IV. DE L'ASPARAMIDE
On trouve cette substance toute formée dans les as-
CARBONE. 167 perges, les pommes de terre, les racines de reglisse et de guimauve; la racine de guimauve en contient la plus grande quantité, environ 0,7 pour cent de:son poids. Après l'avoir coupée et écrasée on y verse quatre fois son volume d’eau: froide, et au bout de 48 heures, on filtre et on évapore la dissolution jusqu’à la moitié; on filtre de nouveau le dépôt et on l'évapore dans un bain d'eau jusqu'à consistance sirupeuse. Après quelques jours on obtient de grands cristaux, qui deviennent parfaitement blancs par des dissolutions et cristallisations répétées.
Desséchée à 120°, elle perd 12,58 p. c. de son poids d'eau qu’elle contenait. L’asparamide privée d’eau, est composée de :
carbone = 39,060 = 8 volumes.
hydrogene= 6,38 = 16 « azote 42,010 4 4 « oxigène = 31,99 — 5 «
Lorsqu'on fait bouillir quelque temps l'asparamide avec la dissolution d'une base énergique, elle se decompose tout-à-fait, il se dégage de l'ammoniaque et la dissolution contient un sel composé d'un acide particulier, l'acide asparmique, et de la base; à l'exception de cet acide et de Fammoniaque, il ne se forme pas d'autre substance. Le sel de baryte, qui est soluble dans l’eau, est décomposé par l'acide sulfurique : la baryte s'en sépare et si on filtre la dissolution encore chaude, l'acide peu soluble dans l'eau froide se sépare également en petits cristaux soyeux. La chaleur ne prive pas cet acide de l’eau quil contient; mais en le combinant avec de loxide de plomb, on lui. fait perdre 7,42 p. c. d'eau. Lacide anhydre est composé de :
carbone = 41,78 = 8 volumes, hydrogene= 5,11 = ı2 « azote — 12,09 — 2 « Oxigene UE Mr SE 16 «
Dans les combinaisons de cet acide avec les bases et l'eau, l'oxigène de celles-ci est à l’oxigène de Yacide, dans le rapport de 1 : 6.
Asparamide. — 8 m. de RATE ı6 m. dhyd. + 4 m. d’az. + 5 m. d’ox.
Eau. == am. » im. »
8 m.dec.—+ 18 m. d’hyd. + 4 m. d’az. + 6 m. d’ox.
Acide asparmique. — 8 m. » 12 M. » men 6m »
Ammoniaque. - — 6 m. d’hyd. + = m. d’az.
De toutes les matières qui forment la croûte de notre
globe, la silice ou terre siliceuse est la plus répandue. Le
quartz, le sable libre et celui que contient le grès dur, ne
sont que de la silice mêlée avec un petit nombre dé matières étrangères ;. elle est unie à lalumine et à la potasse dans le feldpath, dansde mica et dans d’autres mineraux ; elle forme encore un grand nombre de minéraux par ses combinaisons avec d’autres substances. On peut décomposer la silice en la chauffant avec le potassium ; il se forme de la potasse (oxide de potassium) et le silicium se sépare, ce qui nous fait voir que la silice est composée d'oxigène et de silicium. Mais on obtient plus
facilement le silicium en grande quantité, en decompo-
sant une combinaison de fluorure de silicium et de fluorure de potassium, qu'on se procure en saturant de
potasse une dissolution, de fluorure de silicium ou d'acide fluo-silicique. Cette nouvelle combinaison, qui n'est que peu soluble dans l’eau, sera séparée par'le filtre et séchée à une température élevée, mais qui ne doit pas atteindre la Chaleur rouge: On mêle une partie de cette combinaison avec 8/10 à 9/10 de potassium dans un tube de verre fermé par un bout, qu’on chauffe doucement, en remuant le mélange avec un fil de fer, jusqu'à ce que le potassium soit fondu (fig. 62). Placée au-dessus d'une lampe à esprit-de-vin , la masse s’echauffe au rouge avant que le verre, dans lequel elle est contenue, ait atteint cette temperature; le potassium se combine avec lé fluor du silicium, et le silicium devenu libre, avec une portion du potassium. En mettant dans l'eau froide ce mélange, qui est composé de fluorure’ de potassium, de siliciure de potassium et d’un peu de fluorure de silicium et de potassium non réduit, il se dégage de l'hydrogène; le siliciure de potassium étant decompose, du silicrum se sépare, et par la décomposition de l’eau ilse forme de la potasse qui se dissout. Si on met sur un' filtre et qu'on lave à l'eau chaude ce qui est insoluble, l'affinité de la potasse libre pour la silice opère la décomposition de l’eau et l’oxidation du silicium; il est donc nécessaire de ne laver qu’à l’eau froide. Au bout de quelque temps, le liquide qui passe, réagit comme un acide, parce que le fluorure de silicium et de potassium non décomposé, qui est un acide, se dissout. On continue à laver jusqu’à ce que l'eau ne dissolve plus rien.
