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DU PHOSPHORE

Cette substance singulière fut découverte par Brandt d’Hambourg, en 1669, pendant ses recherches sur la pierre philosophale. Kunkel et d’autres chimistes, ayant vu le nouveau produit, et ayant acquis quelques notions sur l’art de le faire, réussirent dans leurs expériences. Boyle, que l’on considère comme ayant également découvert le phosphore , en communiqua le secret à l’académie royale de Londres en 1680, et en montra le procédé à Godfrey Haukwitz, apothicaire de Londres , qui en fournit seul à toute l’Europe pendant plusieurs années; de là vient le nom de phosphore Anglais. En 1774» Schule et Gahn firent l’importante découverte que le phosphore est contenu dans les os ; découverte qui facilita les procédés de sa fabrication.

Préparation. — Ayant réduit une quantité d’os calcinés à blanc en poudre, on en met 100 parties dans un vase de porcelaine; on y ajoute quatre fois son poids d’eau et 40 parties d’acide sulfurique par parties, en faisant bien le mélange ; après chaque addition d’acide , il se produit une vive effervescence avec dégagement de beaucoup de gaz. On abandonne le mélange pendant un jour ou deux, ayant soin 1 de le remuer de tems à autre.

On peut facilement comprendre ce qui se passe dans cette opération , si on pense que les os sont principalement composés de chaux , unie aux acides phosphorique et carbonique. L’acide sulfurique , ayant plus d’affinité pour la chaux que ces deux acides, les en sépare; l’acide carbonique se dégage, et l’acide phosphorique reste dans la liqueur, tandis que l’acide sulfurique et la chaux forment un composé insoluble qui se précipite.

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On filtre le liquide dans un linge, étayant lavé le sulfate de chaux insoluble , on ajoute à la solution , du nitrate de plomb jusqu à ce qu il ne se forme plus de précipité; on filtre de nouveau, et on lave bien le précipité qui s’est formé ; on le fait sécher , et on le mêle avec un sixième de son poids de poussier de charbon; enfin on l’introduit dans une cornue de grès lutée , afin de mieux résister à la chaleur. On adopte une alonge de cuivre, que l’on fait plonger sous l’eau. Après que la chaleur est appliquée, il se développe une grande quantité de gaz qui s’enflamme au contact de l’air au-dessus de l’eau ; enfin une substance , presque semblable à de la cire, se détache par gouttes, et se congèle sous l’eau; c’est le phosphore. On le purifie davantage en le passant dans une peau de chamois, tandis qu’il est fondu sous l’eau, et on le coule en bâtons par lé moyen de tube de verre dans de l’eau à 4$° centigr. , que l’on transporte ensuite dans de l’eau froide où il se prend bientôt. Il faut le conserver dans des vaisseaux fermés , remplis d’eau pure , et dont on exclut la lumière.

Propriétés . — Le phosphore a presque la consistance de la cire; il est sémi-transparent , d’un goût âcre très-désagréable et d’une odeur malfaisante , semblable à l’ail. Sa gravité spécifique est de 1.77. Lorsque l’air en est exclu, il devient liquide à 37.22 centigr. , et bout à 290° ; à celle de 6 . 67 , il laisse dégager une fumée blanche ; enfin il est lumineux pendant la nuit; mais quand la température est élevée à 64 . 44 > ^ prend feu, brûle avec une flamme brillante, et produit un immense quantité de vapeurs blanches très-denses.

Exp. I. — L’écriture faite avec du phosphore, et que l’on transporte à l’obscurité, paraîtra lumineuse, si la température n’est pas trop basse.

Exp. IL — Si l’on fait sécher un peu de phosphore dans du papier Joseph , et qu’on le frotte avec une allumette , la température s’élèvera assez pour y mettre le feu.

Exp. III. — Si on enveloppe un peu de phosphore sec dans dit coton, et qu’on l’introduise sous le récipient de la ma-

chine pneumatique , lorsque le vide sera fait à un certain degré, le phosphore prendra feu.

Dans toutes les expériences que Ton fait avec le phosphore, il faut toujours prendre la précaution de ne jamais le toucher avec les doigts.

SECTION I

DE l’oxide DE PHOSPHORE.

