SECTION PREMIÈRE
Des Sjmptomes fournis par Vhabitude extérieure»
Les symptômes que fournit l'habitude extérieure sont de la plus grande importance. Nous les considérerons d'abord dans tout le corps, puis successivement dans chaque partie.
§ I. 1j habitude extérieure ^ considérée en général, comprend l'attitude, le volume du corps, la fermeté des chairs , la couleur de la peau , les éruptions , les plicatures , les tumeurs et les solutions de continuité de toute espèce. On pourrait y joindre la chaleur et l'humidité de la peau^ les battemens des artères superficielles , la distension des veines ; mais ces divers objets trouveront plus naturellement leur place ailleurs.
A. Dans l'état de santé, l'attitude est libre, aisée pendant la veille ; pendant le sommeil , les membres sont demi-lléchis, et le corps incliné vers un des côtés, ordinairement vers le droit. Dans l'état de maladie , X attitude s'éloigne plus ou moins de rétat naturel.
Si le malade est levé , on remarque le plus souvent^ dans son attitude, une langueur, une mol- Icsse'inaccoutumées ; dans quelques cas, chez les maniaques, par exemple, plus d'assurance et de force. Dans certaines afTections l'attitude peut sufilre pour faire reconnaître la maladie : dans la catalepsie , par exemple, par l'immobilité i^^énérale; dans la danse de Saint-Guy, par Tiiié-ularité et la succession continuelle des mouvemens ; dans l'iiémlpléglc, j.ar lu distorsion des traits et la dillereme dans la position et le mouvement des membres : l'oplsthotonos et l'cmprostliotonos par le renversement convulslf du corps en arrière ou en
avant, etc.
Si le malade est couché, l'attitude peut être variable, comme on Tobserve dans beaucoup d'alfections; mais dans quelqucacns, elle est constamment la même. — Qaehjucs malades restent habituellement sur le dos {dccubiius dorsal y coucher en supination ) , soit par l'effet de la faiblesse , comme cela a lieu dans les fièvres adynamiques , soit u raison de la gène ou de la douleur qu'ils éprouvent dans d'autres positions, comme on le volt dans le rhumatisme général. — Le décubitus sur le ventre est rare; on l'observe dans certaines aflections très - douloureuses de l'abdomen , telles que la
colique mëlaîllqiie, et dans quelques maladies accompagnées de délire. — Il a lieu exclusivement sur un côté {décubitus latéral) lorsqu'il y a un epanchement dans une des plèvres^ ou une clouleur aiguë à droite ou à gauche : dans le cas d'épancliement le malade se tient sur le côté atTecté, et sur le côté sain dans le cas de douleur vive. — Enfin , dans quelques affections de poitrine où la respiration est très-gênée, et particulièrement dans l'anévrysme du coeur, dans fliydrothorax double , le malade est forcé de rester assis sur son lit ; il lui est impossible de se tenir horizontalement ; quelquefois même il est obligé de laisser pendre les membres inférieurs. Dans quelques angines des voies aériennes , le malade se tient assis la tête renversée en arrière. Loisqu une tumeur, et particulièrement un anévrysme de l'aorte, comprime la trachée-artère, le malade est contraint de prendre une attitude bizarre à laquelle il revient toujours, sans doute parce que, dans cette position, la tumeur presse moins sur la trachée, et le passage de l'air est moins difficile. — Dans d'autres maladies, au Ij^u d'être astreint à garder sans cesse la uiême attitude , le malade est contraint d'en changer à tout moment. Cette agitation ou inquiétude physique Çinquies) a lieu surtout dans les inllammations de bas-ventre, et hxx début des fièvres éruptives.
B, Le volume du corps peut augmenter ou diminuer dans beaucoup de maladies.
Les fièvres inflammatoires déterminent une légère intumescence, qui devient plus sensible dans
DES SYIVIPT-OMES. I/J.5
les paroxysmes : une intumescence plus marquée a lieu dans le début des maladies exanthématiques ; mais quand l'augmentation de volume est considérable, elle est presque toujours le résultat de l'accumulation de graisse ou de sérosité dans le tissu cellulaire , et quelquefois aussi du passage de l'air entre ses lames.
L'accumulation de la graisse et l'augmentation de volume qu'elle produit dans le corps ont été rarement observées dans les maladies. Elles pourraient avoir lieu dans certaines alfections locales qui obligent à garder le repos, sans assujettir à iiucun régime. Cette accumulation seule , sans autre trouble dans les autres fonctions, doit être elle-même considérée comme une maladie quand elle est portée à un degré considérable.
L'augmentation dans le volume du corps est jiresque toujours, chez l'homme malade, le résultat d'une inliUration de sérosité dans le tissu cellulaire ou lamineux. Cette infiltration porte le nom à'anasarque (i) ou de leucophlrgmatle (2) quand elle est générale , et d' œdème (5) lorsqu'elle est partielle. On la reconnaît à la pâleur, a la demi-transparence de la peau^ et à la dépression qu'on y détermine en y appuyant le doigt, (Quelquefois cette dépression n'est pas sensible à la vue; mais en passant légèrement et à plusieurs reprises la pulpe du doigt sur le lieu
(•) Ava, dansj traoÇ, chair.
(2) Asu-AÔ;, blanc j (^Icyuxijix ^ inllammalion.
(o) OifjYiuy.^ eiillure.
i44 ^^S SYMPTOMES.
OÙ la pression a été exercée , on distingue , par le toucher , un léger enfoncement qui indique cette infiltration. On reconnaît plus facilement encore le gontlement œdémateux lorsque la disposition de la peau permet de la pincer entre les doigts; on parvient souvent de cette manière à distinguer, à la partie interne des cuisses, Vœdématie à peine commençante.
L'épanchement d'air dans le tissu cellulaire porte le nom ^eniphjsème (i). Il a lieu dans les plaies pénétrantes de la poitrine, et dans tous les cas où la continuité des voies aériennes et intéressée : il est dû, dans ces deux cas, au passage de l'air dans les lames du tissu cellulaire. Ailleurs il paraît produit par une exhalation de gaz dans le tissu cellulaire : c'est à cette cause qu'on attribue l'emphysème spontané y celui qui se forme quelquefois dans les maladies gangreneuses peut aussi en dépendre. Dans tous les cas, il est facile à reconnaître à la crépitation légère que la compression produit sur les paities tuméfiées , a la mollesse et à l'élasticité des tégumens distendus, qui cèdent avec facilité sous le doigt et n'en conservent pas l'impression.
La diminution de volume du corps est sensible dans le frisson des fièvres intermittentes; elle est bien plus marquée encore dans les maladies chroniques, par V amaigrissement qu'elles produisent. Cet amaigrissement peut offrir des degrés trèsdifïérens , depuis la simple maigreur jusqu'au
(i) Èapo-aw , je soufïle dedans.
DES SYMPTOMES. Izj.5
marasme (t). Dans le cours des maladies aiguës,' le corps diminue peu de volume; ce n'est ordinairement qu'à l'époque de la convalescence que cette diminution est bien sensible. Il est a peine nécessaire d'ajouter qu'elle peut dépendre de la disparition de l'anasarque et de l'œdème.
C. La. feiineté des chairs mérite une très-grande attention chez les malades. Jluxham , et plusieurs autres praticiens célèbres, ont attaché à ce s\^mptôme toute l'importance qu'il réclame. Elle est conservée, ou même augmentée dans la plupart des maladies inilammatoires; elle diminue sensiblement dans les maladies de langueur; hx flaccidité des chairs est remarquable dans les maladies vraiment adyn a iniques.
D, La couleur de la peau peut oiFrir de grandes variétés, \ raison du climat, du sexe, de l'âge, des occupations habituelles, etc.; néanmoins il est ui\ teiîit propre à la sanlé i[m n'échappe pas même aux j)ersonnes étrangères à l'art. Il est quelques ailéetions légères qui n'iniluent j)as sur la couleur de la peau; mais dans presque toutes les maladies graves, cette membrane olfre un changement remarquable dans la coloration qui lui est naturelle.
La peau est pale ^ blême ou blafarde dans le frisson des fièvres intermittentes; cette pâleur est souvent jointe à une demi-transparence dans les scrophules, la chlorose et l'hydropisie. — Elle est sale et comme incrustée d'une matière terreuse dans les lièvres adynamiqucs, et souvent aussi dans la phthisie pulmo-
(i) M;toaîvoi , jc desôèclie.
