‹ Élémens de physique expérimentale et de météorologie (volume 3)Chapitre 12 sur 39 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

De V Électricité dissimulée.

576. De la dissimulation de V électricité, et de sa recomposition lente ou subite. — Concevons deux disques conducteurs c c' {Fig. 82) mis en présence et séparés par une lame non conductrice nn' en verre ou en résine; quand le disque c reçoit par exemple de l’électricité vitrée, et le disque c' de la résineuse, ces deux électricités s’attirent au travers de la lame non conductrice un' , et en pressent les deux faces opposées par l’effort qu’elles font pour se rejoindre; on dit alors que ces électricités sont dissimulées t et , en effet, quand les disques sont chargés, on peut les toucher l’un ou l’autre sans que leur fluide s’écoule dans le sol , mais il faut les toucher séparément et non pas simultanément; le fluide de celui qui est touché n’obéit pas à la force répulsive qui lui est propre , parce qu’il est attiré et retenu par le fluide de l’autre. Ainsi les plus fortes charges électriques s’accumulent sur les disques , se pressent sur les faces opposées de la lame non conductrice , et restent dissimulées l’une par l’autre tant que l’on n’offre d’issue dans le sol qu’à i’un des deux fluides. Supposons que les deux disques soient mathématiquement de même forme et de même grandeur; que la lame Nx'soit bien plane sur ses deux faces , et partout également épaisse; et que la machine ou la source quelconque qui donne de l’électricité vitrée au disque c, par le moyen du fil /, soit exactement de même force que celle qui donne de l’électricité résineuse au disque c' , par le fil J' , de telle sorte que tout soit symé ■

l/l8 LIVIIP, QUATRIKMK.

trique de part et d’autre du plan pp* qui passe au milieu de l’épaisseur de N N Alors il est évident que les deux disques auront toujours des charges égales , et que dans les points symétriquement placés sur chacun d’eux les épaisseurs ou les tensions électriques seront aussi toujours les mêmes. Cela posé, voici un principe fondamental de l’électricité dissimulée : c’est qu’après ave’- donné à l’appareil une charge quelconque, et l’avoir isolé ensuite en supprimant la communication des fils fj' sans les laisser toucher au sol, il arrive toujours que \di dissimulation est incomplète, c’est-à-dire qu’il n’existe aucun point sur les disques ni sur les fils où la tension électrique soit tout-à-fait nulle. Cette tension est très -grande sur les faces intérieures i et i'; et là , quand les surfaces ont assez d’étendue , les fluides peuvent presser la lame nn' avec tant de force qu’ils s’ouvrent un passage au travers de sa substance et la percent pour se rejoindre; si cette lame est de résine ou de soufre , il se fait alors une multitude de petites fissures imperceptibles; mais si elle est de verre mince, les fluides ne font qu’un seul trou , par lequel ils se précipitent avec éclat pour se recomposer. Sur les faces extérieures e, é, et sur les fils /jf', la tension électrique qui s’exerce contre l’air est très-faible en comparaison de la tension Intérieure: mais elle existe, comme on peut s’en assurer avec le plan d’épreuve , ou môme en présentant la jointure du doigt successivement à chaque disque ou à chaque fil, car on en tire de petites étincelles. La dissimulation ne peut pas être complète, parce que les fluides accumulés pour la plus grande partie sur les faces Intérieures i et i' , restent encore séparés par l’épaisseur delà lame non conductrice jv n'; et que c’est au contact seulement qu’ils peuvent être neutralisés en totalité l’un par l’autre. Ainsi la dissimulation est d’autant plus parfaite que la lame non conductrice est plus mince; mais en même temps , plus la lame est mince , et moins elle ofl’re de résistance à la pression électrique. C’est là, comme nous le

DE l’ÉLECTIIICITÉ. - CllAP. IV. I

verrons tout h l’heiise, ce qui limite le degré d’accumulation que nous pouvons donner à l’électricité.

L’appareil étant chargé comme nous venons de le dire , les électrités dissimulées peuvent se recomposer subitement ou lentement.

