‹ Elemens d'ideologie (volume 3)Chapitre 37 sur 203 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

pour être bien compris, il faut toujours partir du point où sont les gens à qui l’on parle, et des idées qui leur sont les plus familières. Or, il y a long-temps que vous n’en êtes plus à vos premières sensations , et qu’une longue habitude vous a fait perdre de vue les premiers jugemens que vous en avez portés. Je ne dois donc pas me borner à vous tracer historiquement la filiation des idées d’un homme qui part de l’impression la plus simple et la plus particulière pour arriver à l’idée la plus composée et la plus générale ; vous ne sauriez vous mettre à sa place ; vous ne pourriez reconnaître dans ce tableau le portrait de ce qui s’est passé en vous; au contraire, vous avez déjà une multitude d’idées qui sont compliquées , généralisées, combinées plus même que vous ne le croyez. C’est donc dans cet état qu’il faut vous prendre, ce sont ces idées qu’il faut examiner; et lorsque, toujours en remontant, nous serons arrivés jusqu’à la première, tout sera débrouillé pour vous; l’ordre et l’enchaînement de leur formation ne vous échappera plus.

J’ai déjà fait, dans mon Introduction, des réflexions à peu près semblables, dont

8o IDÉOLOGIE.

celles-ci ne vous paraîtront peut-être qu’une répétition inutile ; mais j’aime à y insister , parce qu’on en trouve l’application toutes les fois qu’on a une chose quelconque à expliquer, soit de vive voix, soit par écrit, et qu’elles sont la base de toute bonne méthode.

D’après ces principes, j’ai commencé par vous faire distinguer, dans cette foule d’idées que vous avez, des sensations, des souvenirs, desjugemens, et des désirs. C’estdéjà une manière de les classer et de s’y reconnaître : il ne s’agit plus que de trouver comment ces élémens se combinent.

Supposons d’abord que vous savez comment vous êtes parvenus à regarder vos sensations comme des effets des différens êtres qui existent dans la nature : cela nous est permis ; car il n’est pas douteux que vous le faites : et quand un fait est certain, on peut, sans inconvénient, en différer l’explication, et pourtant s’en servir comme d’une chose non contestée. Il ne nous reste donc plus qu’à voir comment, par le moyen de ces sensations, vous formez les idées individuelles des êtres qui les causent, et ensuite des idées plus générales, de classes, de

genres,

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