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DES BROUILLARDS ET DES NUAGES

522. Les Brouillards se forment dans l’air humide quam la force élastique de la vapeur est plus grande que la forcj élastique maximum correspondant à la température de l’aii La fumée qui s’élève au dessus d’un vase rempli d’eau chaud est un véritable brouillard ; l’air étant, par exemple, à 20°, t l’eau à 60° , la vapeur se forme avec une force élastique dj

CH\P. II. — DE l’air et des VAPEURS ATMOSPHÉRIQUES. S75

44 millimètres, qui est celle qui correspond à 60“ ; mais, omme elle ne peut pas exister avec cette force élastique à me température de 20°, il faut bien qu’elle se condense en arlie jusqu’à ce que sa force élastique soit réduite à dixept millimètres, qui est celle qui correspond à 20 degrés e température. Le brouillard sera donc d’autant plus insnse que la température de l’eau sera plus élevée au-dessus e la température de l’air, et que l’air sera lui-même plus umide, puisque, s’il était saturé, il faudrait que toute la apeur nouvelle se condensât à mesure qu’elle arrive.

Les brouillards qui se forment sur la mer, les lacs, les ■euves et les rivières, ont précisément la même origine : lusieurs observateurs se sont assurés, par des expériences irectes, qu’au moment de leur formation, la température e l’air est toujours moindre que la température de l’eau, lependant cette condition, qui est toujours nécessaire, n’est as toujours suffisante : quand l’air est sec et fort agité, il mporte la vapeur et la disperse à l’instant où elle se forme, ms qu’il en résulte une condensation sensible : mais, quand air est calme et déjà humide, la vapeur s’élève lentement, l se condense presque en totalité ; c’est précisément ce qui rrive auprès de toutes les sources pendant l’hiver.

On observe assez souvent des brouillards dans des cironstances qui semblent tout à fait différentes. Par exemple, U moment du dégel, quand la température de l’air est très ensiblement plus haute que la température de l’eau, on oit encore des brouillards très intenses se former sur les ivières, même quand elles sont encore couvertes de glaces: aais les apparences seules sont changées , le principe est le ttême. En effet, dans ce cas, l’air chaud est saturé d’humiité, et, lorsqu’il vient se mêler à l’air qui a été refroidi par e contact de la glace ou par le contact des autres corps roids, sa vapeur se condense.

C’est la même cause encore qui produit les brouillards ur les rivières pendant l’été, après les pluies d’orage. L’air

est plus chaud que la surface de l’eau, mais il est satur d’humidité, et, dès qu’il approche des lieux où la fraîcheu de la rivière se fait sentir, il faut bien que sa vapeur se con

LIVRK vni. — MÉTÉOROtOGIE.

dense, puisqu’elle se refroidit.

En général, le mélange de deux airs saturés d’humidité et inégalement chauds produit essentiellement du brouillard.

parce que la moyenne température qui en résulte est trop

basse pour contenir la moyenne force élastique de la vapeur. 1 Par exemple, de l’air saturé d’humidité à 5® se mêle à de] l’air saturé d’humidité à 15° ; la température moyenne serai 10": mais, la force élastique qui correspond à 5° est 7 mil l limètres, celle qui correspond à 15® est 13 millimètres; kl force élastique moyenne est 10 millimètres , qui ne peul exister dans de l’air à 10°, puisque le maximum de forci élastique correspondant à cette température est seulemenj de 9 millimètres. I

Les Nuages ne sont autre chose que des amas de brouill lards plus ou moins épais, suspendus à diverses hauteurs danl l’atmosphère, quelquefois immobiles, et le plus souvent encl portés par des courans d’air ou par des vents irapélueuïl ’l’ous les brouillards qui se forment à ta surface de la terni dans les lieux humides, au fond des vallées, sur les collinel autour des pics élevés ou des cimes neigeuses, deviennerl des nuages lorsqu’ils sont entraînés par les vents sans êtrl dispersés. Mais les nuages peuvent avoir aussi une autre orl gine ; ils peuvent se former directement au milieu des airil soit par la rencontre de deux vents humides inégalemeil chauds, soit par la condensation des vapeurs, lorsqu’elles s’(‘| lèvent en abondance dans des régions qui sont trop froidJ pour les contenir à l’état élastique.