La recomposition subite se détermine de la manière suivante : on prend par ses manches isolans /?/ ni' V excitateur bel' {tig. 83), dont les deux arcs en cuivre b c , cb' sont mobiles autour de la charnière c, on touche l’un des disques avec la boule b , et on approche de l’autre disque la boule b' , à un ou deux pouces de distance , l’étincelle jaillit avec beaucoup d’éclat et de bruit , et l’appareil est déchargé. Par la tension électrique qui est au point de contact b , une partie du fluide vitré se répand sur tout l’excitateur; alors le fluide résineux est moins attiré qu’il n’était , son épaisseur diminue sur la face i' et augmente sur la face extérieure c' , d’où il attire le fluide vitré qui est en b: cette attraction fait affluer le fluide vitré vers b' , il s’accumule en cet endroit , il diminue sur le disque c , et en même temps le fluide résineux , devenu plus libre , se porte et s’accumule vers la face extérieure de c' où il est maintenant attiré ; enfin la tension est assez forte pour s’ouvrir un passage dans l’air, et tout le fluide se précipite et se recompose ù l’instant.

lu^recompositionXeniG offre des phénomènes curieux, et montre mieux encore le jeu des électricités dissimulées. Les disques élant électrisés et isolés {Fig. 84), deux petits pendules/;// communiquant avec leurs faces extérieures éprouvent une répulsion produite par l’électricité qui est libre sur ces faces ; en touchant le disque c , par exemple , on en tire une petite étincelle, le pendule p retombe et le pendule p' se relève h l’instant comme si le disque c' eût pris une charge nouvelle; mais cet accroissement de répulsion résulte seulement du fluide résineux qui est devenu libre par la perte de vitré qu’a éprouvée le Risque c ; on louche en-

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suite le disque C' , son pendule retombe , et celui de c se relève; on retourne au disque c : le même phénomène se reproduit, ainsi de suite alternativement, jusqu’à ce que l’appareil soit complètement déchargé.

Nous avons supposé que les disques recevaient de l’électricité , l’un d’une source résineuse et l’autre d’une source vitrée , et que chacun d’eux en recevait des quantités égales; mais le plus souvent on n’emploie qu’une seule machine; le disque c , par exemple , est mis en communication avec elle ,• et le disque c'en communication avec le sol; alors celui-ci se charge par influence , et la charge qu’il prend est toujours moindre que la charge de c. Quand les communications sont rompues , le pendule // est au repos et le pendule diverge; mais la perte par l’air se trouvant proportionnellement plus grande sur le disque c , on voit son pendule s’abaisser peu à peu, tandis que le pendule p' se relève , et l’égalité de divergence une fois établie , la perte par l’air devient égale ; les deux pendules retombent ensemble, d’autant plus lentement que l’air est plus sec. Au lieu de deux disques séparés par une lame de verre, on peut employer , pour les expériences précédentes , un simple carreau de verre, sur les faces duquel on colle des feuilles d’étain , en laissant à découvert sur les bords un espace de deux ou trois pouces que l’on vernit pour augmenter son inconductibilité. ( Fig. 85. )

376. Des coïidensateurs. Tous les appareils dans lesquels on accumule de l’éleetriclté dissimulée se composent essentiellement de deux lames conductrices , séparées par une lame non conductrice , et on les nomme en général des condensateurs , parce qu’en effet le fluide électrique paraît se condenser en se dissimulant. Ces appareils changent de forme et de nom suivant les usages auxquels on les destine.

Ceux qui nous ont servi aux expériences précédentes ( Fig. 82 , 85 , 84 et 85 ) sont des condensateurs à lames

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de verre ' ils sont capables d’accumuler do grandes quantités d’électricité, mais à cause de l’épaisseur du verre ils ne peuv^ent être chargés que par des machines, par des électrophores , ou en général par des sources électriques d’une grande tension.

