‹ Élémens de pathologie générale (volume 2)Chapitre 3 sur 94 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

De la Parnorocte, de son importance , de Sort élerdue et de ses divisions. — De la PATHOLOGIE GÉNÉRALE, de son étendue et

de ses limites ; des avantages et des dangers attachés à son étude ; de l’ordre & suivre dans son TR à

Où a défini la pathologie, cette branche de la médecine qui traite de la classification , des causes, des symptômes et des sigues des les Cette définition est loin d'être exacte. Tout ce qui. concerne l'homme malade appartient à la pathologie , de la même manière que tout ce qui a rapport à l’homme sain est du domaine de la physiologie. Le srége des maladies , les phénomènes qui les précèdent et les suivent, leurs retours, les lésions qu’elles, apportent dans latexture des organes, leur traitement pré-

- sérvatif et curatif, etc. , etc. , sont autant de points

qui complètent leur histoire et qui sont essentiglle-

Ch DE LA PATHOLOGIE | ment du ressort de la pathologie (r),-c’est-à-diré de cette branche de la médecine qui a pour objet la connaissance des maladies.

De toutes les parties de notre art , aucune ne présente au médecin autant d’attraits que la pathologie, parce qu'aucune ne lui offre une aussi grande importance. Elle est pour lui un centre autour duquel viennent se ranger, à des distances inégales , les autres sciences naturelles. L'étude de l'anatomie et de la physiologie , de la chimie et de la physique, de la botanique et de la matière médicale, n’est pour lui qu'une iñtroduction à celle de la pathologie; et lorsqu'une fois il s’est livré à cette dernière, il oublie insensiblement la plupart des choses qu’il avait apprises, et ne conserve de ses connaissances premières que celles qui ‘ont un rapport intime avec l'étude des maladies.

Loin de nous cependant l’idée d'élever la pathologie en cherchant à rabaisser les autres parties de l'histoire naturelle : quels que soient son degré d'importance et la noblesse de son but, nous ne prétendons lui donner aucune supériorité sur les autres sciences. Nul doute que la physiologie, la physique, la zoologie , etc., ne méritent d’être placées sur le même rang : ces sciences sont toutes unies par des liens intimes ; elles se prêtent un appui mutuel et des lumières réciproques : elles ne doivent ni ambitionner ni reconnaître entr’elles de supériorité, quoique chacune d’elles ait

(x) Hédos , maladie ; Aéyos , discours , traité.

x N PA A |

HÉRNÉRAE ET $ | four celui qui l'embrasse une prééminence relative sur toutes les autres. 3 |

Comme toutes les sciences naturelles , la patholo: gie ne reconnaît, pour ainsi dire, pas de bornes ; chaque jour la botanique, la zoologie, la physique, la chimie ; la minéralogie étendent leur domaine : chaque jour aussi la science de l’homme malade semble s’agrandir et s'agrandit en effet aux yeux de l'observateur. Sans parler ici de ces variétés infia hies et presque toujours nouvelles que présentent les affections nombreuses auxquelles l’homme est exposé, ne voit-on pas la pathologie faire journelle: ment des progrès, soit par l'étude mieux dirigée des causes, la description plus fidèle des symptômes ; soit par l'examen plus sévère des circonstances qui influent d’une manière favorable où nuisible sur le cours des maladies, soit par la découverte de quelque affection précédemment inconnue ou incomplètement décrite ? La pathologie offre à l'étude une telle masse de faits, qu'il est impossible à l'esprit de l'homme d’en embrasser tous les détails : aussi peut-on avancer qu'aucun homme ne possède toutes les connaissances pathologiques renfermées dans les fastes de l’art, en faisant même abstraction des théories et des systèmes.

Cette disproportion entre l'étendue de la science et celle de l'esprit humain a dû conduire à des résultats qu'on prévoit : ne pouvant pas agrandir l'esprit humain , il a fallu partager en quelque sorte la science en plusieurs parties, dont l’étendue fût à-peu-près en rapport avec notre capacité intellectuelle; De là les nombreuses divisions de la pa=

Déni DE LA PATHOLOGIE ue thologie : la plus importante de toutes est celle qui la distingue en interne ou médicale, et en chirurgicale ou externe. La plupart des autres ne sont que des divisions secondaires : telles sont les distinctions de la médecine et de la chirurgie en civile, militaire , légale. Les maladies des na , des enfans, des vieillards, celles qui sont propres à un pays, à un organe, etc., ont aussi été l’objet de subdivisions particulières ; et des hommes d'un très-grand mérite n’ont pas dédaigné de se livrer à l’étude, à-peu-près exclusive, d’un seul de ces ordres d’affections.

