Partie.usitée : les feuilles
Arbuste de trois à quatre pieds de hauteur, rameux dès sa base. Les branches inférieures sont presque ligneuses et persistantes • les supérieures herbacées , cylindriques , sont très glauques, et présentent, ainsi que le reste de la plante, un grand nombre de petites glandes , contenant une huile volatile d'une odeur extrêmement forte et pénétrante. Feuilles éparses, composées , glauques ; pétiole commun , très grand , cylindrique j divisions second^iires , canaliculées ; folioles cunéiformes, un peu épaisses et charnues. Fleurs jaunes, disposées en une espèce de corymbe paniculé , rameux dès sa partie inférieure. Les fleurs , coui tement pédonculées , sont disposées alternativement le long des rameaux du corymbe; au dessous de chacune d'elles , et latéralement , est une bractée très petite et linéaire. Calice étalé, petit, à quatre ou cinq divisions aiguës, sessiles , persistantes. Corolle de quatre ou cinq pétales onguiculés, en forme de cuiller, un peu sinueux sur les bords. Étamines , av> nombre de huit à dix, dressées , saillantes, de la longueur de la corolle, attachées à la base d'un disque hypogyne , très épais , jaunâtre , offrant dans son pourtour autant de glandes arrondies qu'il y a d'étamines. Les filets sont subulés • les anthères biloculaires , ovoïdes, arrondies, attachées par la base. L'ovaire est fendu jusqu'à son milieu en quatre ou cinq parties; il est très rugueux à cause du grand nombre de
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glandes qu'offre sa surface ; il présente quatre ou einq loges , contenant cinq à six ovules comme réniformes , attachés vers le milieu de son axe. Le style est central, plus court que les élamines , terminé par un stigmate simple , très petit. Le fruit est â quatre ou cinq vhles saillantes et rugueuses , à autant de loge^ , s'ouvrant seulement par leur partie supérieure et interne. Là rue officinale croît dans les lieux secs et pierreux du midi de la France. 7/L
Propriélés et usages. L'odeur répandue par toutes les parties de celte plante est extrêmement forte , aromatique, peu agréable. Elle est due à l'huile volatile sécrétée par les glandes nombreuses que l'on remarque dans toutes les parties de la rùè. Sa saveur est âcre , un peu amère , aromatique et très chaude.
Là rue contient de l'huile volatile , de la chlorophylle , de l'albumine végétale , de l'extractif , de la gomme , une matière azotée , de l'amidon et de l'inuline. On emploie les feuilles, qui sorti stimulantes et même irritantes , pour activer le cours des menstrues, refardées par une cause débilitante. On les donne aussi dans la chlorose : elles sont fréquemment usitées comme \^érmifuges. On les administre en infusion à la dose de demigros à un gros pour une chopîné d'eau , ou en poudre à la dose de huit à douze grains spùs forme de pilules. Appliquées sur ia peau , elles peuvent en déterminer la rubéfaction.
C'eét un remède qu'il ne faut prescrire qu'avec beaucoup (le circonspection, surtout aux femmes d'un tempérament irritable; il agit avec beaucoup d'activité sur l'utérus, et peut produire l'inflammation de cet organe , une hémorrhagie inquiétante, et, dans quelques circonstances, l'avorlcment.
DICTAMNE. - DICTJMNUS. Ï..
Calice profondément partagé en cinq lanières lancéolées; corolle de cinq péîales inégaux , quatre supérieurs dressés , et ùri inférieur^ dix étamines déclinées; style et stigmate simples. Le fruit est à cinq loges et à cinq côles saillantes , et comme étoilé; chaque loge renferme deux à trois graines.
BOTANIQUF.
DlCTAMlSE BLANC. Dklnmnus alitas, L. Sp. 548.
Noms pharmaceutiques : radix fraxinellee, a. dictnnini albi. Nom vulgaire : fraxinelle. Partie usitée ; ta racine.