1^6 DES SYIVIPTOMES/
naire. — ^Elîe est tmde, avec des nuances varieeâ pendant le frisson chez les individus replets, dans le scorbut , dans les maladies du cœur, et les inflammations chroniques du conduit intestinal. Dans la plupart de ces affections , la lividité est plus prononcée dans certaines parties que dans d'autres , aux lèvres , rfutour des yeux , aux doigts. — La peau est légèrement i^osée dans les fièvres inflammatoires et avant le développement des éruptions générales ; elle est d'un rouge très-prononcé dans la scarlatine. — -Eile offre une légère teinte j aimât re dans les fièvres bilieuses ; elle est d'un jaune terne et mat dans les fièvres intermittentes qui durent depuis un certain temps , d'un jaune paille ou terreux dans le cancer, d'un jaune citron ou foncé dans l'ictère. — La peau ;, dans quelques cas fort rares , présente une couleur bleue : on désigne sous le nom de cj^aJioseÇi) cette coloration singulière. On l'attribue généralement à une conformation vicieuse du cœur, qui permet au sang de passer, au moins en partie, des cavités droites dans les cavités gauches, sans traverser les poumons. Mais la cyanose est quelquefois^ indépendante de toute lésion de ce genre, et paraît dépendre d'une stagnation du sang dans les vaisseaux capillaires, causée elle-même par quelque obstacle à la circulation , soit dans les cavités droites du cœur, soit dans les poumons (2). -— Nous avons vu la peau offrir une teinte alerte très-marquée chez un malade qui paraissait avoir
»' ■ — -■ - - ^^ I I r ri I ■ r- nu,n ■ um-l-L i il-.x
(2) Dicliounalra de Médecine j lom. vi^ Cjanosc.
DES SYMPTÔMES. \içf
une afFection du foie. — Elle prend accidentellement, chez quelcfues individus, une couleur noirâtre y comme cela a lieu dans l'ictère noir« Nous avons soigné pendant plusieurs mois, à l'hôpital de la Charité , un homme naturellement blanc, chez lequel la peau était devenue presque aussi noire que celle d'un nègre (i). Plusieurs faits semblables ont été observés et publiés par M. Rostan (2). — Il est aussi plusieurs maladies dans lesquelles la peau est nuancée de plusieurs couleurs^ marbrée ou parsemée de taches nombreuses, comme on le voit dans le scorbut , la syphilis , et dans quelques fièvres adynamiques.
E: Les éruptions (exaniheniata) que présente la peau sont extrêmement variées. Parmi elles, les unes sont considérées comme des phénomènes accidentels : tels sont les pétécliies, le millet, dans les fièvres graves; les autres forment le principal symptôme de la maladie qui les produit : tels sont les pustules varioleuses , les plaques ortiées. Texanthème de la rougeole, de l'érysipèle , des dar-^ très , etc.
jP. Les plicatures sont le résultat de l'impression que produit sur la peau le contact des vêtemens ou des draps du lit. Elles sont légères, rosées, disparaissent promptement dans l'état de santé. Dans certaines maladies, elles sont profondes, durable.-? , livides, bleuâtres et quelquefois excoriées. Leso^i^/tej ou. coups de fouet (^vibices) peuvent être rapportées
(1) Bullttiiis de la Faculté^ lorn, IV; jjag, n4< (•i) Idem s
î4^ Ï^ES SYMPTOMES.
aux plicatures, bien que^ dans quelques cas, elles aient été attribuées à d'autres causes.
G. On doit encore joindre à ces s^'^mptômes , fournis par l'habitude extérieure^ les tumeurs, les phiyctènes , les excoriations , les gerçures , les plaies, les ulcères, les fistules, C[ui peuvent se montrer siu* toute la surface du corps. Les tumeurs (iumores) sont des augmentations partielles dans le volume qui est naturel à une partie quelconque ; elles varient à raison de leur forme, de leur couleur, de leur siège, de leur volume, de leur mode <raccroissement , de leur consistance et des parties qui les constituent. Quelques-unes disparaissent dans certaines circonstances, et particulièrement par la pression exercée sur elles ; d'autres permettent aux doigts qui les compriment de reconnaître le mouvement ou Xsl fluctuât lou d'un liquide qu'elles contiennent; d'autres , comme les tumeurs liémorrhoïdales, sont douées d'une sorte d'érectilité. — he.s pJil/ctèïies ( phJjctœnœ) (i) consistent dans des vésicules transparentes, plus ou moins larges, formées par la sérosité qui s'exhale entre l'épiderme qu'elle soulève, et le tissu muqueux de la peau : on les observe souvent dans Férysipèle , et quelquefois dans la gangrène. — - On nomme ejccoriatioii Çejccoriatio) cette légère altération qu'olfre la peau dépouillée de son épiderme et des couches les plus superficielles du corion : elle a souvent lieu dans les malatlics graves, et précède ordinairement la formation des escharres.
(i) f5Au;:7;dvX; ÛQ w.'^oj ^ je bûlîS.
DES SYMPTOMES. l/^q
On donne le nom de gerçures [fissura) l\ des solutions de contlnuiié qui surviennent dans diverses parties, et qui semblent, par leur forme allongée et étroite, être le résultat d'une distension excessive de la peau : elles sont dues le plus souvent au virus syphilitique ou aux dartres ; elles occupent quelque-* fois le dos de la main, et plus fréquemment les points où la peau se continue avec les membranesinuqueuses, comme les narines, les lèvres, le mamelon et Torifice du rectum, hes ulcères (uiccra) sont des solutions de continuité entretenues par un vice interne ou local. l!s offrent des variétés nombreuses, à raison de l'élévation de leurs bords, de la couleur de la surface ulcérée, et des phénomènes généraux qui les accomjingncnt. Quant aux Jislules (Jistula)y elles consistent en des canaux accidentels qui transmettent au dehors, tantôt les matières contenues dans les conduits naturels , et tantôt le produit d'une exhalation morbide.
§ II. La tête , examinée dans son ensemble , fournit quelques symptômes assez remarquables , sous le rapport de son attitude et de son volume.
Elle est inclinée latéralement dans les convulsions ou la paralysie des mus( les cervicnux d'uu seul côté , tlans le torticolis, dans la luxation des vertèbres, dans certains engorgemens des glandes cervicales; elle est fortement lléchie en arrière dans le croup et dans queh[ues maladies accompagnées de dyspnée; en avant, par rclFet d'une conformation A^icieuse des vertèbres.
Le volume de la tcte diminue avec celui du corps.
l5o DES SYMPTÔMES.
dans ramaigrissement gênerai ; il augmente con-^ sidëiablement dans Tërysipèle de cette partie et dans quelques fièvres ëruptives.
La partie de la tête qui correspond au crâne fournit quelques symptômes importans. Son toliune est augmenté dans tous les points chez les enfans atteints d'hydrocéphale : Fëcartement des sutures est alors un phénomène très-remarquable. Le crâne offre encore des tumeurs dëveloppëes «dans les os qui le forment , dans les tëgumens qui Je recouvrent, ou dans les parties qu'il renferme. Ses tëgumens sont le siëge spécial de quelques éruptions, telles que les croûtes laiteuses et la teigne.
Les symptômes fournis par la face sont extrêmement nombreux : les plus importans et les plus difficiles à exposer sont ceux que présente la p^fjsionomie. Chez l'homme bien portant, elle offre dans son ensemble, comme l'a dit le professeur Chaussiery un caractère de vigueur et d'alacrité, et son expression est toujours en harmonie avec les objets en vironnans. Chez l'homme malade, la physionomie présente une multitude de nuances qu'il serait impossible de décrire : elle est triste, abattue, inquiète, effrayée , indifférente ou attentive , <jue]quelois riante, ailleurs menaçante ou égarée, sans qu'aucune circonstance explique ces modifications des traits qui rentrent tout-à-fait alors dans la classe des phénomènes morbides.
Parmi les altérations nombreuses que Tétat de maladie peut apporter dans le faciès des individus, il en est quelques-unes qui ont été dési-
gnées par des dénominations particulières : telles sont la stupeur {faciès siupida ) , la face yuItueuse, grippée , liippocratique. 11 est aussi d'observation que les maladies du cerveau, de la poitrine et du ventre impriment à la face des modifications spéciales qui permettent quelquefois au médecin de déterminer , ù Tnispection des traits|, le siège de la maladie.
La stupeur est marquée par le défaut d'expression des traits en général, et des yeux en particulier : le malade paraît étranger à ce qui l'entoure, sans avoir l'ai]' de réllécliir intérieurement à quelque chose ; il semble être dans un état d'ivresse. Cette espèce de physionomie est propre au tvphus.
La face vuUueuse est caractérisée par la turgescence et la rubélaction de cette partie, la saillie des yeux, l'injection des conjonctives, la distension des paupières, des lèvres , l'expansion de tous les traits. On l'observe particulièrement dans l'hypertrophie du cœur et dans quelques congestions sanguines vers la tète.
La ÏACXt grippée y qui appartient aux phlegmasies aiguës du péritoine, offre des caractères tout opposés : la figure est rapetissée , le teint pale ou livide, les muscles sont contractés^ les traits tirés en haut ou ramenés vers la ligne médiane. L'exposition à \\n froid rigoureux produit chez l'homme sain quel({ue chose d'analogue.
La face liippocratique a été ainsi appelée parce qu'nip|)Ocrate a parfaitement bien tracé les tiaits qui la signalent. On l'observe quelques jours avant
l52 DES SYMPTÔMES.
la mort chez les sujets qui succombent à des maladies chroniques, ou à des affections aiguës qui se prolongent au-delà de quelques semaines. Le nez aigu, les yeux enfonces, les tempes creuses, les oreilles froides et retirées, la peau du front dure, tendue et sèche, la couleur plombée du visage, les lèvres pendantes et relâchées, forment les principaux traits de la face hippocratique et annoncent une mort inévitable, quand des causes manifestes, telles que des veilles excessives , un dévoicment opiniâtre, une abstinence prolongée 31 'y ont pas accidentellement donné lieu.