Le condensateur à taffetas (Fig. 86 ) est composé d’un disque en bois u b', revêtu d’un taffetas vernissé 1 1', et d’un plateau conducteur c c' à manche isolant m ; le plateau étant mis en communication avec une source électrique, soit directement, soit au moyen de la lige à boule gb^le fluide se répand sur toute sa surface, agit par influence , au travers du taffetas , sur les électricités naturelles du disque en bois qui doit communiquer au sol , et l’appareil se charge en raison de la tension de la source qui lui fournit du fluide. Ensuite on soulève le plateau perpendiculairement, .pour le séparer du taffetas , et pour reconnaître, par l’éleclBoscope ou par la balance , l’espèce et la quantité de l’électricité qui le charge. Le taffetas est moins épais que le verre , mais aussi il est moins solide , d’où il résulte que ce condensateur prend toujours plus d’électricité que le précédent , et qu’il ne peut jamais résister à des charges aussi fortes; il est bon pour essayer le fluide des sources qui n’ont pas une grande tension.

Le condensateur à lames d'or ( Fig. 87 ) n’est autre chose qu’un électroscope à lames d’or , sur lequel on adapte deux plateaux métalliques , minces et bien dressés; le supérieur c c est mobile et s’enlève par un manche isolant , l’inférieur//' est fixé à la garniture g g' de la cloche h h' , et la lame non conductrice qui les sépare est disposée avec beaucoup d’arl cl de soin. Après avoir séparé les plateaux, on les enduit successivement, avec un pinceau, de plusieurs couches d’un vernis très-liquide formé par la dissolution de la gomme laque dans l’alcool ; ce vernis sèche , et la pellicule qu’il forme est suffisante pour arrêter l’électricité ; son épaisseur n’est pas de un dixième de millimètre. Ainsi les

plateaux sont presque en contact , et la clissimulation de l’électricité est aussi complète qu’il soit possible; à cet égard, le condensateur à lames d’or est le plus parfait que l’on connaisse; mais les couches minces de vernis n’offrant que très -peu de résistance , il ne peut supporter que les plus faibles charges. Par cKemple , quand on a épuisé presque toute l’électricité des conducteurs de la machine , de manière qu’ils ne donnent plus aucun signe aux électroscopes les plus sensibles , si on les fait communiquer au plateau inférieur du condensateur, en mettant le plateau supérieur en communication avec le sol , et qu’après un instant on rompe les communications en commençant par celle du sol, puis qu’on enlève le plateau supérieur , on observera une grande divergence dans les lames; presque toute l’électricité qui restait aux conducteurs sera venue s’accumuler et se condenser dans le plateau inférieur. Cet appareil nous servira plus tard à une foule de recherches sur l’électricité, qui se développe soit par le simple contact des corps , soit par les actions chimiques auxquelles ils sont soumis. Pour les expériences délicates, il est bon de tenir la cloche du condensateur enveloppée d’une cage en verre , dans laquelle on dessèche l’air avec quelque corps absorbant.

377. De la bouteille de Leyde , et des batteries élec~ triques. — Un vase en verre , revêtu à l’extérieur d’une feuille d’or ou d’étain montant jusqu’à quelques pouces des bords , et pareillement revêtu à l’intérieur , ou seulement rempli de quelques substances conductrices , d’eau , de grenaille de plomb, de feuilles d’or nu de clinquant, forme ce qu’on appelle uno bouteille de Leyde {Lig. 88 ) , ou une jarre électrique ( Fig. 89 ) ; la tige t b s’appelle le bouton , le crochet ou t intérieur de la bouteille , parce qu’elle sert en effet à mettre la face intérieure en communication avec le sol ou avec les sources électriques. Tout l’espace compris entre le goulot g g' et V armature extérieure a a' est verni avec beaucoup de soin.