Racine vivace , formée de fibres alongées et assez grosses. Tige dressée, simple , raide , cylindrique , haute d'un pied et demi à deux pieds. Feuilles alternes, imparipinnées, longues de six à huit pouces, composées de sept à onze folioles sessiies , ovales , aiguës , denliculées , inéquilatères. Le péiiole commun est ailé entre chaque paire de folioles. Les fleurs sont grandes , rouges ou blanches, pédonculées , disposées en un long épi lâche , qui occupe le tiers supérieur de la tige. Les pédoncules, la partie supérieure de la tige , le calice, la face externe des pétales, sont couverts d'un nombre infini de petites glandes rougeâtres , globuleuses , qui sécrètent une huile volatile abondante , d'une odeur forte et peu agréable. Chaque fleur est portée sur un pédoncule long d'environ un pouce , accompagné d'une ou de deux petites bractées linéaires ; toujours ce pédoncule est recourbé à son sommet. Le calice est raonosépale, étalé, profondément partagé en cinq lanières étroites , linéaires , aiguës , de couleur purpurine. La corolle est pentapétale , irrégulière , étalée ; quatre des pétales occupent la partie supérieure de la fleur; ils sont dressés , ovales, aigus , rétrécis en onglet à leur base. Le cinquième est inférieur et pendant, rétréci supérieurement et à sa base. Les étamines sont au nombre de dix , déclinées vers la partie inférieure de la fleur, et à peu près de la longueur de la corolle ; les filets sont alongés , subulés , recourbés à leur partie supérieure , et garnis de petites glandes rougeâtres, légèrement poilus dans leur partie inférieure ; les anthères sont à quatre faces, obtuses, attachées au filet par leur base. Le pistil est libre et central , élevé sur un stipe plus étroit que la base de l'ovaire , et dont la substance se confond avec celle du pistil, sans discontinuité. L'ovaire est globuleux , à cinq côtes arrondies, tout couvert de poils et de glandes d'un rouge très foncé ; il présente cinq loges, qui contiennent chacune trois ovules attachés vers l'axe, et alternes entre eux. Le style est plus court que les étamiue
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mais également décliné, terminé par on stigmate excessivement petit , el à peine distinct du sommet du style. Le fruit est à cinq côles saillantes et étoilées , s'ouvrant par le côté interne. La fraxinelie croît dans les bois en Alsace et dans les provinces méridionales de la France. ^
Propriétés et usages. Toute la plante exhale une odeur aromatique très forte , due à son huile volatile. Sa racine , qui est amèreet aromatique , était jadis employée comme sudorifique et vermifuge 3 mais aujourd'hui les médecins en ont abandonné l'usage à la médecine populaire.
Dans les grandes chaleurs de l'été , l'huile volatile , qui s'échappe de la plante , forme autour d'elle une atmosphère que l'on peut enflammer en y plongeant une bougie allumée.
GAIAC. — GUAIACUM. L. J.
Calice à cinq divisions profondes , un peu inégales -, corolle de cinq pétales réguliers , planes et étalés; dix étamines, ovaire pédicellé , à cinq loges; style simple ; capsule un peu charnue extérieurement , à deux , trois ou cinq loges, formant autant d'angles saillans. Arbres à feuilles opposées , paripinnées , à fleurs axillaires et pédonculées.
Gaïac officinal. Guaiacum officinale. L. Sp. 546. Blackw.
Noms pharmaceutiques : guaiacum, s. lignum sanctum. Parties usitée>s :
le bois, la racine.
Cet arbre assez élevé a le bois très dur et très compacte. Ses rameaux sont recouverts d'un épiderme grisâtre et rugueux ; ils sont comme articulés et ornés de feuilles opposées, paripinnées, composées de deux ou trois paires de folioles opposées , sessiles, ovales, obtuses , entières , glabres , longues d'un pouce à un pouce et demi. Les fleurs sont bleues , portées sur des pédoncules d'un pouce et plus de longueur, réunies au nombre de huit à dix à l'aisselle des feuilles supérieures. Ces pédoncules sont finement pubescens. Le calice est à cinq divisions très profondes, un peu inégales, obtuses , légèrement velues en dehors. La corolle est formée de cinq pétales étalés , 3. 5f>
obovales, obtus , rétrécis à leur base. Les dix étamines sont dressées, leurs filets sont grêles, simples, terminés par une anthère alongée, qui se roule après la fécondation. L'ovaire est obovoïde , comprimé , pédicellé à sa base. Le style qui le termine est simple. Le fruit est une sorte de capsule légèrement charnue en dehors, tantôt globuleuse, à cinq côtes et cinq loges, mais plus fréquemment comprimée, presque cordiforme, comme à deux ailes et à deux loges. Le gaïac croît naturellement en Amérique. On le trouve à la Jamaïque , à Saint-Domingue , etc.
