CHAPITRE VIII
JDe la Marche ou du Cours des Maladiesi
A marclie des maladies (^morbonun decursusj consiste dans le mode suivant lequel naissent et se succèdent les lésions qui les constituent et les symptômes qui les signalent. Les lésions organiques ne sont le plus souvent appréciables qu'après la mort, et ce n'est que d'après les changemens survenus dans les symptômes que le médecin peut suivre et étudier la marche des maladies, qui comprend leur type, leur forme aiguë ou chronique , la distinction de leurs périodes , et l'examen des circonstances nombreuses qui exercent quelque influence sur elles.
§ I". Le type ( tjpus ) est l'ordre suivant lequel les symptômes s'exaspèrent ou se reproduisent.
Il est continu ( T. continuus ) lorsque les symptômes persistent sans interruption depuis le début jusqu^à la terminaison de la maladie; il est périodique ( T. periodicus J lorsque ces symptômes se montrent et disparaissent par intervalles.
jd. Une maladie dont le type est continu présente c|uelquefois une intensité égale pendant tout son cours : on dit alors qu'elle est continente fmorbu^ continens J ; telle est , dans quelque cas , la fièvre inflam.matoire , qui n'offre , pendant toute sa durée ,, que des variations si légères , qu'on ne
MAncHE DES MÀLÀDiES. SSq
doit pas y avoir égard ; aucune mabdie aiguë ne serait continente si l'on attachait à ce mot un sens rigoureux. Le plus souvent les maladies continues présentent une intensité Inégale ; elles ont des exacerbations qui alternent avec la diminution des symptômes ou la rémissioru Uejcacerbaiion ^ leparoxjsme (^i) ou redoublement consiste dans une augmentation plus ou moins considérable d'un seul , de plusieurs ou de tous les symptômes de la maladie ; la rémission , dans un changement contraire.
il est quelques afTections continues dont les symptômes , au lieu d'oflrlr ces alternatives op])osées , présentent un accroissement régulier depuis l'invasion jusqu'à la lin; il en est d'autres , au contraire , qui ont à leur début leur plus grande intensité , et qui deviennent progressivement plus légères. La fièvre qui précède l'apparition du lluide menstruel a souvent une intensité croissante; la fièvre éphémère présente quelquefois une marche inverse.
B. Les mahidics périodiques fmorbi perlodici J se présentent sous des formes très-variées ^ soit relativement aux accès eux-mêmes (accessus ) ( tel est le nom que l'on donne à la réapparition des symptômes ) , soit à raison de l'intervalle qui les sépare. Parmi les accès, les uns présentent, au milieu de symptômes variables , un frisson auquel succèdent la chaleur et la sueur ; les autres , qu'on désigne mieux sous le nom (Xaitaqucs , n'oifrent
(i) Ilapo^ttcjp.ô;, tic ô;-);, aigiî 3 rapz, au-dclù.
56o MARCHE DES MALADIES.
pas ces phénomènes. Les premiers sont propres aux fièvres intermittentes ; les attaques sont communes à toutes fe^utres maladies périodiques , telles cjue l'épilepsie , l'hystërie et plusieurs affections nerveuses. L'intervalle qui sépare les accès porte le nom â!apjrexie (i) ou àHnterinissioji f apjrexia ^ intermissio ) ; le temps intermédiaire aux attaques n'a pas reçu de dénomination particulière. Le type intermittent ( tjpus intermittens J peut se présenter sous des formes très-variées; les principales sont les types quotidien f quotidianus ) ^ tierce ( tertianus ) et quarte ( quartanus J, Dans le prem.ier , les accès ont lieu tous les jours , et sont tous semblables entre eux , pour la durée , la violence et les principaux symptômes; dans le second, les accès se correspondent de deux en deux jours; dans le type cjuarte , de trois en trois. On a admis aussi les types quintane f quintanus J et sextane f sextanus ) ; mais on ne les a que très-rarem^ent observés, et plusieurs médecins ont pensé qu'on devait considérer comme accidentelle la réapparition de quek|ues fièvres suivant ces types insolites. Quant aux fièvres intermiittentes menstruelles ou annuelles, il n'est personne aujourd'hui qui en admette l'existence. Lorsqu'une maladie intermittente reparaît à des intervalles irréguliers , elle est erratique ou atypique (morhus erraticus J.