Les maladies qui ont leur siège dans la tête sont loin , sans doute , d'imprimer à la physionomie un caractère uniforme ; il en est de même des maladies cle la poitrine et du ventre. Toutefois il est plusieurs affections des organes contenus dans ces cavités dans lesquelles l'aspect de la physionomie est caractéristique. L'apparence du sommeil, les convulsions des muscles de la face, la paralysie latérale, l'expression de la fureur ou de la joie, indiquent une lésion primitive ou secondaire du cerveau ; la turgescence du visage et du cou, jointe au sifflement de l'air dans le larynx ou aux efforts convulsifs pour avaler ou pour cracher, dénotent clairement une angine. Les maladies du cœur produisent une altération spéciale de la face , et la phthisie pulmonaire a aussi une expression moins, caractéristique , sans doute , mais encore assez Lien dessinée. La face grippée appartient , comme il a été dit, à la péritonite, et la plupart des maladies organiques de l'abdomen impriment
sur les traits du malade uii cacliet qui les décèle.
IM. Jadelot a cru remarquer chez les enfans une correspondance constante entre les maladies de la tête, de la poitrine et du ventre , et certaines altérations de la physionomie, dlliéveutes de celles dont il vient d'être question, \oici ce qu'on lit, à cet égard, dans un ouvrage récemment pulilié sous les veux mêmes de ce médecin (i): Trois traits principaux se remarquent sur la ligure des enfans : le premier part du grand angle de l'œil et va se perdre un peu au-dessous de la saillie formée par l'os de la pommette : on j)eut le nonuncr ocu~ lo-zyi^omatiquc. Le second commence à la partie supérieure de l'aile du nez , et embrasse dans \\\\ demi-cercle ])liis ou moins comjjlet la ligne externe de la commissure des lèvres : c'est le trait nasal, sur lequel en vient toni]3cr quelquefois un autre qui j^art du milieu de la joue et qu'on a nommé ^énal ; le dernier commence à l'angle des lèvres et se perd sur le bas du visage : c'est le Irait labial.
Le premier est l'indicateur des affections du cerveau et des nerfs; le second et son accessoire signalent celles des viscères abdominaux ; le troisième appartient aux maladies du cœur et des organes re*S])iratoires (2).
(i) Maladies des Eiifiins , iV Underwood j publiées j'îir M. de Sillcs j avec dos nule.s (!e i\l. JadcloL
(2) Nous nous absleiioiis de loiil jti;;cinciil sur la vnlcnr de; ceshigries^ d'idjord piTce (juc lu^b obbervalioiis ii tel v<j^un.\ ne
La face fournit encore beaucoup d'autres symptoroes relatifs aux changemens survenus dans ses niouvemens, son volume, sa couleur, et aux éruptions qui s'y manifestent.
La face offre des moia^emens convulsifs dans le tétanos commençant, une immobilité permanente dans quelques maladies nerveuses, des trembleniens passagers dans les lièvres adynamiques ; dans quelques cas de compression cérébrale, la paralysie est bornée aux muscles de cette région.
Le volume de la face augmente ou diminue rarement sans que le même changement s'opère dans le reste du corps : toutefois la turgescence partielle de cette région a ordinairement lieu dans le début des fièvres éruptives, et quelquefois dans l'imminence des liémorrhagies du nez et du cerveau. Il est aussi à remarquer que dans les cas où l'augmentation et la diminution de volume portent sur toutes les parties, elles sont ordinairement sensibles à la face à une époque oii elles ne le sont pas encore dans les autres parties.
La coloration de la face présente , dans l'était de maladie, les mêmes changemens que celle des autres parties ; elle offre en outre des modifications qui ne s'étendent pas au reste de la surface cutanée. La rougeur de la face , par exeaiple , est un symptôme très-fréquent ; elle peut l'occuper toute entière^ ou être bornée à quelques-unes de ses parties.
soiu pas assez nombreuses pour fixer noire opinion, et ensuite parée que le ré.^uhal de ces observations ne serailpas conforme. à l'opinion de M. Jaclelot.
DES SYMPTÔMES. l55
lia face est d'un rouge vif dans les paroxysmes des maladies aigiiès; elle est d'un rouge foncé et livide dans les accès d'hystérie ou d'épilepsie , et cette circonstance concourt à rendre fort difficile la distinction de ces deux maladies : toutefois la face des hystériques est beaucoup moins hideuse que celle des épileptiques; et ce signe, comme l'a fait observer M. Landré- BcauKfais , est peut-être celui qui a le plus de valeur pour faire discerner ces deux affections. — Le fa^e peut être aushi le siège d'une rougeur passagèie, vulgairement connue sous le nom de jciLCC au "visage : on remarque particulièrement ce sym[)tome chez les femmes qui sont ou mal réglées ou parvenues à l'âge critique. — La rougeur occupe les pommettes dans les redoublemens nocturnes de la plu])art des maladies chroniques. — Quelqnetois elle est bornée à une seule joue, comme on le voit dans la péripneumonie en particulier; elle dépend alors presque toujours de la situation que le malade garde dans son lit ; la joue qui repose sur l'oi-eiller est constamment plus rouge que celle du côté opposé. — La rougeur vive et circonscrite des pommettes, jointe à la pâleur des autres parties , est un symptôme fréquent dans les alTections scrophuleuses. — La couleur jaune, qui caractérise l'ictère, est ordinairement sensible à la face avant de l'être ailleurs; elle y est eiicore apparente lorsqu'elle a complètement cessé de l'être sur le reste du corps. Dans quelques fièvres bilieuses, la teinte jaur.âtrc est bornée aux commissures des lèvres et aux ai les du nez.
Il est peu d'éruptions qui soient propres à la face :
ï56 DES SYMPTÔMES.
rependant le front est souvent , dans la jeunesse ^ le siège de boulons qui ne se passent que vei^ la TÎngt-cinquième année; les lèvres offrent fréquemment une éruption croûteuse qui se renouvelle souvent chez les enfans, et qui, chez les adultes, se montre quelquefois au déclin des fièvres éphémères.
Les diverses parties de la face fournissent aussi un grand nombre de symptômes : nous allons les ënumérer le plus succinctement possible.
hesj^eujc , dans l'état de santé, sont médiocrement sailîans et humectés, vifs, briilans; ils se meuvent avec facilité, et se dirigent l'un et l'autre vers le même objet; le blanc de l'œil est lisse, sans stries, sans teinte étrangère ; la pupille se dilate et se rétrécit d'une manière prompte et égale dans les deux yeux ; les paupières , minces , très-mobiles , également écartées pendant la veille , recouvrent entièrera^ent l'œil pendant le sommeil; les sourcils sont un peu relevés. Dans l'état de maladie, le globe de l'œil , et les parties qui le protègent , présentent des changemens remarquables.
L'expression des yeux est le plus souvent la même que celle de la face; quelquefois néanmoins , dans le désordre qui accompagne les fiè^a^es malignes et les phlegmasies cérébrales , leur expression est différente : ils peuvent être doux, supplians , menaçans , hagards, effrayés, etc.
Les changemens qu'on observe dans les mouvemens du globe oculaire sont presque toujours liés à une lésion primitive ou secondaire de l'encéphale. Les yeux sont //xe^dans la catalepsie, dans l'extase
DES SYMPTÔMES. 1 Sj
des mélancoliques ; ils sont agités clc convulsions dans riiyclrocëphale clés enfans ; le strabisme ou la divergence des axes optiques , C|uand il survient accidentellement, est également presque toujours l'effet d'une maladie du cerveau.
Le ^volume du globe de l'œil paraît augmenté f œil proéminent J dans certaines fièvres inflammatoires , et surtout dans le cas oii un obstacle quelconcpie s'oppose au cours du sang veineux dans les vaisseaux du cou, dans les angines graves, par exemple, et dans Faspliyxie par strangulation; Je volum.e de l'œil parait diminué^ au contraire^ lorsque le tissu cellulaire graisseux du fond de l'orbite devient moins abondant. L'ouverture inégale des paupières fait aussi quelquefois paraître un des yeux pliis volumineux que l'autre; mais, dans tous e€s cas, leur volume réel reste a-peu-près le même. Il augmente véritablement dans l'inflammation iii-* terne de l'œil et dans Fliydroplitlialmie; il diminue dans l'atrophie qui succède à difiérentes maladies de cet organe , aux plaies et à certaines opérations. Sa couleur participe ordinairement à celle du reste de la face; mais ces altérations de couleur sont presque toujours bornées à la sclérotique ou à la membrane qui la recouvre ; toutefois , dans les affections accompagnées de diilire ou d'une trèsgrande faiblesse, la cornée devient souvent terne peu. de temps avant la mort. «
La cornée présente quelquefois des taches de diverses formes , des phlyctènes, des excoriations^ des collections purulentes ; etc., dans les maladies qui lui sont propres.
l5S DES SYMPTÔMES.