On admet, en général, que les vapeurs qui constituent Ij’ nuages sont des tapeurs vésiculaires, c’est-à-dire des amii de petits globules remplis d’air humide, tout à fait analoguji aux bulles de savon. Ces globules se distinguent très bien! l’œil nu dans les brouillards qui s’élèvent sur l’eau chaud|

CHiiP. II.— de l’air et des VAPEURS ATMOSPHÉRIQUES. 577 et particulièrement sur la surface d’une dissolution noire comme le café. Leur densité est essentiellement plus grande que celle de l’air, à cause de la pellicule liquide qui forme eur enveloppe, et il est assez difficile d’expliquer comment ils euvent, malgré cet excès de densité, rester suspendus au ilieu des airs. M. Gay-Lussac pense que les courans d’air haud qui s’élèvent incessamment delà terre pendant le jour nt une grande influence pour déterminer l’ascension et aintenir la suspension des nuages. M. Fresnèl supposait ue la chaleur solaire, absorbée dans le sein des nuages, en ibrme des espèces de montgolfières qui s’élèvent à des hau~ eurs d’autant plus grandes que l’excès de température est (lus considérable. Ces deux causes sont sans doute très fficaces, mais nous avons jusqu’à présent trop peu de donées sur la véritable constitution des nuages et sur les ropriétés des vapeurs ou des élémens divers qui les compoent pour tenter une explication complète de ce phénomène, eus. ne pourrions, à plus forte raison, présenter que des njectures plus ou moins hasardées sur les causes qui [éterminent la forme des nuages, leur étendue, leur élétion, leur couleur et toutes leurs apparences si variées, [Ont les météorologistes doivent faire une étude toute parculière.

E LA PLUIE, DE LA NEIGE, DU VERGLAS, DU GRl^SIL (H ET DE LA GRÊLE.

5â3. La quantité de Pluie qui tombe annuellement sur un bème point de la terre est un élément météorologique dont [ détermination est très importante. Les instrumens qui prvent à cet usage sont appelés Udomètres ; quelques obserateurs les nomment Pluvimètres. La figure 383 représenle ludomètre ordinaire : c’est un cylindre en cuivre de 5 ou |o centimètres de diamètre; il se compose d’un récipient a Ld’un réservoir 6. Le récipient porte un fond conique percé i.jîBd’une ouverture; il s’ajuste à mouvement de baïonnette sur n. 37

578 IIVRE VIH.— MÉTÉOROtOGIE.

le réservoir. Au fond de celui-ci s’ouvre un tube coudé c qui se relève le long de la paroi-extérieure ; là il reçoit un tube de verre d,qui est divisé en parties égales et qui sert à indique! la hauteur du liquide intérieur. On mesure exactement la surface du récipient a ; on jauge le réservoir b pour connaître la quantité de liquide qui correspond aux diverses divisions du tube d; et il est facile ensuite d’en déduire la quantité de pluie y c’est-à-dire Y épaisseur de la couche qu’elli aurait formée dans un vase à fond plat et horizontal.

L’udomètre de l’Observatoire de Paris est représenté dan! la figure 384. Le récipient est en a, le réservoir en 6, l’eat tombe du récipient dans le réservoir au moyen du tube d un peu au-dessous du réservoir est une cuvette cylindrique jaugée avec soin, et portant sur sa paroi intérieure des divi sions qui indiquent en centimètres la hauteur du liquide. L récipient a 76 centimètres de diamètre et la cuvette 24 cent mêtr., de telle sorte que sa surface est la 10® partie de celle d récipient. On emploie aussi de petits vases gradués pour mr surer les petites fractions. Cet appareil est exposé au mille de la cour de l’Observatoire ; il est porté sur une petite chai pente en chêne, formant une espèce d’armoire, dans la quelle sont enfermés le réservoir, la cuvette et les vas( gradués.

Un appareil semblable est disposé au-dessus de la terras! de l’Observatoire ; son récipient est à 28 mètres au-dessi du récipient de la cour; il est, comme celui-ci, parfaitemei libre et découvert.

Voici le résultat des observations qui ont été faites depu 1817, au moyen de ces deux instrumens.

CHAP. n.— DE l’air et DES VAPEURS ATMOSPHÉRIQUES. 679

Tableau des quantités de pluie en centimètres qui ont été recueillies à l’ Observatoire de Paris depuis 1817.

Années.

Dans la cour.

Sur la terrasse.

Années.

Dans la cour.