Les types quotidien , tierce et quarte peuvent offrir des variétés nombreuses : i^. le ty^Q double-
■;■"•" WP«""Wippili«l(WRW|ffWWrP"i^W"*PF»W*>'ffB""'*«»WW^«*^^^^
(i) A privatif; Trups^èç; fièvre,
MARCHE DES MALADIES. §6î
quotidien ( quoùdlanus duplex ) pi^sente deus: accès chaque jour ; 2°. dans le type double-tierce f tertianus - duplex J y il y a un accès tous les jours, et les accès se correspondent de deux eu deux jours ; le troisième est semblable au premier^ le quatrième au second; 5°. dans le type tierce-* doublé ( iertianus dupUcatus ) ^ il y a deux accès le même jour , et un jour d'apyrexie ; L^. si le type est triple - tierce ( tertianus triplex J il y a deux accès le premier et le troisième jour, et un seul le second et le quatrième : ces trois accès se correspondent de deux en deux jours; S"", le type double - quarte ( quartanus duplex J présente deux jours de suite un accès , et le troisième jour une apyrexle complète : l'accès du quatrième jour est semblable à celui du premier, celui du cinquième à l'accès du second, Tapyrexie du sixième jour correspond à celle du troisième; 6^. dans" le type quarte-doublé f quartanus duplicatas J j, il y a deux accès le même jour, de trois en trois jours; 7°. dans le type triple- quarte {cpiartanus triplex) y il y a tous les jours ini accès, comme dans les types quotidien et double - tierce ; mais dans le type triple-cruarte , les accès se correspondent pour l'heure , la durée et la violence , de trois en trois jours; les trois premiers sont diffe'rens les uns des autres ; le quatrième est semblable au premier , le cinquième au second , le sixième au troisième : dans le type double- tierce, les accès diffèrent d'un jour à l'autre, et sont semblables de deux en deux jours : dans le type quotidien ils sont tous scm-^ blablcs.
C. Les maladies , et les fièvres en particulier, présentent quelquefois une marche intermédiaire au type continu et intermittent : c'est le type rémittent (^remitteiis ) , Il offre, comme le type intermittent , dts accès composes de frisson , chaleur et sueur; et, comme le type continu, des symptômes qui persistent sans interruption pendant tout le cours de la maladie. Tel est le sens précis que le professeur Pinelsi donne au ratot rémittent; car avant lui, la plupart des médecins confondaient sous cette dénomination les fièvres continues exacerbantes et les rémittentes proprement dites.
La cause de la périodicité des maladies est un des points les plus obscurs de la pathologie générale. Nous concevons facilement que la phlogose ou la dégénérescence ou toute autre altération d'un organe , produisent des phénomènes qui persistent sans interruption , comme la cause qui les détermine. Mais il en est tout autrement des maladies qui cessent et reviennent par intervalles , surtout lorsque le retour en est régulier. Si Ton suppose une cause matérielle, comment se fait-il C[ue son action ne soit que passagère? Si l'on suppose un dérangement des fonctions, sans lésion dans les organes, on admet un effet sans cause. Beaucoup de m.édecins ont fait des efforts pour explic[uer un phénomène aussi difficile à concevoir. La plupart ont été conduits à penser que la cause qui produit le type intermittent ou périodique devait cesser, au moins en partie, par l'effet même, de l'accès; mais que cette cause, engendrée ou introduite dans récouQmie, réunie dans inj foyer ou disséminée
dans tout le corps , se reproduisait ensuite plus ou moins promptement , de manière à provoquer un accès nouveau. Les uns ont accusé tel ou tel liquide de l'économie, la pituite, la bile ou le sang ; d'autres le système nerveux; ceux-ci la fermentation, ou luie explosion surprenante ; ceux-là le principe sensitif ; d'autres enfin une irritation ou plilegmasie intermittente.