Les mouvemeiis de la. pupille peuvent être trou- Lies de diverses manières. Quelquefois cette ouverture offre une dilatation considërabie,quoiqu'ellesoit exposée à une vive lumière , ou bien elle ne se rétrécit que fort peu et avec beaucoup de lenteur, comme on levoitdans les affections comateuses ; ailieurselle est rétrécie , comme on l'observe dans l'oplithalmie interne et dans Finflammation des méninges; elle est presque toujours immobile dans l'amaurose , et quelquefois elle présente dans les deux yeux une largeur inégale , soit parce qu'ils ne sont pas doués de la même force, soit à raison d'une compression exercée sur un des côtés du cerveau; sa forme devient quel-* quefois irréguîière dans les maladies de l'iris. Cette irrégularité a quelquefois lieu dans les maladies vermineuses , d'après l'observation de M. Jadclot.
Le cristallin ainsi que sa capsule deviennent opaques dans la cataracte; Tliumeur aqueuse et i'hum.eur vitrée offrent aussi des altérations de couleur dans riiypopyon et le glaucome.
Les parties com.prîses par Haller sous la dénomi-* iiRtiou de tutamina oc idl présentent, chez l'iiomma malade , de nombreuses altérations. •
Les paupières oiFrent quelquefois , dans la ma-* nie et l'idiotisme , des inouvemens rapides et répétés , un clignotement ChippusJ perpétuel ; d'autres fois elles ne se meuvent qu'avec une lenteur extrême , comme dîla a lieu dans les fièvres graves. Elles sont pesantes dans la céphalalgie, suivant l'expression de quelques m.aiades; elles sont constamment rapprochées dans les affections comateuses : dans certaines ODhîhalm.ies 3 cerapproGliement
DES SYMPTOMES. ï 5c)
est accompagne d'une forte contraction des muscles ; elies sont , chez quelques malades , entr ouvertes pendant le sommeil; chez d'autres, pendant la veille , elles sont inégalement écartées à droite et à gauche, comme on le voit dansl'hémicrânie, Fhéniiplégle , et dans quelques affections aiguës du cerveau. — Le volume des paupières augmente aA^ec celui des parties voisines dans l'érysipèle et dans l'œdème ; le gonflement y est , en. général , plus eonsiderahle , à raison , sans doute, de la laxité du tissu celkilaire qui entre dans leur structure. — La coloration des paupières est ordinairement analogue à celle de la face ; leurs bords libres sont rougeâtres et tuméfiés dans Fophthalmie chronique; ils sont renversés en dedans ou en dehors dans quelques maladies dont elles sont le siège. Leurs bords adhérens , et surtout o^lui de la paupière inférieure, sont souvent marqués par une ligne bleuâtre ; on dit alors que les yeux sont cernés. Ce phénomène a lieu chez beaucoup de femmes pendant la menstruation.
La conjojictwe devient plus humide et ordinairement plus rouge dans les fièvres éruptives et dans le typhus. Son humidité naturelle parait quelquefois diminuée : on dit alors que les yeux sont secs. Elle se gonfle à des degrés divers dans l'inflamma-^ lion. Dans quelques cas, le mucus qu'elle exhale forme des stries blanchâtres sur le globe de rœil : les yeux sont alors puli^érulens ,
La caroncule lacrymale fournit peu de symptômes importans : elle est d'un rouge vif dans les maladies inflammatoires ^ et devient pale dans les
l6o DES SYMPTOMES.
maladies clironiques. Quelques auteurs ont considère la pâleur de ce petit organe comme un symptôme qui accompagne constamment l'hydropisie ; mais cette assertion est inexacte. Il se développe quelquefois à sa surface des poils dont le contact irrite l'œil, et produit des ophtlialmies rebelles.
Les cils sont quelquefois charges de poussière , et plus souvent de chassie, dans les affections de l'œil et dans les maladies aiguës graves. Leur déviation produit aussi des inilammations opiniâtres , et leur chute est souvent le résultat de l'ulcération du bord libre des paupières.
hesac lacrymal devient gonflé, rouge, et s'ulcère par l'effet d'un obstacle qui s'oppose au cours des larmes dans leur conduit : la même cause donne souvent lieu à l'écoulement des larmes sur la joue.
Les souixils pout relevés dans le délire furieux des fébricitans et des maniaques , déprimés dans la mélancolie et la céphalalgie intense. Hs s'élèvent et s'abaissent alternativement pendant l'inspiration et l'expiration , dans quelques maladies accompagnées d'une gêne considérable de la respiration. Quelquefois ces mouvemens alternatifs ont lieu seulement dans un des sourcils , tandis que l'autre reste immobile.
IjQ front , dans l'état de santé, est ordinairement uni et serein ; il concourt à l'expression de la face. Il devient ridé dans les maladies douloureuses et convulsives; il offre quelquefois des boutons et des exostoses dans les affections syphilitiques invétérées.
Les tempes ^ pleines et unies dans l'état naturel, deviennent concaves vers la iln des maladies aiguës
DES SYMPTOMES. iGt
OU chroniques. On a observe que leurs artères superficielles offraient des battemens plus manifestes dans les maladies où l'impulsion du sang vers la tête est augmentée.
Les joues , fermes et arrondies cliez l'îiopime sain , plus colorées aux pommettes qu'ailleurs , peuvent être, chez l'homme malade, frappées de j^aralysie ou agitées de mouvemens convulsifs ; elles sont flasques dans le premier cas, très-dures dans le second. L'une d'elles ou toutes deux augmentent de A olume dans les fluxions ^ dans l'odontalgie ,. dans quelques affections des sinus maxillaires.: Elles sont quelquefois parsemées de plaques ou de pustules rouges et persistantes , désignées sous le nom de couperose fgutta rosaj , que quelques mé-< decins considèrent comme liées à une affection par-» ticulière du foie.
Le nez , qui concourt peu à l'expression de la face , ne fournit qu'un très-petit nombre de symptômes. On a quelquefois observé qu'il était dévié à droite ou à gauche avant les convulsions, et rouge avant l'éplstaxis. Il est gonflé et luisant au début d'un érysipèle qui ne s'étend pas encore au reste de la face. Il s'effde p*ar degrés vers la fin des maladies aiguës et des maladies chroniques. Son extrémité devient livide et gangreneuse dans quelques fièvres adynamiques.
Les narines méritent aussi quelque attention : leur dilatation est rapide et convulsive, au mioment de l'inspiration, dans les affections où la gêne de la respiration est considérable ; maïs quand la faiblesse est portée au plus haut degré , elles sont
t62 DES SYMPTÔMES.
au contraire resserrées , comme on l'observe dans la face liippocratique. Elles présentent aussi un ara^as de mucus noirâtre dans le cours des fièvres graves , une éruption croûteuse au déclin de quelques maladies légères , et des gerçures habituelles ou fréquentes chez les en fans scrophuleux. Les tumeurs développées dans les fosses nasales peuvent être aperçues par les narines ; dans quelques cas elles font saillie au travers de ces ouvertures.
Les lèvres y chez l'homme sain , sont libres et souples dans leurs mouvemens; dans le repos , elles sont rapprochées, fermes, soutenues par l'action de leurs muscles j leurs bords sont lisses, arrondis, et d'une couleur rosée. Dans la maladie, elles offrent des altérations fort importantes relatives à leur position , à leurs mouvemens, à leur volume, à leur couleur^ à leurs éruptions et à leur état de sécheresse ou d'humidité.
Elles sont pendantes dans les fièvres adynamiques et dans l'agonie de diverses atfections; très-éloignées Tune de l'autre dans la luxation de la mâchoire inférieure en avant ; serrées et contractées dans les israndes douleurs , tremblantes dans quelques maladies nerveuses ; elles sont tout-à-coup poussées en avant et brusquement écartées au moment de l'expiration dans quelques apoplexies mortelles : on dit alors que le malade jwne la pipe. Les lèvres sont entraînées à droite ou à gauche lorsqu'un des côtés de la face est affecté de paralysie ou de convulsion ; dans ce dernier cas, on donne au symptôoie dont il s'agit le nom de spasme cyniqits
DES SYMPTÔMES. l6o
(spasmîis cjnîcus) (i) ; quand les deux commissures sont entraînées en sens contraire, c'est le rire sar^ doniqiie Çrisus sardonius^ (2).
La lèvre supérieure est fort grosse chez les scropliuleux ', le gonflement des deux lèvres précède et accompagne les éruptions qui s'y développent au déclin de quelques affections aiguës.
Leur couleur est rouge et vermeille dans les m^aladies inflammatoires, pâle dans la chlorose et i'hydropisie , bleuâtre dans le frisson des fièvres intermittentes et dans les lésions organiques du cœur.
Les lèvres sont sèches, ordinairement lisses, quelquefois fendillées, dans les fièvres inflammatoires f elles peuvent offrir alors un enduit sec et noirâtre ; cet enduit est grisâtre ou brun dans les fièvres adyiiamiques.