Exposé à la lumière , ou tenu dans de l’eau qui n’est pas entièrement dégagée d’air, le phosphore perd son brillant, devient blanc , et se couvre ensuite d’une substance brune. C’est le phosphore le moins oxidé , par l’absoption d’une petite quantité d’oxigène. Ce changement montre la nécessité où on est de le priver du contact de l’air et de la lumière; pour cet effet, on ne doit se servir que d’eau bouillie, et les vaisseaux qui le contiennent doivent être placés dans un endroit obscur. Il est aisé de purifier le phosphore de son oxide , en le fondant dans l’eau; ,à la température de 37.78°, l’oxide s’en sépare , et vient nager à la surface.

Des allumettes phosphoriques . — Ou’on introduise plusieurs petits morceaux de phosphore dans une fiole, que l’on vend pour cet usage, et qu’on l’expose dans de l’eau bouillante, le phosphore devient lumineux et s’élève en vapeurs blanches qui s’attachent aux côtés de la fiole; c’ést un oxide de phosphore qui prend aisément feu à une chaleur modérée. On l’emploie à cet effet pour communiquer le feu au soufre des allumettes, ce qui se fait en le levant en partie et en l’exposant à l’air. Pour rendre le phosphore encore plus combustible , on peut y ajouter un peu d’huile ou de soufre.

Acides. — Lorsqu’on le fait brûler dans un vase rempli d’air ordinaire , il se fait une combustion vive , produisant beaucoup de vapeurs blanches; ces vapeurs, mêlées avec de l’eau, montrent des propriétés acides. C’est l’acide phosphoreux, où l’oxigène est en moindre quantité que dans l’acide phosphorique.

Mais si on introduit du phosphore enflammé dans du gax oxigéné, la combustion est plus splendide, le dégagement des vapeurs blanches plus grand, et il se forme une substance concrète qui s’attache aux parois du vase; le produit de cette combustion est l’acide phosphorique, dont il sera parlé ciaprès.

Quand on garde du phosphore pendant quelque tems dans du gaz azote, il s’en dissout une partie; et l’azote, étant saturé de phosphore, augmente d’un quarantième de son volume. Ce composé est appelé du gaz azotique phosphuré , qui devient lumineux quand on le mêle avec le gaz oxigène ; mais la combustion est plus brillante lorsqu’on fait le mélange graduellement.

SECTION II

DU CHLORURE ET DE L’iODURE DE PHOSPHORE.

Du chlorure de phosphore . — Le phosphore , introduit dans un vase dont on a fait le vide, et contenant du chlore, brûle avec une flamme pâle , en projetant des étincelles. Le produit de cette combustion est une substance blanche qui se condense sur les parois du vase. Si le chlore est dans la proportion de 28. 3 décimètres cubes pour 65 milligrammes de phosphore, celui-ci disparaît entièrement, et se convertit en poudre blanche ; près de 147 centimètres cubes de chlore sont absorbés , et il ne se produit aucun nouveau gaz. Cette poudre , composée de chlore et de phosphore , est trèsblanche et volatile; elle prend la forme gazeuse au-dessous de la température de l’eau bouillante, et sous la pression ordinaire, elle fond et cristallise en prismes transparens; elle décompose l’eau avec violence, dont l’oxigène se combine avec le phosphore, et forme de l’acide phosphorique, tandis que l’hydrogène, s’unissant avec le chlore, forme de l’acide hydrochlorique. Quand on l’approche d’un corps enflammé, celte poudre brûle, et quand on la passe avec de

l’oxigène dans un tube rouge, il se forme de l’acide phosphorique par le dégagement du chlore.

Quand on fait passer des vapeurs de phosphore dans du sublimé corrosif (deuto-chlorure de mercure) chauffé dans un tube de porcelaine, il se forme un autre chlorure de phosphore; mais dont la proportion de chlore est moindre que dans le premier. Celui-ci est liquide et sans couleur, il se dissipe bientôt en fumées à l’air, et abandonne une partie de phosphore.

Iodure de. phosphore. — Si on fait un mélange d’une partie de phosphore et à-peu-près dix d’iode, dans un tube de verre, ces substances s’unissent avec dégagement de beaucoup de chaleur ; le produit est une substance brune , qui fond à la température de l’eau bouillante , et qui se volatilise à une plus grande chaleur. Mais quand on emploie une quantité double d’iode, on obtient un composé noir qui fond à une température plus basse. Toutes deux sont solubles dans l’eau, et forment de l’acide hydriodique, plus de l’acide phosphoreux.

SECTION III

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