‹ Elemens d'ideologie (volume 3)Chapitre 41 sur 203 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

l’idée : néanmoins cette idée me sera trèsutile si je veux, par exemple, établir la différence entre les pêches et les abricots; car alors je n’ai pas besoin de faire attention à toutes les nuances qui différencient les pêches entr’elles et les abricots entr’eux; je n’ai à considérer que ce qui est commun à toutes les pêches, et ce qui est commun à tous les abricots. Je vois que ces deux groupes d’idées sont différens en certains points, et que par conséquent ces deux classes d’êtres diffèrent constamment à certains égards. Nous traitons ces classes comme des individus , quoique dans le fait il n’existe réellement que des individus isolés, c’est-à-dire qu’il n’y a que des êtres individuels qui nous causent des sensations, et qu’il n’existe nulle part en réalité une telle chose, qu’une classe qui puisse agir directement et immédiatement sur nous.

Cette opération d’abstraire ne nous sert pas seulement à grouper des individus réels pour les ranger par classes, à généraliser leur idée particulière pour en faire une idée commune à plusieurs; elle nous sert à en faire de même de chacune de leurs qualités, c’est-à-dire de chacune des impressions

qu’ils nous causent et de leurs circonstances. Ainsi, nous sentons successivement que plusieurs choses nous font du bien, nous disons qu’elles sont bonnes. C’est déjà une classification, une généralisation que ces expressions bien et bonnes ; car toutes ces choses ne nous font pas le même bien , ne nous sont pas bonnes de la même manière. Ainsi, ce sont des impressions differentes entr’elles que nous réunissons sous un même point de vue par la ressemblance commune qu’elles ont de nous faire chacune un bien , de nous être chacune ce que nous appelons bonne. Mais ne nous en tenons pas là; de toutes ces choses qui sont bonnes, nous extrayons l’idée de bonté , et nous employons cette idée comme si c’était une chose qui existât indépendamment des êtres dans lesquels elle se trouve ; de tout ce qui est utile, nous extrayons de même l’idée futilité; de ce qui est beau, l’idée de beauté. Ce sont ces termes et ces idées qu’on appelle plus communément termes abstraits, idées abstraites. Effectivement, il y a une abstraction de plus; mais, à parler rigoureusement, tout nom généralisé, toute idée d’un individu .étendue à plusieurs est

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