Le menton participe aux changemens qui surviennent â la face; il en est peu qui lui soient particuliers : seulement il est éloigné de l'axe du corps dans la luxation d'un des côtés de la mâchoire; il est souvent déformé dans la fracture de cet os. Il est aussi , dans quelques cas , le siège d'une éruption dartreuse qu'on a désignée sous le nom de men" tagra.
Les régiojis parotidiennes offrent , dans quelques affections, un gonflement remarquable, qui peut ^- — — ■ t» — ■'—
(i) K-Jwv, xTjvôç , cliien.
(2) On prétend qu'on a donné ce nom au rire conVulsif , parce qu'il esl quelquefois produit par Fusage d'une plante qui croîL en Sardaigue. ab htrbâ Sardoniâ»
î64 I>ES SYMPTÔMES.
avoir son slëge dans les glandes elles-mêmes ovi dans le tissu cellulaire qui les recouvre. Ce sym-» ptôme, qui se montre dans le typhus et dans plusieurs autres maladies aiguës , soit dans leur commencement, soit vers leur terminaison, appelle toute l'attention du médecin. On le désigne communément sous le nom de parotides. ïl peut être Lornë à un côte, ou s'étendre aux deux à la fois ou successivement; être à peine sensible, ou très-considérable, etc.
Les oreilles sont livides et froides dans le frisson des lièvres intermittentes ; elles sont rouges et brûlantes dans le paroxysme de presque toutes les maladies fébriles , et surtout de celles qui sont accompagnées de congestion sanguine vers la tête. Le conduit auditif externe peut être le siège de divers écoulemens : il en sort du mucus , du pus , du sang , et dans certains cas, des fragmens osseux. Dans cjuelques aifections , l'air qui pénètre dans la cavité du tympan par la tromne d'Eustache peut sortir avec assez de force pour agiter une lumière placée dans la direction du conduit auditif, ou pour produire une espèce de gargouillement en se mêlant au pus qu'il entraine.
La chute des chei>eux , indiquée par Hippocrate comme un symptôme de la plithisie, accompagne rarement cette affection. Elle a lieu plus fréquemment dans les affections syphilitiques , et s'étend c[uelquefois alors à la barbe et à tout le reste du système pileux ; au bout d'un certain temps , les cheveux et les poils repoussent au moins en paitié. Dans le cas oii ils ne se reproduisent paS; on désigne
DES S\'MPTÔmES; i6
ke pliénomène par le nom d'alopécie (i), syniptôiile fort rare , et ^doiit les causes ne sont pas Lien connues.
Dans la teigne , les clieTCux tombent et sont remplacés par des touffes lanugineuses éparses sur le cuir chevelu. Dans la plique polonaise , l'entrelacement inextricable des cheveux , leur feutrage , est le principal symptôme de cette singulière maladie , dont l'existence est encore en question.
Le cou augmente de volume dans quelques angines, dans le goitre; il diminue avec les autres parties dans l'amaigrissement général, et sa longueur paraît alors plus considérable. La distension des veines superficielles du cou, des jugulaires externes , le reflux ondulatoire du sang dans ces vaisseaux, depuis la clavicule, où il est très-apparent jusqu'au voisinage de la mâchoire, où il cesse de l'être, ont ordinairement lieu dans l'anévrysme des cavités droites du cœur. Les pulsations des artères carotides sont fréquentes dans l'anévrysme actif du ventricule gauche; elles précèdent quelquefois le délire dans les maladies aiguës. Le gonflement des glandes lymphatiques est aussi un des symptômes les plus importans que présente la région cervicale.
La poitrine y qui doit offrir chez l'homme sain une grandeur proportionnée à sa stature et à sa force ^ est étroite et plate dans la phthisie pulmonaire, large et bombée dans les anévrysm^es du
(i) A).i7r>3^ j renard. On dit que ccl animal e^l sujet , dans sa vieillesse , à la chule des poils.
j66 r>ES SYMPTÔMES.
cœur, contournée dans le rachitîs. Les tégumenâ^ qui la recouvrent deviennent très-minces dans les; maladies chroniques ; dans la phthisie , ils forment entre les côtes, qui les soulèvent, des enfoncemens^ profonds. Dans l'empyème, au contraire, on observe c[uelquefois une saillie plus prononcée dans les espaces intercostaux qu'aux endroits qui correspondent aux côtes : cette disposition particulière n'est appréciable qu'autant que les tégumens ont peu d'épaisseur. Il est un certain nombre de cas dans lesquels un des côtés de la poitrine est plus volumineux que l'autre : cette disposition morbide peut dépendre de deux causes opposées, de l'agrandissement d'un des côtés, ou du rétrécissement de l'autre; en sorte que tantôt c'est dans le côté le plus large , et tantôt dans le côté le plus étroit que le mal a son siège. L'agrandissement est le résultat d'une accumulation de liquide, et quelquefois de gaz dans la poitrine. Le rétrécissement est toujours consécutif à vni épanchement ^ et par conséquent à l'agrandissement du même côté de la poitrine : le poumon qui a été comprimé pendant un certain temps ne reprend plus son volume, et les parois de la poitrine, en se rapprochant de ce viscère, perdent nécessairement une partie de leur ampleur.
Les mamelles présentent aussi quelques symptômes dont il sera question ailleurs.
Les épaules sont ordinairement élevées et saillantes chez les phthisiques. La saillie d'une des vertèbres dorsales est le symptôme le plus important du mal de Pott, Dans l'hydrorachiS;, l'œil distingue^
DES SYMPTOMES. ïG/
sur la région vertébrale, une tumeur molle, fluctuante , quelquefois pellucide , et le toucher fait connaître l'absence d'une ou de plusieurs apophyses épineuses. L'excavation de la partie inférieure du sternum , chez quelques ouvriers , n'est pas le résultat d'une uialadie , mais de la pression exercée habituellement par les instrumens dont ils font usage. Cette difformité est très-fréquente chez les cordonniers.
La poitrine présente quelquefois, mais très-rare^ ment, dans les cas d'épanchemens pleurétiques ^ une fluctuation sensible au toucher ou appréciable par l'ouïe. Ce n'est que dans le cas où cette cavité contient à la fols de la sérosité et de l'air que peut être produit le bruit propre à un liquide agité dans un vase.
L'exploration de la poitrine par la percussion et l'auscultation fournit encore d'autres phénomènes très-importans qui seront exposés dans les articles consacrés aux symptômes fournis par la respiration et la circulation , et dans le chapitre du diagnostic.
\i abdomen , dans l'état de santé, a un volume variable, selon les individus, et une résonnance médiocre; il est ferme sans dureté et souple sans mollesse.
Le ayolwne du ventre peut augmenter ou diminuer dans l'état de maladie ; son augmentation peut être partielle ou générale. Dans ce dernier cas, elle est presque toujours due aux gaz accumulés dans le conduit digestif ou à la sérosité épanchée dans le péritoine. Une accumulation médiocre de gaz dans les intestins augmente le volume et le résonne-
l68 DES SYMPTOMES/
ment du ventre : on nomme météorisme ( mel.eoriS'' mus) (i) cet ëtat de l'abdomen. Si raccumulation de gaz est plus considérable et que le ventre en soit distendu , c'est le ballojuieniejit ou la tjinpajiite (tjmpaiiites') (2) ; ces deux mots expriment à-peupiès la même chose : seulement le dernier est plus généralement consacré aux maladies chroniques, 2'autre aux maladies aiguës et particuHèrement aux fièvres graves (5). Quelques auteurs ont considéré la tympanite comme une maladie essentielle , le ballonnement et le météorisme comme des symptômes; mais d'autres ont employé ces ditFérens termes comme synonymes.
L'augmentation de volume qui est produite par l'épanchement de sérosité dans le péritoine, peut être portée à un degré considérable. En appliquant une main sur un des flancs , et en frappant du côté opposé avec les doigts de l'autre main , on sent une légère secousse due à l'impulsion transmise au liquide : la résonnance abdominale a disparu , et la percussion donne un son entièrement mat. Dans quelques cas , l'augmentation du ventre dépend à la fois de l'épanchem.eiit de sérosité dansle péritoine et de l'accumulation de gaz dans le conduit digestif. Dans ce cas , on distingue la fluctuation à la partie la plus déclive , où le son est mat , tandis que dans la région sus-ombilicale , la résonnance est plus claire que dans l'état de santé. L'augmentation du
(i) MsTcwpio-^/è? j de pisrstopoç , élevé.
(2) Ttpi7:ayov^ tambour.
(3) F^iA^CK^ lom. VII; pag. 55.
ventre dépend aussi quelquefois d'un épancliement de sang ou de pus daiis cette cavité ; la consistance de ces liquides permet rarement d'y percevoir la fluctuation. Si le sang ou le pus s'est amassé sous les intestins , le ventre, conserve sa résonnance ; il la perd si ce liquide est placé au-devant d'eux.