Ces explications et toutes les autres sont de pures hypothèses dont aucune n'est appuyée sur des raisons solides, et dont la plupart sont en contradiction avec les faits observés. La périodicité des maladies est une chose qui nous est bien connue, mais que nous ne saurions expliquer. Nous la retrouvons d'ailleurs dans une multitude de phénomènes, soit hors de l'homme, soit dans Ihomme lui-même, et nulle part nous ne l'expliquons. Le flux et le reflux de la mer, le sommeil des végétaux et des animaux^ l'écoulement régulier des menstrues ou des hémorrhoïdes, sont des phénomènes dont la périodicité est aussi inexplicable que celle des maladies. Ce n'est donc pas ici l'imperfection de l'art, mais la faiblesse de l'intelligence humaine qu'il faut accuser.
§ II. C'est surtout d'après la durée des maladies que les auteurs les ont distinguées en aiguës et en chroniques. Toutefois nous pensons qu'il en est un certain uombre qui ont une marche aiguë y bien qu'elles appartiennent par leur durée aux maladies chroniques; comme il en est d'autres aussi qui ont une marche chronique , bien que, par leur durée, elles appaitiennent aux maladies aiguës. Par excm-
pie, la paralysie est essentiellement chronique par sa marche , lors même qu'elle se dissipe au bout de trente à quarante jours^ et qu'elle est encore aiguë par sa durée : une fièvre putride ou maligne , au contraire, est toujours, par sa marche, une affection aiguë , lors même que par sa durée elle entre dans la classe des affections chroniques. En effet, une maladie a une marche aiguë lorsque le développement , la succession et l'intensité des sym^ptômes qui la caractérisent annoncent une affection qui doit se terminer dans un court espace de temps; au contraire, lorsque les symptômes se développent, s'accroissent, sesuccèdent aveclenteur, sa marche est essentiellement chronique.
§ IIL Le cours des maladies a été partagé par tous les auteurs en un certain nombre de périodes (i) : c'est ainsi qu'on nomme chacune des phases qu'elles doivent successivement parcourir. On n'est pas d'accord sur le nombre des périodes qu'on doit admettre dans les maladies ; la plupart des médecins en ont reconnu quatre ou cinq ; d'autres en ont distingué jusqu'à huit pour certaines affections. A l'exemple de M. Z. Beauvais , nous n'en admettrons que trois, l'accroissement, l'état et le déclin. L'invasion n'ayant, pour ainsi dire, point de durée , nous paraît ne devoir pas être considérée comme une période.
A. La première période, qu'on nomme aussi aug^ ment], progrès Çincrementum) , s'étend depuis l'in-
(i) IIspîo(îo;, circuit 3 ô^^ôf , chemin 3 Trapl; aulour,
MARCÎÎÈ DES MÀLAblES; 566
Vasîon jusqu'à ce que les symptômes aient acquis toute leur intensité.
Ui?i\^asio7i ou le début (ijwasio ^ initium inor^ bi) est le moment où commence une maladie. Elle n'est jamais ou presque jamais appre'ciaWe dans les affections chroniques; ce n'est, en gëne'ral, que dans les maladies aiguës qu'on peut la connaître avec exactitude: encore dans ces dernières est-elle souvent si peu marquée, qu'il est difficile ou même impossible de la distinguer du temps qui la précède ou qui la suit. C'est ce qui arrive toutes les fois que les phénomènes précurseurs augmentent peu à peu d'intensité^ de manière à conduire par degrés de la santé à la maladie; ou lorsqu'une affection se déclare dans certaines conditions naturelles qui ont déterminé dans les fonctions un grand changement , à la suite de l'accouchement, par exemple. Quelquefois , à la vérité, il survient alors un frisson, une défaillance, ou quelque autre phénomène remarquable, qui peut être considéré comme marquant le début; mais souvent il reste de l'incertitude. '
L'invasion des maladies aiguës , et surtout de celles qui sont graves, a ordinairement lieu par un frisson dont la longueur et la violence varient ; ce frisson est remplacé par la chaleur, et alterne quelquefois avec elle pendant un temps variable ; tantôt il se manifeste tout-à-coup chez des individus jusqu'alors bien portans ; tantôt il survient après plusieurs jours de malaise; dans la plupart des cas, il oblige les malades à prendre le lit.
