CHAPITRE V
et toutes ses opérations ; l’art d’employer toutes nos facultés de la manière la plus propre à nous conduire au bonheur étant la plus belle application de la connaissance de ces facultés, et ne pouvant être, sans cette connaissance , qu’une routine aveugle dénuée de principes. Déjà vous voyez que cet art consiste presque uniquement à éviter de former des désirs contradictoires, puisque ce sont des sujets certains de chagrins ; à nous préserver autant que possible des maux physiques, puisque ce sont de vraies souffrances; enfin, à obtenir la bienveillance de nos semblables , et à nous concilier notre propre approbation, puisque ce sont des biens réels.
Pour le moment, retenez seulement que de même que sans la faculté déjuger nous ne saurions rien , sans celle de vouloir nous ne ferions rien ; que nos désirs dirigent nos actions, et sont la cause de presque tous nos plaisirs et nos chagrins ; et que , puisqu’ils sont la suite nécessaire des jugemens que nous portons des choses, le seul moyen de les bien régler est de porter des jugemens justes et vrais. Maintenant passons à
autre chose; voilà des préliminaires suffi-
sans pour aller plus loin.
Il semblerait que ce serait ici le moment d’examiner jusqu’à quel point nos autres facultés sont soumises à notre volonté, et comment notre volonté elle-même est susceptible d’être influencée ; mais il faut auparavant avoir vu les effets de ces différentes facultés. Je reviendrai ailleurs sur ce sujet.