Propriétés et usages. Le bois de gaïac du commerce est en bûches plus ou moins volumineuses , recouvertes d'une écorce grisâtre et compacte , dont la face interne présente des efflorescences blanches , qui sont probablement, ainsi que l'observe M. Guibourt, de l'acide benzoïqne. Ce bois est très compacte , pesant, presque inodore, d'un brun verdâtre au centre , jaunâtre dans ses couches externes. Il est très résineux. Sa saveur est excessivement âcre et aromatique. Le bois de gaïac est composé, suivant l'analyse de Tromsdorf, de : 1° résine particulière abondante; 2° résine particulière peu abondante, soluble dans l'ammoniaque ; 3° extraclif ; 4° gomme.
On le râpe en général avant de l'employer en médecine. Celte sciure prend , lorsqu'elle est exposée à la lumière , une couleur verte plus ou moins intense , qui paraît due à l'action de l'air et de la lumière sur la résine qu'elle contient.
La résij^e de gaïac découle de l'arbre décrit ci-dessus, par les incisions que l'on pratique à son écorce. Elle est en masses irrégulières , à cassure brillante , d'une couleur brune verdâtre, d'une odeur assez agréable , qui rappelle celle de l'acide benzoïque ; sa saveur d'abord faible, devient âcre et prend fortement à la gorge. Cette résine, exposée à la lumière, acquiert une teinte verte plus ou moins vive. Les acides lui font éprouver divers changement de couleur , que l'on attribue généralement aux différens degrés d'oxigénation que subit cette résine ; et comme elle offre des caractères qui ne se remarquent pas dans les autres sub^slances résineuses, M. Brandes a proposé d'en faire un piincii)e immédiat nouveau. Elle est soluble
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dans l'alcool et l'éther , mais presque inattaquable par l'eau.
Le gaïac et surtout sa résine possèdent une action éminemment stimulante. Leur usage détermine tous les phénomènes d'une excitation puissante qui se porte en général vers la périphérie du corps , et augmente d'une manière sensible la perspiration cutanée ; aussi est-ce surtout comme sudorifique que Ton emploie ce médicament. C'est vers le commencement du seizième siècle , c'est à dire peu de temps après l'apparition de la syphilis en Europe, que l'on a commencé à en faire usage. Il fut d'abord considéré comme un remède infaillible , une sorte de spécifique, propre à triompher des symptômes qui avaient résisté à l'usage du mercure. En effet , le gaïac n'a jamais guéri d'une manière radicale que des individus dont les symptômes avaient été entretenus et souvent exaspérés par l'emploi peu méthodique des médicamens mercuriels. Mais , dans aucun cas, cette substance n'a guéri seule les symptômes d'une infection générale. Comme tous les autres sudorifîques exotiques, auxquels on l'associe presque constamment, le gaïac peut être d'un grand secours dans le traitement de la maladie vénérien^ie constitutionnelle; mais il ne suffit pas pour la guérir.
L'emploi de ce remède a aussi été recommandé par beaucoup de médecins dans le traitement de la goutte et du rhumatisme chroniques, des dartres et de quelques autres maladies de la peau. Mais il faut observer d'une manière générale que ce médicament ne peut être avantageux, dans ces différens cas, que chpz les individus affaiblis, et quand ces affections n'offrent plus les signes d'une inflammation aiguë; car alors il serait plus nuisible qu'utile.
On administre le bois de gaïac en décoction , soit seul , soit mêlé avec les autres bois et racines sudorifiques , tels que le sassafras, la salsepareille et la squine. Lorsqu'on l'emploie seul , on prépare cette décoction avec une à deux onces de gaïac râpé, que l'on fait bouillir dans deux livres d'eau jusqu'à réduction d'un tiers. Cette tisane , convenablement éflulcor^:e, doit être prise par verrées d'heure en heure.
Quant à la résine, on la prescrit assez fréquemnteiit sous la
forme de pilules ou d'élecluaire , ou suspendue au moyen de l'alcool dans un véhicule aqueux. On peut aussi l'avoir en suspension dans l'eau, en môlant ensemble une partie de la résine en poudre avec vingt parties de sucre et une demi-partie de gomme adragante , que l'on étend dans cent parties d'eau. La dose est d'un à deux scrupules , que l^on peut graduellement augmenter.
§ II. Cuspariées .
CUSPARIE. — CUSPARIA. Humboldt.
Calice campanulé , à cinq divisions; corolle de cinq pétales soudés ensemble par leur base , et formant une corolle monopétale , tubuleuse; cinq ou six étamines, dont deux seulement sont anthérifcres. Ovaire à cinq loges uniovulées^ style simple ^ stigmate à cinq lobes rapprochés; cinq capsules raonospermes, bivalves , réunies à un axe central. Arbres exotiques, à feuilles trifoliées, à fleurs en grappes axillaires.
