SOULÈVEMENS
et d'habileté par plusieurs géologues , que celle de l'influence des soulèvemens de la surface du sol sur la production des changemens et des révolutions qui s'y sont opérés.
L'idée des soulèvemens est fort ancienne en géologie. Elle a dù en quelque sorte s'offrir d'elle-même à tout explorateur des montagnes. En voyant les couches de sédiment, qui, d'après leur origine et leur nature, ont dû être sensiblement horizontales à l'époque de leur formation, se présenter dans les grandes chaînes constamment disloquées et redressées , surtout au voisinage des masses non stratifiées (telles que les granits, les porphyres, etc.), on est conduit à penser qu'elles ont été soulevées par ces dernières postérieurement à leur dépôt et à leur consolidation. Le célèbre Saussure ( Voyages dans les Alpes) a donné le premier des preuves irrécusables de ce fait, et ses observations sur les poudingues de la vallée de Valorsine doivent faire époque dans l'histoire de la théorie des soulèvemens. Ces poudingues forment des couches presque verticales, encaissées par des roches schisteuses. Ils se composent de cailloux de formes alongées ou aplaties , dont tous les grands plans ou axes sont couchés parallèlement à la stratification du terrain, comme cela résulte des lois de la pesanteur, si tout le massif des couches a été primitivement horizontal.
Depuis Saussure , les géologues ont fait des observations de plusieurs genres qui confirment l'idée des soulèvemens. Ainsi, on a remarqué qu'au montBuet, en Savoie, et au mont Perdu dans les Pyrénées, il existait des lambeaux d'un terrain analogue à la craie , à des hauteurs de trois à quatre mille mètres. Or ces lambeaux, placés sur des couches plus ou moins inclinées ont dù être portés à cette hauteurpar des soulèvemens, puisque partout ailleurs le niveau du dépôt de craie ne dépasse jamais deux cents mètres , et qu'on ne 1-3 voit pas sur une multitude de hauteurs plus petites que trois mille mètres et plus grandes que deux cents.
On a de plus observé qu'à la jonction des couches de sédiment et des masses non stratifiées, celles-ci pénétraient souvent les premières sous forme de filons, ou bien s'étaient épanchées sur elles. Enfin on a souvent remarqué qu'au contact des mas-
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ses non stratifiées avec les roches de sédiment , celles-ci sont souvent plus ou moins altérées jusqu'à une certaine distance.
Tous ces faits réunis , et une foule d'autres que nous pourrions encore citer ici, démontrent évidemment qu'il y a eu des soulévemens plus ou moins étendus de l'écorce de la terre, qui ont changé la direction des couches extérieures , dont ils ont , en beaucoup de lieux , détruit l'horizontalité. D'ailleurs des soulèvemens analogues ont eu lieu à des époques assez récentes pour que les hommes en aient perpétué le souvenir. Nous nous bornerons à rapporter ici quelques uns des exemples les plus frappans.
En 1538, toute la Campanie , ou terre de Labour qui avoisine Naples, fut tourmentée par de violens tremblemens de terre. Tout à coup on vit surgir en peu d'instans, entre Pouzzole et Baïa , une montagne conique de 140 mètres de hauteur sur 2600 mètres de circonférence. Cette montagne , composée de cendres , de pierres- ponces et autres produits volcaniques , en a porté le nom de Monte-Nuovo ; elle est couverte aujourd'hui de buissons de myrtes et de térébinthes. Quelques parties des champs Phlégréens des environs de Naples, qui ont été le théâtre de tant de phénomènes volcaniques , ont vu leur niveau s'abaisser et s'élever alternativement 5 c'est ce qui a dû arriver pour l'emplacement sur lequel est bâti le temple dé Jupiter- Sérapis à Pouzzole , dont le pavé , aujourd'hui au dessous du niveau de la mer, puisque ses eaux y pénètrent et le recouvrent , a dû , à une certaine époque , être encore plus déprimé, comme le prouve l'usure de la partie inférieure des colonnes , qui portent l'empreinte de leur séjour prolongé sous les eaux, et les trous percés par les coquilles du genre pholade qui s'y étaient attachées.
