DEUXIÈME GENRE
des nitrates.
Propriétés générales de ces sels .
Qu’entend-on par nitrate?
On donne le nom de nitrate aux combinaisons de l’acide nitrique avec les bases salifiables.
Les nitrates en général sont tous solubles dans l’eau , et cristallisables par refroidissement j tous fournissent , à la chaleur , du gaz Oxigène et du gaz azote ; ils brûlent et enflamment les corps combustibles , en produisant souvent de fortes détonations } 11s laissent , après leur combustion , un résidu alcalin ou terreux • leur saveur est fraîche et piquante ; l’air ne paraît pas altérer sensiblement leurs principes , et le changement qu il leui fai», éprouver na pour cause que 1 eau de cristallisation qu’il dissout.
L’acide muriatique , aidé du calorique , les décompose en s emparant d une pat tie de 1 0x1-
gène de l’acide nitrique , et il y a formation d’acide oxi-muriatique qui s’exhale.
L’acide sulfurique en dégage de l’acide ni* trique , en se combinant avec les bases pour lesquelles il a une plus forte affinité.
Les nitrates sont abondamment répandus dans la nature; on les trouve ordinairement à la superficie des murs des vieilles maisons , des étables , et autres endroits ; plusieurs végétaux en contiennent aussi de grandes quantités ; ils se rencontrent toujours à peu de profondeur, et assez ordinairement à la surface des terres , comme on l’observe dans les contrées de l’Inde.
i°. Nitrate de Potasse.
Qu’est-ce que le nitrate de potasse , et d’ou le retire-t-on?
Le nitrate de potasse, nitre ou salpêtre, est la combinaison de l’acide nitrique et de la potasse.
Ce sel existe tout formé dans quelques contrées de l’Inde , en Egypte , en Espagne , où on le rencontre à la surface du sol; on le trouve aussi a l’extérieur des murailles calcaires des caves , des celliers , et autres endroits , d’où on le détache avec des balais ; ce qui lait qu’on l’appelle dans le commerce nitre
2/,/y NOUVEAUX ÉLÉMENS
de houssage. Quelques végétaux en contiennent également en assez grande quantité ; tels sont la bourrache , la pariétaire , les leuilles de tabac , la fumeterre , etc. , etc. ; très souvent encore , la superficie des extraits , qui ont lermenté , en fournit des proportions plus ou moins considérables. On a remarqué que la décomposition des substances animales ou végétales favorise singulièrement la formation de ce sel, et que les lieux sombres et humides sont les endroits où l’on en trouve davantage. On s’est en outre assuré que /pour qu’il se produise convenablement, il ne faut pas une trop grande lumière , ni une obscurité parfaite ; et qu’une grande chaleur, ou un froid rigoureux nuisent également à sa formation. Ce sel s’obtient ordinairement des débris des plâtres, des terres salpêtrées des caves , ou des étables qui ont formé le sol des lieux habités par des ani-
ni aux.
Les terres qui contiennent du salpêtre se reconnaissent facilement à leur aspect humide , et par leur saveur froide et salée.
De quelle manière prépare-t-on le nitrate de
potasse ?
Lorsqu’on veut préparer du nitre , on commence par lessiver les terres ou plairas qui en contiennent dans de grands tonneaux places
sur des chantiers, et garnis, à quelques pouces de leurs fonds , d une chantcpleure : on fait ensuite évaporer les lessives obtenues dans de grandes chaudières , jusqu à pellicule ; de manière qu’une petite quantité du liquide, jeté sur un corps froid , se solidifie sous la forme d’un globule blanc , ou bien encore que la lessive marque trente-deux degrés à l’aréomètre de Baume . Arrivée à ce point, on l’expose au frais dans des cristallisatoires 5 et , après vingt-quatre heures de repos , on décante doucement les eaux-mères, et on trouve au fond du vase , dans lequel on a laissé refroidir , des cristaux de nitre très impurs , qu’on appelle salpêtre brut , ou de première cuite.
Les eaux-mères que l’on a séparées , contiennent du muriate de magnésie , de chaux et de soude , du nitrate de chaux , de magnésie et de potasse, dans la proportion d’un sixième environ de ce dernier ; on les fait évaporer de nouveau , jusqu’au point convenable , et l’on met à cristalliser ; on continue de cette manière, jusqu’à ce qu’il ne se forme plus de cristaux, On mêle tous ceux que l’on a obtenus , et on les soumet à une seconde opération que l’on appelle raffinage.