CusPARlE FÉBRIFUGE. Cusparia febrijuga. Humb. Bonplandia
trifoliata. Wild.
Galipea febrifuga. St. Hil.
Noms pharmaceutiques : cortex angusturœ s. angosturœ. Noms vulgaires : angusture vraie, cusparé. Partie usitée : l'e'corce.
Cet arbre peut s'élever à une hauteur considérable. Son écorce est grisâtre. Ses jeunes rameaux sont cylindriques , verts, avec de petits points gris ; ils portent des feuilles éparses, réunies en plus grand nombre vers leur partie supérieure. Leur pétiole est long de huit à dix pouces et canaliculé ; il se termine par trois folioles scssiles , digitées , minces , glabres et luisantes, ovales, alongées, aiguës, entières; celle du milieu est un peu plus grande que les deux latérales. Il n'y a pas de stipules. Les fleurs sont blanches , et forment à l'aisselle des feuilles supérieures des grappes dressées, cylindriques, pédonculées , à peu près de la même longueur que les feuilles. Leur calice est subcampanulé, ù cinq divisions assez profondes, ovales , aiguës. La corolle , qui est trois fois plus longue que
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le calice, se compose de cinq pétales soudés ensemble par leur base au moyen des filets staminaux , de manière à ressembler à une corolle monopétale , tubuleuse par sa base , à cinq divisions profondes et obtuses. Le calice et la corolle sont couverts de poils fasciculés. Les étamines sont au nombre de cinq à six, dont deux seulement sont anthérifères ; les autres sont stériles et un peu plus longues ; toutes ont leurs filets dilatés et membraneux à leur base , et servent ainsi de moyen d'union entre les pétales. Les anthères sont alongées, obtuses, à deux loges, et se terminent inférieurement par un petit appendice membraneux. L'ovaire est sesslle au fond de la fleur, à cinq côtes obtuses et saillantes , à cinq loges contenant chacune un seul ovule attaché vers l'angle interne et supérieur. Cet ovaire est environné et en partie caché par un disque saillant, concave , dont la hauteur dépasse un peu celle de l'ovaire. Le style est simple et se terri. ine par un stigmate à cinq lobes rapprochés. Le fruit se compose de cinq capsules réunies sur un axe commun, et qui chacune sont uniloculaires, monospermes et bivalves.
Cet arbre est originaire des bords de l'Orénoque, dans l'Amérique méridionale , où MM. de Humboldt et Bonpland l'ont vu former d'immenses forêts. Il croît aussi dans d'autres parlies du continent et des îles de l'Amérique, et spécialement au Brésil.
Propriétés et usages. L'angusture vraie, que l'on a longtemps cru provenir du Magnolia glauca, est l'écorce de l'arbre dont nous venons de tracer la description. C'est à MM. de Humboldt et Bonpland que l'on doit cette importante découverte. Celte écorce est en plaques dont la longueur varie de deux à quinze pouces ; elles sont roulées, minces sur les bords. Leur épiderme est d'un gris jaunâtre, quelquefois épais et fongueux, et semble formé par une espèce de lichen. Leur cassure est compacte, résineuse, d'une teinte brune-jaunâtre j leur face interne est fauve, quelquefois légèrement rosée; leur saveur est amère, un peu nauséeuse, et laisse dans la bouche, surtout à la pointe de la langue, un sentiment d'âcrelé et de picotement.
Malgré les travaux împorlans de MM. Vauquelin et Planche, on ne connaît pas. encore bien positivement la nature des principes consiiiuans de c( tte écorce. On sait qtP'elle ne contient ni tannin ni acide gallique , mais quelques sels , une matière amère très abondante et un principe azoté. Saladin a extrait de l'angusture vraie , par l'alcool absolu, un principe cristallisant en tétraèdrêi qu'il nomme cuspnrin. L'eau froide en dissout 1/2 p. 100, et IVali bouillante 1 p. 100. Il se dissout dans les acides et dans les alcalis, et il est précipité par l'infusion de noix de galle.