Sur la terrasse.

La moyenne est, dans la cour, de 57 centimètres, et, sur 1 terrasse, de 50 centimètres ; on a attribué celte différence diverses causes, mais toutes les raisons qu’on en a données lissent encore beaucoup à désirer.

Les observateurs ne doivent pas seulement s’appliquer à élerminer les quantités moyennes de pluie, mais encore à onstater les moyennes mensuelles parce qu’elles ont une inuence plus directe sur les récoltes. La différence entre la impérature de la pluie et celle de l’air est aussi un point qui lérite une attention particulière.

Les pluies très abondantes ne méritent pas moins d’altenon : c’est dans les circonstances qui les accompagnent que on peut chercher les véritables causes de la formation de i pluie, et peut-être aussi les principes de la constitution es nuages.

Nous citerons ici quelques faits remarquables sur ce sujet : A Bombay, il est tombé en un seul jour 6 pouces d’eau ou 6 centimètres 5 à Cayenne, en dix heures de temps, plus de 0 pouces d’eau ou 28 centimètres ; à Gênes, par une averse huilant, 5 ce qu’il paraît, d’une trombe, il est tombé, le 25 ctobre 1822, jusqu’à 30 pouces d’eau ou 82 centimètres : est l’un des résultats les plus étonnaus que l’on puisse ciîr en ce genre.

580 LIVUTÎ vni. — MÉTÉOnOLOGlE.

On ne sait que très peu de chose sur la forraation de la Neige ; on ne sait pas si les nuages qui la produisent sont composés de vapeurs vésiculaires ou de parcelles déjà glacées; on ne sait pas si les flocons se forment directement , ou s’ils prennent leur accroissement en traversant les couche! inférieures de l’air; on n’a pas observé leur température, n les circonstances qui déterminent leur forme et leur volume Les seules observations un peu complètes que l’on pos sède sur la neige sont relatives aux diverses formes que peuvent affecter les flocons. Le capitaine'Scoresby a eu l’occasioi de faire, dans les régions polaires, une foule de recherche intéressantes sur ce sujet; son ouvrage contient une centain de figures diverses, parmi lesquelles nous avons choisi celle qui paraissent les plus remarquables; elles sont représentée

dans la planche XXXI {jig> 385).

Kepler et beaucoup d’autres physiciens avaient déjà re

cueilli des observations analogues.

Le Grésil, que nous avons occasion d’observer dans ne climats, presque toutes les années, pendant les mois de ma et d’avril, a sans doute une origine analogue à celle de neige. C'est aussi de l’eau congelée, ou plutôt de petites a guilles de glace pressées et entrelacées, formant une espè de pelotte assez compacte, et quelquefois enveloppée d u couche de véritable glace transparente. On ne sait rien ju qu’à présent sur les causes qui déterminent ce phénomèm

Le Verglas est une couche de glace unie, minceet transp rente, qui couvre la terre et quelquefois les plantes, les arbi et tous les objets répandus sur le sol. Sa cause est connu la condition nécessaire à sa production est que l’air soit J sez chaud pour donner naissance à de la pluie, et que le^ ! soit assez froid pour congeler cette pluie à mesure qu e tombe. Ainsi, le verglas n’est que de la pluie qui se cong en touchant le sol.

La neige rouge que l’on rencontre dans les régions p laires, et partout où il y a des neiges permanentes, doit

CHAP. II.— DE l’air et des VAPEURS ATMOSPHÉRIQUES. 581 :ou!eur à la végétation d’un petit champignon {tiredo nivuis), qui a la propriété de végéter dans la neige, comme tf. Baüer 1 a démontré par des expériences directes.

La Grêle est en même temps l’un des fléaux les plus reoutables pour^s propriétés agricoles, et l’un des phénonénes les plus embarrassons pour les météorologistes.

Nous essaierons d’abord de rapporter toutes les observaions précises qui ont été faites sur la grêle elle-même et sur ;s circonstances qui l’accompagnent, puis ensuite nous exoserons les hypothèses les moins improbables qui ont été liles pour expliquer sa formation. Nous profiterons d’un rlicle très intéressant que M. Arago a publié sur ce sujet ms 1 Annuaire du bureau des longitudes pour 1828.