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Pour charger la bouteille, on la tient h la main par la panse ou par l’armature extérieure , et l’on met le bouton en communication avec les conducteurs de la machine , soit au contact, soit plutôt à une petite distance, afin de voir jaillir une foule d’étincelles qui se succèdent rapidement d’abord , puis qui se ralentissent de plus en plus , et qui indiquent ainsi le degré de la charge. L’électricité vitrée des conducteurs passe dans la bouteille, se répand sur toute la surface intérieure, et de là , agissant par influence à travers l’épaisseur du verre , elle décompose les électricités naturelles de l’armature extérieure , attire la résineuse , qui s’accumule et se condense sur la paroi de verre , et repousse la vitrée , qui s’écoule dans le sol par la main et par le corps , qui lui offrent un passage. On pourrait charger la bouteille en sens inverse, en tenant le crochet à la main, et en présentant la panse aux conducteurs ; mais , dans tous les cas, la communication de l’une des faces avec le sol n’est pas moins essentielle que la communication de l’autre avec la machine. Quelquefois la bouteille se décharge spontanément avec beaucoup d’éclat: tantôt l’étincelle part entre le bouton et l’armature exiérieure; alors on peut recommencer la charge : tantôt elle part .à travers l’épaisseur du verre; alors la bouteille est percée et hors de service.

Quand la bouteille est chargée , on la pose avec précaution sur un isoloir , et l’on peut la décharger subitement avec l’excitateur ( 5^5 ) , ou lentement , en tirant alternativement de la panse et du bouton une foule de petites étincelles.

L’électricité dissimulée ne reste pas sur les armatures intérieure et extérieure : elle les quitte pour s’attacher au verre, et se presser sur sa surface. C’est ce que l’on démontre au moyen de la bouteille .à armatures mobiles {Fig. 90) ; après l’avoir chargée et posée sur un isoloir, on enlève l’intérieur, qui n’cmporlc avec lui que très-peu d’électricité; on enlève ensuite le verre, en laissant sur l’i-

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soloir l’enveloppe extérieure , qui ne donne pareillement que de faibles signes électriques; mais les deux armatures ayant été touchées et remises à l’état naturel, si l’on rapporte le verre dans l’armature extérieure , et l’armature intérieure dans le verre , la bouteille ainsi recomposée a presque la même charge qu’elle avait primitivement , ce qui prouve d’une manière frappante que, dans la séparation des pièces , ces deux électricités étaient restées attachées b la surface du verre; on pourrait encore s’en assurer en étendant une main dans l’intérieur du verre , et l’autre b l’extérieur , lorsqu’on vient de le dépouiller de ses armatures , car on ne manquerait pas de recevoir ainsi une forte commotion.

Lorsqu’on présente à la bouteille plusieurs conducteurs pour la décharger , l’électricité choisit toujours le meilleur : ainsi , en pressant avec une main , une chaîne ou un fil de métal sur la panse , on peut impunément avec l’autre main apporterau bouton l’autre extrémité delà chaîneoudu fil,la décharge passe par le métal et jamais par le corps; cependant il est toujours bon de s’assurer d’avance qu’il n’y a pas de solution de ‘continuité dans le métal , ou qu’il n’est pas trop mince pour laisser passer tout le fluide ; car un fil excessivement fin ne suffirait pas pour détourner le coup.

On mesure la charge d’une bouteille par la distance à laquelle jaillit l’étincelle entre le bouton intérieur et un autre bouton communiquant avec l’intérieur {Fig. 92); la tige tq est divisée, on l’avance doucement au moyen de la vis V , et l’on observe la distance h laquelle l’étincelle est partie. Pour que les expériences fussent comparatives , il faudrait que , la boule B restant la même , tous les boutons des diverses bouteilles eussent les mêmes dimensions.

Nous rapporterons maintenant diverses expériences dont on pourra facilement se rendre compte au moyen de ce qui précède.

Dans le carillon de la figure 98 l’un des timbres commu-

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nique h l’extérieur de la bouteille , et l’autre à l’intérieur ; la petite balle de métal est suspendue par un fil isolant , les oscillations sont d’autant plus rapides que la distance des timbres est plus petites; par un temps sec, et pour de médiocres charges on en peut toujours compter plusieurs centaines.

L’araignée de Franklin , dont nous avons parlé (070) {Fig. 72), peut allerct venir entre les faces d’une bouteille ordinaires pendant plus d’un quart d’heure avant de l’avoir complètement déchargée.