Il est encore quelc^ucs autres phénomènes qui
accompagnent l'invasion : telle est une altération notable dans la physionomie^ des tremblemens, des convulsions , des syncopes ^ une douleur fixe dans quelque organe, le délire, les vomituritions , les vomissemens , la dyspnée ^ l'accélération du pouls, une hémorrliagie, etc.
L'invasion de la plupart des maladies peut avoir lieu à toute heure du jour et de la nuit; il en est quelques-unes qui débutentplus spécialementà telle ou telle heure. Par exemple , la goutte, l'asihme, l'apoplexie , attaquent le plus souvent pendant la nuit ; les fièvres intermittentes quotidiennes ont ordinairement leurs accès le matin ; les tierces vers midi ; les quartes dans la soirée. ^
Les phénomènes qui signalent l'invasion de la maladie sont quelquefois ceux qui la caractérisent; ils persistent alors dans les autres temps de sa durée ; mais le pi us souvent ils cessent dès le premier jour, comme le frisson qui est commun à toutes les affections aiguës.
La première période se présente sous une forme variée dans les diverses maladies. Dans les maladies aiguës , le dérangement des fonctions devient de jour en jour plus marqué pendant Faugraent ; la coloration de la peau se prononce davantage; les sensations et les fonctions intellectuelles sont quelquefois troublées, la soif devient plus vive, la digestion se déprave complètement, la surface de la langue se charge d'un enduit plus ou moins épais; il y a des vomissemens spontanés; le pouls est plus fréquent, la chaleur plus élevée; la plupart des évacuations sont diminuées ou auspendues. Dans
les maladies chroniques , cette période est marque'e par le développement graduel des principaux symptômes. Sa durée peut être fort courte dans quelques maladies aiguës; elle est communément de plusieurs mois dans les affections chroniques.
B. La deuxième période, qu'on nomme la a>/olencGy \ état (^status y chy.Yj), est marquée par la plus grande intensité des symptômes, et quelquefois par l'apparition de nouveaux phénomènes plus ou moins graves. Elle commence lorsque les symotômes cessent de s'aggraver ; elle se termine lorsque leur intensité diminue, ou lorsque la maladie maixhe vers une terminaison funeste. Sa durée dans les affections aiguës est ordinairement moins longue que celle de Taugment ; dans quelques cas néanmoins elle l'est davantage.
C. Quant à la troisième période, le dccUii (^decrenieiîtiim) ou la terminaison , nous ne faisons que rindiquer ici , parce qu elle sera Tobjet d'un chapitre particulier.
Ces trois périodes n'existent pas dans toutes les maladies aiguës ou chroniques : dans certaines fièvres les symptômes offrent, dès le début, toute leur intensité, la période d'accroissement n'a pas lieu. Dans l'apoplexie foudroyante, il n'y a qu'une période, encore est-elle souvent instantanée. Il en est de môme dans quelques maladies chroniques : la paralysie d'un sens , la surdité ou l'amaurose , par exemple, est quelquefois, dès l'instant où elle a lieu, portée au point où elle restera jusqu'à la mort de l'individu : on n'observd alors ni augment ni déclin. Dans les maladies chroniques qui doivent
iiifailliblemeiît se terminer par la mort , les syniptômes s'exaspèrent progressivement depuis le début jusqu'à la terminaison : il y a, pour ainsi dire, un accroissement continuel : aussi la division en périodes ne leur est-elle pas applicable; dans la phtliisie pulmonaire , dans le cancer stomacal , par exem.ple , il y a plusieurs degrés ^ mais il n'y a point ^ à proprement parler, de périodes.