Le ventre est fréquemment le siège d'un gonflement partiel. Les liypocliondres sont tuméfiés dans les maladies du foie et de la rate ; on observe tous les jours le gonilement de la région épigastrique dans riiystérie; la vessie, distendue par l'urine, forme à l'hvpogastre une tumeur ovoïde qui s'élève quelquefois jusqu'au nombril; les intestins , l'estomac , les ovaires , les glandes mésentériques forment aussi , dans diverses régions du ventre , des tumeurs plus ou moins distinctes au toucher, et quelquefois à la vue : il en est de même des kystes qui se dé-^ veloppent dans cette cavité, etc. Ces diverses tumeurs sont quelquefois très-apparentes ; d'autres fois, elle ne se montrent que par une rénitence obscure et profonde. Les intersections des muscles droits en ont souvent imposé pour des tumeurs développées dans l'abdomen ; il est important d'être en garde contre une semblable erreur. Il y a moins d'inconvénient, pour le diagnostic , à ne pas distiiîguer une tumeur qui existe qu'à en reconnaître vine là o5i il n'y on «'^ pas.
La diminution dans le volume du ventre peut également être générale ou partielle.
Le ventre diminue de volume dans beaucoup de maladies chroniques , par l'effet de l'amaigrissement général. Il diminue promj)temcnt, mais d'une ma-
nière bien moins marquée, dans quelques affec- 'lions aiguës , dans les violentes coliques , et en particulier dans celle qui est produite par les métaux. Dans les fièvres adynamiques, dans rinflammation du péritoine , le ventre s'affaisse souvent peu de temps avant la mort : on observe même quelquefois un phénomène semblable dans l'hydropisie de C€tte cavité. Le ventre diminue et augmente alternativement de volume dans quelques affections , et particulièrement dans l'iiystérie etdans le squirrhe des gros intestins; dans cette dernière affection ; l'affaissement du ventre succède à des évacuations abondantes et momentanées, que remplacent bientôt la constipation habituelle et fintumescence progressive du ventre. La diminution partielle du ventre est plus rare que le gonflement : elle est relative plutôt qu'absolue , et succède ordinairement à ce dernier : telle est celle qu'on observe à l'épigastre dans quelques affections nerveuses , à l'hypogastre après l'excrétion de l'urine long-temps retenue , dans les hypochondres lorsqu'un engorgement du foie ou de la rate se termine favorablement, etc. Toutefois une diminution réelle a lieu dans quelques cas assez rares : telle est la dépression de l'épigastre et du flanc gauche qui a lieu lorsque l'estomac ou la rate abandonnent ces régions et se rapprochent de l'hypogastre : ^lorgagnl en a cité plusieurs exemples.
La fermeté du ventre est généralement en rapport avec son volume ; l'un et l'autre augmentent et diminuent simultanément. Néanmoins le ventre est quelquefois fort dur quoique son volume soit
DES SYMPTOMES. \'Jt
climlnué, comme dans la colicrue métallique et tlans quelques atFections chroniques; il est miou dans certains cas d'iiydropisie, mais seulement quand il a eu précédemment un volume plus considérable encore que celui qu'il offre.
La forme du ventre varie a raison de la maladie qui en augmente le volume : dans l'ascite , le ventre est dilaté, surtout d'avant en arrière^ et l'ombilic, soulevé par la sérosité qui le distend, forme une petite tumeur pel lucide sur-ajoutée à la vaste tumeur que représente l'abdomen. Dans le gonflement œdémateux des parois du ventre, au contraire, le plus grand diamètre de cette partie est transversal, et les lianes acquièrent une largeur extraordinaire. Dans l'un et l'autre cas, le ventre tombe, selon l'expression vulgaire, du côté oii le malade reste incliné; il conserve d'ailleurs une forme assez régulière. Il en est autrement dans les cas où Taugmentation de volume est produite par la présence d'une tumeur enl\ystée , ou])ar l'affection organique d'un des viscères. Dans tous ces cas, à moins qu'il n'y ait simultanément ascite, le ventre offre dans sa forme une /rrf''g?^/<7r//e remarquable, au moins dans la première période de la maladie.
Le ventre présente encore, dans plusieurs points et notamment a l'ombilic, à l'anneau inguinal et à l'arcade crurale, des tumeurs qui se montrent et disparaissent, ou tout au moins augmentent et diminuent dans des circonstances déterminées, et qu'on nomme hernies. Des tumeurs semblableis se montrent quelquefois aussi au thorax et \\ la tête ; mais elles sont aussi rares sur ces deux parties qu'elles
sont communes à Fabdomen. Les régions inguinales sont encore le siège de plusieurs phénomènes trèsimportans , tels que les bubons dans la syphilis et dans la peste. C'est aussi là qu'apparaissent le phis ordinairement les abcès formés dans les régions iliaques et au-devant de la colonne vertébrale.
Les organes de la géfiératioii fournissent quelques phénomènes importans : les maladies vénériennes y ont presque toujours leurs symptômes primitifs; des écoulemens , des ulcères, des végétations s'y manifestent fréquemment, ainsi qu'au pourtour de l'anus, qui est aussi le siège spécial des tumeurs hémorrhoïdales.
Le volume de la verge est plus considérable que dans l'état ordinaire chez les enfans calculeux^ chez ceux qui s'adonnent à la masturbation, chez les adultes qui se livrent immodérément aux plaisirs de l'amour. Elle est, chez la plupart des malades, dans un état permanent de flaccidité ; elle disj^araît sous les tégumens dans quelques affections du scrotum et de la tunique vaginale. Dans d'autres maladies, telles que la blennorrhagie et le satyriasis, elle est, au contraire , souvent ou continuellement en érection. Les testicules sont ramenés fortement contre l'anneau dans la néphrite calculeiise , dans la névralgie ilio-scrotale el dans les coliques violentes ; dans quelques cas , cette rétraction des testicules est accompagnée d'une douleur très-vive. Uépidjdijne est fréquemment le siège d'une tuméfaction à laquelle le testicule participe rarement. La tunique vaginaJe est souvent distendue par le liquide qu'elle exhale. Le scrotum est considérablement tu»
DES SYMPTOMES. l-^S
mëfié dans l'anasarque, dans les hernies inguinales complètes, dans les abcès iirineux , etc.
Les grandes lèvres , chez la femme, pre'sentent souvent un gonflement e'norme dans l'hydropisie , et quelquefois une inflammation très-vive, qui succède à celle des parotides, et alterne quelquefois ave elle, comme l'inflammation des testicules chez l'homme.
Les membres fournissent un assez grand nombre de phénomènes à la symptomatologie.
Ils sont immobiles et souples dans la paralysie; leur immol^illté est accompagnée de roideur dans le ramollissement du cerveau, dans les affections rhumatismales , dans les crampes et les convulsions : leurs mouveraens sont désordonnés dans quelques névroses.
Leur volume au^mente et diminue dans les mêmes maladies qui déterminent l'augmentation et la diminution du reste du corps.
Un des membres devient quelquefois œdémateux et engourdi , lorsqu'une tumeur comprime les vaisseaux et les nerfs qui s'y distribuent. Une tumeur placée dans le flanc produit ces changemens dans la cuisse correspondante : le bras les offre souvent dans ranévrysme de la crosse de l'aorte.
Les membres offrent souvent un gonflement partiel qui répond, soit aux articulations, soit aux intervalles qui les s^éparent : le premier a lieu dans la goutte, rhydropislc articulaire, les tumeurs blan^ ches , etc.; le second, ([ui est beaucoup plus rare, a été quelquefois observé dans le scorbut , où les muscles sont le siège d'une exhalation de sang entre leurs fibres; des phlegmons , des abcès, des ané-
l4 ^^-^ SYMPTÔxMES.
Trysmes ont aussi produit ce goiiflemeiît partiel, comme ils peuvent le produire ailleurs.
Les membres diminuent de volume dans la paralysie; cette diminution porte spécialement sur les membres impotens, sur les deux cuisses dans la paraplégie, sur le bras et la cuisse d'un côté dans l'hémiplégie. Lorsque la paralysie a lieu chez des enfans , l'accroissement en longueur est quelquefois suspendu, et le membre paralysé est, au bout de quelques années, plus court que l'aulre de plusieurs pouces.
Les extrémités des membres présentent aussi, sous le rapport du volume, quelques changemens remarquables. Celui des mains est augmenté dans des maladies dont elles ne sont pas particulièrement le siège, dans la scarlatine, par exemple, et dans la variole. On remarque aussi, dans la pléthore, que l'intumescence générale est beaucoup plus prononcée aux mains qu'aux autres parties : le gonflement des doigts est quelquefois tel, que ces organes ne peuvent plus être iléchis. Il est un symptôme fort remarquable que présentent les doigts chez quelques enfans atteints d'anévrysme du cœin^: les extrémités olfrent un volume plus considérable que le reste de ces organes; ce qui donne à chacun d'eux la forme d'une petite massue (i).
Le volume des pieds augmente aussi dans C[uelques affections , et particidièrement dans l'anasarque commençante.