Les figures de Leichtc.nherg semblent indiquer une différence essentielle entre les deux électricités résineuse et vitrée ; on peut les obtenir avec un conducteur ordinaire communiquant à la machine , mais on les obtient plus belles et plus régulières au moyendelabouleilledeLeyde. Pour cela on prend une bouteille chargée et l’on trace des figures sur un gâteau de résine très-sec, d’abord avec le bouton, qui contient par exemple l’électricité vitrée , et ensui te avec 1 a panse, qui contient l’électricité résineuse. Après cela, avec un souillet qui contient un mélange de soufre et de minium très-bien pulvérisé , on souille sur le gâteau de résine et l’on distingue alors les traces électriques que la bouteille a laissées sur la résine. Les traces vitrées deviennent jaunes et les résineuses deviennent rouges , parce que dans la poudre mélangée le soufre est électrisé résineusement et le minium vilreusement. Ces traces sont très-différentes : les jaunes sont comme en filets divergens,

tandis que les rouges offrent partout des contours arrondis.

Le perce-carte { Fig. looj offre un phénomène ciu’ieux; chaque pointe étant mise en communication avec l’une des faces de la bouteillé, l’étincelle part et la carte est percée d’un trou plus grand qu’un trou d’épingle; des deux côtés, on observe autour du trou un petit bourrelet et des filamens tirés en dehors , comme si le fluide était parti du milieu de la carte pour sortir par ses deux faces. M. OErsted ex-

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plique ce fait etbeaucoup d’autres analogues , en supposant que l’électricité n’éprouve pas un mouvement de translation dans les corps , mais seulement un mouvement de vibration par lequel s’opèrent , autour de chaque molécule, des décompositions et recompositions successives; ainsi le fluide vitrée qui se présente au point a décompose les fluides naturels des molécules qu’il rencontre , attire le résineux avec lequel il sc recombine par une étincelle , repousse le vitré, qui va à son tour décomposer les fluides naturels des molécules suivantes , attirer le résineux pour se recombiner avec lui par une nouvelle étincelle , et repousser le vitré ; et ainsi de suite , de sorte qu’il y a autant d’étincelles que de molécules de matière pondérable : on peut rendre cette supposition sensible en faisant passer la décharge électrique par des grains de métal enfilés dans de la sole et séparés l’un de l’autre. Nous reviendrons plus tard sur cette Importante théorie , qui semble confirmée par tous les faits de l’électricité chimique.

Le trou de la carte ne se fait pas h égale distance des deux pointes ; mais , dans l’air ordinaire , il se fait toujours près de la pointe résineuse , et dans l’air raréfié sous la cloche de la machine pneumatique , il s’en éloigne pour se rapprocher de plus en plus de la pointe vitrée. Ce fait , constaté par M. Trémery, reste sans explication.

Pour percer le verre par la décharge électrique , on change un peu la disposition de l’appareil précédent , parce qu’il est alors nécessaire de mettre à l’extrémité de l’une des pointes une goutte d’un liquide conducteur, une goutte d’huile par exemple , qui touche immédiatement le verre dans une étendue un peu considérable. Le perce-verre est représenté dans la figure loi.

On enflamme les liqueurs splritueuses avec la bouteille de Leyde plus sûrement qu’avec l’étincelle directe du conducteur de la machine. Ou peut même enflammer du colon roulé dans le lycopode ou dans la résine pulvérisée.