Ce n'est guère que vers la fin du dernier siècle que l'on a connu en Europe les propriétés médicales de l'écorce d'angusture. Les Anglais furent les prelriiers qui tentèrent des essais à cet égard. Le succès que les médecins américains retiraient de l'usage de ce médicament dans la dysenterie et les fièvres intKrmiltentes, dut engager à en faire usage contre ces deux maladies; MM. Ewèrs et Williams l'ont einployé avec le plus grand avantage contre ces affections; mais il est essentiel de n'en faire usage dans la dysenterie que quand cette maladie a perdu son caractère iiiflanimaloire ; car, dans le cas contraire, elle en augmenterait infailliblement tous les symptômes. Quelques praticiens l'oht aiissi i-écoramandée contre la Gèvre jaune. M. de Humbokit assure que plusieurs médecins, dans la patrie même des quinquinas, ont plus de confiance dans la vertu fébrifuge de l'angusture; cependant d'autres praticiens ne partagent point cette haute opinion sur l'efficacité de l'angusture, qui a souvent échoué dahs des cas très simples; aussi, de nos jours , emploie t-on fort rarement ce médicament exotique, moins certain daris ses effets que l'écorce du Pérou.
C'est ordinairement en poudre, à la dose de vingt à vingtquatre grains, répétée plusieurs fois, que l'on administre l'angusture. A dose plus élevée, elle détermine presque constamment la purgation. Ou prescrit aussi l'infusion ou la décoction d'un à deux gros de cette écorce dans deux livres d'eau. Sa teiïiturè alcoolique est une préparation très efficace.
Le môme groupe des Cuspariées fournit encore plusieurs
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antres méiicamens qui jouisseul des uiôiucs propriétés. Tels sont :
1» VEvodia fehrifuga, Aug. Saint-TIilaire. Dans la province des Mines , au Brésil , cet arbre est connu sous les noms de laranjeira do niato, très folhas vennellms, etc. Son écprce est à la fois amère et astringente, et les Mineurs l'emploient comme fébrifuge.
2" L'écorce du Ticorea fehrifuga, Saint-Hilaire (P/. usuel. , t. 16), est en tous points semblable à la précédente pour ses. qualités et son mode d'action. Les habilans du Brésil la désignent sous les noms de quina, très foUias brancas. ,^ .
3° M. Âug. Saint-Hibire a figuré (pl. il de ses Pl.antes asuelr les des Brasiliem) une autre rutacée que Vellozp et. VandelU ont nommée Horiia brasiliana. Son écorce^ d>ne couleur roussàtre, est extrêmement amère et employée comme tonique et fébrifuge.
Fausse angusture. Coriex pUuUb-âTr^iûï'àrie bii aùgostorce,
angustura ferrùginèa.
Nous traiterons ici decette écorce, bien qu'elle; n'appartienne pas à la famille des Rutacées , mais seulement afin de pouvoir présenter comparativement les caractères qui la distinguent de l'angusture vraie. L'écorce de fausse angusture ou angusture ferrugineuse nous est apportée de l'Amérique: Wiéridioriale. Elle est en plaques épaisses, compactes, pesantes. Son épiderrae, qui est quelquefois fongueux, est d'un gris rougeâtre; sa substance intérieure est couleur de rouille , très claire ou simplement grise; sa poudre est d'un blanc jaunâtre. Sa saveur est excessivement amère et nullement âcrej elle est inodore. La plupart des auteurs rapportent cette écorce au Brucea antidysenitrica^ figuré par l'Héritier à la planche 10 de ses Stirpes; mais celte o[)inion nous paraît insoutenable. La fausse angusture nous vient de l'Amérique méridionale, tandis que le Brucea croit en Afrique. De plus, Bruce assure que l'écorce de ce dernier arbre est employée avec avantage contre la dysenterie : elle n'est donc pas vénéneuse ; tandis qu'on connaît les effçts toxiques de la fausse angusture. Ce qui nous paraît plus
probable, c'est que cette écorce est produite par une espèce de Stijchnos de la famille des Apocynées, mais qui n'est point encore connue. M. Virey avait émis l'opinion que ce pouvait être le Strychnos colubrina L. Mais cet arbre est originaire des grandes Indes, et l'écorce de fausse angusture nous est apportée de l'Amérique méridionale.
L'écorce de fausse angusture est une substance extrêmement vénéneuse, qui, à des doses môme très faibles, peut occasionner des accidens extrêmement graves, et môme la mort. Cette action a été confirmée par un grand nombre d'exf»ériences , faites par plusieurs auteurs de toxicologie, et en particulier par M. Orfila, qui en a déduit les conséquences suivantes : 1° La poudre de fausse angusture et ses diverses préparations agissent comme la noix vomique et autres strychnos 3 2° la matière jaune amère parait être la partie la plus active.
