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CHAPITRE XXIÎ

Des principaux ouvrages sur la Pathologie générale.

Les premières notions sur la pathologie générale sont presque aussi anciennes que la médecine : on les trouve dans les écrits ^Hippocrate. Son Traité des Airs, des Eaux et des Lieux est particulièrement consacré à Vétiologie^ et le pronostic est exposé dans plusieurs de ses livres avec une admirable précision. Toutefois , Hippocrate n’a point considéré la maladie d’une manière abstraite , c’est Galien qui paraît avoir le premier conçu cette pensée.

Dans son livre de Diÿerentiis morhorum , ce célèbre médecin donne d’abord la définition de la maladie en général, et celte définition est à peu près celle que nous avons adoptée ; il traite ensuite de ses différences, et partage en trois groupes les diverses affections, selon qu’elles sont propres aux parties similaires et organiques, ou communes aux unes et aux autres; il les subdivise toutes en maladies simples et composées.

Dans d’autres livres (1), il traite en général des causes et du

(1) De Causis liber umts, — Liber de Locis affectis. — De Syrhptomatum differentiis liber unus. — De Symptomaium causis libri très. — De Morhorum iemporihus liber unus. — Liber de totius Morbi temporibus. — Liber de Typxs, — Liber de Crisibus. •— Liber de Diebus decretoriis.

siège des maladies , des symptômes et de leurs différences , des périodes, qu’il compare ingénieusement aux divers âges de la vie; des types, des crises et des jours décrétoires. On trouve enfin dans ses ouvrages des généralités de séméiotique et de thérapeutique. Ainsi Galien^ sans avoir fait un traité spécial sur cet objet, a exposé dans autant de livres particuliers les principaux points de doctrine qui s’y rattachent : aussi nous n’hésitons pas à le considérer comme le fondateur de la pathologie générale,

La lecture des auteurs qui ont écrit sur cette branche de la médecine est bien propre à confirmer dans cette opinion. Sans parler de ceux qui , jusqu’à l’époque de la renaissance des lettres, se sont bornés à traduire et à répéter ce qui avait été dit avant eux, nous voyons les médecins les plus distingués des derniers siècles , tels que Fernel^ Sennert^ Rivière y PlempiuSy ne faire en quelque sorte que remplir d’une manière un peu différente le cadre tracé par Galien. Boerhaave lui-même a suivi un ordre semblable jusque dans la distribution des symptômes.

Le Traité de Pathologie de Feimel se trouve compris dans sa Médecine universelle (1); il est divisé en deux parties : la première a pour objet la maladie en général et ses causes; la seconde , les symptômes et les signes. Dans Tendroit où il parle de la maladie et de la santé , il fait remarquer que chacune d’elles a une certaine latitudey et qu’entre ces deux états opposés il existe un état moyen {constitutio neuird) qui participe de l’un et de l’autre, et qui en est distinct; cet état peut être plus voisin de la santé ou de la maladie, ou tenir exactement le milieu entre elles. Dans sa Séméiotique, Fernel traite spécialement des signes critiques, les distingue en généraux et en particuliers, et les subdivise très-méthodiquement en signes qui précèdent, accompagnent et suivent les crises.

Dans le traité de Sennert (2), on trouve aussi plusieurs idées

(1) Joannis Fernelu, Universa Medicina. Venitiis, 1564; in-4o.

(2) institutionum Medicinœ^ lïbri v. Juctore Daniele Sennerto. /iTî7iehergœ.

fondamentales. En parlant des symptômes fournis par diverses fonctions, il examine successivement leur abolition, leur diminution , leur dépravation et leur exaltation ; il serait difficile de les diviser plus convenablement. Il établit encore une distinction entre les maladies , selon qu^elles surviennent dans des circonstances où elles se montrent ordinairement, ou qu’elles ont lieu dans des conditions inaccoutumées : il donne à ces deux divisions les noms de morhi congrui et incongrui,

Lazare Rivière, dans ses Institutions de Médecine (1), traite de la maladie en général ; il fait un chapitre sur les changemens des maladies, et divise la séméiotique en deux branches , Tune relative au diagnostic, l’autre au pronostic. Les traités de Plempius (2) et de Charlton (3) n’offrent rien de bien remarquable.

BoerJiaave^ dans ses Institutions de Médecine (4), n’a consacré à la pathologie générale qu’un petit nombre de pages ; les idées sommaires qu’il a données sur cette science ont été l’objet de commentaires fort étendus. Parmi les auteurs qui se sont occupés de ce travail, on distingue les noms de Haller (5) et de Dehaen (6) ; les leçons de ce dernier, recueillies par Wasserberg^ renferment ce qu’on connaît de plus intéressant sur cette matière ; mais on y trouve aussi la description plus ou moins détaillée de toutes les

(1) Lazari Riveru , Opéra medica unîversa^ in quïbus continentur Institutionum Medicarum lïbri v. Lugduni, 1676.