DK l’iÎLF.CTKICITÏ?. — CHAP. IV. iS'J

C’est au moyen de la bouteille de Leyde que l’on a essayé d’apprécier la vitesse avec laquelle le fluide électrique se transmet dans les corps. Des fils de métal isolés , dont l’ensemble forme une lieue, transmettent instantanément la décharge électrique ; ces expériences furent faites en France et en Angleterre, de 174^ à 1700. A cette époque on essaya pareillement la transmission de l’électricité par l’eau et par le sol sec ou humide : en partant d’un point donné , un fil de métal de plusieurs centaines de toises de longueur, isolé sur des piquets de bois très-sec , s’en allait s’enfoncer dans le sol par son autre extrémité , après avoir traversé des rivières et des terrains de différentes natures; au point de départ , il était mis en communication avec l’une des faces de la bouteille; tandis que le sol était mis en communication avec l’autre face, les fluides ne pouvaient se joindre qu’après avoir traversé toute la longueur du fil métallique et toute l’étendue du sol et de l’eau , depuis la seconde extrémité du fil jusqu’au lieu de l’observation; et, malgré tant d’espace et tant d’obstacles , la décharge de la bouteille était instantanée, comme si elle eût été faite par l’excitateur ordinaire. Dans un point quelconque de cette longue chaîne , onpouvalt enflammer des liqueurs spiritueuses , et c’était alors un spectacle fort élonnantde voir l’alcool s’enflammer par du feu qui venait de traverser une rivière.

La coniniotion de la bouteille de Leyde est assez forte pour être dangereuse; elle passe parles bras et la poitrine, lorsque , une main tenant la panse de la bouteille, l’autre en vient toucher le bouton. Alors les faibles charges se font sentir dans l’avunt-bras seulement , les charges un peu plus fortes se font sentir au coude , et les charges plus fortes encore donnent une vive douleur à la poitrine. Pour faire passer la commotion entre deux points donnés du corps , il suffit d’établir des armatures sur ces deux points, c’est-àdire des plaques de métal que l’on fait coiumuniquer aux deux faces de la bouteille.

Lorsque plusieurs personnes forment la chaîne en se tenant par la main , si la première touche la panse de la bouteille et la dernière le bouton , tout le cercle reçoit instantanément la commotion J les personnes qui sont au milieu éprouvent un choc un peu moins vif que celles qui touchent la- bouteille. On était autrefois fort curieux de savoir jusqu’où pouvait s’étendre cette puissance du choc électrique; et après l’avoir tenté sur des cercles nombreux, on l’essaya sur un régiment rangé en bataille , qui fut , dit- on , renversé d’un seul coup.

Les batleries électriques {Fig. io3) sont des réunions de plusieurs bouteilles de Leyde, ou de plusieurs jarres, dont tous les intérieurs communiquent au moyen des tiges de métal t, t' , t” , et dont les extérieurs communiquent pareillement, parce que le fond de la caisse en bois B , B', sur lequel ils reposent , est une lame de plomb. Lorsqu’on veut charger ensemble plusieurs batteries, on fait communiquer tous les intérieurs entre eux et tous les extérieurs au sol; et pour juger le degré de charge, on emploie le petit électromètre à pendule ( Fig, 91), qui s’ajuste sur les conducteurs de la machine; au commencement, et pendant les premiers tours du plateau , le pendule est presque au repos, parce que les batteries condensent tout le fluide qui se développe ; mais peu h peu le pendule s’élève , et , par les divers angles d’écart qu’il prend, on juge des divers degrés de sa tension électrique , et par conséquent , des divers degrés de tension de l’intérieur des batteries, car celles-ci sont toujours dans le même rapport que les premières.

Une batterie peut se décharger comme la bouteille de Leyde, soit lentement, soit rapidement; mais il faut redoubler de précaution pour n’en pas recevoir le choc. L’épaisseur du verre des jarres et la tension de la machine restant les mêmes, la force d’une batterie peut être évaluée par l’étendue de la surface qui sc charge; cent pieds carrés condensent cent fois plus d’électricité qu’un seul pied

DE l’électricité. - CIIAP. IV.

carré, et il faut un homme fort robuste pour soutenir, sans (langer, le choc d’un pied carré chargé par une machine ordinaire.

Nous allons indiquer quelques-uns des phénomènes les plus remarquables, que l’on peut produire au moyen de ces grandes accumulations d’électricité.

