‹ Élémens d'idéologie. [electronic resource]Chapitre 61 sur 192 · CHAPITRE VII. l · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. l

certaine, et le fondement de nos connaissances ne serait pas ébranlé.

Le second point, au contraire, est d'une toute autre importance; car s'il n'était pas vrai que quand je sens un désir, quand je fais en conséquence de ce désir une action que je sens aussi, et quand j'éprouve une résistance à cette action, je suis certain d'une existence autre que celle de ma faculté de sentir, j'aurais, contre mon intention, prouvé que nous ne sommes jamais sûrs de cette seconde existence, en prouvant que tous autres moyens de la connaître sont insuffisâns; mais j'avoue que je n'ai pas cette inquiétude, et que je crois avoir établi ce second point d'une manière incontestable ; car il est bien constant que ma volonté c'est moi, et que ce qui résiste à ma volonté est autre chose que moi.

Toutefois l'on voit que pour que cette résistance me soit connue pour être une véritable résistance, il ne suffit pas que je sente un désir; il faut que ce désir soit suivi d'une action, que je sente cette action aussi quand elle a lieu, et que tantôt elle ait lieu librement, tantôt elle éprouve une opposition. Voilà pourquoi, pour avoir con-

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naissance d'autre chose que de ma vertu sentante, il fallait que j'eusse la faculté de iaire des mouvemens , et pourquoi la première manière dont les êtres -autres que moi m'apparaissent, c'est par la propriété qu'ils ont de résister aux mouvemens que je fais faire à la portion de matière qui obéit à ma volonté et par laquelle je sens.

Cette propriété fondamentale des corps que nous nommons force d'inertie est donc nécessairement la première par laquelle nous les apercevons. Elle est la base de toutes celles que nous leur connaissons et que nous joignons ensuite à celle-là pour former l'idée complète de chacun de ces êtres. Sans elle nous n'aurions pas connu les'corps étrangers à nous, ni même le nôtre. Nousne nous serions pas seulement aperçus de nos mouvemens; car c'est la résistance de la matière de nos membres au mouvement, qui nous occasionne cette sensation de mouvement. Ainsi , si la matière avait pu être non résistante, nous n'aurions certainément jamais rien iConnU que nous, et -nous n'aurions connu d^ nous que notre vertu sentante. Il n'est même pas aisé de

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concevoir comment nous aurions pu sentir quelque chose, quoi que ce soit.

Autrefois j'ai été plus loin; j'ai soutenu que si nous ne connaissions d'existence que celle de notre vertu sentante, si nous ne connaissions pas les autres êtres, nous ne ferions éterneUement que sentir des impressions, et que nous ne parviendrions jamais à sentir des rapports et des désirs; qu'ainsi, dans cette supposition, nous n'aurions ni, jugement ni volonté. Je suis très-convaincu que j'avais tort. Cependant cela mérite examen ; non pas assurément que je pense que mes opinions aient assez d'autorité pour qu'une erreur de ma part vaille la peine d'une discussion solennelle, mais parce que ceux qui auraient adopté mon ancienne opinion me diraient : Vous avez prouvé autrefois' qu'on ne peut vouloir que quand on connaît les corps; vous montrez aujourd'hui qu'on ne peut connaître ces corps. qu'en vertu de mouvemens sentis et voulus. Il s'ensuit que nous ne pouvons jamais les connaître, et que tout ce que vous avez dit là-dessus porte à faux. Ce raisonnement serait irréplicable. Aussi, quand j'ai dit que noire volonté ne peut naître tant que nous.

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ne connaissons pas l'existence des corps, j'ai soutenu en même temps que des mouvemens involontaires suffisent pour nous apprendre cette existence. Aujourd'hui que je conviens que ce dernier point n'est pas prouvé, et que je pense que des mouvemens voulus sont nécessaires pour connaître l'existence des êtres autres que nous , je dois faire voir que nous pouvons vouloir avant d'avoir cette connaissance. Ce sera l'objet du chapitre suivant 5 ensuite nous reviendrons à l'examen des diverses pro - > priétés des corps.

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