(i) Ce singulier phénomène a elé observé chez un grand noml^re d'enfans, par M. Béclard ^ professeur d'analomie à la Faculié de Médecine,
DES SYMPTOMES. I rjS
Les extrëmitës présentent, relativement à leur couleur , chez riiomme malade , quelques particularités : elles sont livides dans le frisson, marbrées dans quelques fièvres adynamiques, bleuâtres dans i'anévrysoie du cœur. Nous avons vu les tégumens des pieds présenter une couleur grisardoise , et des sillons profonds et réguliers , avec gontleracnt et dureté de leur tissu, chez une femme alfectée d'éléphantiasis.
Les oug/es méritent peu d'attention sous le rapport de la symptomatologle ; ils sont pâles ou livides dans le froid qui marque le premier stade d'une fièvre intermittente; ils oflrent une teinte jaunâtre dans fictère. IIipjx)crate avait observé qu'ils se recourbaient chez les phthisiques : ce phénomène, quelle que soit la cause de cette dllférence, ifa point ordinairement lieu parmi nous.
Tels sont les principaux symptômes fournis par riiabitude extérieure ; il en est plusieurs autres dont nous n'avotis pas parlé , parce qu'ils se trouveront plus naturellement placés dans l'exposition des symptômes fournis par chaque fonction «n particulier.
Des Symptômes Jour/us par les organes de la
locomotioji.
Les organes de la locomotion sont, d'une part, les os et leurs annexes , et de l'autre les muscles. Les os, qui servent de base et de soutien à toutes Us autres parties et eu déterminent la stabilité et la
lyS DES SYMPTOMES.
rectitude, sont les organes passifs des mouvemens^ les muscles en sont les omanes actifs.
§ I. Les symptômes fournis par les os dépendent le plus souvent d'affections propres à ces organes. On voit néanmoins la syphilis y produire des tumeurs, et le scorbut déterminer le décollement des cartilages qui leur sont continus.
La difformité des parties et la gêne des mouveînens sont les deux principaux symptômes des maladies du système osseux. La difformité accompagne presque toutes les fractures et les luxations ; elle est manifeste dans l'ostéo-sarcome, et surtout dans Tostéo-malacie ou ramollissement des os. Dans ce dernier cas, les membres ne sont pas seulement inhabiles à la station et à toute espèce de mouvement régulier, mais encore ils reçoivent toutes les courbures qu'on leur donne. La gê/ie, ou Vimpos^ sihilité du mouvement , accompagne de même presque toutes les affections de ces organes ; tantôt le mouvement volontaire est seul suspendu , et le membre peut recevoir le mouvement qu'on lui communique, comme on le voit dans les fractures; d'autres fois toute espèce de mouvement spontané ou communiqué est également impossible, comme cela a lieu dans l'ankylose et dans quelques luxations.
Un autre phénomène non moins remarquable est la crépitation Ç crépitât io). On a nommé ainsi le bruit particulier que produit le frottement des fragmens d'un os rompu dans sa continuité , ou séparé des apophyses ou des cartilages auxquels il est naturellement uni.
DES symptômes; 1717
Les os mis à nu par l'eiTet d'uue plaie ou d'un «bcès peuvent offrir, à l'œil même, des altérations dans leur couleur et dans leur structure ; ils de^ viennent quelquefois d'un blanc terne, ou prennent une teinte noire; ailleurs leur tissu se ramollit , fournit une sanie plus ou moins abondante, et s'affaisse sous la pression d'un stylet mousse qu'on y enfonce avec facilite' Çcarie),
La destructio?i lente d'un os dans une portion plus ou moins grande de son étendue donne aussi lieu à des symptômes plus ou moins remarquables. Cette destruction survient quelquefois sans cause connue, dans le mal vertébral, par exemple, où elle produit la gibboslté ,* le plus souvent elle est due à la compression exercée par quelque tumeur, telle qu'un anévrysme , un fongus , etc.' Les parois du crâne sont quelquefois usées par des tumeurs de ce dernier genre , et l'on distingue par le toucher, en les déprimant un peu, le cercle osseux qui les entoure. Dans quelques cas , lorsque la destruction du tissu osseux n'est pas tout - à - fait achevée, la lame très - mince qui reste encore fait entendre, lorsqu'on la comprime , un bruit comparable à celui du parchemin desséché.
§ n. Les muscles offrent dans leurs fonctions des changemens beaucoup plus nombreux. Leur action peut être exaltée, diminuée, abolie ou pervertie de diverses manières.
Yiexaltation de la force musculaire n'a été observée que dans un petit nombre d'affections nerveuses; et en particulier flicz les maniaques ; sou-*
1^8 ÎJES SYMPTOMrS.
Tcnt on les a tu rompre des liens très-forts et se dégager des mains de plusieurs indi^ idus.
La force des contractions est diminuée dans la plupart des maladies ; la démarche est vacillante , la station est pénible ou impossible , les mouvemens faibles et incertains ; la lassitude leur succède promptement , et souvent même les précède : beaucoup de malades sont obligés de rester en repos ; quelques-uns ne peuvent quitter le lit. Parmi ces derniers , il en est qui ne sauraient se mettre sur leur séant , prendre eux-mêmes leur boisson , se retourner dans leur lit , ni mouvoir leurs bras : dans les cas extrêmes , la main du malade , abandonnée à elle-même après avoir été élevée , retombe comme un corps inerte qui obéit aux lois de la pesanteur. Cette diminution dans la force des muscles a lieu, mais avec quelque différence , dans la paralysie incomplète; elle peut , dans ce dernier cas, être bornée à quelques parties, comme Taffection dont elle est le symptôme.
\j' abolition complète de la contractilité musculaire et du mouvement constitue la paralysie {pet" ralfsis) (i) ; elle est générale dans les affections comateuses , dans la syncope , l'asphyxie , etc. Si elle occupe seulement un coté du corps , c'est IVzemiplégie (he?niplegia) (2); sa moitié inférieure, c'est \a paraplégie o\\ paraplexie (paraplegia, paraplexia (3j ; le bras d'un coté et la jambe de
— n II ■ ^1 I. ■ I ■! ■ - -
(ï) napàXuiTtç, de 77apaXj&>, je délie, je reUiche.
(2) Yitj.iTzlri'^iy. y ■hi'-nù.riciy. y de •%^ifjx>ç, ^ nfioiliéj et 7:\h'y(jV) ; je frappe. »
(3) rïapa-^vïî^ta , de ttavWcw, je frappe^ Trapa , nocenier.
DES SYMPTOMES. î'7q
l'autre, c'est hx paralysie croisée ^ qui est fort rare. Elle est quelquefois bornée au deux poignets ou à un seul , comme on le voit dans la colique métallique , dans quelques fièvres des prisons ; elle peut même, à ce qu'il parait, n'occuper qu'un seul faisceau musculeux : c'est du moins ce qu'on a soupçonné dans cette espèce de paralysie de la langue où cet organe perd seulement la faculté d'articuler quelques lettres. Dans V abaissement permanent ou chute de la paupière supérieure (co/lapsus palpebrœ) y le muscle relcveur est seul frappé de paralysie.
La perversion de la contractilité musculaire peut offrir de nombreuses variétés ;
i". Le tremblement {tremor) consiste dans une agitation faible et involontaire, attribuée par la plupart des physiologistes à la contraction et au relâchement alternatifs des muscles, ou à la contraction alternative des muscles opposés. Ce sym^ ptomc, qui peut être général ou partiel, est fréquent dans les fièvres intermittentes et dans les névroses; il est souvent déterminé par l'action du mercure sur l'économie , quelquefois par l'usage du café et des liqueurs alcooliques; il a lieu fréquemment chez les vieillards par le seul effet du progrès de 1 âge.
2°. La roideur (^rigiditas) parait devoir être considérée comme une perversion de la contractilité m.usculaire. La force réelle des muscles est toujours diminuée, et cependant ils offrent plus de résistance au mouvement qu'on cherche à leur communiquer, comme on le reconnaît en prenant le bras du malade pour le tirer hors du lit. Cette roideur existe aussi
l8o DES SYMPTÔMES.
pour le malade lui-même; il ne peut mouvoir ses membres que lentement et avec effort. La roideur, comme la paralysie, peut s'étendre à tous les muscles, ou être bornée à un côté du corps, à une moitié de la face, a cjuelcpes muscles; elle est presque toujours liée ;i une maladie du cerveau, et spécialement au ramollissement de ce viscère.
5°. La crampe ( crampus J est une contraction courte, mais permanente, d'un ou plusieurs muscles, accompagnée de dureté dans l^eur tissu, d'engourdissement et d'impossibilité d'exécuter aucun ra.ouvement de la partie qui en est affectée. La crampe se fait particuliè^^ement sentir dans les muscles du mollet. Beaucoup de personnes y sont sujettes dans l'état de santé ; elle accompagne quelquefois l'hystérie et la colique des peintres.
4^. Le soubresaut ( suhsultus tendinum J est une secousse , un tressaillement transmis aux tendons par la contraction involontaire et instantanée des fibres musculaires. Ce symptôme est plus manifeste à Fextrémité carpienne de Tavant-bras que partout ailleurs. On le reconnaît en examinant le pouls du malade. Il est commun dans les fièvres adynamiques et ataxiques.