Il est, d'un autre côté , quelques affections dans lesquelles les trois périodes sont très-manifestes; telle est, par exemple , la fièvre adynamique, dans laquelle l'examen de l'habitude extérieure suffit le plus souvent pour à la fois reconnaître le genre et la période de la maladie.
Dans les maladies dont la marche est intermittente y chacun des accès présente une succession de phénomènes qui a quelqu'anatogie avec les trois périodes d'une affection aiguë. On désigne sous Je nom de stade (^stadium) chacune des parties dont se compose l'accès, savoir , le frisson, la chaleur et la sueur» Le premier a été considéré comme l'accroissement; la chaleur a été comparée à l'état, et la sueur à la terminaison. Dans les fièvres intermittentes, les périodes ne sont pas toujours distinctes dans l'ensemble des accès qui constitue la maladie.
Ce n'est pas seulement dans les affections produites par des causes internes qu'on observe ces périodes : on les retrouve aussi dans celles c|ui sont le résultat de causes externes. Dans les plaies des tégumens, par exemple, on voit d'abord les parties divisées devenir rouges, se gonfler de plus en plus et exhaler un liquide séro-sanguinolent; lorsque les
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phénomènes inflammatoires sont parvenus aii plus haut degré, la suppuration s'établit^ et après un ou plusieurs jours, la phlogose commence à diminuer en même temps que les JDords de la plaie s'agglutinent et que la cicatrice s'opère. On voit claire-» ment dans cette série de phénomènes une période d'accroissement, d'état et de déclin; il se passe quelque chose d'analogue dans la fractui^e des os^ si ce n'est qu'il n'y a point exhahition de pus , et que du ])hosphate calcaire estdéposédans le tissu d'abord ceiluleux, puis cartilagineux, qui sert de moyeu d'union aux fragmens.
Nous ferons remarquer, en terminant ce paragraphe , que, quehpie distinctes que soient les périodes , le passage de l'une à l'autre est presque toujours graduel et insensible^ et qu'on ne peut distinguer la fin de l'une du commencement de l'autre.
§ IV. Les circonstances propres à modifier là marche des maladies sont très-nombreuses. La jeunesse et l'âge adulte, le tempérament sanguin ou bilieux et une constitution forte, impriment en général aux maladies une marche plus prompte et provoquent une réaction plus vive. Les révolutions diurnes paraissent aussi avoir sur leur marche Une iniluence bien marquée. QuehjUcs médecins de l'antiquité avaient pensé que les quatre parties du jour pouvaient être comparées au quatre saisons de l'année, savoir ; le matin au ])rinteraps; le milieu du jour à l'été, le soir à l'automne, la nuit à l'hiver, et que chacune d'elles avait sur l'exercice des fonctions, dans l'état de santé ou de hiuludic; uniî influence analogue à celle dessaisonsv
070 MARCHE DES MlLADÎES.
Testa ^ qui a publie sur les périodes un ouvrage justement estimé, n'est pas éloigné de partager cette opinion, qu'on ne doit admettre qu'avec des restrictions. Le matin, avant le lever du soleil, on observe fréquemment des sueurs , soit dans les maladies aiguës, soit dans les affections chroniques : à cette époque , l'absorption semble être un peu augmentée; l'œdème disparaît lorsqu'il est peu considérable; il diminue lorsqu'il l'est davantage. C'est à ce moment qu'il convient d'employer les remèdes qui doivent agir par absorption : Cruisk-^ sank assure que des maladies vénériennes qui n'avaient pu être guéries par des frictions faites le soir ou la nuit, furent dissipées par des frictions matinales. Au reste, cette observation est d'accord avec les expériences faites sur la transpiration insensible : on a reconnu que le corps perdait de son poids pendant la nuit, mais que le matin il devenait plus pesant, ce qui ne peut dépendre que d'une absorption plus active. Au moment où le soleil se lève, les signes de pléthore sont communément plus marqués qu'à toute autre heure ; c'est à ce moment que le corps est plus lourd , la tête plus pesante ; chez quelques sujets, les doigts sont tellement distendus, qu'ils peuvent à peine être fléchis ; la chaleur est souvent incomînode ; c'est aussi à ce moment que les symptômes des inflammations extérieures sont ordniaireraent plus intenses.