Il est une autre division de la pathologie qui diffère de toutes celles qui viennent d’être énumérées : c’est la division de la pathologie en générale et spéciale. Cette division en effet n’a pas pour but de partager les maladies en plusieurs classes , ou de. séparer une série d’affections de toutes les autres. La pathologie. spéciale et la pathologie générale. s'appliquent au contraire l’une et l’autre à toutes les maladies. La pathologie générale, qui a pour objet les maladies considérées d'une manière abstraite et dans ce qu’elles offrent de commun, les embrasse toutes dans un même cadre, où l’on voit les points de contact qu’elles ont entr’elles et les liens qui les unissent. La pathologie spéciale les comprend toutes également, mais elle les présente dans une série de cadres particuliers , où chaque affection est dessinée avec la physionomie qui lui est:propre , et qui sert à la distinguer de toutes les autres. On voit, d’après cela, qu'iln existe aucune analogie entre cette division de la pathologie et les

7 GÉNÉRALE. | 5 premières dont nous avons parlé. Celles-ci n'abrègent l'étude qu'en diminuant le nombre des choses à apprendre : la dernière conduit au même résultat sans rétrécir le domaine de la science ; et nonseulement elle en conserve l’ensemble, mais encore elle présente sous deux aspects différens chacun des objets sur lesquels l'étude doit être successivement dirigée.

Cette division diffère encore des premières sous un autre rapport : on peut se livrer à la pathologie interne et négliger, jusqu'à un certain point, la pathologie externe : lorsqu'on fait une étude particulière des maladies des enfans ou des vieillards , on peut, jusqu’à un certain point aussi ; négliger celles des autres âges; tandis que la pathologie générale et la pathologie spéciale ne peuvent être lobjet d’une étude exclusive ; l'une sert d'introduction à l’autre; elles sont toutes deux également indispensables à à. l'homme de l’art. |

Cette division de la pathologie est celle dont les limites sont le mieux marquées. Toute considération sur les phénomènes communs aux maladies appartient à la pathologie générale ; toute description particulière de maladie appartient à la pathologie spéciale. Il existe néanmoins entre ces deux branches de la pathologie de nombreux points de contact; mais on a droit des ’étonner que la plupart des auteurs qui ont traité de la pathologie générale aient souvent présenté l'histoire de maladies particulières, au milieu des considérations qui appartenaient seules à leur sujet. La description de la pléthore se trouve dans presque tous Les traités de pa-

ue # )

6 | DE LA PATHOLOGIE thologic générale : Sprengel, qui a publié dernière: ment un ouvrage fort estimé sur cette matière (1), va plus Join encore, 1} expose successivement (à l'article Féiologie) les signes de toutes les fractures , des luxations, des hernies, et décrit tous les vers. qui peuvent exister dans le corps de l’homme avec les signés qui annoncent leur présence. | | En même temps qu’on ajoute ainsi à la pathologie générale des objets qui ne sont pas de son ressort, on en néglige d’autres qui lui appartiennent évidemment, La nomenclature des maladies, les circonstances qui influent sur leur marche, le traitement , la convalescence, les lésions qu’on trouve è à l'ouverture des cadavres , la manière d’observer et d'interroger les malades, sont autant de points importans de l’histoire générale des maladies, dont jusqu'ici les auteurs n’ont pas fait mention, bien qu'ils appartiennent aussi essentiellement à cette science que la classification, les causes, les symptômes et les signes, ‘Si la division de la pathologie en pathologie générale et en pathologie spéciale semblait , à quel- « ques personnes, plus propre à prolonger l'étude des maladies qu’à l'abréger, il scrait facile de les ramener à une opinion plus juste. Nous con- , viendrions avec elles que la connaissance des ma- + Jadies en particulier est d’une plus grande importance, et que l'étude de la pathologie généralen’offre au médecin praticien qu'une utilité médiocre. Mais en même temps nous ferions remarquer que ce mc-

PTIT RE Î

(4) Pathologia gencralis, Amstelodami , 1813.

