DU SIÉCÉ
de la membrane de la bouche, le gonflement des amygdales , les excroissances qui se développent dans les fosses nasales , sur le gland’, à la vulve , au pourtour de l'anus. [Len est encore à-peu-près de même des cas dans lesquels l’organe malade , caché primitivement dans le thorax oumême dans le crâne, finit, à raison de l'accroissement morbide qu’il acquiert, par user les parois de ces cavités, et se montrer sous la peau comme le ferait une maladie du tissu cellulaire ou des muscles : les tumeurs fongueuses de la dure-mère, les anévrysmes de l'aorte deviennent ainsi, chez quelques sujets, des maladies extérieures. Plusieurs affections des viscères abdominaux peuvent être reconnues de même au travers des enveloppes : la main, appliquée méthodiquementsurle ventre , distingue en général facile ment les tumeurs formées par la rate, par le foie, par l'ovaire. Ailleurs on parvient à toucher le mal , et par conséquent à en reconnaîtrele siége , en portant le doigt dans quelques conduits où la vue ne peut pas pénétrer, dans le vagin ou le rectum, par exemple, ou mêmedanslefond de la bouche, lorsque le gonflement desamygdales s’opposeà l’abaissement de la mâchoire inférieure. On a encore proposé, dans le même but, l'emploi d’un instrument connu sous lenom de speculum, espèce de cylindre creux qu'on introduit dans les organes génitaux de la femme ou dans le rectum, et qui permet de distinguer , par la vue, les changemens survenus dans leur structure. Malgré la résistance des parois du thorax, le toucher peut discerner le siége de quelques maladies de cette cavité, et spécialement de celles du coeur.
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DES MALADIES. | 53 L'ouie n’est pas non plus inutile pour cet objet : la crépitation des fragmens osseux dans la fracture , le bruissement dans l’anévrysme , le son plus clair ou plus obscur rendu par le thorax et l'abdomen percutés, les diverses espèces de râle appréciables à l’oreille, appliquée immédiatement sur le thorax ou armée du stéthoscope, conduisent, avec d’auires cir- Constances , à faire connaitre le siége de quelques affections. | \ $ I Mais il est beaucoup de cas dans lesquels le médecin ne peut pas reconnaître , par la simple application des sens, le siége des maladies » et particulièrement de celles qui sont du ressort de la pathologie interne. Il a alors deux moyens de s élever à cette connaissance. Le premier repose Sur l'observation exacte des phénomènes de la maladie, comparés avec l’altération qu'on rencontre dans les organes après la mort ; le second sur les lois de la physiologie. UE Æ, Quand une série déterminée de phénomènes a coïncidé constamment à une lésion toujours semblable des mêmes parties, on en déduit cette conséquence ; que toutes les fois que les mêmes phénomenes se reproduiront, le même organe sera affecté de la même manière. Par exemple , chez tous les malades qui ont succombé après avoir eu dans un des côtés une douleur profonde, accompagnée d'oppression , de crachats visqueux, sanguinolens, et de fréquence du pouls, on a trouvé une altération très-remarquable dans le tissu du poumon , devenu pesant, compacte et privé d’air. Toutes les fois qu’on observera la même réunion de phéno-
