Son extrait est moins fréquemment prescrit.

Polygala sénéga. Polygala senega. L. Sp. 990.

Nom pharmaceutique : radix senega. Nom vulgaire : polygala de Vir. ginie. Partie usitée : la racine.

Le polygala de Virginie offre une racine vivace , rameuse , grisâtre extérieurement , blanche à son intérieur. Il s'en élève chaque, année plusieurs tiges herbacées , très simples , hautes de huit à dix pouces. Ses feuilles sont sessiles , assez grandes , ovales, lancéolées, aiguës , entières , glabres, d'un vert clair. Les fleurs sont petites et constituent un épi terminal. Les deux ailes du calice sont obtuses et veinées. La corolle est très courte

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et close. Les capsules sont petites , très comprimées, échancrées en cœur à leur sommet, à deux loges et à deux valves. Les graines sont noires, ovoïdes, alongées, terminées en pointe à l'une de leurs extrémités. Celle plante croît spontanément dans différentes parties de l'Amérique septentrionale.

Propriétés et usages. La racine du Polygala de Virginie , telle qu'elle nous est fournie par le commerce , varie de la grosseur d'une plume à celle du petit doigt. Elle est irrégulièrement contournée, un peu rameuse, épaisse supérieurement 3 elle présente une sorte de côte saillante qui règne sur l'un de ses côtés. Son écorce est grisâtre et comme résineuse ; son axe est blanchâtre. Son odeur est faible et nauséeuse ^ sa saveur , d'abord douceâtre et mucilagineuse , est \in peu âcre, amère et irritante. Introduite dans la bouche, elle augmente la sécrétion des glandes salivaires; sa poudre^ mise en contact avec la membrane pituitaire, détermine l'éternument. Cette racine a été analysée par M. FeneuUe, pharmacien à Cambrai, qui l'a trouvée composée des substances suivantes ; une matière colorante d'un jaune pâle, une substance amère, de la gomme, de l'acide peclique , de l'albumine, une huile volatile, une huile grasse, du malate acide de chaux , des sulfates , carbon. et phosph. de chaux, de la silice, etc. {Journ. ch. méd., septembre 1826). M. Gehlen en a retiré une matière solide , brune , translucide, d'une saveur désagréable , soluble dans l'alcool , qui excite l'éternument quand on la frotte , et qui ne se dissout ni dans l'eau, ni dans l'élher , ni dans les huiles. Il la nomme sénégine. On la prépare en traitant l'extrait alcoolique de sénéga par l'élher et par l'eau. Elle n'est pas usitée. M. Quevenne a démontré depuis que le principe actif âcre du polijgala était un acide qu'il nomme poLygalique , et qui présente la plus grande analogie avec la salseparine et la saponine.

La partie externe de cette racine • st la plus active. Son infusion aqueuse est plus âcre que sa teinture alcoolique.

En Amérique, la racine récente du sénéga joiîit d'une très grandi! réputation dans le frnitemenl de la morsure des serpens. Mais en Europe ^ c'est particulièrement à litre d'excitant que l'on en fait usage. A faible dose, cette racine augmente la

POLYOALBES.

perspiration cutanée et pulmonaire; à dose plus élevée , elle peut être émétique et purgative. La préparation la plus convenable est une décoction que l'on prépare avec une once de racine bouillie dans trois livres d'eau jusqu'à réduction d'un tiers.

Les éloges qui ont été prodigués à ce médicament dans les maladies de poitrine , même à l'état inflammatoire , nous forceront h lui appliquer les observations que nous venons de faire à ce sujet , en parlant du polygala amer. En effet , ce n'est point à son emploi que doivent être exclusivement rapportés les succès obtenus , puisqu'en général on le fait précéder de la saignée , et qu'on y associe l'usage du lait, de la gomme et des adoucissans. Dans le catarrhe pulmonaire chronique , ou sur la fin du caiarrhe pulmonaire aigu , quand les symptômes d'irritation ont disparu , la décoction de polygala peut être fort avantageuse 3 en facilitant l'expectoration, elle fait souvent disparaître l'oppression dont les malades semblaient être accablés.

