CHAPITRE XV
binaisons qui s’opèrent en nous et des mouvemens internes qu’elles nécessitent, est devenue vraiment innombrable, il est bien difficile que ces combinaisons ne se nuisent pas tout en s’entr’aidant , et qu’il ne s’établisse pas entr’elles des liaisons vicieuses. Je suis convaincu même que cette dernière circonstance est une des causes qui fait qu’en général c’est chez les nations les plus éclairées , dans l’âge où l’on combine le plus d’idées, et dans la classe des hommes qui ont le plus exercé leur esprit, que l’on trouve les exemples les plus fréquens de démence; etque l’on observe que les hommes les plus sujets à ce malheur sont ceux qui se livrent le plus avidement aux impressions qu’ils reçoivent, tandis que ceux dont l’occupation habituelle est de se rendre un compte soigneux de leurs pensées en sont presque entièrement exempts (1).
(1) Cette réflexion m’est suggérée par la lecture du Traité de Y Aliénation mentale, qu’a publié M. Pinel : on ne saurait trop en recommander la lecture. En expliquant comment les fous déraisonnent, il apprend aux sages comment ils pensent; il prouve que l’art de guérir les hommes en démence n’est autre chose' que celui de manier les passions et de diriger les opi.
3oo IDÉOLOGIE.
Jen’irai pas plus loin en ce moment. Après avoir montré quel est l’état primitif de l’intelligence humaine, et en quoi consiste son perfectionnement actuel , je n’examinerai point jusqu’où il peut s’étendre à l’avenir. Je renverrai cette discussion à la foi de la partie logique de cet ouvrage, parce que,
nions des" hommes ordinaires j il- consiste à former leurs habitudes. Ce sontles physiologistes philosophes, comme M. Pinel, qui avanceront l’idéologie. Mais il n’a pas seulement la gloire d’avoir fait un livre utile, il a encore celle d’en avoir recueilli les matériaux par une longue suite de bonnes actions.
Au reste , j’ai vu avec satisfaction que les phénomènes qu’il décrit dans une grande perfection , confirment la manière dont j’ai envisagé la pensée, et se trouvent mieux expliqués sous le rapport idéologique, par notre façon de considérer nos facultés intellectuelles, que par celles en usage jusqu’à présent.
Tous les hommes commencent par l’idiotisme enfantin, finissent parla démence sénile, et ont dans l-! intervalle plus ou moins de manie délirante, suivant le degré de perturbation de leurs opérations intellectuelles les plus profondément habituelles.
Le traitement #moral que M. Pinel emploie pour guérir les esprits égarés, est, avec raison, précisément l’inverse des procédés que l’art oratoire emploie pour ébranler l’imagination et entraîner l’assentiment des hommes.