Le milieu du jour amène dans quelques affections chroniques un léger paroxysme , et certaines douleurs périodiques reparaissent constamment à cette heure.
MAKCHE DES MALADIES. 5„ j
Cest ordinairement le soir que commencent les recloublemens ou paroxysmes dans la plupart cks maladies aiguës ou chroniques; ils persistent et deviennent plus intenses pendant la nuit, qui a «èreralement une influence fâcheuse sur les affectiors graves. Les malades i cette époque, fatigues par lès impressions qu'ils ont reçues pendant le iour ressentent plus de malaise ; leurs douleurs, s Vs en éprouvent, deviennent plus vives; ils firent mal eur attention , et leur mémoire est moins sûre que le matin C'est presque toujours pendant la xnù't que le desordre des fonctions intoliectuelies com- .mence à se manifester; chez quelques malades il reparaît chaque soir, et cesse complètement perdant la joari.ee; chez d'autres, le délire, qui est t.-anquille pendant le joui-, devient furieux pen- <l->nt la nuit. C'est pendant la nuit que la figure est l'iusannnee, la soif plus vive, la langue moins humide ou pus sèche, la respiration plus accélérée , e i-ouls plus fréquent, la chaleur plus élevée et 1 urine plus foncée en couleur.
Bien que la nuit ait une influence fôcheuse sua plupart des maladies, il en est plusieuis dans lesquelles cette influence est plus ma,^quée encore que dans les auti-es : telles sont celles du cœur et des po,,mons les hydropisies, et l'hyd.othorax en particulier, les douleurs rhumatismales , etc. Il est même quelques affections dont les symptômes disparaissent entièrement pendant le jour et ne se montrent que pendant la nuit: telles sont les douleurs syphilitiques et plusieurs maladies éruptivcs comme fépinyctis et l'urticaire. Aous avons vJ
ci^'^3' MARCHE DES MALADIE^*
également une éruption morbillijorme reparaîtra toutes les nuits pendant un mois environ chez un hidividu qui n'en conservait aucune trace pendant le jour.
Quelques médecins ont fiut des efforts pour remonter aux causes qui produisent dans la marche des maladies ces variations régulières qui correspondent aux révolutions diurnes. Selon IM. Bal" Z^(i), la présence ou l'absence de la lumière, l'élévation différente de la température, et l'inégale quantité d'eaurépandue dans l'air, seraient les principales circonstances qui détermineraient les changemens que le jour et la nuit apportent dans la marche des maladies : « celles qui se manifestent par i) une exaltation des forces vitales s'aggravent pen- » dantlejour, et celles qui se déclarent et s'an- » noncent par une prostration de ces mêmes for- » ces s'exaspèrent le soir et pendant la nuit. » Ce médecin ajoute, à l'appui de son opinion, que sur huit lièvres avec faiblesse , il y en a sept dans lesquelles la mort arrive pendant l'absence du soleil. Si l'opinion de M. Ballj est bien fondée relativementaux affections adynamiques, nous ne pensons pas qu'il en soit de même à l'égard des maladies opposées; l'expérience journalière ne permet pas d'admettre que les paroxysmes des fièvres inflammatoires et des phlegmasies aient lieu pendant le jour ; c'est presque constamment la nuit qu'on les observe. Avant de terminer ce qui a rapport à l'inlluence de cette dernière sur la marche des mala-
(i) DeVInJluaice de la nuit 3 eîc. Thèses ;, ^^^^J; '^°' ^="
MARCIIF, DES MALADIES* ^j5
clies , Il convient de faire remarquer qu'elle n'est pas toujours nuisible, et que c'est fréquemment pendant son cours qu'ont lieu les changemens favorables.
