I. Diminution de nombre des testicules
On trouve dans les auteurs un assez grand nombre d’observations où ilest dit que les sujets n'avaient pas de testicules ou n'en possédaient qu’un seul; mais ces faits manquent pour la plupart de détails suffisans ; on est donc porté à croire qu'il s’agit plutôt dans ces cas d'individus chez lesquels la migration est restée imparfaite ; cependant on a publié quelque faits qui tendraient à démontrer qu'un testicule peut manquer entièrement, tel est, par exemple, le cas observé par Thurnam (4) : chez un enfant de quatre ans, il trouva le testicule droit dans l’abdomen ; le gauche manquait entièrement, les vaisseaux spermatiques de ce côté se terminaient par une petite masse graisseuse ; le canal déférent était aussi développé que celui du côté opposé. Page, de Carlisle, a observé un cas fort curieux : à l’autopsie d’un jeune homme de dix-sept ans, qui succomba à des blessures reçues dans une scierie à vapeur, iltrouva le testicule droit énorme, il pesait 70 grammes;
(4) London medical Gazette, t, XX, p. 717.
« le trajet da testicule gauche, dit l'auteur, fut examiné si attentivement que je suis persuadé que ce dernier organe n'existait pas (1).»
IF Augmentation de nombre des testicules.
Il n’est pas très rare de rencontrer des observations de testicules surnuméraires ; on cite des hommes ayant trois, quatre, et même cinq de ces organes ; la plupart de ces faits n’ont pas été étudiés par l’autopsie. L’exploration complète, quand elle a pu être faite, a démontré’: 4° que l’existence de plus de deux testicules était excessivement rare; 2° que plusieurs dispositions anatomo-pathologiques pouvaient en imposer et faire croire à l'existence de testicules surnuméraires.
Le seul exemple que nous connaissions de testicule surnuméraire est rapporté par Blasius; il y est question d’un homme de trente ans, bien conformé d’ailleurs, qui portait à droite deux testicules de même volume, de même forme que celui du côté gauche; chacun de ces organes recevait une artère distincte fournie par l'aorte, et de chacun d’eux partait une veine qui se rendait à la veine cave (2).
Les auteurs 6nt pu être induits en erreur et croire à l’existence de plusieurs testicules alors qu’il existait seulement une tumeur fibreuse, une hydrocèle du cordon ou du testicule, une hernie épiploïque, etc.
Il est assez souvent difficile de reconnaître chez certains sujets s’ils ont réellement un testicule surnuméraire, ou s’ils portent une tumeur d’une autre nature ; en effet, la tumeur présente le volume, la consistance d’un testicule normal; on voit partir de cette tumeur un cordon qui simule parfaitement le cordon spermatique ; mais il est un signe qui permettra de constater sûrement s’il s’agit réellement d’un testicule, On sait que la pression exercée sur le testicule sain détermine une douleur spéciale produisant un imalaise parfaitement caractérisé ; si donc on trouve deux tumeurs dans une des bourses, on exercera successivement une pression sur ces deux tumeurs, et bientôt la douleur indiquera si l’organe spermatique est double, et dans le cas contraire, elle fera connaître quel est le véritable testicule.
Si on compulse les annales de la science, on trouve disséminées dans un très grand nombre d'auteurs des observations relatives à des hommes dans les bourses desquels on ne trouvait qu’un seal testicule, et qui même n’en possédaient aucun; cette espèce d’anomalie, d’abord re-
(4) Curling, Traité pratique des maladies du testicule, trad. de M. Gosselin, p. 4, in-8. Paris, 1857. (2) Blasius, Obs. méd, anat., obs. 20, p. 28.
gardée comme un simple objet de curiosité, n’a pas tardé à être examinée avec plus de soin. W, Hunter, Richter, Arnaud et la plupart des chirurgiens modernes ont étudié cette affection au point de vue anatomique, quelquefois comme complication des hernies; enfin, dans ces temps derniers, des recherches furent entreprises afin de déterminer quel rôle jouait le testicule renfermé encore dans l'abdomen, dans l'acte de la fécondation; parmi les travaux les plus intéressans, nous citerons d’abord le mémoire de M. Follin (4), puis celui de M. Godard (2); c'est à ces travaux que nous avons eu principalement recours pour la rédaction de cet article.
