PHÉNOMÈNES DU MIRAGE. — CHAP. IV
non pas par une réflexion qui aurait ÜeU sur la paroi elle* même. Il est indi (Térent pour le succès de l’expérience que le rayon visuel rase une paroi latérale ou la paroi supérieure.
Wollaston a encore imaginé une autre expérience, par laquelle on produit le mirage dans un liquide. On prend un petit vase en cristal de forme ronde ou carrée, on y superpose, avec tous les soins convenables, deux liquides d’inégale densité qui puissent se combiner lentement près de la coucbe de superposition : l’eau et l’acide sulfurique , l’eau de l’alcool , l’eau et le sirop de sucre concentré, peuvent très-bien remplir cet objet. Quand la combinaison est opérée bien parallèlement dans une coucbe d’une épaisseur suffisante, on approche l’œil vis-à-vis cette coucbe pour regarder une petite mire, disposée sur la paroi opposée, et l’on voit aussi une image droite de cette mire et une image renversée. Cet effet est représenté dans la figure 566.
677. Phénomènes de mirage observés en différons lieux et dans diverses circonstances.
A Ramsgatc, le docteur Vince a observé un effet remarquable du mirage. Lorsque de Ramsgate on regarde du côté de Douvres , on aperçoit, par un beau temps, les sommets des quatre plus hautes tours du château de Douvres-, le reste de l’édifice est caché par une colline dont la crête se trouve à peu près à douze milles de l’observateur-, la moitié de cet espace est occupé par la surface de la mer. Le docteur Vince, établi à Ramsgate à peu près à 70 pieds au dessus de la surface de la mer , fut fort surpris , le 6 août 1806 , lorsqu’en regardant du côté deDouvres, vers sept heures du soir, il aperçut nonseulement les quatre tours du château, comme à l’ordinaire, mais le château lui-même dans toutes ses parties et jusqu’à sa base. On le voyait, dit-il, aussi distinctement que s il eût été tout d’une pièce transporté sur la colline du côté deRamssrate.
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Le même physicien a publié beaucoup d’autres observations qu’il a faites du même lieu, et particulièrement en regardant sur la mer, avec un bon télescope , les vaisseaux qui s’approchaient ou s’éloignaient de Ramsgate. Nous citerons encore les deux observations suivantes:
Un jour il aperçut un vaisseau qui était précisément à l’horizon; il se distinguait nettement : mais en même temps il en vit une image renversée, très-régulière etdisposée verticalement au dessus de lui , de telle sorte que le sommet du mât réel et le sommet du mât de l’image renversée étaient en coïncidence. (Fig. 36-4* )
Une autre fois , toujours dans le même mois d’août , et vers le soir, il vit un autre effet: l’image du vaisseau était encore renversée, mais au dessous de lui. ( Fig. 365. )
Le capitaineScoresbyaeu l’occasion d’observer un grand nombre de phénomènes analogues dans les mers du Groenland. Dès que le soleil se montre dans ces parages, les couches d’air qui reposent sur le sol ou sur la surface de la mer , atteignent promptement une température beaucoup plus haute que les couches d’air qui sont à quelques pieds de hauteur , et les réfractions extraordinaires se présentent sous les apparences les plus variées et les plus; fantastiques.
MM. Biot et Mathieu ont fait des observations analogues, à Dunkerque , sur les bords de la mer, dans la plage; sablonneuse qui s’étend au pied du ford Risban. M. Biot I en a donné la théorie détaillée dans les mémoires de l’In- J stitutpour 1809; ila fait voir qu’à partir d’un certain point» T, pris à quelque distance au devant de l’observateur 0,1 fig. 365 , on peut concevoir une courbe tcb , telle que* tous les points qui sont au dessous d’elle restent invisibles,! tandis que tous les points qui sout au dessus, jusqu’à unel certaine hauteur , donnent deux images , l’une ordinaire etj directe, l’autre extraordinaire inférieure à sa couche et* renversée. Ainsi un homme qui s’éloigue de l’plwmiewl
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ÇHAP. IV.
en partant du point t, lui offre les apparences successives qui sont représentées sur la figure 3t>3.
MM. Soret et Jurine ont observé sur le lac de Genève, en septembre 1818, à 10 heures du matin, le phénomène remarquable qui est représenté dans la figure 3 62. La courbe abc représente la rive orientale du Inc 5 une barque chargée de tonneaux , ayant ses voiles déployées, était en r , vis-à-vis la pointe de Belle-Rive, et faisait route pour Genève; les observateurs l’apercevaient avec un télescope dans la direction gp ; ils étaient au bord du lac , au deuxième étage de la maison de Jurine , à une distance d’environ deux lieues. Pendant que la barque prit successivement les positions q, b, s, on vit une image latérale très-sensible en q', b', s’, qui s’avançait comme la barque elle-même, mais qui semblait s’écarter à gauche de gp, tandis que la barque elle-même s’en écartait à droite. Quand le soleil éclairait les voiles, cette image était assez éclatante pour être aperçue à l’œil nu,
La direction des rayons solaires au moment de l’observation est indiquée en ly.
Il suffit de connaître la position des lieux pour voir «à l’instant que c’est un phénomène de mirage latéral ; à droite de gp , l’air était resté dans l’ombre pendant une partie delà matinée; à gauche , au contraire, il avait été échauffé par le soleil; la surface de séparation de l’air chaud et de l’air froid devait être à peu près verticale dans une petite étendue au dessus de l’eau; de part et d’autre de celte couche s’était fait un mélange de densité croissante en allant de gauche à droite; et là , se produisait, dans les couches verticales, ce qui se produit ordinairement sur le sol dans des couches horizontales.
Ces exemples seront suffisans pour donner une idée des apparences indéfiniment variées ou singulièrement bizarres qui peuvent résulter des réfractions extraordinaires <jue la lumière éprouve dans des couches d’air dont le$
densités changent rapidement. Nous avons supposé que ces changemens s’accomplissaient dans des couches planes et régulières, mais l’on conçoit qu’ils pourront souvent, par une foule de causes , s’accomplir dans des couches courbes et irrégulières; alors les images produites parle mirage seront déformées dans tous des sens, tantôt élargies, tantôt allongées outre mesure et quelquefois dispersées comme si l’objet lui-même était brisé en mille pièces. On ne peut pas douter que le phénomène connu sous le nom de Fala Morgana ne soit un effet du mirage. Il s’observa à Naples, à Rcggio et sur les côtes de la Sicile. A certains momens le peuple se porte en foule sur le rivage de la mer, pour jouir de ce singulier spectacle: on voit dans les airs à de grandes distances , des ruines , des colonnes , des châteaux, des palais , et une foule d’objets qui semblent se déplacer, et qui changent d’aspect à chaque instant. Toute cette féerie n’est qu’une représentation de quelques objets terrestres, qui sont invisibles dans l’état ordinairede l’atmosphère, etqui deviennent apparens et mobiles quand les rayons de lumière qu’il envoient se meuvent en lignes courbes dans les couches d’air d’inégales densités.