‹ Élémens de physique expérimentale et de météorologie (volume 4)Chapitre 92 sur 131 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

DE LA CHALEUR

risent, il n’y a pas dans l'air de vapeur préexistante qui presse la surface liquide et retarde l’évaporation.

Nous verrons, dans la Météorologie, tous les phénomènes naturels qui résultent de la formation de la vapeur, de sa suspension dans l’atmosphèq® et de sa condensation sous forme de pluie, de rosée, de gelée, etc.

241- Du froid produit par la vaporisation. — Quand un liquide est en ébullition h l’air libre, il conserve une température fixe , parce qu’il reçoit du foyer, par les parois du vase, autant de calorique que la vapeur en absorbe pour se former; quand l’ébullition se fait sous le récipient de la machine pneumatique, la température s’abaisse graduellement, parce qu’alors c’est à la masse liquide et aux corps environnans que la vapeur doit prendre le calorique latent nécessaire à sa formation. Nous verrons plus loin qu’un gramme de vapeur d’eau , en se formant par ébullition ou par évaporation, absorbe une quantité de chaleur latente , capable d’élever de i° la température de 55o grammes d’eau liquide; ainsi, on peut juger de la rapidité avec laquelle s’abaisse la température d’une masse liquide soumise à une ébullition spontanée ou à une prompte évaporation. Nous indiquerons les expériences les plus frappantes qui reposent sur ce principe.

Congélation de l'eau dans le vide. — On met sous le récipient de la machine pneumatique un large vase en verre, contenant de l’acide sulfurique; à quelques pouces au dessus on dispose une capsule de métal très-mince et très-évasée , contenant quelques grammes d’eau : ordinairement cette capsule est portée par trois fils ou par trois bandes de métal très-déliées , qui s’ajustent sur les bords du vase en verre. Après quelques coups de piston , l’eau entre en ébullition; en continuant de faire le vide, l’ébullition cesse, et quand le vide est fait aussi complètement que possible , on attend quelques minutes; des aiguilles de glace paraissent dans la capsule, et bientôt après toute l’eau qu’elle contient

IIe PART. , CHAP. IV. — VAPEURS.

ne forme plus qu’une masse solide. Cette expérience curieuse-est due à Leslie. L’acide sulfurique absorbe la vapeur d'eau à mesure qu’elle se forme , et détermine ainsi une évaporation plus prompte. Tout corps puissamment absorbant produit le même effet; la farine d’avoine , un peu torréfiée, réussit parfaitement. La capsule est très- mince, parce qu’elle doit participer au refroidissement, et on l’isole des corps voisins pour qu’elle n’en reçoive pas la chaleur. On a employé ce procédé avec quelques modifications, mais avec peu de succès , pour fabriquer de la glace à Londres.

Une congélation , fondée sur les mêmes principes, peut se faire plus commodément avec l’appareil de \& figure 200. La boule supérieure b est à moitié pleine d’eau , et le vide a été fait en scellant la boule inférieure u' pendant l’ébullition. Pour congeler l’eau qui est en b , il suffit de plonger la boule b' dans un mélange réfrigérant , ou bien de la refroidir elle-même par une autre évaporation, en l’arrosant avec un liquide très-volatil.

Congélation du mercure. — On peut pousser le refroidissement par évaporation au point de congeler le mercure. Pour cela on revêt d’une petite éponge ou de quelque tissu spongieux la boule d’un thermomètre et on l’humecte de carbure de soufre , ou , ce qui vaut mieux encore , d’acide sulfureux liquide; l’évaporation est si rapide et la quantité de chaleur enlevée si considérable que la colonne de mercure se précipite b — 10, — 20, — 5o°,etau bout de quelques instans tout le mercure de la boule est congelé.

Le froid qui se fait sentir sur la main lorsqu’on y laisse tomber quelques gouttes d’un liquide volatil, et en général le froid qu'on observe à la surface des corps humides, sont des phénomènes résultant de la même cause.

Les alcarazas dont on se sert en Espagne et ailleurs pour rafraîchir l’eau et les boissons spiritueuses , sont des vases poreux qui offreut à l’évaporation une grande surface

humide. Le liquide intérieur s’infiltre à travers les parois ; il s’évapore promptement dans un air un peu agité , et celte action se renouvelant sans cesse , le vase et le liquide qu’il contient sont maintenus par là à une température de 10, 1 5 ou 2 0° au dessous de la température ambiante.

Par une raison semblable, les plantes doivent être en général à une température plus basse que celle de l’air, car leurs tissus extérieurs font plus ou moins l’office d’alcarazas.

La transpiration abondante , et l’exhalation qui se fait sans cesse à la surface des corps vivans , sont pareillement une cause de refroidissement : nous verrons plus loin , en parlant de la chaleur animale, que le sang des animaux à sang chaud a une température fixe , qui ne peut s’élever ou s’abaisser sans les plus graves inconvéniens , et qui ne peut varier de quelques degrés sans que la mort s’ensuive. Pour l’homme, quel que soit le climat qu’il habite , cette température fixe est de 5yn. Ainsi, sous la zone torride, où l’air s’élève souvent à des températures de 5o°, les hommes vivent dans cette atmosphère brûlante , sans participer à sa température; l’activité de la transpiration est sans cesse proportionnée à l’énergie de la chaleur , et ces causes contraires se balancent avec tant d’harmonie , que le sang d’un Nègre reste à peu près à 07°, comme le sang d’un Lapon.

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