CHAPITRE VIL De la voix et de l'ouïe
5o4- Delà voix humaine. L’organe delà voix est composé de plusieurs parties dont la forme et l’arrangement ne peuvent être étudiés d’une manière complète que par des observations anatomiques. Nous devons donc nous borner à faire comprendre d’une manière générale la disposition des diverses pièces qui concourent plus directement à la production de la voix.
On sait que la trachée-artère est une espèce de tube qui se termine , d’une part , à l’arrière-bouche , et de l’autre, aux poumons. Sa principale fonction est de donner passage à l’air, soit dans Y inspiration , soit dans Yexpiration. Ce tube est à peu près cylindrique et composé d’anneaux fermes et cartilagineux, séparés par des anneaux membraneux flexibles. A son extrémité inférieure il se divise en deux tubes plus petits qui se portent l’un à droite et l’autre à gauche ; on les appelle les bronches; chaque bronche, à son tour, donne naissance à plusieurs divisions et subdivisions qui vont, dans tous les sens, se ramifier dans le tissu du poumon-, à son extrémité supérieure il se termine par le larynx , qui paraît être essentiellement l’organe de la voix.
Le larynx est composé de quatre cartilages : le cricoïde , le thyroïde et les deux arilhénoïdes. Ces cartilages , de formes très-différentes, sont articulés entre eux et liés à l’anneau supérieur de la trachée-artère. Plusieurs muscles sont disposés pour donner un mouvement à leur ensemble ou pour leur imprimer des mouvemens relatifs.
DE LA VOtX ET DE L’oïlÏE -» CnAP. VIL
C’est l'arrangement de ces muscles, et surtout des deruiers, qui donne à l’organe sa forme intérieure : ils s’attachent d’abord à droite et à gauche contre les parois intérieures du tube qui forme le prolongement de la trachée-artère , et diminuent de plus en plus son diamètre transversal, tellement qu’à la fin il ne reste plus qu’une fente qui se dirige d’arrière en avant, sans être horizontale, mais en s’élevant assez rapidement; cette fente est ce que l’on nomme la glotte : elle a 8 ou io lignes de longueur; ses bords sont appelés les lèvres de la glotte, leur distance est très-petite en avant, mais en arrière elle est qucfois de deux ou trois lignes. Au reste cette distance est très-variable ; il parait que les lèvres de la glotte peuvent se presser au point de ne laisser en arrière qu’une très-petite ouverture. Au-dessus des lèvres de la glotte, sont deux cavités, l une à droite et l’autre à gauche, qui s’étendent latéralement à la profondeur de 8 à g lignes et quelquefois de 12 lignes; elles ont 5 à 6 lignes de hauteur; on les appelle les ventricules. Les parois supérieures des ventricules se rapprochent de manière à former en quelque sorte une seconde glotte à 5 ou 6 lignes de hauteur, au-dessus de la première. Enfin, il y a audessus du larynx une membrane ou plutôt un cartilage que l’on appelle épiglotte , il est fixé antérieurement par un de scs bords et peut s’abaisser sur la glotte.
Cette description sommaire du larynx nous permettra de comprendre les principes sur lesquels on s’appuie pour expliquer la formation de la voix.
Sans entrer ici dans le détail historique de toutes les explications plus ou moins vagues qui en ont été données, nous nous contenterons de rapporter deux opinions entre les quelles les physiciens semblent encore partagés. Les uns considèrent l’organe de la voix comme un instrument analogue aux instrumens à anche; les autres le considèrent comme un instrument analogue aux réclames.
IC^6 LIVRE septième.
Pour assimiler le son de la voix au son d 'une anche , ou suppose que , pendant Yexpiralion , l’air poussé dans la trachée-artère, et pressé dans Je passage étroit du larynx, ne peut pas sortir sans frotter les lèvres de la glotte et sans les mettre en vibration; ces lèvres, dit-on, vibrent alors , comme la languette d’une anche ; elles vibrent toutes deux, ce qui donne au son plus d’intensité : ensuite l’épiglotte, le pharynx , le voile du palais, les fosses nasales , la langue, les dents, l’ouverture de la bouche et la disposition des lèvres, donnent au son, ainsi formé, un accent et un timbre particulier; comme le tuyau d’écoulement de l’anche donne , suivant sa forme, un timbre particulier au son qui résulte des vibrations de la languette. Le son restant le même, quant à l’intensité et au ton , pourra recevoir des modifications sans nombre, dans l’accent etle timbre, parce que toutes les pièces dont nous venons de parler peuvent elles-mêmes être modifiées par la volonté d’une infinité de manières. Un seul son, un fois expliqué, toutes les nuances des sons que la voix humaine peut produire s’expliquent aisément; car un petit mouvement de la rasette, change la longueur de la languette, et fait rendre à l’anche ordinaire un son plus grave ou plus aigu ; il suffit donc de donner aux lèvres de la glotte un peu plus ou un peu moins de tension , pour que la voix parcourre successivement plusieurs octaves ascendantes ou descendantes ; et même, ajoute-t-on , nous avons pour cela deux moyens , car nous pouvons non-seulement changer la tension des lèvres de la glotte, mais nous pouvons encore changer leur longueur, puisque l’ouverture de la glotte est tellement faite qu’il suffit d’un acte de la volonté pour l’agrandir ou pour la fermer presque complètement.
Ces considérations ingénieuses semblent fortifiées par quelques expériences directes. M. Magendie a mis le larynx à découvert sur des chiens vivans , et il a vu les lèvres de la glotte entrer en vibration dès que ces animaux pous-