La grosseur la plus ordinaire des grêlons est à peu prés .lie d une noisette ; il en tombe souvent de plus petits, auxjels on fait peu d’attention parce que, en général, ils sont îu dangereux; mais il en tombe trop souvent de beaucoup us volumineux, qui brisent et qui ravagent tout ce qu’ils ippent à la surface de la terre. Nous laisserons de côté les cits des historiens et des chroniqueurs; nous n’admettrons s avec eux que l’on a vu, sous le règne de Chartemagne, s grêlons de 15 pieds de long sur 6 pieds de large et 11 eds d épaisseur, ou que l’on en a vu, sous le règne de ppo-Saëb, qui étaient gros comme des éléphans : si, ronologiquement, ces exagérations ne remontent pas aux nps fabuleux, on peut bien dire qu’elles y remontent scieniquement. Mais, tout en restant dans la limite des faits en observés, nous trouverons encore sur les dimensions de grêle des résultats assez étonnans. Ceux que nous allons pporter peuvent être considérés comme tout-à-fait authen- |ues. Leur exactitude est garantie par des physiciens connus. Halley rapporte que le 9 avril 1697 il tomba, dans le listshire, des grêlons qui pesaient 5 onces.

Robert Tayior a mesuré, le ^ mai 1697, dans le Hartdshire, des grêlons dont le contour était de 14 pouces ; îst 4 pouces de diamètre.

582 IIVRE Vm.— MÉTÉOROLOGIE.

Parent a vu, le 15 mai 1703, à Hiers, dans le Perche, desi grêlons gros comme le poing.

Montignot ramassa, le 11 juillet 1753, à Toul, des grêlons de 3 pouces de diamètre.

Volta assure que, dans la nuit du 19 a%2Q août 1787, parmi les énormes grêlons qui ravagèrent la ville de Côme et ses environs, l’on en trouva qui pesaient 9 onces.

M. Tessier rapporte que le 13 juillet 1788, dans cel orage épouvantable qui traversa la France et les Pays-Bas, i se trouvait des grêlons de 8 onces.

Le docteur Noggerath dit que le 7 mai 1822 il tomba i Bonn des grêlons qui pesaient 12 à 13 onces.

Ces témoignages sont sans doute suffisans pour établii comme un fait incontestable qu’il est tombé dans différen pays des grêlons pesant plus d’une demi-livre.

La forrne des grêlons est très variable : ils sont en généré arrondis, quelquefois aplatis, et dans le nombre on en trouv très souvent qui sont anguleux ou qui offrent à leur surfac des protubérances ou des saillies remarquables.

Les observations sur la structure intérieure de la grê sont d’une très haute importance, parce qu’elles peuvent coi duire aux causes qui déterminent les progrès de la congé lation ; mais ce qu’elles ont appris jusqu’à présent se rédu aux remarques suivantes :

Vers le centre des grêlons, on trouve en général une es pèce de noyau opaque, assez semblable à cette neige plus ( moins spongieuse qui compose le grésil {jig. 386, n"® 1 et4

Autour du noyau, on ne distingue ordinairement qu’ui masse congelée plus ou moins épaisse et très sensibleraei diaphane.

Quelquefois , on reconnaît dans cette masse des couch distinctes , et pourtant transparentes (n°® 1 et 4). D’aulr fois , on peut y compter plusieurs alternatives de couch diaphanes et opaques (n“ 2, 3 et 6) : cette circonstance m rite toute l’attention des observateurs.

CHAP. II. — DE l’air et DES VAPEURS ATMOSPHERIQUES. 685

Enûn, l’on trouve des grêlons qui ont une structure rayonnante à partir du centre (n® 5j, et quelquefois cette structure remarquable enveloppe la structure intérieure, qui est visiblement concentrique. C’est à M. Deleros que l’on doit cette observation intéressante; il eut occasion de la faire, le 4 juillet 1819, dans un orage de nuit qui répandit la désolation sur plusieurs déparlemens de l’ouest de la France.

Le docteur Eversraan rapporte qu’en 1825, dans un orage terrible qui couvrit Ordenbourg et ses environs, on recueillit plusieurs grêlons dont le centre ou le noyau était une espèce de pyrite de forme quadrangulaire. j II m’a semblé depuis longtemps qu’il serait très important de déterminer la lerapéraliire de la grêle à l’instant où elle tombe. J’ai eu occasion de faire seulement deux obser- • vations de cette espèce, avant 1829, qui m’ont donné une température comprise entre 3 et 4® au-dessous de zéro. Depuis, j’ai fait d’autres observations quim’ontdonné — 1/2“, — ■ l®,et — 3®: cette dernière appartient aux grêlons, gros comme des noix, qui ont ravagé le département de Seiue-et-Oise pendant l’été de 1839.