Les variations passagères qui surviennent dans la température et l'humidité de l'air, dans la direction des vents, n'ont qu'une inlluence incertaine sur la marche des maladies chroniques, et paraissent n'en avoir aucune sur celle des maladies aiguës. Néanmoins un changement brusque qui survient dans la température, et particulièrement un froid subit et rigoureux , hâte la fui des maladies chroniques parvenues à la dernière période ; c'est ce qu'on observe souvent dans les hôpitaux : lorsque la tempéiature devient tout-à-coup très-basse après avoir été douce pendant long - temps , on voit succomber, dans l'espace de vingt-quatre à trente-six heures , la plupart des malades qui luttaient depuis plusieurs jours avec la mort. Dans les hospices des vieillards , l'impression fâcheuse d'un froid subit sur les moribonds est encore bien plus marquée; mais l'époque delà chute des feuilles , si formidable aux yeux du vulgaire , n'est pas généralement plus funeste pour les phthisiques que les autres temps de l'année où la température offre un changement brusque.
Beaucoup de malades, et en particulier ceux qui sont atteints d'affections rhumatismales ou nerveuses, sont persuadés que sous rinlluence de certaines conditions atmosphériques , leurs douleurs deviennent plus fortes ou plus légères : plusieurs cVcntr'cux croient même pouvoir annoncer avec
rertltiide^ d'après rintensité de leurs manx , les changemeiis qui doivent s'opërer dans l'atmosphère ; mais l'observation ne confirme pas ordiïiairement le rapport de ces malades.
Si les changemens passagers qui surviennent dans l'atmosphère n'ont que peu d'influence sur la 3îiarche des maladies, il n'en est pas de même des i^rands changemens produits par la succession des saisons : leur influence est bien constatée et ne peut être révoquée en doute. Ainsi pendant l'hiver, les catarrhes et les ëcoulemcns chroniques deviennent plus graves; la phthisie pulmonaire fait des progrès plus rapides , le rhumatisme chronique est plus douloureux , l'hydropisie augmente plus promptement, et l'œdème des membres inférieurs se montre chez beaucoup de malades chez lesquels ce symptôme n'existait pas encore.
Quant à l'influence des astres sur le cours des maladies, elle est aussi obscure que leur action comme cause morbifique , au moins dans notre climat. Le lever des pléiades , du chien et d'arcture, les équinoxes et les solstices n'effraient plus les médecins modernes , quelque respectable que soit à leurs yeux l'autorité qui leur a signalé l'influence funeste de ces époques sur la marche des maladies : toutefois cette opinion comptait encore quelques sectateurs dans des temps rapprochés du nôtre. Baillou raconte, dans le premier livre de ses Epidémies , qu'une malade éprouva , pendant ime éclipse de soleil,, une syncope qui ne'cessa qu'après <jue cet astre eut reparu. Ramazzini rapporte que, pendant la nuit du 21 janvier 1695, où la lune s'é-
cllpsa (il régnait alors une épidémie de fièvre pëtéchiale) , la plus grande partie des malades moururent ^ et presque à l'heure mémeoii lëclipse eut lieu, (i Factâ per nocteni liinari eclîpsi , major pars œgrotantium obiit , ac eâdem penè horâ qud niniirwn luna lahorahat, n (i). Balfour a cru reconnaître, au Bengale, que la lune agissait physiquement sur la marche de différentes maladies (2); Bruce assure avoir observé plus d'une fois , dans Sennaar (5) , l'influence de cet astre sur les épilc])tiqucs, et les observations de i*07?^rt/2a paraissent confirmer ce fait; mais tout ce qu'on sait sur ce point ne pourrait servir de base a une opinion bien établie.
