PHOSPHORE ET SOUFRE
Lorsqu’après avoir fait fondre du phosphore dans de l’eau chaude on y ajoute du soufre en petits fragmens? la combinaison de ces corps s’opère facilement. Si l’on prend parties égales en poids des deux substances, la masse se fond à 5°. L’existence d’une combinaison de phosphore et de soufre en proportions déterminées est incontestable; la facilité avec laquelle cette combinaison dissout aussi bien du soufre que du phosphore, qui ne peuvent plus s’en séparer complètement , fait qu’il est impossible de se la procurer par la voie de fusion. Le soufre ajouté à la combinaison la plus fusible s’en sépare par le refroidissement sous forme de cristaux; de même le phosphore ajouté en excès se cristallise isolément à une température basse. Lorsqu’on conserve la combinaison sous l’eau, celle-ci répandra très promptement une odeur hépatique et èontiendra de l’acide phosphoreux. Si on la Fait bouillir avec de l’eau, il se développera également du gaz hydrogène sulfuré quelquefois avec explosion. Elle est plus inflammable que le phosphore.
CHLORE
A la température ordinaire le chlore est un corps gazeux qui se distingue par une couleur particulière, dont il tire son nom, des gaz oxigène, hydrogène et azote,.
CHLOIVE.
qui sont incolores; car signifie jaune verdâtre. Les
animaux qui respirent le gaz azote ou le gaz hydrogène meurent, non pas que ces gaz soient délétères, mais parce que le phénomène chimique essentiel à la conservation de la vie et dû uniquement à l’oxigène n’y saurait avoir lieu. Respiré en grande masse le chlore tue au contraire comme un poison; respiré en petite quantité, il produit une sensation de sécheresse dans le nez, provoque la toux et resserre la poitrine. Ces symptômes se transforment facilement en un rhume accompagné de mal de tête et d’une fièvre légère.
Le chlore gazeux est près de 2 1/2 fois plus pesant que l’air atmosphérique, car sa pesanteur spécifique s’élève à 2,44*
Le chlore gazeux, comprimé au point de n’occuper que le quart ou le cinquième de son volume primitif, se liquéfie; le chlore liquide est jaune verdâtre, sa densité est de 1,33, jusqu’ici aucune température n’a encore été capable de le solidifier.
Le moyen le plus facile de se procurer le chlore gazeux en petite quantité, consiste à chauffer du peroxide de manganèse arrosé d’acide hydrochlorique.On désigne ordinairement sous le nom d’acide hydrochlorique la combinaison du chlore avec l’hydrogène dissoute dans l’eau. Tout l’oxigène du peroxide se combine avec l’hydrogène de l’acide hydrochlorique; mais le manganèse ne peut se combiner qu’avec la moitié du chlore ainsi dégagé, l’autre moitié s’échappe à l’état de gaz. On emploie pour cette opération un matras en verre (7?^. 4i)» que l’on chauffe dans le bain de sable ou au-dessus d’une lampe à esprit de vin : après avoir introduit le peroxide de manganèse réduit en poudre très fine, on y verse à
CHLORE
la fois tout l’acide ne'cessaire, etendu préalablement d’une quantité d’eau suffisante pour qu’il ne fume plus.
Beaucoup d’expériences permettent de recueillir le chlore sur l’eau pourvu qu’on l’emploie promptement; autrement il s’y dissoudrait, car une mesure d’eau absorbe un peu plus de deux mesures de chlore. On ne peut pas le recueillir sur le mercure parce qu’il s’y combine déjà à la température ordinaire de l’air. Veut-on remplir de chlore un matras on n’a qu’à recourber le tube de verre par lequel il se dégage, de manière que l’une de ses extrémités aille jusqu’au fond de ce matras Le chlore, à mesure qu’il se développe,
déplace l’air atmosphérique qui remplissait le matras et qui est beaucoup plus léger que lui, et l’opération est terminée dès que ce gaz qu’on reconnaît facilement à sa couleur s’est élevé jusqu’au col du matras.
Il n’est pas moins facile d’extraire le chlore du sel de cuisine qui est formé de chlore et d’un corps simple métallique appelé sodium. On mêle ce sel avec du peroxide de manganèse, et après avoir introduit le tout dans un matras on l’arrose d’acide sulfurique. On n’a plus alors qu’à chauffer doucement le matras pour développer le chlore gazeux. L’acide sulfurique étant chauffé avec du peroxide de manganèse donne de l’oxigène et du sulfate d’oxidule de manganèse, ainsi que nous l’avons vu en traitant de l’oxigène; mais au lieu de se dégager comme alors à l’état de gaz, l’oxigène se porte sur le sodium et le transforme en soude, qui en s’unissant avec une partie de l’acide ajouté donne du sulfate de soude. Le chlore qui était uni avec le sodium est mis à nu et se dégage. Pour opérer cette décomposition de la manière indiquée, on emploie sur trois parties de sel de cuisine deux
CHLORE
parties de peroxide de manganèse et cinq parties d’acide sulfurique étendu de quatre parties d’eau.
