CHAPITRE XVII
l’écriture, ils demeurent fixés sous nos yeux comme les hiéroglyphes, les dessins et tous les autres signes durables , et peuvent comme eux réveiller en nous à tout instant les idées dont ils nous ont affectés passa*gèrement, et nous rappeler celles que nous pourrions avoir oubliées et qui servent de liaison nécessaire aux autres. Voulonsnous apprécier l’importance de cet effet? pensons à la différence de l’impression que fait sur nous un ouvrage en l’entendant lire, ou en le lisant nous-mêmes, sur-tout si le raisonnement est un peu serré, ou si le sujet ne nous est pas familier. Je pourrais bien citer un exemple encore plus frappant, c’est la différence qu’il y a entre calculer de tête et calculer par écrit ; mais dans ce cas, il faut attribuer la plus grande partie de cette différence à celle qui existe entre la langue des noms de nombre et la langue des chiffres; ces derniers représentant par leurs places seules une multitude de rapports, c’est-à-dire de jugemens que n’expriment pas les noms même écrits. Je m’en tiens donc au premier fait; il suffit pour prouver l’utilité des signes permanens, à ne considérer même que leur effet actuel ,
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et sans parler de la propriété qu’ils ont encore de conserver pour d’autres temps et d’autres lieux des suites d’idées qui sans eux seraient impossibles à perpétuer et à transporter. Les sons, au moyen de l’écriture, acquièrent donc tous ces avantages , et seuls, entre tous les signes passagers, ils ont cette prérogative ; car tous les signes quelconques peuvent bien être traduits , mais nuis , excepté les sons, ne peuvent être écrits. Pour que vous entendiez bien ceci, jeunes gens , il faut que je vous fasse voir nettement en quoi consiste l’opération de traduire et celle d’écrire. J’ai commencé à vous eij donner une idée lorsque je me suis refusé à regarder les alphabets comme des langues, et les caractères alphabétiques comme dessignes(i); mais cela ne suffit pas , et c’est ici le lieu de compléter cette explication.
Traduire est une opération par laquelle on unit aux signes d’un langage les idées qui étaient jointes à ceux d’un autre langage; à une première association elle en substitue une seconde, et par conséquent elle nécessite de les avoir toutes deux présentes à la
(1) Voyez page 3i2.