MM. Pelletier et Caventou, en analysant la fausse angusture, y ont trouvé une matière alcaline particulière analogue à la strychnine, et qu'ils ont nommée brucine. Depuis, ces chimistes l'ont également rencontrée dans la noix vomique, associée à la strychnine, mais en moins grande quantité. Ces résultats viennent encore à l'appui de l'opinion qui ferait de la fausse angusture l'écorce d'une espèce de strychnos encore inconnue.
MM. Lherminier et Andral fils ont récemment publié le résultat d'expériences tentées avec la brucine dans différens cas de paralysie. Ils ont cru reconnaître à cet alcali végétal les mêmes propriétés qu'à la strychnine retirée de la noix vomique, avec cette différence qu''elie est incomparablement moins dangereuse dans son emploi. En effet, la brucine peut être administrée sans inconvénient à la dose de deux à trois grains, que l'on augmente graduellement. Elle produit le fourmillement, les secousses tétaniques de la noix vomique. Quelques paralysies ont été guéries par son usage. Cependant il faut attendre qu'un plus grand nombre de faits en ait constaté plus sûrement les propriétés et les circonstances où l'on doit l'employer.
RDTACBES.
§111. SiMAROUBÉES.
QUASSIE. — qXJASSIA. Rich. DC.
Fleurs hermaphrodites j calice court, persistant, étalé, à cinq divisions profondes; corolle de cinq pétales dressés, beaucoup plus longs que le calice. Dix étamines munies à leur base d'une écaille velue. Style simple, terminé par un sligmate à cinq lobes peu marqués. Arbrisseaux à feuilles imparipinnées, ayant les folioles constamment opposées.
QuASSiE AMÈRE. Quassia amara. L. Suppl. 235. Lamk. Illust.
Nom pharmaceutique : rndix quassiœ amarœ. Noms vulgaires: quassia amara, bois de Surinam. Partie usitée : la racine.
Arbrisseau de six à dix pieds d'élévation , droit , irrégulièrement rameux, à écorce cendrée, très amère. Feuilles éparses, occupant ordinairement le sommet des rameaux, très glabres, quino-pinnées, rarement trifoliées. Pétiole commun rougeâtre, épais à sa base , ailé et membraneux dans le reste de son étendue, obtus et comme tronqué à l'insertion des folioles. Celles-ci sont sessiles, obovales, oblongues, acuminées, rétrécies à la base, presque entières, à nervures rougeâtres, saillantes. Leurs bords et ceux du pétiole sont légèrement enroulés. Fleurs en épi terminal multiflore, d'environ huit à dix pouces de longueur; fleurs dressées, courtement pédicellées, ayant à leur base une bractée petite, spathulée, recourbée; toutes sont hermaphrodites, inodores, rouges, ainsi que le rachis et les pédicelles. Calice très petit; tube court, turbiné, solide; limbe étalé , plane , à cinq divisions ovales , ciliées. Corolle de cinq pétales incombans, dressés, formant une espèce de tube alongé, cylindrique; ces pétales sont linéaires, légèrement canaliculés, se rétrécissant insensiblement de la base vers le sommet, insérés au pourtour d'un disque hypogyne. Dix étamines à peine saillantes hors de la corolle, cinq alternes un peu plus courtes; mais peu de temps après les filets s'alongent considérablement, et les anthères tombent. Ces filets sont filiformes,
et offrent à leur base un appendice obovale, arrondi, glabre en dedans, chargé de poils en dehors, qui se rétrécit subitement à sa base en un petit onglet. Le filet semble naître du milieu de cet appendice, lequel s'attache à la base du disque. Les anthères sont ovoïdes, oblongues, bifides à la base, attachées au milieu du dos Le disque, plus large que les ovaires, est cylindrique, tronqué supérieurement, et offre dix petites fossettes pour l'insertion des étamines. L'ovaire est globuleux, à cinq côtes, à cinq loges uniovulées, soudées par leur sommet, mais distinctes par leur côié interne. Le style naît des sommets réunis des cinq p^rlies de l'ovaire; il est filiforme, à cinq sillons légers^ un peu plus longs que lès étamines ; le stigmate eist globuleux , capitulé , à cinq dents rapprochées. Le disque devient un réceptacle charnu, rougeâtre, supportant les cinq parties de l'ovaire, qui se sont tout à fait écartées et isolées les unes des autres, en sorte qu'il y a cinq fruits distincts, noirs, obovoïdes, constituant chacun une drupe renfermant une noix de même forme, qui est uniloculaire et monosperme.
