‹ Elemens d'ideologie (volume 3)Chapitre 199 sur 203 · CHAPITRE XT I · texte numérisé non relu

CHAPITRE XT I

De la Faculté de nous mouvoir, et de ses rapports avec la Faculté de sentir.

Ici commence un nouvel ordre de choses. Jusqu’à présent nous avons examiné la pensée ën elle-même, séparée des autres propriétés de -nos individus, et pour ainsi dire abstraitement. Maintenant il faut la considérer dans ses relations avec notre organisation , et sur-tout comme unie à la faculté de nous mouvoir.

C’est par le moyen de nos nerfs que nous sentons , c’est par celui de nos muscles que nous nous mouvons. Comment s 'opèrent cés deux effets? Nous l’ignorons.

Nous savons bien qu’il ne se produit en nous aucune force nouvelle , -c’est-à-dire que quand nous faisons Un effort quelconque, nous n’agissons contre l’obs*tacle que comm© poids , ou comme -ressort, ou comme levier , à la manière des êtres inanimés ; mais, il n’en est pas moine Vrai queu tant que nôus -vivons , nos muscles sont capables de soulever des poids dont une portion suffirait à les faire rompre datas Tétât de mort, et que- notre corps assimile à sa substance les corps avec lesquels il çst en contact ^ tandis iqu?aprés la mort ce sont tous les élémens -qqi be, composent qui ee dissolvent et se séparent, et Vont’ - former de nouveaux mixtes avec le4 corps environnant

C’est donc quelque chose que la fdrcB'V-itale. Nous pouvons nous la représenter comme le résultat d’atîraetion§ et de cotaibiitaisoris chimiques qaU, pendant

DE l’idéologie. 4i5

un temps , donnent naissance à tm ordre de faits particuliers , et bientôt, par des circonstances inconnues, rentrent sous l’empire de lois plus générales , qui sont celles de la matière inorganisée. Tant qu’elle subsiste, nous vivons , c’est-à-dire que nous nous mouvons et que nous sentons.

Il s’opère beaucoup de mouveniens en nous sans que nous en ayons la conscience, sans qu’ils nous causent la moindre perception ; mais nous ne pouvons avoir aucune perception sans qu’il s’exécute quelques mouveniens dans nos organes. Ainsi, l’action de sentir est un effet particulier de l’action de nous mouvoir.

Nous en devons conclure que, quoique nous ne puissions pas déterminer la différence de chacun de nos mouveniens nerveux , quoique nous ne puissions en voir aucun , cependant toutes les fois que le même nerf nous procure une sensation différente , il faut qu’il ait éprouvé un ébranlement différent, et qu’il se passe en lui et dans l’organe cérébral un mouvement particulier ; et aussi que chacun de nos nerfs a une manière d’être mu et d’agir sur le cerveau qui lui. est propre , puisque toutes les impressions produites diffèrent entr’ elles plus ou moins. On voit quelle quantité prodigieuse de mouvemens divers s’opèrent en nous, sans compter même tous ceux, très-nombreux aussi , qui ne sont la source d’aucune perception. CHAPITRE XIII.

De l'influence de notre Faculté de vouloir sur celle de nous mouvoir et sur chacune de celles qui com posent la Faculté de penser.

Tous ces mouvemens sont soumis à notre volonté à des degrés différens, c’est-à-dire sont plus ou moins

4l4 EXTRAIT RAISONNE

dépendans de ceux qui produisent en nous la percep* tion d’uu désir.

Ceux qui ne sont la source d’aucune perception , qui sont absolument inaperçus , sont par cela même totalement indépendans de notre volonté, c’est-à-dire de notre désir de les effectuer.

Ceux dont il résulte des sensations internes ou externes , nous ne pouvons pas faire qu’ils existent en - nous indépendamment de leurs causes , ni que l’impression que nous font ces causes soit autre qu’elle n’est ; seulement nous pouvons faire des actions qui nous mettent dans le cas d’éprouver ou d’éviter cette impression, et qui la fortifient ou l’atténuent.

Il en est de même de ceux dont résultent des souvenirs , à la différence près que souvent, par l’effet de notre désir, les souvenirs nous viennent.

Ceux dont résultent des jugemens sont dans le même cas. Un jugement naît nécessairement des impressions qui en sont l’objet ; mais ces impressions , il est jusqu’à un certain point des moyens de les éprouver ou de les éviter à volonté.

Quant aux mouvemens dont l’effet est le déplacement de quelques-uns de nos membres, ils sont souvent dépendans de nos désirs, quoique les moyens par lesquels ils s’opèrent nous soient inconnus.

Enfin, les mouvemens internes dont résultent nos désirs, ne sont pas soumis à nos désirs eux-mêmes* Ceux-ci ne peuvent ni faire ni empêcher que ce» mouvemens naissent, ni changer leur effet; mais comme ils sont le produit d’impressions antérieures sur lesquelles notre volonté a l’espèce d’action que nous venons d’observer, il s’ensuit que des désirs pré-

de l’idéologie. 4l5

cédens influent médiatement sur des désirs subséquens. C’est pour cela que nous avons raison d’attacber à la volonté de nos semblables l’importance que nous lui accordons, et d’employer les moyens dont nous nous servons pour agir sur elle.

Page 1