5°. La carphologie ou carpologie fcarphologia ( i ) , carpologia (2) consiste en une agitation automa^ tique et continuelle des mains et des doigts, qui tantôt semblent chercher des flocons dans l'air ^
(1) Kapîtv? , flocon 3 X£7o>, je ramasse.
(2) KaoTTo;. carpe, parlie de la main: je ramasse avec la tnaîn.
DES SYMPTOMES.' ï8t
et tantôt roulent ou palpent de diverses manières et sans but les draps et les couvertures du lit. Ce symptôme , qui accompagne fréquemment les maladies aiguës les plus graves, se présente quelquefois sous une forme un peu différente : le m.alade cherche continuellement à enlever le duvet des draps ou des couvertures : c'est le crocidisme f crocidis" mus J (i), que beaucoup d'auteurs confondent avec la carphologie.
6". Les con\>ulsio7is (^convidsiones) (2) consistent en des contractions involontaires des muscles. On les distingue en cloniques et en toniques.
A. Les convid s ioîis cloniques (^spasnii clonici) (o) consistent en des contractions violentes et involontaires, qui alternent avec le relâchement des muscles contractés, ou avec la contraction des autres muscles. Ces convulsions produisent des effets très-variés chez les femmes attaquées d'hystérie. Les unes jettent leurs membres à droite et à gauche, se frappent elles-mêmes sans en avoir la conscience, fléchissent et étendent rapidement leurs avant-bras et leurs doigts. Chez d'autres, le corps s'élève et s'abaisse alternativement pendant presque toute la durée de l'attaque, surtout quand leurs bras sont fixés par des liens. Nous avons vu, à l'hospice de la Salpêtrière, dans une des salles de M. Landré- Beau^ais , une jeune fille hystérique qui , dans cha-
(i) Kpoxt<îÎ!;w. Ce mot qui, en slyle figuré; veut dire éire aa pelit soin , faire sa cour , signifie oter le duvet,
(2) De convellere y secouer.
(3) iTZT.'jjj.Qç, , de (77râw ; je contracle; /).ovo? , lumulte.
ï83 DES SYMPTOMES.
cune de ses attaques, après avoir éprouve les mouvemens convulsifs ordinaires, se relevait tout-àcoup sans avoir pris connaissance, puis tenant les bras étendus, tournait avec rapidité sur elle-même, jusqu'à ce qu'elle tombât de nouveau : le calme ne tardait point à renaître. Ces convulsions clo-* nifpes ne sont pas toujours générales; elles sont quelquefois partielles dans diverses maladies ner-veuses et même dans l'hystérie et l'épilepsie. Le docteur JVhjtt a observé un exemple fort singulier de spasmes partiels chez une jeune fille âgée de huit ans. Les muscles masseters et temporaux se contractaient et se relâchaient alternativement et à des intervalles égaux , de manière à imiiter les pul^ sations du cœur , avec cette différence , que les contractions de ces muscles avaient lieu plus de cent quarante fois par minute, tandis que les mouvemens du cœur n'allaient pas au-delà de quatreving-dix dans le même temps. Une vive frayeur fit cesser ces contractions, dont la cause était in con-» nue, et qui avaient résisté aux moyens de traite-^ ment jusqu'alors employés. On peut encore rap-* porter aux convulsions cloniques ces secousses qui surviennent involontairement dans les membres en repos, et que Gauhius a décrites sous les noms de palpitations des membres,
B, Dans les convulsions toniques ( spasmi toni-^ ci) (i), la contraction des muscles est permar* nente , en sorte que la partie affectée est dans un état d'immobilité absolue, qu'aucun effort intérieur
(i) Tdvoç, tensian.
OU extérieur ne peut vaincre. On désigne sous le nom de tétanos (i) la contraction égale et permanente de tous les muscles. Si la contraction des muscles antérieurs est plus forte, et qu'elle produise la flexion de la tête sur la poitrine et la courbure du tronc en avant, on donne à ce phénomène le nom à' emprosthotonos (2); si le corps, au contraire, est fortement renversé en arrière, et que la partie postérieure de la tête se rapproche de la gouttière vertébrale, c'est Y opisthotonos (5). Enfin , dans le cas où les muscles d'un côté se contractent plus fortement que ceux de l'autre, et où le tronc est incliné latéralement, c'est le pleurosthotonos (4). Quelquefois, dans les convulsions toniques, le corps est incliné à la fois en arrière et de côté, comme nous avons eu occasion de l'observer chez un jeune homme dont l'observation est consignée dans le Journal de Médecine (5).
La convulsion permanente ou tonique n'est pas toujours générale ; elle est quelquefois bornée à une partie, aux muscles élévateurs de la mâchoire, par exemple, et aux diducteurs des lèvres. Elle porte dans ce dernier cas le nom de trismus (6).
C. Les fibres musculaires qui entrent dans la composition de l'estomac, des intestins, du cœur,
(ï) Teravow^ je leiids.
(2) ÈfATïpoffQsv , en devant j tovoç, tension.
(3) OTTtffQsv , en arrière; TOVOÇ, tension.
(4) nXsupôffGsv, de côlë ) tôvoç , tension.
(5) Tome xxix, anne'e 1814.
(6 ) Tptffj/è; ; sifflemenU
'l84 I>ES SYMPTÔMES.'
de la vessie uiînaire, peuvent-elles être le siège de convulsions analogues à celles qu'on observe dans les muscles soumis à la volonté? Parm.i un grand nombre de faits propres à éclairer cette question, l'émission de l'urine et des matières fécales , du sperme anême , dans les attaques d'épilepsie , les vomissemens dans l'hystérie, l'impossibilité d'avaler dans quelques variétés du tétanos , sont autant de phénomènes qui portent à croire que le trouble de la contractiiité peut occuper à la fois les muscles soumis à la volonté et ceux qui n'y sont pas soumis. Cet état convulsif une fois admis, le rapporterat - on aux convulsions toniques ou cloniques ? Cette dernière question est enveloppée d'une telle obscurité , que toute opinion à cet égard serait hasardée.
7"*. Il est une autre perversion ou anomalie (i) de la contractiiité musculaire qu'on observe dans la catalepsie ( catalepsis ) (2) : le malade conserve pendant toute l'attaque la même position qu'il avait au m.oment où il en a été saisi , ou prend celle qu'on lui communique , quelqu in commode d'ailleurs qu'elle puisse être. Il n'y a pas de roideur, comme on peut s'en convaincre par la facilité avec laquelle les membres reçoivent le mouvement qu'on leur com^m unique; mais le besoin de relâchement qu'éprouvent promptement , dans l'état de santé , les muscles en contraction , ne se fait pas sentir dans la catalepsie. C'est presque toujours chez les femmes
(i) A privatif, èp!.a).oG ^ régulier.
(2) KaraÀafAoàvw ; je saisis.
liystériqiies que se montre ce symptôme. Nous l'avons vu reparaître régulièrement de deux en deux jours chez une femme aliénée. 11 est une variété de la catalepsie que nous avons eu occasion d'observer une fois, dans laquelle le malade conserve la même' situation qu'il avait au moment de l'invasion , mais ne peut pas garder celle qu'on lui communique : les membres cèdent à une puissance extérieure qui leur imprime une situation nouvelle; mais aussitôt que la puissance cesse d'agir , ils reprennent leur prem.ière position.
8". La perversion de la contractilité musculaire, qu'on observe dans la danse de Saint-Guj Çchorœa Sancti-PFithi) , est fort remarquable. Si le malade veut être en repos, il éprouve des secousses subites dans les membres affectés ; s'il a eut porter la main vers quelque objet , il se manifeste en lui deux sortes de mouvemcns presque opposés ; l'un volontaire , qui tend à l'approcher du but ; l'autre involontaire et irrésistible, qui l'en éloigne; en sorte que ce n'est jamais que par une série de lignes obliques et divergentes qu'il parvient à l'atteindre.
9"". 11 est encore une autre anomalie de la contractilité musculaire qui n'est pas moins remarquable : les mouvemens ne peuvent avoir lieu d'une manière régulière qu'autant qu'ils sont exécutés très-rapidement; ils deviennent imparfaits quand on veut les faire avec lenteur. C'est ce qu'on a observé chez quelques individus qui ne pouvaient point m.archer, mais qui pouvaient encore courir; c'est ce qu'on voit aussi , comme l'a remarqué Gauhius y chez beaucoup de personnes qui bégaient
Ï$D DES SYIVIPTOMES.
quand elles parlent lentement, et chez qui ce défaut disparaît cjuand elles parlent vite.
10°. Nous plaçons enfin , à la suite de ces lésions du mouvement, la contracture, qui consisie dans la rigidité permanente et chronique des muscles fléchisseurs : ces organes , dont la longueur et fépaisseur diminuent en même temps qu'ils deviennent plus durs, forment alors au-dessous des tégumens soulevés des cordes inflexibles qui s'opposent à l'extension des membres.
Tels sont les principaux symptômes fournis par les organes actifs et passifs de la locomotion. Ils concourent à compléter ce que nous avons dit sur r habitude extérieure.