(2) Vopisci Fortunati Plempii, Da Fundamentis Medicinæ^ libri vi. Lovanii , 1658,

(5) Eœercitationes Pathologicœ in quibus morborum penè omnium natura, generatio^ et causæ ex noms anatomicorum inventis sedulb inquiruntur^ à Gualtero Charltono. Londini, 1661.

(4) Institutiones Medicæ in usus annuce exercitationis domesticos âigestŒy ab Hermanno Boerhaave. Edliio ultima. Parisiis^ 1747.

(5) Hermanni Boerhaavii Prœlectiones academicæ in proprias Institutiones rei Medicæ , edidit Albertus Haller. Gottingœ^ 1744.

(6) Prœlectiones Antonii Dehaen in Hermanni Boerhaavi Institutiones Pathologicas collegit, recensuity additamentis auxit^ edidit.^ F. de Wasserberg. Editio nom. Coloniæ-Allobrogum , 1784; 2 vol. m-4<>.

TRAITÉS DE TATIiOLOGIE GÉAÉllALE. 679

maladies , et celte description, qui peut n’elrc pas déplacée dans des institutions de médecine , est étrangère à la pathologie générale.

Parmi les ouvrages publiés sur cette matière, les Institutions de Pathologie de Gaubim (1) sont assurément un des plus remarquables 5 on y trouve dans beaucoup d’endroits des pensées ingénieuses , des réflexions profondes , des rapprochemens lumineux qui justifient la faveur avec laquelle il a été accueilli , et la juste réputation dont il jouit encore. Il a le premier donné à la branche de la médecine dont nous traitons, le nom Pathologie générale .

Les Tables de Pathologie de Juncker (2) forment un recueil précieux , dans lequel on trouve rassemblées les diverses opinions de la plupart des auteurs sur les principaux points de doctrine. La forme de cet ouvrage en rend la lecture fatigante -, mais on le consulte avec avantage.

Les traités peu volumineux de Ludwig (3) et à^Aslrac (4) offrent un abrégé de doctrine pathologique^ le second est écrit avec une certaine élégance , qui a dù contribuer au succès qu’il a obtenu.

Depuis le commencement de ce siècle , on a publié , en Allemagne, un grand nombre d’ouvrages sur la pathologie générale; quelques-uns aussi ont paru en France. Beaucoup de ces ouvrages contiennent une exposition plus ou moins complète des opinions généralement admises; quelques-uns présentent des idées différentes de celles qui ont généralement cours : je me bornerai à indiquer sommairement ces derniers.

(1) Institutiones Pathologiæ medicinalis, Auctore H. D. Gaubio. Leidæ Batavorum, 1758.

(2) Conspectus Pathologiæ ad dogmata stahlîana prœcipuè adornatœ, et semeiologiæ Hippocratico-Galenicœ in forma talularum reprœsentatus. Auctore D. J. Junckero. Hale-Magdeburgicœ, 1736.

(3) D. Christ. Gottlieb Lvbwig^ Institutiones Pathologiæ. Lipsiæ,

(4) Joannis Astruc, Tractatus PathologîcuSj editio quarta, Parisiis,

La Pathologie générale de Sprengel (1), publiée d’abord en allemand , puis en latin , est, sans aucun doute , un des ouvrages les plus complets sur cette matière ; nous avons dit ailleurs quelques mots sur le plan qu’il a adopté; nous avons vu qu’il avait quelquefois ajouté à son sujet des descriptions particulières de maladies qui lui sont étrangères, et qu’il avait omis quelques points de doctrine qui semblent naturellement s’y rattacher (2); mais ces légers défauts dans la distribution de l’ouvrage sont rachetés par la manière dont la plupart des objets y sont présentés. On peut en dire à peu près autant du Traité de M. Caillot (3), dont la publication est postérieure de deux ans à la première édition du nôtre, et de l’ouvrage publié à une époque beaucoup plus récente, sous le même titre, par M. le docteur Dubois d’Amiens, l’un des médecins distingués de notre époque. Ses opinions sur la nature de la maladie, sur les limites et l’étendue de la pathologie générale, diffèrent beaucoup des nôtres : il ne nous appartient pas, de les juger.

Reil, qui a été surnommé le Pinel de rAIlemagne, a publié une Pathologie générale dans laquelle il rapporte à des conditions chimiques tous les phénomènes qui se passent dans le corps humain, soit en santé, soit en maladie. Si la composition de la matière animale est intacte , l’homme se porte bien ; la maladie révèle un changement quelconque dans cette composition.

Le docteur Puchelt, professeur à la Faculté de Heidelberg, a donné, dans son Traité d’Hygiène, Pathologie et Thérapeutique générale, des considérations ingénieuses sur raction des causes morbifiques qu’il distinguo en mécaniques oa j)!iysiqucs qui agissent sur les organes^ chimiques qui agissent sur les humeurs^ dynamicques qui agissent sur les fonclions. 1! pense que le cours

(1) CuRTii SpRErsGEL, Mstitutioucs Medicw, t. lu, Palhologia genc-* ralis, Amstelodanii , 1815.

(2) Page 5.

(5j Élémens de Pathologie générale et de Physiologie pathologique y par Z. Caillot^ ancien médecin en chef de la Marine. Paris, 1819.

