‹ Elemens d'ideologie (volume 3)Chapitre 194 sur 203 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

De la Volonté et des Sensations de désirs.

La volonté est une quatrième espèce de sensibilité; c’est la faculté de sentir des désirs.

Nos désirs sont des conséquences de nos autres perceptions et des jugemens que nous eri portons ; mais ils ont cela de particulier, que nous sommes

(i) On aurait pu insister davantage sur ce principe fondamental qui réduit la faculté déjuger, que nous définissons la faculté de sentir des rapports, ît n’étre jamais que la'faculté de sentir un seul rapport toujours le même; mais cette vérité sera bien mieux comprise quand on aura vu comment se forment nos idées com* posées, et elle viendra encore plus à propos dans la Grammaire, et dans la Logique , dont elle constitue il elle seule toute la théorie.,

toujours heureux ou malheureux par eux , suivant qu’ils sont accomplis ou non.

Ils ont encore une autre particularité remarquable ; c’est que l’emploi de nos forces mécaniques et intellectuelles dépend en grande partie d’eux, ensorte que c’est par eux que nous sommes une puissance dans le monde.

De là vient que nous confondons plus notre moi avec cette faculté qu’avec toute autre, et que nous disons indifféremment, cela dépend de moi ou cela dépend de ma volonté.

De là vient aussi l’importance que nous attachons à posséder la volonté des autres, à ce qu’elle nous soit favorable, à ce qu’ils aient pour nous de la bienveillance.

Du désir de leur bienveillance naît avec raison le désir de leur estime, et du désir de leur bienveillance et de leur estime naît tout aussi justement le bienêtre que nous éprouvons quand nous nous sentons animés de mouvemens de bienveillance , et le malaise qui nous tourmente quand nous nous reconnaissons travaillés de passions haineuses.

Une autre conséquence des propriétés de la volonté , c’est qu’il nous est très-important de la bien régler ; c’est que le moyen d’y parvenir est de rectifier nos jugemens , puisque nos désirs en sont la suite, et que le but à atteindre est d’éviter de former des désirs contradictoires , c’est-à-dire des désirs dont l’accomplissement nous conduirait à des manières d’être que nous souhaitons éviter , car dans ce cas notre bonheur est impossible.

Page 1