CHAPITRE I. a
mander pourquoi, penser étant la même chose que sentir, , on a fait deux mots au lieu d'un ? Je vous dirais que c'est parce que l'on a plus spécialement destiné le mot sentir à exprimer l'action de sentir les premières impressions qui nous frappent, celles que l'on nomme sensations; et le mot penser à exprimer l'action de sentir les impressions secondaires que celles-là occasionnent, les souvenirs, les rapports, les de^ sirs, dont elles sont l'origine. Ce partage entre ces deux mots est mal vu, sans doute; il n'est fondé que sur les idées fausses qu'on s'était faites de la faculté de penser avant de l'avoir bien observée, et il a ensuite causé d'autres erreurs. Mais malgré l'obscurité que ce mauvais emploi des mots répand sur notre sujet, il est clair, quand on y réfléchit , que penser c'est avoir des perceptions ou des idées 5 que nos perceptions ou nos idées (je ferai toujours ces deux mots absolument synonymes) sont des choses que nous sentons, et que par conséquent penser c'est sentir. Nous avons donc actuellement une connaissance générale de ce que c'est que penser. H nous reste à entrer dans les détails.
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Encore une fois, puisque penser c'est sentir, si les mots de notre langue étaient bien fails ou bien appliqués , nous devrions appeler cette faculté sensibilité , et ses ^yo~ ànil^ sensations ou sentimens; l'expression rappellerait la chose même ; mais ne pouvant changer l'usage, nous le suivrons, et BOUS nommerons cette faculté la pensée^ et ses produits des perceptions ou des idées. Nous conserverons de même tous les autres termes reçus; nous nous contenterons de bien déterminer leur signification.
On vous dira , et peut-être on vous a déjà dit, que le mot idée vient d'un mot grec qui signifie image, et qu'il a été adopté parce que nos idées sont les images des choses. Ce peut bien être effectivement là la raison qui a fait créer ce mot, et qui l'a fait recevoir dans beaucoup de langues ; mais cette raison n'en est pas meilleure j car nos idées sont ce que nous sentons; et assurément le sentiment de douleur que je sens, quand je me brûle, n'est pas du tout la représentation du changement de couleur ou de figure qui arrive à mon doigt. Nous verrons cela encore mieux par la suite; mais, dès ce moment j gardons-nous de l'erreur conx-