54 DU SIÈGE mènes, on en coucluera d’une manière certaine que le poumon #st l'organe affecté.
B. Un certain nombre de maladies, légères ou grayes ; Ne produisent aucune altération sensible dans le tissu des organes. Si les individus qui en sont atteints viennent à succomber , soit par l’effet de ces maladies, soit par quelque autre affection co-existante, on ne découvre rien qui puisse rendre raison des phénomènes précédemment observés , soit que les lésions qui les accompagnent ne soient poiut appic bles é à nos sens , soit-qu on n'ait pas mis JUSqu'à ce jour, dans des recherches aussi délicates , toute l'attention qu’elles exigent. Beaucoup d'individus succombent tout-à-coup ou dans un temps fort court avec les signes de ’apoplexie, avec les convulsions du tétanos , les spasmes de l’hydrophobie; d'autres meurent paralytiques, sans que l'ouverture du cadavre offre aucune espèce de lésion. Si un individu, attaqué de rhumatisme aigu ou de quelque affection nerveuse, vient à être atteint d’une autre maladie qui le fasse périr, on ne rencontre également, dans les parties où la douleur se faisait sentir, aucune aliération appréciable, au moins daus la très - grande majorité des cas. L'ouverture des Corps n’a Le pu jusqu'ici servir à déterminer le siége de ces maladies, et c’est uniquement d’après les lois de ta Hole qu’on a pu s'élever à quelques notions sur ce point. -
La. physiologie nous fait connaître les bon départies ? à chacun de nos organes. Le désordre d'une : fonction nous porte à admettre une lésion quelconque dans l'organe auquel cette fonction est confiée. .
Ainsi, lorsqu'une douleur vive se manifeste dans une partie sans autre phénomène remarquable , ou lorsque la faculté de sentir y est suspendue , nous jugeons que la maladie a son siége dans les nerfs ou dans le cerveau , parce qu’ils sont les agens de la sensibilité. Si, au contraire, cette douleur augmente par le mouvement , et diminue ou cesse par le r'CPos ; sison intensité est toujours proportionnée à la force de la contraction musculaire e, nous jugeons quele mal a son siége dans Les organes actifs
du mouvement, c’est-à-dire dans les muscles: mais
il n'ya pas ici Sp ee absolue : le concours des nerfs et des muscles étant nécessaire aux mouvemens, il est difficile de distinguer si la cause qui les trouble est dans les muscles ou les nerfs, ou dans les uns et les autres à la fois. Ceite distinction est
également difficile dans les maladies convulsives ,
dont les muscles sont les agens immédiats, et dans lesquels le système nerveux paraît jouer un grand rôle. Ce que nous dirons plus tard sur les sympathies prouvera mieux encore dans quelles. erreurs on serait conduit si l'on prétendait pouvoir déterminer quel est l'organe malade ue le trouble des fonctions.
S If. La difficulté de fixer le siége des maladies devient plus g grande encore quand on arrive à celles
qui sont caractérisées par le troublegénéraldes fonc-
tions, sans affection EURE primitive : Je veux parler des fièvres. L’habitude extérieure est altérée , lacir-
Culation , la chaleur , la digestion , les sécrétions, les sensations, les fonctions intellectuelles, les affec-
tions morales , offrent presque toujours un trouble
36 DU SIÈGE | simultané ; la respiration y participe plus ou moins, ainsi que les organes de la locomotion et de la voix. Or, dans ce désordre général, quel est l'organe spécialement affecté? Veut-on résoudre cette quesion, en consultant ce qu’on nomme les grandes autorités? Les opinions des auteurs sur le siége des fièvres sont tellement contradictoires, qu'elles fournissent déjà une forte prévention contre chacune d'elles en particulier : en voyant le siége des mêmes affections transporté tour-à-tour dans le cœur et les organes de la circulation, dans l'estomac, le mésentère et les intestins, dans les nerfs ou le sang , la bile ou la pituite, etc., on est nécessairement en garde contre chacune de ces assertions hypothétiques. Veut-on recourir à l'ouverture des cadavres ? Tantôt elle ne montre de lésion dans aucun organe, tantôt elle montre à la fois des désordres dans toutes les cavités splanchniques, des ulcères dans les intestins, de la rougeur dans la membrane des bronches et dans le tissu des poumons, de la sérosité dans les ventricules du cèrveau, une altération dans la couleur et dans la consistance de la rate et des muscles, sans parler de la gangrène des tégumens dans un ou dans: plusieurs points : aussi, malgré l'assurance avec laquelle on a avancé dans ces derniers temps que toutes les fièvres étaient des inflammations de l'estomac et des intestins, les hommes sages soft-ils encore obligés de ranger ces affections parmi celles dont le siège reste inconnu. Us