CHAPITRE III
De l’Elasticité.
317. Tous les corps sont élastiques, c’est à dire qu’ils peuvent tous, sans se rompre ou se désagréger, éprouver par des actions mécaniques quelques changemens dans leur structure, leur forme ou leur volume, et reprendre exactement leur état primitif dès que ces puissances mécaniques cessent d’agir sur eux. Nous avons déjà fait voir que les volumes des gaz dépendent des pressions qu’ils supportent, et qu’à température égale ils reprennent toujours le môme volume sous la môme pression ; cette propriété constitue une espèce d’élasticité que nous appellerons élasticité de compression; c’est la seule dont jouissent les gaz, et à peu près la seule aussi dont paraissent jouir les liquides. Les SO' lides la possèdent comme les liquides et les gaz, mais en outre ils peuvent être lléchis ou allongés, et reprendre leurs dimensions ou leur forme, ce qui constitue l’élasticité de tension -, enûn ces corps peuvent être plus ou moins tordus sans cesser de revenir à leur disposition ou plutôt à leur structure primitive, ce qui constitue l'élasticité de tension. Nous allons successivement étudier ces diverses propriétés.
318. De la compressibilité des liquides et de la chaleur qui en résulte. L’appareil au moyen duquel M. OErsted observe et mesure la compressibilité des liquides est représenté dans la fig. 24 ; il se compose essentiellement d’un réservoir de compression de verre épais a, et d’un réservoir à tube capillaire 6 que l'on appelle un piézomètre, qui est représenté plus en grand dans la figure 25; on voit que le tube se termine par un petit entonnoir. Un point important pour
l’exaclilude deriiislrumenlestdc graduer ce lube en parties égales qui soient une fraction connue de la capacité entière du réservoir piézométrique ; pour cela on détermine le poids du mercure contenu dans le piézomètre, qui sera, par exemple, 1000 grammes, et le poids du mercure contenu dans une longueur donnée du tube, qui sera par exemple 2 décigramraes pour une longueur de ICO millimètres. Alors il est évident que la capacité correspondante à 1 millimètre du tube (supposé bien calibré) sera 0,000002 de la capacité du cylindre, et comme on peut lire aisément les demi-millimètres, soit sur le tube lui-même divisé au diamant, soit sur une échelle qui lui est adaptée, on pourra observer les millionièmes du volume primitif.
Supposons maintenant qu’on veuille employer ce piézomèire à déterminer la compressibilité de l’eau : on le remplit de ce liquide bien purgé d’air, et, par de légères variations de chaleur, on fait pénétrer dans le tube une petite colonne d’air, de mercure ou de carbure de soufre qui sépare et limite le volume d’eau sur lequel on veut opérer. Le piézomètre ainsi ajusté, on adapte à son échelle un petit manomètre à air c, c’est à dire un tube cylindrique de 10 à 15 millimètres de diamètre, de 15 è 20 centimètres de longueur, fermé en haut et ouvert en bas ; on le porte dans le réservoir de compression préalablement rempli d’eau, en prenant toutes les précautions nécessaires pour qu’il n’éprouve aucun changement sensible de température, car il ne faudrait peut- ^ être qu’un demi-degré d’élévation pour repousser l’index dans l’entonnoir, et un ou deux degrés d’abaissement tout au plus pour le faire tomber dans le cylindre. Il reste à comprimer la grande masse d’eau du réservoir, afin qu’elle transmette sa pression au liquide contenu dans le piézomètre au moyen de l’ouverture de l’entonnoir ; pour cela on visse la pompe sur la forte virole en métal e qui termine le réservoir en verre, et l’on serre fortement avec une clef f pour intercepter tous les joints. On voit en g un tube par lequel