Après ces remarques sur les dimensions, la forme et la structure des grêlons, nous allons rapporter ce que l’on sait des diverses circonstances qui accompagnent ou qui précèdent la chute du fléau.

La grêle précède ordinairement les pluies d’orage ; elle les accompagne quelquefois ; jamais, ou presque jamais, elle ne les suit, surtout quand ces pluies ont quelque durée.

Elle tombe toujours pendant très peu de temps , souvent pendant quelques minutes, rarement pendant un quart d’heure.

La quantité de glace qui tombe des nuages en si peu de temps est prodigieuse ; la terre en est quelquefois couverte d’une couche de plusieurs pouces d’épaisseur.

Nous ne dirons rien ici des désastres qu’elle cause : c’est

comme une mitraille qui tombe du ciel; elle agit par son poids et par l’impulsion qu’elle a reçue du vent, car, il paraît bien certain qu’elle ne reçoit aucune impulsion étrangère. On peut juger des désastres que produisent sur la terre des grêlons d’une demi-livre, ou du moins de plusieurs onces, animés d’une vitesse qui peut être presque aussi grande que la vitesse du vent.

La grêle tombe, à ce qu’il paraît, plus ordinairement pendant le jour que péndant la nuit.

Les nuages qui la portent semblent avoir beaucoup d’étendue et beaucoup de profondeur , car ils répandent, en général , une grande obscurité ; on croit avoir remarqué qu’ils ont une couleur particulière, grise ou roussâlre, et qu’en même temps leur surface inférieure présente d’énormes protubérances, et leur bord des déchirures multipliées.

Plusieurs observateurs pensent que ces nuages sont, en général, très peu élevés; mais les raisons qu’ils en donnent ne me semblent pas décisives. Souvent les habitons des hautes collines voient au-dessous d’eux les nuages qui couvrent de grêle le fond des vallées ; dans ce cas il n’y a nul doute, les nuages sont peu élevés ; on a même ainsi une mesure exacte de leur hauteur : mais, dans d’autres cas, il me semble difficile de juger de leur position, comme on le fait quelquefois par le temps qui s’écoule entre l’apparition de l’éclair et l’arrivée du bruit du tonnerre ; car, l’explosion peut avoir lieu au-dessous des nuages qui portent la grêle, et même on peut dire que cela arrive très souvent, à cause de ces petits nuages messagers qu’on observe presque toujours au moment de l’orage, et qui passent avec une grande rapidité sous les nuages principaux.

S’il y a de l’incertitude sur ce point, il ne paraît pas qu’il y en ait sur un autre phénomène qui précède la chute de la grêle de quelques instans, et quelquefois même de plusieurs minutes : c’est un bruissement particulier que l'on entent^ dans les airs , et que l’on compare au bruit que feraienl|

CHAP. II.— de l’air et des vapeors atmosphérioues. 585 des sacs de noix qui seraient vivement et violemment entrechoqués.

Enfin , la grêle est toujours accompagnée de phénomènes électriques ; tantôt le tonnerre se fait entendre avant le bruissement dont nous venons de parler, tantôt il se fait entendre en môme temps, ou même pendant que les grêlons dévastent la terre par leur chute précipitée.

Pour donner maintenant une idée de l’étendue du ciel et de la terre que ce terrible fléau peut occuper, et de la vitesse avec laquelle il peut se propager , nous rapporterons ici quelques détails sur le fameux orage qui a traversé la France et la Hollande le 13 juillet 1788. Cet orage est sans loute le plus désastreux, le plus effrayant qui ait jamais été m dans nos climats ; et c’est peut-être aussi celui qui a été e mieux observé (Afém. de l’Académie des Sciences, 1790, âge 263).

L’orage s’est propagé simultanément sur deux bandes à eu près parallèles, l’une orientale et l’autre occidentale.

La première est la plus étroite ; sa plus grande largeur ist de cinq lieues, sa plus petite d’une demi-lieue, sa largeur oyenne de deux lieues et un quart.