Le silicium qu’on obtient ainsi dans son état de pureté estune poudre brune sombre, qui salit fortement les objets qu’elle touche; enflammé à l'air, il brûle mais il ne s'en consume qu’un tiers, dans loxigene lui-mêmeil en
170 . SILICIUM. ne reste au moins les 275, parce que la silice formée enveloppe le silicium qui reste, et qui d'ailleurs, une fois chauffé, ne brüle plus directement. On peut faire rougir le silicium sans une perte considérable, dans un petit creuset de platine, qu'on remplit plus d’a moitié, et qu’on couvre de son couvercle; la silice qui se forme sur la surface est enlevée facilement par un peu d'acide hydrofluorique, qui la dissout. Échauffé fortement. le silicium se contracte, gagne une couleur plus intense d'un brun chocolat ‚et. devient assez dense pour se précipiter au fond de l'idide sulfurique:
Les acides nitrique, sulfurique et hydro- chloro:nitrique n’ont-aucune action sur le silicium, ni avant ni après qu'il a été rougi par la chaleur. Avant la calcination, il se combine à chaud avec l'oxigene,, et à froid il est dissous avec dégagement d'hydrogène par l'acidehydrofluo : rique avec lequel il forme du fluorure de silicium, et par une dissolution concentrée de potasse, avec laquelle il donne du silicate de potasse. Après avoir été rougi par la chaleur, lorsqu'il s'est contracté et qu'il est devenu plus dense, il ne s’enflamme plus dans l’oxigene; échauffé fortement devant la flamme du chalumeau, il ne s’altere pas, et il n'est oxide ni par le nitre ni par le chlorate de potasse en fusion. Les dissolutions d'acide hydrofluorique et d’alcalis, lors même qu'on les fait bouillir avec le silicium, ne l'attaquent pas. La combustion des corps dans l'air atmosphérique offre des exemples analogues et propres à expliquer ces propriétés du silicium. Le char bon poreux, par exemple, s'oxide plus facilement que le charbon dense; plusieurs métaux, entre autres le fer, s'enflamment facilement lorsqu'ils sont très divisés, mais ils exigent une e température très élevée, lorsqu'ils se trou-
vent en masse compacte. Mêlé et échauffé avec le carbonate de potasse, le silicium s’oxide complètement ; lorsqu'on n’a pris qu’une petite portion de ce sel, lignition est vive avant que la chaleur ne soit au rouge, il se forme de la silice et le charbon se sépare. Si l'on prend beaucoup de carbonate de potasse, il se produit aussi de l’oxide de carbone. Fondu avec la potasse ou la soude, le silicium s’oxide en décomposant l’eau de ces alcalis, qui en retiennent toujours une petite portion, même après avoir été portés jusqu’au rouge; il se forme des silicates, de même que dans la décomposition des carbonates alcalins. Dans cette expérience, 100 parties de ‘silicium :se combinent avec 108 parties d'oxigène. Hormis la silice, on ne connaît pas d'autre combinaison du silicium avec l’oxigene.
Le silicium chauffé dans de la vapeur de soufre, s'y combine avec ignition et forme, si la combinaison est complete, une masse qui, mise en contact avec l'eau , s'y dissout sans résidu ; l'eau est décomposée en hydrogène qui.se combine avec le soufre pour former de l'hydrogène sulfuré, lequel se dégage à l'état de gaz, et en oxigene-dont la quantité est justement suffisante pour changer le silicium en acide silicique, qui, malgré son insolubilité ordinaire , se dissout dans l’eau. On peut calculer d’après cette décomposition, la composition du sulfure de silicium, comme nous le dirons en traitant de l'hydrogène sulfuré ; il contient 70 p. c. de soufre.