M. Godard divise son travail en deux chapitres : dans Le premier il traite de la monorchidie, c’est-à-dire de cet état caractérisé par la présence d’un seul testicule dans les bourses ; dans le second il traite de la eryptorchidie, c’est-à-dire de l’état dans lequel les bourses ne renferment pas de testicule, Nous suivrons l’ordre adopté par cet auteur; nous décrirons , en outre, lPatrophie congénitale du testicule, cet état se trouvant lié le plus souvent avec la migration imparfaite de cet organe et produisant en définitive les mêmes résultats que l’anomalie dont il est ici question. |
À. Monorchidie. — L'individu affecté de monorchidie n’a qu’un testicule dans le scrotum, celui du côté opposé reste renfermé dans la cavité abdominale, dans le canal inguinal, crural, etc.; et s’il est dans le scrotum, il est complétement désorganisé, et ne présente plus qu'un cordon constitué par quelques élémens dissociés de la glande spermatique.
Quand on étudie chez l'adulte Pectopie testiculaire, on constate presque constamment une atrophie de la glande; ce fait à été noté par un très grand nombre d’observateurs. Le développement normal du testicule arrêté dans l'abdomen est très rare; pourtant M. J. Cloquet a trouvé chez un vieillard un testicule intra-abdominal aussi volumineux que celui qui était descendu dans les bourses.
Le testicule peut être mobile, mais le plus souvent il est fixé aux parties voisines ou logé dans une sorte de cavité.
D’après M. Follin, l'organe subit tantôt une transformation fibreuse, tantôt une transforination graisseuse. Dans le premier cas, les canaux séminifères diminuent de volume; les cloisons celluleuses, par Île fait même de ce retrait, deviennent plus apparentes ; la tunique albuginée
(4) Follin, Études anatomiques et physiologiques sur les anomalies de position ‘et l'atrophie du testicule, in Archives générales de médecine, 1851, 4° sér., t. XXVI, p. 257.
(2) Godard, Étude sur la monorchidie et la cryptorchidie chez l’homme, in Mémoires de la Sociélé de Biologie, in-8. Paris, 1857.
conservant sa capacité, la glande est plus molle qu’à l'état normal. Dans le second cas, il se fait dans l’intérieur du testicule un dépôt d’une matière grasse qui, comme dans le tissu musculaire, fait disparaître l'élément normal de l’organe. M. Godard à trouvé la glande plus pâle, les canalicules séminifères semblables à ceux du côté opposé et contenant un peu moins de liquide.
Le scrotum a perdu sa forme bilobée, il est moins développé du côté correspondant à l’ectopie. D’après M. Follin, les bourses sont quelquefois remplies par un tissu cellulo-graisseux ; quelquefois, malgré labsence du testicule, où rencontre une poche vaginale dans le scrotum.
Quelques auteurs ont constaté l'absence ou l’atrophie du gubernaculum testis. On a noté aussi la brièveté du cordon.
La vésicule séminale du côté du testicule non descendu, est assez souvent plus petite. M. Legendre a trouvé la vésicule moins pleine, le liquide ne renfermait pas d’animalcules. |
Les monorchides paraissent aussi vigoureux que les autres hommes ; assez souvent le testicule descendu est plus gros qu’à l’état normal.
Le testicule d’un côté ne paraît pas être arrêté dans sa marche plus souvent que celui du côté opposé; cet organe se loge fréquemment dans le canal inguinal ; on le trouve encore quelquefois dans la région crurale, dans la fosse iliaque, au périnée. On réserve le nom d’ecfopie abdominale pour les cas où le testicule n’est pas accessible au toucher, et celui d’ectopie scrotale pour ceux où on ne trouve dans les bourses qu’un organe atrophié, représenté quelquefois par le cordon spermatique. if
Inclusion inguinale. — Le testicule forme une tumeur qui se dessine sous la peau mobile au-dévant de lui, il est aplati et situé dans l'axe du canal, son extrémité inférieure est volumineuse, tandis qu’en haut et en dehors il se continue avec le cordon spermatique ; tantôt la glande adhère par sa face postérieure, tantôt elle est mobile et rentre facilement dans la cavité adbominale; l'ectopie inguinale est souvent compliquée de hernies (voyez hernies inguinales, t. EV, p. 336).
Inclusion crurale et cruro-scrotale. — La glande est située au niveau de la racine de la verge en dehors du canal inguinal, dans un pli qui sépare la cuisse du scrotum, souvent elle est mobile et peut être répoussée vers la région inguinale; d’autres fois elle s'engage dans le canal crural, ou elle arrive dans la région crurale en traversant la paroi du canal inguinal.