Parmi les circonstances qui agissent sur la marche des maladies, on ne doit pas oublier la plus ou moins grande salubrité de l'air dans lequel est placé le malade. Toutes choses égales d'ailleurs, les maladies sont plus légères , et ont une durée plus courte chez les individus isolés; elles sont plus graves et plus longues chez ceux qui sont réunis en grand nombre dans les hospices. Il est facile de constater celte dliférence lorsqu'une épidémie règne dans toutes les classes de la société : on peut également apprécier l'inlluence de cetîe cause, en comparant le succès des oj>érations pratiquées sur des malades isolés et sur ceux qui sont rassemblés dans les hôpitaux.
(1) Opcr. 8\DENiUM, loin. H, png. 5j,
(2) Jjuni. de MiscL , loni. lxvii,
(*^0 yoya^c aux sources du Nil j loin, vnr^ png. 4.
^j6 MARCHE DES MALADIES, *
Le climat et l'exposition du lieu c|U*oii habite ont aussi une influence très-prononcée sur la mar^ che des maladies : nous renvoyons à ce que noua avons dit précédemment sur les climats et Fexposi^ tion , considérés comme causes morbifîques. . L'impression du froid sur le corps du malade , le refroidissement des pieds, Fusage intempestif d'ali-* mens ou de boissons , le mouvement et le repos , des sensations très-fortes , la contention de l'esprit , les passions , sont autant de causes qui peuvent modi^ fier la marche des maladies , mais qui produisent des effets trop variés pour qu'on puisse les décrire.
Il est peu de maladies dans lesquelles l'influence de ces divers agens soit aussi remarquable que dans celles du cœur. Dans ces affections , on voit souvent les symptômes les plus graves , tels que l'orthopnée , J'infiltration des membres, disparaître une ou plu-?- $)ieurs fois avant de persister définitivement : c'est particulièrement chez les indigens admis dans les hôpitaux que la maladie offre cette marche rétro-^ grade : chez ces sujets, les ein^eurs du régime , et surtout les fatigues, les veilles, ont presque toujours déterminé le développement de ces symptômes , à une époque où la lésion du cœur seule ne les aurait pas encore produits. Par le simple éloignement de ces causes , par le repos et la diète , la maladie est réduite à elle-même, et l'on voit diminuer et sou-^ vent même disparaître , pour un certain temps , les phénomènes prématurés auxquels des circonstances accidentelles avaient donné lieu ; du troisième de-» gré où elle semblait être parvenue, la maladie re=s yieiit au second ou même au premier,
Il est une autre condition qui a sur le cours des maladies chroniques une influence si remarquable que nous ne pouvons pas nous dispenser d'en dire quelque chose : c'est la grossesse. Non-seulement elle fait cesser des affections rhumatismales et nerveuses, des éruptions , etc., mais encore elle paraît suspendre la marche des maladies organiques les plus graves, quelquefois même lorsqu'elles sont déjà parvenues à leur dernier degré. Il est d'observation que la phthisie même la plus avancée cesse souvent de faire des progrès chez les femmes qui deviennent enceintes : presque toutes se soutiennent jusqu'à l'époque de laccouchement , et succombent immédiatement après.
Avant de passer à un autre sujet , nous ferons remarquer que les circonstances variées qui modifient la marche des maladies n'empêchent point qu'elles n'oflVent une grande uniformité, non-seulement dans des temps et des lieux peu éloignés , mais aussi dans des conditions très-différentes. Quand on lit avec attention les peintures des maladies tracées par les médecins observateurs de tous les âges , depuis Ilippocrate jusqu'à nos jours, on ne peut s'empêcher de reconnaître la plus grande ressemblance entre les maladies de tous les siècles et de tous les pays , malgré la différence des climats, des mœurs et des autres grandes circonstances qui sont propres à les modifier. Bâillon et Sjdenhani ont, en particulier , observé des fièvres épidémiques semblables à celles cya Hippocraie avait décvites dans la constitution de Thase,