Cet arbri^st^au croît spontanément à Surinam. On le cultive à Cayeiine et dans d'autres parties de la Guiane.
Propriétés et usages. La racine du quassia amara est cylindrique, d'une grosseur variable, grisâtre et tachetée extérieurement, blanchâtre en dedans, inodore. Sa saveur est excessi-; vemenl amère, surtout celle de la partie corticale. Le principe amer çlu quassia est également soluble dans l'eau et dans l'alcool. II est cî'u|i jaune brunâtre un peu transparent. M. Thorâson lui a donné le nom de quassine. M. Wiggers vient d'isoler le principe amer du quassia amara {^British Annals qf médecine,niai 1837)5 il lui a .c^oiiié le nom de quassit. Il se présente sous forme de prismes blai>GS peu solubles dans l'eau et dans l'éther : son meilleur dissplvant est l'alcool. La dissolution du quassit dans l'eau est neutre; elle est précipitée par le tannin, mais non par l'iode.
Ce médicament est certainement un de ceux dans lesquels la saveur amère est la plus intense et la plus pure. Aussi doit-il être considéré comme essentiellement tonique. La grande réputation dont celte racine a joui pendant quelque temps est
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aujourd'hui de beaucoup diminuée. On l'administre encore quelquefois pour activer les forces digestives de l'estomac, à la suite des maladies longues et chroniques qui ont jeté dans un état de faiblesse la plupart des organes de l'économie animale. Quelques auteurs l'ont également recommandé dans les fièvres intermittentes, la goutte et les catarrhes chroniques. Mais en général on fait peu usage aujourd'hui de ce médicament exotique, que la gentiane et les autres amers indigènes peuvent facilement remplacer.
C'est ordinairement en infusion que le quassia amara est prescrit. Cette infusion se prépare avec un gros de cette racine que l'on fait infuser pendant six à douze heures dans une livre d'eau. Cette boisson est d'une amertume excessive. On peut aussi préparer un vin , une teinture et un extrait de quassia -, mais on les emploie très rarement.
SiMAROUiBA. - SIM ARUBA. Rich. DC.
Fleurs unisexuées ; calice concave, à cinq lobes; corolle de cinq pétales dressés ; étamines au nombre de cinq à dix. Arbres à feuilles iniparipinnées, ayant les folioles quelquefois alternes.
SiMAR0UB\ DE Cayenine. Sbuaruha guianen.sis. Rich. Quassia simaruha. L. suppl. 234. Lamk. III. t. .343. f. 2.
Nom pharmaceutique : cortex simnrubœ. Partie usitée : écorce de la
racine.
Très grand arbre dioïque, atteignant soixante à soixante-dix pieds d'élévation , ayant a peu près le port d'un frêne. Tronc droit, de deux pieds de diamètre. Feuilles alternes, plus rapprochées vurs le sommet des branches, pinnées, glabres. Pétiole commun d'un pied à un pied et demi dé longueur, un peu canaliculé , surtout vers son sommet. Folioles alternes au nombre de dix à seize, courtement péliolées, oblongues, arrondies, très obtuses, un peu échancrées, ou offrant une pointe très courte, entières, glabres, épaisses et coriaces, sans nervures latérales apparentes. Fleurs dioïques , petites, disposées en une très grande panicule ramifiée; chaque ramification est accompagnée par une feuille florale spathulée, longuement
pétiolée. Les fleurs sont blanchâtres, très courlement pédicellées. Fleurs mâles : calice courtement campanulé, pubesceiit, à cinq dents inégales , dressées ; corolle de cinq pétales, beaucoup plus longs que le calice, dressés, incombans, terminés par une petite pointe, elliptiques, un peu canaliculés , insérés autour de la base du disque j dix étamines, un peu moins Iongues que les pétales^ filets dressés, filiformes, glabres, offrant en dedans de leur partie inférieure un appendice obovale, hérissé de poils ; anthères introrses, oblongues, fixées par le milieu du dos; le disque occupe le fond de la fleur, il est charnu, tronqué et aplati supérieurement; pas de vestiges de pistil. Fleurs femelles : dix étamines avortées, très courtes, dont les filets sont tout hérissés de poils dans la partie inférieure ; pistil un peu plus long que la corolle : ovaire arrondi , à cinq coques, implanté sur le milieu du disque , chaque coque est ovoïde, saillante, réunie aux autres seulement par le sommet, distincte du côté de l'axe ; le style est épais, plus court que l'ovaire, à cinq sillons; stigmate épais, capitulé, ombiliqué à son centre., à cinq divisions réfléchies, oblongues, ligulées^ obtuses; chaque coque est uniloculaire, contenant un ovule attaché par la moitié supérieure de son bord interne. Le fruit est comme dans le quassia amara. Cet arbre croît naturellement dans les lieux sablonneux, à la Guiane, à Saint-Domingue et à la Jamaïque.