Tous les corps qui reçoivent le choc sont placés entre les deux branches h et b' de V excitateur universel, qui est représenté dans la figure io4. L’une de ces branches communique avec l’extérieur de la batterie au moyen de la chaîne C; l’autre communique avec une chaîne C' qui se termine à la boule isolée B -, lorsqu’on veut faire passer l’étincelle , on prend la boule B par l’extrémité de son manche isolant, on l’approche subitement de l’intérieur de la batterie : l’étincelle part et les fluides se recomposent dans tout le circuit B , C h' h C.

Un fil de fer de plusieurs pouces de longueur étant mis entre les branches de l’excitateur , une faible décharge l’échaufle , une forte le fait rougir , une plus forte le fait jaillir en petits globules fondus , qui sont lancés au loin , et une plus forte encore le fait disparaître en vapeur. Ayec une puissante machine , Van-Marum en a fondu cinquante pieds de longueur.

Une bande étroite de feuille d’étain , de trois ou quatre pouces de longueur, est volatilisée par une batterie ordinaire , la vapeur s’oxide , et forme de longs filamens flottans dans l’air, semblables à des toiles d’araignée.

Les autres métaux peuvent aussi s’échauffer, rougir, se foudre et s’oxider ; mais en les prenant de même longueur et de môme diamètre, des charges égales ne produisent pas sur tous les mômes effets ; ceux qui sont plus mauvais conducteurs , comme le platine et le fer , éprouvent , h égalité de dimensions , de plus grands effets de chaleur que l’or et le cuivre , ejui sont les meilleurs conducteurs.

Les fils de soie dorés présentent un phénomène singu-

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lier, qui montre avec quelle rapidité les molécules de matière conductrice sont saisies par le choc électrique ; l’or qui les couvre est volatilisé et oxidé sans que la chaleur soit seulement capable de rompre la soie. Pour rendre cette expérience plus sensible , on appuie sur le fil une feuille de papier blanc, sur laquelle on volt, après le choc, une large trace de couleur brune. Par le même moyen , on peut enlever la dorure sur un livre ou sur une autre surface non conductrice , pourvu qu’elle n’ait pas trop d’étendue.

On se sert de cette propriété pour faire des empreintes électriques : dcpr {Fig. 94) est une découpure en papier, à laquelle sont collées deux bandes de feuilles d’étain F, F' ; d’un côté, on la couvre d’une feuille d’or, qui touche l’étain par deux de ses bords; de l’autre, on la couvre d’un ruban de satin; et pour assurer le contact, on met tout ce système sous la presse pp' {Fig. 90). Les deux bandes d’étain étant mises en communication avec les deux faces de la batterie, l’étincelle part, l’or se volatilise, et, par tous les jours de la découpure, il passe sur le ruban, où il fait une empreinte de couleur brune très-régulière.

Les fortes charges font une impression remarquable sur les masses métalliques. Priestley a observé qu’elles en liquéfient la surface à l’endroit où elles les traversent; si le métal est peu fusible , on n’aperçoit , après le passage de l’étincelle, qu’un cercle de fusion d’une ou deux lignes de diamètre; mais s’il est très-fusible, comme le plomb, l’étain ou l’alliage de D’Arcet, on aperçoit autour du cercle central jusqu’à trois anneaux de fusion , d’une largeur sensible, concentriques , et séparés les uns des autres par des intervalles d’environ une ligne.

En répétant ces expériences curieuses, M. Fuslnieri a constaté un autre fait, qui mérite toute l’attenilon des physiciens. C’est le transport des matières solides par le courant électrique {Giornale di Fisica, Chiinica, etc., novem-

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bre 1826); par exemple, en disposant un disque d’ar<'-ent poli à égale distance , entre une boule d’or qui communique avec l’intérieur d’une petite batterie , et une boule d’argent qui communique avec l’extérieur, on observe après la décharge deux taches d’or parfaitement égales en diamètre et en intensité , sur les deux faces du disque d’argent. Les autres métaux sont pareillement transportés au travers de tout l’espace que peut franchir l’étincelle , et ils viennent ,sur toutes les surfaces qu’ils rencontrent, se déposer en couches très-minces, tantôt .’i l’état d’oxide, tantôt à l’état métallique. M. Fusinieri a fait un grand nombre d’expériences intéressantes sur ce sujet; et il a observé que la matière pondérable qui est ainsi emportée et déposée par le courant électrique , paraît conserver une grande volatilité, car il arrive souvent que les taches qu’elle forme s’effacent avec le temps.

