CHAPITRE XVÎ
essayons avec le seul mot un de faire le plus simple de tous les calculs, une addition trèsbornée. Pour y réussir, je ne puis faire autre chose que de dire un plus un , plus un, plus un, plus un, plus un , plus un ; et ni moi qui parle, ni vous qui m’écoutez, n’avez aucune idée nette dans la tête. Pourquoi cela? c’est que rien ne nous indique combien de fois nous avons répété ce mot un, ni quel rapport il y a entre ce nombre primitif et le nombre total. Maintenant, que quelqu’un me compte un plus un, plus un, plus un, plus un, plus un, et me propose de retrancher ce nombre du premier ou de l’y ajouter, que voulez-vous que je fasse ? quel rapport puis-je saisir entre ces deux nombres? quelle proportion puis-je sentir entre l’un deux et le reste ou le total, demandé ? Quand je n’ai aucun moyen.de déterminer aucun des termes de la comparaison, évidemment je ne puis asseoir un jugement j. j’aurai beau dire un, un, un, un, un, un, un, moins un, un, un, un, un, un, ou plus un, un, un, un, un, un, je ne saurai où je dois arrêter cette fastidieuse répétition ; et quand, par impossible , je ne l’étendrais ni trop ni trop peu, le reste ni le total, je le
répète, ne me présenteraient aucune idée déterminée. Mais, me dira-t-on , vous compterez par vos doigts ou avec des cailloux, comme l’indique l’étymologie du mot calcul ; d’accord : mais mes doigts ou mes cailloux sont des signes, chacun d’eux représente le mot un ; l’action de le joindre à la masse, ou de l’en ôter, constate l’opération que je fais et sauve du moins une cause d’erreur. Néanmoins , quoiqu’alors cette masse soit ce qu’elle doit être, si je n’ai point de nom collectif pour la sommer, je ne pourrai pas encore venir à bout de m’en faire une idée nette, et de juger son rapport avec l’unité ou avec une autre masse quelconque.
Au contraire, que profitant de la commodité du signe uji pour réfléchir sur l’idée un, et étant venu à l’imaginer ajoutée à ellemême , je m’avise d’appeler deux cette nouvelle idée, ce second signe fixe dans mon esprit le résultat de l’opération que j’ai faite, il me rend présente et sensible l’idée d’un plus un; bientôt il fait naître celle de deux plus un, je l’appelle trois; continuant de même, je conçois trois plus un, je l’appelle quatre; quatre plus un, je l’appelle cinq; cinq plus un, je l’appelle six; six plus un., je