On a aussi recommandé l'usage de ce médicament dans l'asthme, le croup, le rhumatisme chronique, l'aménorrhée et les hydropisies. Dans ce dernier cas , il doit être administré à haute dose, afin que son action se porte plus spécialement sur le canal digestif et détermine la purgation. Mais en général il est, je crois , important de s'abstenir de cette substance éminemment tonique et excitante, toutes les fois qu'il y a une irritation manifeste de quelque organe important, tandis qu'au contraire son usage peut être d'une grande utilité chez les sujets faibles, lorsqu'il y a débilité, et que l'économie a besoin d'être stimulée.

Outre la décoction , on peut encore employer la poudre de sénéga à la dose de vingt à quarante grains. On peut aussi préparer un vin de polygala , en faisant macérer quatre onces de celte racine dans une livre de vin.

En Allemagne, le polygala sénéga est employé intérieurement avec un très grand succès dans le traitement des ophthalmies les plus intenses, et même de celles qui sont produites par quelque vice intérieur, tel que ja syphilis ou le rhuma-

UOTA.flQU:^.

tisme, les scrophules. On trouve dans les Archives générales de médecine (octobre 1826, p. 277), des observations du docteur Ammon, dans lesquelles cette racine, administrée en poudre 9 la dose de dix-huit à vingt-quatre grains par jour, a rc^ussi à dissiper des inflammations violentes de l'œil, souvent accompagnées ou suivies de productions vagculaires de la conjonctive, d'hypopyon, d'iritis, de ptérygyon? ou autres acçidens graves. Cette racine fait cesser des symplôfnes que ni )ps saignées générales ou locales, ni les topiqups , ni mêmp les médicament considérés comme spécificjues , te}s que 1^ mercure dans l'ophthalmie vénérienne , n'avaient pu faire disparaître. Ou l'administre, soit en dépoction, soit en poudpe. Elle est plus efficace sous cette dernière forme. On y joint ordinairement le savon médicinal, à une dose convenable, et l'on fait des pilules de trois grains, dont on administre dix par jour. Lp sayon doit entrer pour un tiers dans ces pilules.

KRAMÉRIE. - KRAMERIA. L. Juss.

Calice à quatre divisions profondes et irréguliéres; corolle de quatre à cinq pétales inégaux et irréguliers, dont deux ou trois supérieurs sont plus longs et onguiculés, et deux inférieurs sessiles et plus coyrls. Etamines au nombre de trois à quatre. Ovaire à une seule loge contenant deux ovules suspendus; fruit glpl^ulefix;, indéhiscent, hérissé de pointes. Graines dépourvt(§s d'apijje gt d'epdpspefme.

Kramérie tri ANDRE. Kranieria triandra. Ruiz et Pavon.

Fl. Per.

Nom pharmaceutique : radix ratanhiœ. Nom vulgaire : ralqnhia. Ppr^ie

usitée : la racine.

Arbuste dont la raci)!}Ç est raiïï^u^e et rompante horizontalement sous la terre : la lige dressée, divisée en ramifications nombreuses, velues et blanchc^lres. j,es feuilles sont alternes, très rapprochées à la partie supérieure des jeunes rameaux; elles sont assez petites, ovales, oblongues, aiguës, dures et coriaces. Les fleurs sont placées à l'aisselle des feuilles supérieures. Chaque fleur est portée sur un pédoncule très court,

POLTGALÊES- OJIP

«t accompagnée de deux bradées rapprochées du calice •• celui-ci est à quatre divisions profondes, ovales, alongées, aiguës, glabres en dedans , velues extérieurement. La corolle se compose de quatre pétales irréguliers et inégaux 5 deux supérieurs redressés, étroits, onguiculés à leur base, presque lancéolés dans leur partie supérieure : deux inférieure sessiles, presque orbiculaires, très obtus, appliqués contre l'ovaire. Les étamines sont au nombre de trois , entièrement libres et ascendantes. Leurs filets sont épais, cylindriques, articulés supérieurement au dessous de l'anthère, qui est terminale, conique, à une seule loge, et s'ouvre par un troii , qui se forme à son sommet. Ces étamines sont hypogynes , ainsi que les pétales. L'ovaire est ovoïde, très velu, à une seule loge, contenant deux ovules suspendus. Le style est long , recourbé, et se termine par un stigmate très petit, arrondi et bilobé. Le fruit est globuleux, pisiforme, hérissé de pointes raides. Il reste indéhiscent et renferme deux, quelquefois une seule graine, par suite d'avortement. Ces graines contiennent un gros embryon dressé, dépourvu d'endosperme. Cet arbuste est originaire du Pérou.