Quand l’étincelle passe dans un liquide, elle éclate et brille comme dans l’air; presque toujours le liquide est lancé de toutes parts avec une grande force.

Elle éclate de même dans la poudre à ùret\ et en détermine 1 explosion. L’on en peut faire l’expérience avec de petites cartouches de deux ou trois lignes de diamètre , et de quinze ou vingt lignes de longueur; deux fils de fer, traversant les bouts opposés de la cartouche , viennent aboutirvers son milieu, à une petite distancel’un de l’autre; c’est en franchissant leur Intervalle que l’étincelle enflamme la poudre.

Dans les gaz l’étincelle produit une expansion si grande et si subite qu’elle peut lancer une petite balle au moyen du mortier électrique , qui est représenté 96. Kin-

nersley, qui observa le premier ce phénomène remarquable, inventa aussi un appareil pour en mesurer l’intensité. C’est un tube en verre, fermé et armé par scs deux bouts 102). L’étincelle part entre les deux boules bh'; et un liquide qui s’élève en même temps dans le tube latéral

tü, donne la mesure de l’expansion. Cet appareil se nomme le thermomètre de Kinnersley.

Les mauvais conducteurs sont percés ou brisés par la décharge d’une forte batterie; une pierre plate, de plusieurs lignes d’épaisseur, est percée comme le verre mince; un cylindre de bois , de deux ou trois pouces de diamètre et d’un demi-pouce d’épaisseur, peut être fendu en éclats par une décharge qui passe dans le sens des fibres.

A la surface de quelques substances l’étincelle laisse une traînée lumineuse qui brille pendant plusieurs secondes et quelquefois pendant plus d’une minute; cette espèce de phosphorescence est rouge ou violacée sur la craie, verdâtre sur le sucre, sur certains spaths calcaires cristallisés et sur le grès de Fontainebleau.

Il ne faut pas des batteries très-fortes pour tuer des oiseaux, des lapins, et même des animaux de plus grande taille; ils tombent subitement , et l’observation anatomique n’a pu découvrir jusqu’à ce jour quels organes sont blessés; cependant, par les convulsions qu’ils éprouvent quand le choc est trop faible pour les foudroyer, on peut juger que le système nerveux est violemment attaqué.

378. Les piles électriques sont des espèces de batteries dont on ne charge que la première et la dernière face. La figure 97 représente une série de bouteilles de Leyde, tellement disposées , que l’extérieur de chacune communique avec l’intérieur delà suivante; l’intérieur de la première est en contact avec les conducteurs de la machine , et l’extérieur de la dernière en contact atec le sol. C’est ce qu’on appelle la charge par cascade, ün tel système forme une pile dont chaque bouteille est un élément ; il se décharge en totalité lorsqu’on établit la communication entre les deux extrémités , l’étincelle est alors moins forte que s’il n’y avait qu’une seule bouteille; mais on peut aussi en décharger telle partie que l’on veut, ou môme décharger chaque bouteille séparément. Si, après avoir isolé la pile, on cherche à re-

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connaître sa tension électrique , on n’y trouve que du fluide vitré h un bout et du fluide résineux à l’autre; toutes les bouteilles ou élémens intermédiaires paraissent sensiblement à l’état naturel. Cependant, si l’on brise la pile , en détachant un , deux, trois ou quatre élémens, chaque partie détachée, chaque fragment, sera une pile complète, montrant aux deux bouts les deux fluides contraires , et n’ayant au milieu aucune électricité sensible. Cette disposition des fluides est, comme on voit, tout à-fait analogue à la disposition des fluides magnétiques. On peut construire une pile avec des carreaux de verre armés sur les deux faces , et communiquant entre eux par des bandes de feuille d’étain. La figure io5 représente une pile de cette espèce.

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