Au Mexique, dans l'intendance de Valladolid , on vit, au rapport de M. de Humboldt, en 1759, une plaine d'environ trois à quatre milles carrés se soulever en forme d'ampoule et atteindre ainsi une élévation de près de cinq cents mètres. En môme temps et à peu de distance de ce lieu se formait le volcan connu sous le nom de Jorulo;
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Plusieurs îles nouvelles se sont souvent montrées au dessus de la mer, soulevées du fond de ses abîmes.
En 1831 un phénomène semblable s'est produit entre les côtes de Sicile et l'île Panteleria. L'île Julia , forœ ie par un volcan sous-marin , s'est montrée pendant plusieurs mois élevée de plus de cent pieds au dessus des eaux de la Méditerranée , qui ont fini par l'engloutir et la faire disparaître.
La cause de ces soulèvemens est évidente , elle est due à l'action des feux souterrains qui existent dans le centre de la terre. Mais si cette cause, dont l'intensité a été et va sans cesse en décroissant j peut encore agir avec une aussi grande force de nos jours, que l'on se figure quelle a dû être sa violence et son activité dans les temps où le globe terrestre était plus rapproché de sa première origine. C'est évidemment à cette cause qu'est due la formation des grandes inégalités de la surface de la terre, et des chaînes de montagnes qui existent dans toutes les contrées du globe. La formation , ou plutôt le soulèvement de ces grands massifs , s'est fait successivement et à des époques plus ou moins éloignées les unes des autres, et souvent l'apparition de plusieurs d'entre elles s'est faite en même temps. Qu'on se représente, s'il est possible , les changemcns qu'une ou plusieurs de ces grandes chaînes de montagnes devaient produire en s'élevant tout à coup dans une partie du monde. Les plaines soulevées , inclinées , devaient déplacer violemment les eaux 5 celles-ci, entraînant avec elles les plantes et les animaux, en même temps qu'elles enlevaient une foule de matières inertes, allaient les déposer dans de nouveaux bassins formés dans les parties les plus basses. C'est ainsi que se sont déposées les diverses couches de la terre, c'est ainsi qu'ont éttî détruites les races d'animaux et de plantes alors existantes.
Depuis long-temps M. de Buch, en étudiant les directions des couches redressées dans les grandes chaînes , avait vu que ces directions se maintenaient constantes assez générale.nent dans la même chaîne, mais que souvent elles variaient brusquement d'une chaîne à l'autre. Ce savant géologue avait regardé ce changement de direction comme un indice d'une différence
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d'âge, et il distinguait en Allemagne quatre systèmes de montagnes d'âges différens.
D'autres géologues avaient fait ailleurs des distinctions semblables. On était venu à ne plus regarder le massif des Alpes comme une chaîne unique , dont toutes les parties fussent contemporaines. Le groupe du Saint-Gothard passait pour être plus récent que le Mont-Blanc , et son soulèvement était considéré comme plus moderne que la formation des dépôts tertiaires du bassin de Paris.
La théorie des soulèvemens était donc depuis long temps dans la téte des géologues ; mais elle ne s'était encore produite que sous la forme d'aperçus ^ lorsque M. Elie de Beaumont entreprit de la formuler nettement , et d'en faire des applications aux différentes chaînes de TEurope , de manière à assigner à chacune d'elles une date précise.
Il remarqua qu'en général dans une chaîne de montagnes, le phénomène du redressement n'atteint pas toutes les couches de sédiment qu'on observe sur ses pentes , mais que certaines couches superficielles conservent l'horizontalité, tandis que les autres couches inférieui-es sont redressées. Il établit comme caractère d'une chaîne d'un seul jet ou d'un système de montagnes dont toutes les parties sont contemporaines, ce fait que le redressement s'y arrête toujours brusquement au môme terme, affectant constamment toutes les couches inférieures , tandis que les couches supérieures se montrent toujours horizontales. L'époque du soulèvement de cette chaîne correspond à l'intervalle de temps qui a séparé la formation de la dernière couche redressée de celle de la première couche horizontale. Car toutes les couches redressées sont nécessairement plus anciennes que le soulèvement qui a produit leur redressement , et toutes les couches horizontales sont postérieures à ce soulèvement, puisqu'il n'a pas changé leur direction. Ainsi c'est la limite entre la dernière couche redressée et la première couche horizontale qui la recouvre qui sert à déterminer l'âge relatif des chaînes de montagnes. Dans toutes les montagnes contemporaines, cette limite est constante 5 elle varie toujours lors-