La seconde est la plus large : sa plus grande largeur est de inq lieues, la plus petite de trois lieues, et sa largeur oyenne de quatre lieues. ^

Elles étaient séparées par une bande qui reçut seulement ne pluie abondante : sa plus grande largeur était de sept ieiies et demie, sa plus petite de trois lieues, et sa largeur oyenne de cinq lieues et un quart.

A l’orient de la bande orientale et à l’occident de la bande ccidentale, il y eut aussi beaucoup de pluie, mais dans une argeur qui n’a pas été déterminée.

Ces bandes sont un peu ondulées, mais leur direction gélérale court du sud-ouest au nord-est. Une ligne droite tirée ’Amboise àMalines forme à peu près le milieu de la bande irientale, et une autre ligne droite tirée de l’embouchure de

586 LIVRE viii. “Météorologie.

l’Indre dans la Loire jusqu’à Gand forme à peu près le milieu de la bande occidentale.

Sur cette longueur, qui est de plus de cent lieues pour chaque bande, il n’y eut aucune interruption dans l’orage ; et même, d’après des renseignemens précis, on peut conclure qu’il couvrit encore plus de cinquante lieues au sud, et cinquante lieues au nord, ce qui donne à chaque bande une longueur totale de plus de deux cents lieues : la lieuel est de 2,300 toises. |

Dans cette immense étendue, tous les points ne furent pas frappés à la fois ; mais, on reconnut, par la comparaison des heures, que l’orage avait une marche très rapide depuis les Pyrénées, où il semble avoir pris naissance, jusque dans la Baltique, où l’on en perdit la trace.

Sa vitesse était de seize lieues et demie à l’heure sur les deux bandes, mais la bande orientale avait un peu d’avanci sur la bande occidentale.

Dans chaque lieue, la grêle ne tomba que pendant sept i huit minutes.

Les grêlons n’avaient pas tous la même forme : les un étaient ronds, les autres longs et armés de pointes ; les plu gros pesaient 8 onces.

Le nombre des paroisses dévastées fut en France de mil trente-neuf; le dommage qu’elles éprouvèrent fut, par un enquête officielle, évalué à 24,690,000 francs.

Ce phénomène est, parmi tous les phénomènes connu! l’exemple le plus prodigieux, et des puissances qui agisser pour rassembler la vapeur d’eau et pour la maintenir sus pendue dans les airs, et des puissances qui agissent poi produire au milieu des chaleurs de l’été un refroidissemei subit dans diverses régions de l’atmosphère.

Après avoir fait connaître ce que l’on sait des effets de i grêle et de leur intensité , nous essaierons maintenant <i présenter, en peu de mots, les opinions qui ont été émis-i sur leurs causes. Pour expliquer la grêle , il n’y a que dei

cn\p. II.— DE l'air et des vapedrs atmosphériques. 587 difficultés; mais, elles sont grandes et, nous pouvons le dire d’avance, elles restent au-dessus de tous les efforts qui ont été faits pour les résoudre.

Il s’agit de savoir d’abord comment se produit le froid qui congèle l’eau, et ensuite comment un grêlon qui a acquis assez de volume pour tomber par son poids, reste encore suspendu dans les airs pendant tout le temps qu’il lui faut encore pour arriver à un volume de 12 à 15 pouces de circonférence.

Sur la première question. Voila avait pensé que les rayons solaires , en frappant la surface supérieure d’un nuage très dense, sont absorbés presque en totalité, qu’il en résulte une très rapide évaporation, et que c’est cette évaporation qui produit assez de froid pour congeler l’eau. Mais, l’on pouvait dire, et c’est, je crois, M. Bellani qui l’a dit le premier, on pouvait dire que quand un liquide s’évapore par la chaleur , soit par la chaleur reçue au contact soit par la chaleur rayonnante, son évaporation ne peut devenir plus ra- *pide qu’à la condition que sa température devienne plus haute; ou, en d’autres termes, qu’un liquide ne peut pas à la fois recevoir plus de chaleur, et par celte chaleur ellemême serefroidir davantage, sans qu’il intervienne une autre cause.