Propriétés et usnges. Le simarouba du commerce est l'écorce de la racine de l'arbre que nous venons de décrire. Elle est en plaques souvent très longues , repliées ou roulées sur ellesmêmes, d'un gris jaunâtre , d'une texture fibreuse et lâche. Son odeur est nulle et sa saveur très amère. M. Morin , pharmacien à Rouen, s'est occupé de l'analyse du simarouba. Il l'a trouvé composé d'une matière résineuse , d'une huile volatile ayant l'odeur du benjoin , de quassine , ou principe amer du quassia amara, d'acétate de potasse , d'acide malique, de quelques sels. La quassine en est certainement le principe actif.
Le simarouba est un des médicamens que l'on a le plus préconisés contre les flux de ventre. Mais la réputation dont il jouit auprès d'un grand nombre de praticiens est-elle justement
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nidrilde? On serait lenlé de le croire, s'il fallait s'en rapporier aveuglément au témoignage de plusieurs auteurs célèbres, et repousser les lumières que la physiologie et l'expérience clinique tendent à jeter sur cet objet. Nul doute que toutes les fois que la diarrhée, les fleurs blanches, la dyspepsie, etc., contre lesquelles on en fait usage, ne sont pas dues à une inflammation des intestins , des organes génitaux et de la muqueuse de l'estomac, le simarouba n'ait pu, en réveillant l'excitabilité affaiblie, procurer un soulagement prompt et efficace. Mais par son action essentiellement tonique , ce médicament doit être nuisible dans tous les cas où il y a douleur ou inflammation vive dans quelque organe important.
On a fait aussi usage du simarouba dans les fièvres intermittentes , qui cèdent en général facilement aux soins hygiéniques et à l'emploi des amers j dans le scorbut, les scrophules, la chlorose, etc. On lui a aussi attribué la propriété d'arrêter le vomissement. Mais pour produire cet effet, il faut nécessairement que ce phénomène morbide ne dépende pas de i'irrilalion de l'estomac.
C'est ordinairement en décoction que l'on prescrit l'écorce de simarouba à la dose d'une once pour une pinte d'eau. On peut aussi l'administrer en poudre, sous la forme de bols ou d'électuaire , ou enfin en préparer un extrait.
M. Auguste de Saint-Hilaire a découvert au Brésil une autre espèce de ce genre qu'il nomme Simarouba versicoLor ^ et qui jouit absolument des mêmes propriétés.
Propriétés médicales et usages des plantes de la famille des
Rutacées.
La saveur amère^ âcre, aromatique, de la rue officinale se retrouve dans la plupart des autres plantes de la famille de« Rutacées, qui jouissent toutes de propriétés excitantes, comme le prouve la fraxinelle ou dictamne blanc, et les différentes espèces du genre Rata, qui peuvent toutes être employées les unes pour les autres. Les feuilles de la plupart des Rutacées. qui sont parsemées de glandes remplies d'huile volatile, sont également excitantes. Il y a quelques années, on a (îherché h
introduire dans le commerce les feuilles du diosma crenala comme un excellent diurétique. Le bois et l'écorce du gaïac, qui sont un peu âcres et amers, et si fréquemment employés comme sudorifiques, l'écorce d'angusture , qui est amère et tonique, confirnient celte analogie en l'étayant de nouveaux faits. Ainsi, Ton peut dire qu'en général toutes les plantes de la famille des Rulacées sont âcres, aromatiques, un peu amères, et jouissent d'une vertu tonique ou excitante îrès marquée.
Les deux groupes des Cuspariées et des Simaroubées diffèrent un peu, dans leur composition chimique, des Rulacées proprement dites. Ainsi, l'huile volatile y est beaucoup moins abondante, tandis que le principe astringent, et surtout le principe amer, y acquièrent une très grande intensité, ainsi qu'on le remarque dans le Cusparé et les espèces de quassia.