CHAPITRE XVI
«impies, ni analyser nos idées composées ; qu’ainsi les langues sont aussi nécessaires pour penser que pour parler, pour avoir des idées que pour les exprimer, et que sans elles nous n’aurions que des notions trèspeu nombreuses, très-confuses èt très-incomplètes : c’est ce qui lui a fait dire que les langues étaient des méthodes analytiques qui guidaient notre intelligence dans ses calculs. C’est-là vraiment un trait de génie qui ne pouvait naître que de l’étude très-approfondie de l’intelligence humaine, et qui jette le plus grand jour sur le mécanisme du nos opérations intellectuelles. Mais, suivant moi, Condiilac aurait dû énoncer différemment sa découverte , et dire que tout signe est l’expression du résultat d’un calcul exécuté, ou, si l’on veut, d’une analyse faite, et qu’il fixe et constate ce résultât- ensorte qu’une langue est réellement une collections de formules trouvées , qui ensuite facilitent et simplifient merveilleusement les calculs ou analyses qu’on veut faire ultérieurement. C’est bien là ce qu’est Falgèbre : aussi l’algèbre est-elle une langue , et les langues ne sont elles-mêmes que des espèces d’al-j gèbres.
En effet, nous avons vu dans tout le cours ’de cet ouvrage , et nommément dans les chapitres II, IV et VI, que notre faculté de .penser toute entière consiste à recevoir des impressions, à observer leurs qualités, c’està-dire leurs rapports à nous et leurs rapports entr’elles ; à les classer ou les réunir de mille manières différentes d’après ces rapports- à en former divers groupes qui constituent les idées que nous avons, soit des êtres individuels et réels, soit des propriétés et des affections de ces individus , soit des êtres généralisés etabstraits ; et enfin à examiner sous tous leurs aspects ces idées déjà composées, et à en tirer de nouvelles vues et de nouveaux sentimens. On ne peut pas nier cette vérité qui est constante.
Mais nous avons observé de plus que nos idées composées, c’est-à-dire toutes nos idées, excepté la simple sensation, n’ont pas d’autre soutien, d’autre lien qui unisse leurs élémens, que le signe qui les exprime et qui les fixe dans notre mémoire, et que par conséquent , sans l’usage de ces signes , toutes ces réunions seraient aussitôt dissoutes que formées, aussitôt perdues que trouvées 3 que nos premières conceptions