CHAPITRE XVI
devrait pas exister; il semble que la difficulté de comparer nos idées consistant uniquement dans celle de les bien connaître,
le nombre des idées qu’ils renferment, mais encore dans leur extension , c’est-à-dire dans le nombre des objets auxquels nous les appliquons ; et ce qui est vrai en leur donnant telle extension , ne le serait plus en leur donnant telle autre. Or , que serait-ce que de l’algèbre dont les caractères non-seulement ne seraient pas toujours complètement abstraits, mais même seraient concrets , tantôt d’une manière , tantôt d’une autre, c’est-à-dire s’appliqueraient tantôt à un certain nombre d’objets, tantôt à un autre? Certainement on ne pourrait pas suivre le calcul sans songer à tout moment à ce qu’il représente : c’est aussi ce qui arrive dans toutes les autres langues.
De tout cela il suit que nous nous lions bien aux mots comme à des formules trouvées ; que nous sommes bien obligés de nous en servir en cette qualité, puisque c’est -là leur seule utilité en tant que moyens d’analyse ; que nous nous en reposons beaucoup sur eux, souvent même avec trop de confiance; mais que cependant cette sécurité ne peut jamais être telle, que nous perdions absolument de vue leur signification , et que nous ne soyons pas obligés de nous la rappeler au moins en masse chaque fois que nous les employons, à chaque modification que nous leur faisons subir, et à chaque conclusion que nous voulons en tirer. La preuve en est que quand le souvenir de cette signification devient trop confus ou inexact, le
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et celle cîe les bien connaître dans celle de se bien rappeler les idées qui les composent et leurs rapports avec celles qui les avoi-
seul moyen d’éclaircir et de rectifier nos raisonnemens , est de substituer la description détaillée de l’idée au signe qui la représente en abrégé ; et ce moyen, s’il est bien employé, suffit toujours pour trouver d’où vient l’équivoque ou l’erreur. Enfin , comme l’a dit très-énergiquement M. Maine-Biran, quand nous nous servons de toutes nos langues (excepté l’algèbre), nous sommes toujours obligés de porter à la fois le double fardeau du signe et de Vidée (*). Nous y sommes également obligés, même pour combiner des idées de quantité , quand nous entreprenons de le faire par le moyen des signes de nos langues ordinaires, sans employer ceux de l’algèbre. Aussi, alors ne pouvons-nous pas pousser le calcul jusqu’au degré de complication auquel nous atteignons à l’aide des signes de l’algèbre. Il y a plus; c’est que, même en nous servant de ceux-ci, nous ne sommes complètement dispensés de songer à l’idée que dans les momens où une formule trouvée et des règles de calcul démontrées nous guident mécaniquement ; mais dans tous ceux où il s’agit de se décider pour une opération plutôt que pour une autre , de reconnaître le sens et la valeur de l’expres-
(+) Voyez son excellent Mémoire intitulé : Influence île l'habitude sur la Faculté de penser.
C'est, je crois, un des meilleurs ouvrages qui aient jamais élit écrits sur ces matilTcs.