Propriété^ et usages. Le nom de ratanhia^ donné par les Péruviens à cet arbuste, est tiré de la forme de sa racine, qui est rampante. C'est à Ruiz, botaniste espagnol, l'un des auteurs de la Flore du Pérou et du ChilL^ que l'on doit la connaissance de la plante qui fournit la racine de ratanhia et celle de ses usages dans la thérapeutique. Voici les caractères de cette racine : elle est composée de ramifications cylindriques de la grosseur d'une plume à celle du petit doigt, d'un brun rougeâtre extérieurement. Elle est formée de deux parties: l'une corticale, plus foncée, un peu fibreuse, d'une saveur extrêmement astringente, sans mélange d'amertume; l'autre, centrale, est plus dure, d'un jaune rougeâtre, d'une saveur plus faible. C'est de la première seulement qu'on doit faire usage. Il est important de choisir les racines de ratanhia de grosseur moyenne j car celles qui sont trop grosses ont la partie centrale plus épaisse et la corticale plus mince.

M. Vogel a trouvé dans cette racine un principe résinoïde, rouge, d'une très grande aslringence, de l'amidon, de la

gomme et quelques sels. M. Peschier, pharmacien a Genève, y a découvert un acide qu'il regarde comme nouveau , et qu'il nomme acide kramérique. Il forme , avec des alcalis , des sels cristallisables qui, en général, ne s'altèrent point à l'air.

Pendant son séjour au Pérou, M. Ruiza vu très fréquemment employer la racine de ratanhia, et en ayant lui-même fait usage, il a pu s'assurer de son efficacité. L'extrême astringence de cette racine en fait un tonique très énergique. C'est surtout contre les diarrhées chroniques et les hémorrhagies passives, c'est à dire dans les maladies exemptes d'inflammation aiguë , que l'efficacité du ratanhia est vraiment merveilleuse. Les essais que plusieurs praticiens européens ont faits à cet égard justifient parfaitement la confiance que les Péruviens lui accordent dans cette circonstance. M. le docteur îlurtado, médecin espagnol , qui a résidé à Paris, a publié plusieurs observations détaillées sur l'emploi de cette racine exotique. Son usage peut aussi être avantageux dans l'aménorrhée, la leucorrhée et la blennorrliagie chroniques , en un mot dans toutes les maladies où l'emploi des toniques , et particulièrement des astringens, est réclamé.

C'est généralement en décoction que l'on administr?. le ratanhia. Une demi-once à une once bouillie dans une livre d'eau forme une boisson astringente fort énergique. Son extiait, que l'on nous envoie souvent tout préparé du Nouveau-Mond» , se donne à la dose d'un scrupule à un demi-gros.

Propriétés médicales et usages des Polygalées.

Celte petite famille, qui, à l'exception du genre polygala, ne se compose que de genres exotiques , présente en général une assez grande uniformité dans les qualités sensibles et dans la manière dont les médicamens qu'elle renferme influencent les différens organes avec lesquels on les met en contact. En effet, ces médicamens , qui sont en petit nombre , appartiennent tous à la classe des toniques. Les uns sont spécialement amers ou légèrement âcres : tels sont le polygala amer et le polygala séïiéga. Ce ne sont pas seulement ces deux espèces qui jouissent de ces propricti^s ; le polygala vulgaire, le polygala d'Autriche

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et plusieurs autres parmi les espèces indigènes, le polygalarosea de Michaux , et quelques autres espèces exotiques , possèdenl des propriétés enliôromcnt analogues.

Les espèces du genre Kramérie ont, au contraire , des racines qui sont d'une très grande astringence. Outre le Kranieria triandra, qui croît au Pérou , et fournit spécialement le ratauhia , plusieurs autres espèces , et en particulier le Kranieria ixina, que l'on trouve à Saint-Domingue et dans les autres Antilles, jouissent de propriétés tellement semblables, que leur racine peut être facilement substituée au ratanhia du Pérou.

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