On a dit ensuite, mais très vaguement, que le froid est produit par le vent. Celle idée mérite considération. Nous avons vu qu’il y a en effet des vents qui sont toujours accompagnés d’un refroidissement plus ou moins grand : ce sont ceux que nous avons caractérisés en les appelant vents d’aspiration. Le fait prouve qu’ils peuvent produire sur la terre un abaissement de 17°, et il n’y a aucun doute que dans les régions élevées ils ne puissent produire un refroidissement plus grand. Les météorologistes doivent donc porter leur attention sur ce point, afin de constater si les vents qui portent les nuées de grêle sont ou ne sont pas des vents d’aspiration. Si le froid qui porte les g.'êlons n’a pas

588 LIVRE vm. — MÉTÉOROLOdlE.

celte origine , la difficulté reste entière : il faut chercher d’autres voies pour la résoudre.

Sur la seconde question, Volta avait proposé une théorie qui a eu une grande célébrité, et qui est en effet très ingénieuse. En admettant que les noyaux des grêlons soient formés, et qu’il existe un froid suffisant pour les grossir, Volta suppose que deux vastes nuages chargés d’électricités contraires soient disposés l’un au-dessus de l’autre ; alors les grêlons, encore très-petits, tombant sur le nuage inférieur, y éprouveront deux effets : 1° en pénétrant à une certaine profondeur, ils se couvriront d’une nouvelle couche de glace, parce que la température est très basse; 2^ ils s’électriseront de l’électricité même du nuage, et seront repoussés par lui en même temps qu’ils seront attirés par le nuage supérieur. Ainsi, remontant contre leur propre poids, ils arriveront au nuage supérieur, où ils éprouveront deux effets analogues ; puis, retombant de nouveau dans le nuage inférieur, ils seront de nouveau repoussés dans le nuage supérieur, et pourront ainsi faire la navette un très grand nombre de fois, exactement comme le représente l’expérience que nous avons rapportée. Mais bientôt , soit que les grêlons deviennent trop lourds, soit que les nuages perdent leur électricité, ou se trouvent emportés par le vent à des distances trop grandes^ la cause qui maintient la grêle suspendue au milieu des airs sera insuffisante, et on la verra tomber instantanément presque en masse. I

Volta essayait même d’indiquer les causes qui peuvent déterminer la formation de deux nuages superposés et chargés des électricités contraires ; il la trouvait : 1® dans la propriété qu’il attribuait aux rayons solaires de déterminer une prompte évaporation; 2® dans la propriété qu’il attribuait aux vapeurs de s’électriser négativement en se formant, et positivement en se condensant. D’après ces hypothèses , il concevait qu’au-dessus d’un gros nuage frappé par le soleil s’élève une colonne de vapeur élastique chargée de la même;

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électricité que le nuage, et que cette vapeur, une fois arrivée à une région assez haute, et par conséquent assez froide pour se condenser, se condense en effet pour former un nouveau nuage chargé d’électricités contraires. Ces hypothèses sont inadmissibles : mais, comme il est constant, par le fait, que les nuages orageux sont tantôt positifs ou tantôt négatifs, et, comme le mouvement de va-et-vient des grêlons repose seulement sur ce fait, il reste à examiner s’il est possible en lui-même. Or, on a fait beaucoup d’objection contre cette possibilité : plusieurs sont mal fondées, mais les deux suivantes me semblent d’un grand poids.

1° Comment se peut-il qu’une puissance électrique qui n’exerce point son action d’une manière brusque et instantanée soit capable d’enlever un bloc de glace d’une demilivre? Comment se fait-il que l’étincelle ne parle pas entre ce bloc et le nuage? Tout semble indiquer qu’il faudrait pour cela des propriétés électriques différentes des propriétés connues.

2® Si les deux nuages superposés sont fortement électrisés comme ils doivent l’être pour enlever des masses pesantes, et si les grêlons font la navette dans l’espace qui les sépare, comment se fait-il que l’électricité ne s’écoule pas subitement d’un nuage sur l’autre? Les grêlons ne forment-ils pas entre les nuages une espèce de chaîne de communication qui favorise à un haut degré l’explosion de l’éclair, comme on le voit dans l’expérience elle-même que l’on fait pour imiter la grêle avec des balles de sureau ?

Si ces objections ne détruisent pas la théorie de Volta, elles peuvent du moins la mettre en doute, et prévenir les observateurs qu’il y a encore quelque chose à chercher pour avoir sur ce point toute la vérité.