Inclusion iliaque. — Dans cette variété, le canal inguinal est vide, le scrotum manque assez souvent du côté de l'anomalie ; on peut quel-
“quefois, en déprimant la paroi abdominale, sentir le testicule dans la fosse
iliaque.
Inclusion périnéale. — Le testicule est situé au périnée en avant de l'anus; la tumeur peut être fixe, le plus souvent elle est mobile, dans ce cas elle peut être repoussée dans le pli cruro-scrotal; une des faces de l'organe regarde en bas, et on sent le cordon spermatique qui, partant du testicule, remonte au niveau du pli cruro-scrotal et s’engage dans le canal inguinal.
Le sperme des monorchides renferme des animalcules spermatiques, mais ceux-ci semblent provenir du testicule descendu. Dans les canaux de l'organe dont la migration est restée imparfaite, il n’y avait pas de spermatozoïdes, mais des cellules épithéliales, des globules sanguins et des globules graisseux.
Symptomatologie, Diagnostic. — Lorsqu'un seul testicule seulement est descendu dans les bourses, celles-ci sont moins volumineuses qu’à l’état normal, et ne sont pas symétriques, elles ne renferment qu’un seul organe ; par contre, on rencontre une tumeur anormale dans une des régions que nous avons passées en revue.
Si la glande est arrêtée au niveau du canal inguinal, on reconnaît par le palper une tumeur dont le volume varie depuis celui d’un petit œuf jusqu’à celui d’une fève; le plus ordinairement fixe, d’autres fois jouissant d’une certaine mobilité; quelquefois ovalaire, plus souvent aplatie.
Quelles que soient d’ailleurs sa forme et sa position la tumeur formée par le testicule ne sera pas confondue avec une tumeur ganglionnaire, car en pressant sur le testicule, on déterminera une douleur vive, spéciale, semblable à celle que produit la pression du testicule descendu dans le scrotum. Si le testicule est mobile, on peut croire à une épiplocèle réductible; mais outre la douleur spéciale que détermine la pression, on aura comme élément de diagnostic la forme de la tumeur qui est globuleuse dans l’ectopie testiculaire, marronnée et composée de lobes distincts dans l’épiplocèle ; d’ailleurs cette dernière affection détermine, du côté des voies digestives, des accidens qui disparaissent quand la réduction est opérée et qui manquent complétement dans la seconde. La marche de la maladie, la forme de la tumeur ne permettront pas de la confondre avec un abcès.
L’ectopie testiculaire est quelquefois simple, c’est-à-dire que le testicule est seulementarrêté à l'anneau, quelquefois aussi il existe des complications, celles-ci peuvent tenir : 4° à l’état des organes voisins ; ainsi il peut y avoir une hernie de l'intestin ou de l’épiplon; 2° à l’état du testicule qui présente des altérations qu’il est important de connaître. Tantôt on observe des douleurs extrêmement violentes, qui deviennent plus aiguës par la moindre fatigue ; les souffrances peuvent être assez intenses pour que les malades aient demandé à être débarrassés de leur
testicule. Tantôt on observe une inflammation de l’organe, laquelle peut être déterminée par un coup, par le froissement ou la pression exercée sur la région; on a vu l’inflammation s'emparer des testicules à la suite d’une blennorrhagie. Tantôt il existe une affection organique des plus sérieuses ; M. Godard a trouvé affectés de cancer un assez bon nombre de testicules arrêtés dans leur migration.
Etiologie. — L’ectopie testiculaire est héréditaire; on l’a vue coïncider avec une atrophie de la partie correspondante du corps. M. Gosselin a vu un homme qui avait un arrêt congénital du testicule dans l’anneau inguinal, disposition qui existait chez son père, et qui existe chez son fils. Vidal (de Cassis) a observé deux frères qui avaient l’un et l’autre un testicule logé dans la région périnéale.
Le testicule lui-même peut être la cause première de l’ectopie. Ainsi, pendant son évolution, il s’enflamme, et alors, augmentant de volume, il ne peut plus traverser l'anneau ni cheminer dans le canal inguinaï, L’inflammation détermine quelquefois des adhérences avec les tissus voisins, et si alors des fausses membranes s'organisent, il est arrêté à tout jamais dans le point où il se trouvait au moment de l'accident; s’il adhère à l’épiploon ou l'intestin, il les entraîne. Ii en résulte une hernie congénitale.
