‹ Elemens d'ideologie (volume 3)Chapitre 23 sur 203 · CHAPITRE IV. 5l · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. 5l

nécessaire cette faculté ; c’est d’elle seule que nous tenons tout ce que nous savons; sans elle, la sensibilité et la mémoire ne nous seraient d’aucune utilité. Si nous n’avions pas la faculté de sentir des rapports, nous jouirions et souffririons éternellement par nos sensations et nos souvenirs , sans être jamais plus avancés que le premier jour; nous ne pourrions en tirer aucuns résultats; nous ne saurions jamais ni d’où nous viennent ces sensations, ni comment elles nous viennent, ni quelles liaisons elles ont entre elles, ni en quoi elles se ressemblent ou diffèrent, ou se tiennent les unes aux autres, ni par quels moyens nous pouvons nous les procurer, ou les éviter; nous serions incapables de réunir deux idées pour en former une troisième; nous ne saurions pas même s’il y a des corps et si nous en avons un; en un mot, nous serions des êtres toujours sentans, mais absolument et complètement ignorans de tout ce qui nous entoure et de nous-mêmes; car toutes nos connaissances ne sont que des sensations de rapports, des jugemens. Ceci sera encore plus clair pour vous quand nous aurons analysé la manière dont se forment

nos idées composées , c’est-à-dire presque toutes nos idées ; mais, dès ce moment, yous devez le comprendre, et un exemple va vous le rendre plus sensible.

Je reçois la sensation de la couleur jaune : je suis affecté; mais cela ne m’apprend rien, j’éprouve seulement une certaine modification accompagnée de plaisir ou de peine. Ce n’est ensuite que par les sensations de certains rapports que sent mon jugement, ou, comme on dit, par des jugemens que je porte, que je sais que cette sensation me vient par l’œil ; qu’elle est causée par un corps ; qu’elle est un effet de la lumière ; que le même corps qui me la cause, m’en cause d’autres; que je puis en faire tel usage, etc. Ainsi, vous voyez que tout ce que nous savons ne consiste que dans des rapports entre les diverses choses que nous sentons. Voilà donc l’utilité et les fonctions du jugement bien établies.

Observons actuellement que pour sentir un rapport il faut déjà avoir eu au moins deux idées ; ainsi l’action de la sensibilité proprement dite précède nécessairement, au moins d’un moment, celle du jugement; ces deux facultés ne peuvent pas commen-

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