GÉNÉRALE. ñ decin n’a pas acquis l'instruction qu’il possède sans le secours de la pathologie générale, à laquelle il ne saurait être étranger ; et si l’on supposait, contre toute raison, que cette seconde devint entièrement inutile à celui qui sait, on ne pourrait pas encore en conclure qu’elle ne soit pas nécessaire à celui qui apprend. En effet , sans parler même du besoin urgent où ilse De de se familiariser avant tout avec un langage nouveau, l'étude de la pathologie générale est pour lui, à d’autres égards encore, d’uneutilité plus qu'évidente. Ilignore tout, 1l doit tout apprendre. Les maladies ont des formes qui leur sont communes, elles ont des traits qui leur sont particuliers : or, nous le demandons, vaut-il mieux présenter une seule fois et à fond, à celui qui commence, les différens points de doctrine, et les phénomènes communs à la plupart des maladies, pour n’avoir plus ensuite qu’à lui montrer les phénomènes propres à chacune d'elles; ou bien fautil le fatiguer par ces répétitions inutiles et fastidieuses qu'entraînerait nécessairement la description isolée de chaque maladie? En un mot, vaut-il mieux lui exposer une seule fois ce qui est commun à loutes les maladies, ou le reproduire autant de fois à ses yeux qu'il y a de maladies particulières ? C'est ce qui ne peut être mis en question.

L'étude de la pathologie générale offre encore plusieurs autres avantages. Elle donne lieu à des considérations qui sont très-propres à développer l'intelligence, à étendre les vues de celui qui s'y livre. Elle lui montre, dès son début dans la carrière et dans un cadre resserré, la route qu'il va

6 DE LA PATHOLOGIE parcourir ; elle signale les objets qui devront attirer son attention et les écueils qu'il devra éviters | elle lui indique encore la marche qu'il devra suivre dans l'étude des maladies en particulier ; enfin, en rapprochant les unes des autres les diverses affections , elle est singulièrement propre à éclairer l’histoire de chäcune d’elles. ‘ | Mais à côté de ces avantages, la pathologie générale offre aussi ses dangers. Qu’on lise, on seulement qu’on parcoure tous les traités écrits sur cette matière, et l’on verra partout les systèmes et les hypothèses substitués ou mêlés aux résultats de l’expérience et de l'observation. La plupart-des ouvrages de médecine, de quelque genre qu'ils soient , les descriptions isolées des maladies, les recueils même d'observations, sont, il est vrai, infectés des mêmes vices. Mais ces systèmes , ces hypothèses ont presque toujours dû leur origine à la pathologie générale ; un système qui n'aurait pas compris l’ensemble des maladies, une hypothèse quine se serait accommodée qu'à une seule ou qu’à un petit nombre, n’eussent pas été généralement accueillis ; il fallait que l'explication embhrassât presque toutes les affections pour être reçue avec faveur. Or, la pathologie générale pouvait seule produire un tel système. Si l’on considère, en outre, que cette science envisage les objets d'une manière abstraite, et qu'il n'y a qu'un pas des abstractions aux erreurs, on reconnaitra combien la, pathologie générale était favorable à la créalion de ces systèmes qui ont si long-temps entravé la marche de l'art, - +» | | Mais ce danger n’est pas encore le seul qui l'ac-

GÉNÉRALE. Q tompagne. Les considérations auxquelles elle donne lieu nesont applicables, dans la plupartdes cas, qu'à

un certain nombre de maladies , bien qu’elles paraissent les embrasser toutes. L'esprit humain, avide de ces considérations, qui Seinblent l FA et l’a- - grandir, les accueille avec une dangereuse complaisance, et les produit avec plus d’indulgence encore: pour peu qu'une certaine masse de faits s’y Fap— porte, tout le reste doit s’y soumettre : on transforme en lois de la nature ces idées systématiques ; et lorsqu'un fait en démontre l’inexactitude ou la fausseté , l’erreur , aux yeux de la prévention, est à la nature plutôt qu’au système : on s'étonne des jeux, des bizarreries de la nature, et lesystème conserve l'admiration qu'il a inspirée jusqu’à ce quil soit remplacé par un autre dont le sortsera lemême. S'il suffisait de connaître Les écueils pour les éviter, nous pourrions espérer d'être nous-mêmes à l'abri de ceux que nous venons de signaler; mais quais que soient nos efforts pour y Parvenir > Nous n'osons pas nous en flatter. Ceux mêmes qui se sont fortement élevés contre les systèmes et les explications n’ont pas su s’en garantir ; ils ont attaqué les hypothèses proposées par d’autres, mais en les remplaçant par celles qu'ils ont eux-mêmes imagir nées , et qui leur ont paru n’être autre chose que le résultat de l’observationet de l'expérience. Gaubius disait qu’il valait mieux suspendre sa marche que d'avancer au milieu de-la nuit; et, dans le même ouvrage, Gaubius se perdait dans les ténèbres de l'humorisme, et discutait gravement sur les acrimonies chimiques et mécaniques des humeurs.

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