D’après M. Follin, la descente du testicule, jusqu’au canal inguinal, serait due au gubernaculum testis, la marche de l'organe, jusqu’au fond du scrotum, serait sous l’influence de la pesanteur. Pour Curling, le oubernaculum à un rôle plus complexe ; les fibres qui partent du tigament de Poupart ou du muscle oblique interne, dirigent la glande dans l'intérieur du canal inguinal, celles qui s’insèrent au pubis, l’amènent au dehors de l’anneau cutané, cet celles qui partent du fond du scrotum le conduisent jusqu’au fond des bourses. L’ectopie testiculaire peut dépendre d’une atrephie ou du défaut de développement du gubernaculum testis, de la paralysie de ce muscle, de l’absence du faisceau scrotal, ou d’une insertion anormale.
L’étroitesse des anneaux fibreux du canal inguinal, surtout l’anneau externe, opposent à la migration testiculaire un obstacle d'autant plus grand qu’elle s’est faite plus tardivement.
L'arrêt du testicule dans l’abdomen ou dans le canal inguinal, est souvent la conséquence d’une erreur de diagnostic faite quelquefois par le chirurgien, mais presque constamment par un bandagiste. En effet, un enfant a dans la région inguinale une tumeur mobile réductible, qui s'engage dans le canal ou qui descend dans les bourses lorsqu’il tousse et lorsqu'il fait des efforts, on croit à l’existence d’une hernie, et l’on applique un bandage. Quelquefois ia tumeur se laisse réduire facilement, le brayer ne détermine aucun accident et l'enfant est privé
de l’un de ses testicules ; mais souvent la glande devient le siége de douleurs intolérables; en examinant avec plus d’attention, on reconnaît l'erreur et on enlève le bandage. Quelquefois le testicule reprend dans le scrotum la place qui lui est destinée, mais souvent le mal est sans remède; le bandage a oblitéré les anneaux, ou le testicule, comprimé par la pelote, s’est enflammé et a contracté des adhérences avec les parois du canal inguinal.
Traitement. — Que convient-il de faire lorsque le testicule n’est pas descendu dans les bourses ? S’il est dans la fosse iliaque ou dans la région périnéale, toute manœuvre est inutile; s’il est arrêté au niveau de l'anneau ou dans le canal, on pourra retirer quelques bénéfices de pressions modérées faites de haut en bas, dans le but de le faire cheminer jusque dans les bourses.
Chez les nouveau-nés on pourra essayer l'électricité pour faire contracter le faisceau moyen du gubernaculum testis.
M. Chassaignac a tenté, sans succès, l'emploi des ventouses sur le scrotum. ; :
Si l’on parvient à faire passer le testicule dans le scrotum, on pourra l'y maintenir avec un bandage. Mais l'application de l'appareil ne devra pas être trop prolongée, car la pression exercée sur le cordon pourra amener l’oblitération de l'artère spermatique et consécutivement l’atrophie du testicule. (
Si toutes les tentatives faites pour faire descendre dans le scrotum le testicule arrêté dans le canal inguinal restaient sans succès, il y aurait avantage peut-être à pousser la glande dans la cavité abdominale ?
B. Cryptorchidie. — L'homme atteint de ce vice de conformation n’a pas de testicule dans le scrotum; lorgane sécréteur du sperme est arrêté dans la cavité abdominale, dans le canal isguinal, dans tous les points, enfin, que nous avons indiqués plus haut. Les détails dans lesquels nous sommes entré en étudiant la monorchidie nous dispensent de décrire les dispositions anatomiques qui caractérisent la cryptorchidie, de rappeler les causes qui peuvent la produire. Nous n’insiste: rons ici que sur les caractères qui lui sont propres.
La cryptorchidie n’est pas toujours permanente, on voit assez souvent de petits enfans dont le testicule n’est pas descendu dans les bourses au moment de la naissance, puis au bout de trois, quatre, cinq jours, quelquefois plus tard, l'organe sécréteur du sperme vient occuper sa position normale. La descente du testicule s'opère quelquefois pendant l’âge adulte ; Mayor (de Lausanne) (1) à vu un home chez lequel le testicule droit commença à descendre à l’âge de trente-cinx ans. Ces des-
(1) Gazette médicale, 1836, p, 6.