Pour obtenir le chlore en plus grande quantité on emploie un grand matras qu’on chauffe au bain de sable placé dans un grand fourneau, analogue à celui dont nous nous sommes servi pour l’extraction du phosphore. Comme il est difficile d’adapter exactement un bouchon à un grand matras, il y a de l’avantage à se procurer un bout de tuyau en plomb, et à choisir un matras au col duquel ce tuyau puisse s’adapter à peu près, quand on en aura enlevé avec soin une partie avec le crayon de Berzélius, s’il y a lieu. On fixe l’allonge avec du lut et on y adapte hermétiquement le bouchon armé du tube de verre [fig. 43).
L’affinité du chlore pour d’autres corps simples est très grande, pour quelques-uns même plus grande que celle de l’oxigène. Chauffé, par exemple, avec la potasse, la soude et plusieurs oxides métalliques, le chlore décompose ces combinaisons en donnant lieu à la formation d’un chlorure métallique et en développant du gaz oxigène qui se dégage. On peut faire cette expérience dans une houle que l’on chauffe après y avoir introduit l’oxide métallique et à travers laquelle on fait passer un courant de chlore absolument comme nous avons opéré pour décomposer l’oxide de cuivre par le gaz hydrogène. En revanche, le chlore ne décompose pas l’alumine dont le métal a une plus grande affinité pour l’oxigène.
Un grand nombre de corps s’unissent au chlore sans qu’on ait besoin de les chauffer et avec dégagement de calorique et de lumière; c’est ainsi, par exemple , qu’il se produit une ignition quand on introduit de la pou-
CHLORE. ().‘i
. dre d’antimoine dans une cloche ou dans un inatrasplein de chlore gazeux.
Le chlore s’unit avec l’oxigène dans quatre proportions différentes. Trois de ces combinaisons sont des acides. Je les décrirai avec les autres acides.
Le chlore ne s’unit que dans une seule proportion . avec l’hydrogène et donne un chlorure , dont la dissolu t tion dans l’eau, connue sous le nom d’acide hydrochlori- I que, est pour le chimiste un des acides les plus impor- I tans; en conséquence, j’en parlerai avec détail en traitant I des autres acides. Lorsqu’après avoir mêlé ensemble un ’ volume de chlore gazeux et un volume de gaz hydro- , gène, on allume le mélange avec un corps en combus- 1 tion ou à l’aide de l’étincelle électrique, la combinaison ; s’opère avec détonation et il se forme de l’acide hydrot chlorique, qui se présente sous la forme d’une fumée 1 blanche, si les gaz étaient humides, ou s’il a le contact ( de 1’ eau d’une manière quelconque. Lorsqu’on mêle les I deux gaz dans l’obscurité ou dans la clarté d’une lumière i artificielle, il n’y aura pas de combinaison; lorsqu’on I expose le mélange à la lumière diffuse du jour, la com- ! binaison s’effectue lentement, et si l’on introduit un peu d’eau dans le vase, et qu’on ait pris exactement une I mesure de chaque gaz, ceux-ci disparaîtront complétej i nient, l’acide hydrochlorique formé se dissolvant dans
I ' l’eau. Dans la lumière solaire cette combinaison a lieu 1 instantanément avec une forte explosion. Pour faire 1 cette expérience on emploie un petit flacon d’un verre ) parfaitement incoloi’e, et après avoir opéré le mé- 1 lange dans une chambre obscure on introduit le flacon
II dans un étui. Veut-on alors opérer la combinaison, on ?|i retire promptement le vase de l’étui, et on le projette
CHLORE
clans une certaine direction où il soit frappé par les rayons du soleil; comme les rayons violets de la lumière solaire sont les seuls capables de produire le phénomène, la détonation n’a pas lieu si le mélange a été fait dans un vase de verre vert, par exemple.
En vertu de sa grande affinité pour l’hydrogène, le chlore décompose très facilement diverses substances organiques ; si l’on introduit dans du chlore gazeux une couleur végétale, par exemple de la teinture de tournesol, ou bien du papier teint avec le tournesol, la couleur disparaît à l’instant, et le papier devient blanc. Il est facile de se rendre compte de ces phénomènes. Les couleurs appartiennent à des combinaisons déterminées d’hydrogène, de carbone et d’oxigène ; corps auxquels dans quelques-unes, par exemple dans l’indigo, s’ajoute aussi l’azote; si une telle combinaison chimique subit un changement, il en résulte un nouveau composé, qui ne se comporte plus comme elle à l’égard de la lumière.
L’odeur désagréable qu’exhalent les substances en putréfaction provient de combinaisons chimiques organiques qui nagent dans l’air; un peu de chlore introduit dans une atmosphère pareille, décompose la combinaison chimique et détruit l’odeur à l’instant. C’est aussi à des substances organiques répandues dans l’air à l’état de dissolution ou de suspension qu’il faut attribuer la propagation des maladies contagieuses d’un individu à l’autre. Quoique le peu qui s’en trouve dans l’air échappe aux investigations chimiques, le chlore les détruit néanmoins complètement. Donc ce sont des substances pondérables qui répandent les maladies contagieuses dont l’inoculation n’exige pas le contact d’un individu malade.
CHLORE
Le chlore décompose même l’eau. En effet, si une dissolution de chlore dans l’eau est exposée aux rayons du soleil, ce corps se transforme en acide hydrochlorique, et il se développe de l’oxigène aussi long-temps qu’il reste du chlore en dissolution.