A cet effet , on fait dissoudre le salpêtre brut dans l’eau bouillante, 011 ajoute de la potasse
2/s5 nouveaux elemens
dans la proportion de trois cent soixantedix-huit grammes (douze onces), par litie de liquide , afin de décomposer le nitrate de chaux qui existe, et Ion lait ensuite bouillit dans une chaudière de cuivre : le munate de soude , que contient ce sel en assez grande quantité , se précipite pendant l’ébullition , on le ramasse avec soin , et on continue ainsi l’opération en ayant soin de bien ecumer.
D’autre part , on lait fondre de la colle de Flandre dans de l’eau commune , et Ton ajoute cette solution dans la chaudière ; les pai ties mucilagineuses enveloppent les corps en angers et s’emparent de toutes les impuretés. Quand la liqueur est suffisamment rapprochée • on la met à cristalliser , et on obtient par refroidissement le salpêtre de deuxième
cuite.
Le salpêtre de la seconde cuite , quoique d’un assez beau bh ne , contient néanmoins du muriate de soude , ce qui nécessite de le purifier une troisième fois. Pour cet effet , on le redissout dans une nouvelle quantité d eau ; on le fait bouillir quelques instans, en observant de bien écumer , et on met a cristalliser. On obtient cette lois du nitrate de potasse tiès blanc , très pur, que F on nomme nitre de troisième cuite.
L’objet de toutes ces opérations est facile à concevoir : le muriate de soude et les sels déliquescens, restent dans la liqueur, ou se précipitent suivant leurs différens degrés de solubilité à chaud , ou à froid ; les substances terreuses insolubles se séparent avec les écumes , tandis que plusieurs autres sels restent en solution dans reau-mère.
Quels sont les caractères du nitrate de potasse ?
Ce sel à l’état de pureté , a une saveur fraîche , un peu amère 5 il est dissoluble dans huit fois son poids d’eau froide , brûle rapidement et donne une belle flamme lumineuse ; ses cristaux sont brillans , très blancs , et affectent la forme de prismes à six pans , terminés par des pyramides à six faces.
Le nitre , soumis à Faction d’une chaleur modérée dans un creuset , perd son eau de cristallisation et se liquéfie. Si on le coule , en cet état dans une bassine , et qu’on l’étende de manière à en former une tablette , on obtient une substance solide , blanche , opaque , que l’on nomme improprement cristal minéral , sel de Prunel , et qui contient du sulfate de potasse qui la rend impure, lorsque, comme on le pratique assez souvent dans les pharmacies , on a ajouté , pendant la fusion du nitre pour
ïfà NOUVEAUX ELEMEN5
cette préparation , une certaine quantité de soufre.
Une forte chaleur décompose ce sel , en lui enlevant le gaz oxigène et le gaz azote ; il ne reste plus dans la cornue que de la potasse.
Ï1 est encore décomposé à Faide du calorique , par plusieurs corps combustibles , tels que le soufre, le charbon , les métaux , etc. , etc. Beaucoup d’acides ont aussi la même propriété. Si on fait fondre , dans un creuset , trois parties de nitre , et qu’on y projette , par cuillerée , une partie en poids de charbon en poudre , il y aura chaque fois , production de palorique , vive détonation , et dégagement de gaz acide carbonique et de gaz azote ce phénomène passé , il reste dans le creuset une matière saline, laquelle calcinée, dissoute dans l’eau, filtrée , et évaporée ensuite jusqu’à siccité, forme ce que les anciens chimistes ont nommé nitre fiæé par les charbons.
La solution de cette masse saline , suffisantment concentrée , avait été appelée liqueur cle nitre fiæè , alkaest de Kanhelmont.
Le nitrate de potasse est composé , d’après M. Trommsdorff , de o,5o d’acide nitrique , o,63 de potasse, et de 0,07 d’eau.
Le nitrate de potasse est un des sels les plus précieux que possède la médecine 5 les arts et
DE CHIMIE, 2/\g
la chimie en retirent aussi les plus grands avantages. Mêlé dans la proportion de soixanteseize parties , contre douze de soufre , et autant de charbon , il forme la poudre à canon.
Ce sel fait encore la base de la poudre fulminante, qui, chauffée sur le feu a Pair libre, et dans une cuiller de fer , se liquéfie , puis s'enflamme en produisant une forte détonation. Elle se prépare en mêlant ensemble trois parties de nitre , deux parties dépotasse très sèche , et une de soufre.
La poudre de fusion , que l'on appelle aussi docim astique , parcequ'on l’emploie avantageusement comme fondant dans l’essai des mines , se compose avec trois parties de nitrate de potasse , une partie de soufre , et une de sciure de bois : elle a la propriété de fondre le cuivre , etc.
( Les autres nitrates sont inusités en médecine ; quant aux nitrates métalliques , voyez les métaux. )