A côté de la théorie de Volta s’en présente une autre : on peut supposer que le refroidissement étant produit par le vent, c’est aussi la puissance du vent qui entraîne les grêlons horizontalement ou au moins très obliquement dans

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l’atmosphère ; qu’ils parcourent ainsi quinze ou vingt lieues, et qu’ils n’ont pas besoin d’être suspendus bien longtemps au milieu des nuages très denses et très refroidis pour atteindre le volume énorme qu’ils ont quelquefois. Ainsi, ce serait une même cause qui déterminerait la formation et l’accroissement de la grêle. Quant à l’électricité qui accompagne toujours ce phénomène, elle serait un effet et non pas une cause : il est impossible que l’accumulation de vapeur qui est nécessaire pour engendrer la grêle puisse se faire sans un grand dégagement d’électricité, puisque tous les nuages qui viennent se condenser au foyer même où se forme la grêle, y viennent avec une électricité positive ou négative qui acquiert une grande tension par la condensation.

On voit donc, en dernier résultat, que le phénomène delà grêle est encore enveloppé d’une grande obscurité, et qu’il faut encore de bonnes et nombreuses observations pour l’expliquer dans tous ses détails.

Pluies de sang, pluies de cendres, etc. Pour donner une idée des circonstances qui accompagnent quelquefois ces météores, nous choisirons comme exemple la pluie rouge qui est tombée le 14 mars 1813 dans le royaume de Naples et dans les deux Calabres. M. Sementini a rendu compte d( ce phénomène de la manière suivante.

« Le 14 mars 1813, par un vent d’est qui soufflait depuis deux jours, les habitans de Gérace aperçurent une nué( dense s’avancer de la mer sur le continent. A deux heures après midi, le vent se calma ; mais, la nuée couvrait déjà les montagnes voisines, et commençait à intercepter la lumièn du soleil ; sa couleur, d’abord d’un rouge pâle, devint ensuite d’un rouge de feu. La ville fut alors plongée dans de ténèbres si épaisses que , vers les quatre heures , on fu obligé d’allumer des chandelles dans l’intérieur des maisons Le peuple , effrayé et par l’obscurité et par la couleur de h nuée, courut en foule dans la cathédrale faire des prièrespubliques. L’obscurité alla toujours en augmentant, et toui

CH AP. II.— DE l’AIR ET DES VAPEDRS ATMOSPHÉRIQUES. 591 le ciel parut de la couleur du fer rouge ; le tonnerre commença à gronder, et la mer, quoique éloignée de six milles de la ville, augmentait l’épouvante par ses mugissemens ; alors, commencèrent à tomber de grosses gouttes de pluie rougeâtres, que quelques uns regardaient comme des gouttes de sang, et d’autres comme des gouttes de feu. Enfin, aux approches de la nuit, l’air commença à s’éclaircir, la foudre et le tonnerre cessèrent, et le peuple rentra dans sa tranquillité ordinaire.

» Sans commotion populaire, et avec quelques différences en plus ou en moins, le même phénomène d’une pluie de poussière rouge eut lieu non seulement dans les deux Calabres, mais encore dans l’extrémité opposée des Abruzzes.

» Cette poussière a une couleur d’un jaune de cannelle et une saveur terreuse peu marquée ; elle est onctueuse au toucher, tant est grande sa ténuité, quoiqu’on y découvre à la loupe de petits corps durs ressemblant au pyroxène, mais qui sont étrangers à la poussière, et qui s’y sont accidentellement mêlés lorsqu’on l’a recueillie sur le terrain. La chaleur la brunit, puis la rend tout-à-fait noire, et enfin la rougit si elle devient plus intense. Après l’action de la chaleur, elle laisse apercev^oir, même à l’œil nu, une multitude de petites lames brillantes qui sont du mica jaune : elle ne fait plus alors effervescence avec les acides, et a perdu environ un dixième de son poids. Sa pesanteur spécifique, lorsqu’elle a été privée de corps durs, est de 2,07; elle est composée de : silice, 33,0; alumine, 15,5; chaux, 11,5; chrême, 1,0; fer, 14,5; acide carbonique, 9,0. La perte est due à une substance résineuse, de couleur jaunâtre, que l’on obtient en traitant la poudre par l’alcool et en faisant évaporer à siccité , le poids du résidu correspondant à très peu près à la perte éprouvée dans l’analyse. Cette matière résineuse donne à la poudre la propriété de déflagrer avec le ûilre. » {Giorn. di Fisica, etc,, decade seconda. I. 28.)

LIYRE VIII.'-'SIÉTf.OROLOClE.

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