(les maladies est soumis aux influences cosmiciues^ et en particulier aux phases de la lune.

Le professeur Schonlein, l’un des plus célèbres praticiens de l’Allemagne, et récemment appelé à la chaire de pathologie générale et spéciale de Berlin , a fait sur cette matière des leçons qui ont été recueillies et publiées par ses élèves. Il voit dans la maladie une lutte entre les principes de Yégoisine et le principe pZanéiawe,on, pour parler d’une manière plus conforme à notre langage, une lutte entre les lois de la vie et celles qui régissent Tunivers. La forme particulière des maladies est subordonnée à l’espèce de cause qui les produit, à l’organe qui en reçoit l’impression, et à l’individualité du sujet.

Le docteur C. H. Bosch s’est elTorcé, dans un ouvrage ingénieux , de rendre à la pathologie humorale l’importance qu’elle a eue chez les anciens, et d’établir sur des faits l’existence des affections primitives du sang et des autres humeurs. Dans un ouvrage intitulé : Solidœyatliologie und Humoralpathoïogie , le docteur Hauff a cherché à combattre la doctrine de son compatriote, et à démontrer que le système nerveux est le spiritiis rector mlœ ^ le principe ordinateur et conservateur de toutes les fonctions. Dans ce système, la chlorose elle-même n’est que la conséquence d’un dérangement du système nerveux (1).

LFn défaut commun à la plupart des écrits dont nous venons de parler, c’est de présenter presque partout, associées à ce que la pathologie présente de positif, des théories qui en rendent l’étude dangereuse lorsqu’elles sont en faveur, et fastidieuse lorsqu’elles sont abandonnées. Tous les ouvrages qui ont paru avant la fin du dernier siècle sont empreints de la doctrine humorale, qui s’y mmntre sous des formes diverses. Dans les Traités récens, le fluide nerveux , l’irritation et les propriétés vitales sont sans cesse mêlés ou substitués aux phénomènes sensibles des maladies.

(1) C’est à M. le docteur Otterburg, de Heidelberg, que nous devons ces rcnscignemcns sur plusieurs ouvrages allemands que nous n’aurions pu consulter nous-inèmc, parce qu’ils n’ont pas encore été traduits.

Il est encore un certain nombre d’ouvrages qui , sans embrasser l’ensemble de la pathologie générale, appartiennent néanmoins à l’histoire bibliographique de cette science, parce qu’ils sont destinés à en éclaircir un ou plusieurs points.

A la tête de ces ouvrages , nous placerons le Traité de l’Expérience de Zimmerman (1), ouvrage également digne d’un médecin habile et d’un grand philosophe. Le livre de Testa (2) sur les Périodes dans l’état de santé et de maladie, sans offrir la même élévation de pensées , n’en est pas moins, sous le rapport de l’art, d’une grande importance. La Pathogénie (ï'Hufeland (3) mérite aussi une attention particulière ; mais les hypothèses y sont si souvent mêlées aux faits , que la lecture de cet ingénieux écrit ne serait pas sans danger pour ceux qui entrent dans la carrière. Il en est tout autrement des considérations de pathologie générale que ce médecin a placées depuis à la tête de son Manuel de Médecine pratique, et qui sont l’œuvre d’un esprit mûri par l’expérience. Un grand nombre de thèses soutenues à la Faculté de médecine de Paris, et en particulier celles de Bayle ^ Bally^ de Marandel^ etc., contiennent l’exposition de plusieurs points intéressans de pathologie générale. La table analytique de Chaussier sur la santé et la maladie, l’excellente Séméiotique de M. Landré^ Beauvais , les considérations de pathologie générale qui servent d’introduction à la Médecine clinique du professeur Rostan , sont encore des ouvrages dont nous ne saurions trop recommander la lecture et la méditation la Séméiologie de M. Double peut aussi être lue avec fruit.

Tels sont , à notre connaissance , les principaux écrits qui ont été publiés , soit sur l’ensemble, soit sur quelques parties de la doctrine pathologique. Nous en avons médité plusieurs, nous

(1) Traité de V Expérience en général^ et dans l'art de guérir en particulier^ traduit par Lefebvre de Fillebrune. Avignon, 1800.

(2) Testa, De mtalïbus Periodis œgrotantium et sanorum, Londini.

(5) Idées sur la Pathogénie, ou Considérations sur l'influence de la

force vitale sur l'origine et la forme des maladies^ par Christ. Will. Hufeland, 1795. — On en trouve un extrait fort étendu dans la Bibliothèque germanique.

avons consulté les autres et nous y avons pris quelques-uns des matériaux de cet ouvrage. L’enseignement de la pathologie générale, par le professeur Andraly imprimera sans doute à cette partie importante et trop peu cultivée de la science une nouvelle et féconde impulsion. Notre mission, nous ne craignons pas de le redire, a été de bien fixer les limites de notre sujet, de chercher à les atteindre sans les dépasser, et de présenter sur une matière essentiellement abstraite une doctrine exempte de théories, et fondée uniquement sur les faits et sur leurs conséquences immédiates et rigoureuses.

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