Lorsqu'on dirige un courant de gaz chlore dans une petite boule (semblable. à celle qui a été décrite p. 69, pour la préparation du chlorure de phosphore) contenant du silicium, celui-ci sienflamme, se combine au chlore et se convertit en un corps volatil, qu'on peut
obtenir à l'état liquide en faisant communiquer la première boule avecune seconde convenablement refroidie. On peut se procurer de plus grandes quantités de ce chlorure de silicium, en chauffant fortement dans un tube de porcelaine un mélange intime -de silice et de charbon, y amenant un courant de-chlore et faisant passer Jes-gaz développés à travers un vase maintenu à une température très basse. Le chlore n’a pas assez d'affinité pour le silicium pour chasser l’oxigene de la terre siliceuse ; mais si l'on y ajoute du charbon, l'affimité de ce corps pour l’oxigène concourt à l'action,et ilse forme de l'oxide de carbone et du chlorure desilicium. Cette méthode est particulièrement importante pour d'extraction du métal de la terre alumineuse, à propos de laquelle j'en traiterai avec plus de détail. La couleur jaunâtre du chlorure de silicium est due à un peu de chlore absorbé; pour la lui enlever on n’a qu'à l’agiter avec du mercure qui se combine avec le:chlore hbre.:En:contact!avec l’eau il se décompose à l'instant et se transforme en acide hydrochlorique et en silice. Le chlorure de silicium conüent donc (p.72) 82,7 p. c. de chlore: La silice se sépare en gelée. La pesanteur spécifique du chlorure de sili: cium gazeux est de 5,9, et un volume de ce gaz contient 2 volumes de chlore. |
On peut combiner facilement le fluor avec le silicium ; il en résulte un corps gazeux; comme il a les propriétés d'un acide, nous n’en traiterons qu’en parlant des acides. La pesanteur spécifique du fluorure de silicium gazeux est de 3,6, et un volume de ce corps contient autant de silicium qu'un volume de chlorure de silicium. |
Le silicium s'unit avec plusieurs métaux, notamment
avec le platine et le fer, mais seulement au moment où il se sépare de ses combinaisons.
Dans le borax, sel qu'on rencontre dans le commerce, la soude se trouve combinée à l'acide borique, qui est composé d’oxigene et d'un eorps simple, auquel on a donné le nom de bore, tiré du nom de ce sel. Le bore ne se rencontre dans la nature qu’uni à l’oxigène, sous la forme d'acide borique, dont nous traiterons avec les acides.
On peut extraire le bore de l'acide borique, en mêlant avec le potassium cet acide en poudre fine, et purgé préalablement d’eau par la fusion, et chauffant le melange; une portion de l'acide borique est décomposée en bore, qui se sépare, et en oxigene, qui se combine avec le potassium pour former de la potasse; l’autre portion de l'acide borique se porte sur cette potasse, et donne du borate de potasse. Il est plus facile de préparer le bore par une méthode semblable à celle que nous avons suivie pour obtenir le silicium. On emploie à cet effet une combinaison de fluorure de bore.et de fluorure de potassium, qu'on obtient en saturant l'acide hydro-fluorique avec l'acide borique, et en
y ajoutant goutte à goutte du fluorure de potassium.
Pour séparer le bore par le potassium, on doit s'y pren-,
dre avec cette combinaison, qui est très peu soluble dans l'eau, de la même manière qu'avec celle dont le silicium
a fait partie, à la différence près, qu'on emploie parties égales de potassium et de fluorure de bore et de potassium, et qu'au lieu d'un tube de verre on se sert d'un cylindre en fer. Lorsqu'on chauffe ces corps, le potassium s’unit au fluor et l'on obtient un mélange de bore et defluorure de potassium. En le traitant par l'eau, on dissout le fluorure de potassium et le bore reste séparé. Pour les lavages ultérieurs ; on doit employer au lieu d'eau pure, qui dissout le bore, une dissolution de sel ammoniac, qui ne le dissout pas, on enlève ensuite le sel ammoniac par l'alcool.
Ainsi préparé, on obtient le bore sous forme d’une poudre brune verdâtre; échauffé jusqu’au rouge, dans le vide ou dans des gaz, qui ne se combinent pas avec lui, il durcit en prenant une couleur plus intense; mais il ne subit pas d'autre altération. Échauffé dans l'air atmosphérique ou dans l'oxigène, il brûle avec une lumière vive en lançant de fortes étincelles, et il se forme de l'acide borique. Fondu avec le carbonate de potasse il décompose l'acide carbonique, et donne du borate de potasse. L’acide nitrique et beaucoup d’autres substances l'oxident facilement en formant toujours de l'acide borique. On ne lui connait pas d'autre degré d’oxidation.
Le soufre et le bore se combinent avec dégagement de lumière quand on chauffe le bore dans la vapeur de soufre; en dissolvant cette combinaison dans l’eau, on la décompose; il se forme de l’acide borique, et l'hydrogène de l'eau suffit pour engendrer de l'hydrogène sulfuré avec le soufre. |
Le bore qui n'a pas encore subi une température rouge, s’enflamme spontanément dans le gaz chlore. Le bore racorni par la chaleur ne présente ce phénomène
BORE. 175 qu’à chaud; il en résulte un corps gazeux, qui, mis en contact avec l'eau, la décompose et se transforme en acide borique et en acide hydrochlorique. La pesanteur spécifique du chlorure de bore gazeux est de 4,035, et un volume de cette substance contient ı 1/2 volume de chlore.
Le fluorure de calcium (spath fluor), rougi avec l'acide borique, donne naissance à un borate de chaux et à un fluorure de bore, qui est un acide et dont nous traiterons dans la section qui les concerne. La pesanteur spécifique du fluorurede bore est de 2,308, etun volume de fluorure de bore contient autant de bore qu'un volume de chlorure de bore.
AIR ATMOSPHERIQUE