CHAPITRE PREMIER
De la production du son et de sa transmission dans l’air atmosphérique.
^22. Le son est un mouvement particulier excité dans la matière pondérable. Si l’on écoule un son et qu’en môme temps on observe la cause qui le produit, on voit que la cause a cessé d’agir avant que le son soit parvenu jusqu’à notre argane: ainsi, dans l’explosion d’une arme à feu, on aperçoit le loin la lumière avant d’entendre le coup; à dix ou douze mètres de distance, la lumière elle coup semblent frapper en même temps l’œil et l’oreille ; mais à mesure que la distance lugmenle, le temps qui s’écoule entre l’apparition de la lumière et la perception du bruit devient de plus en plus iensible. II en est de même de l’explosion de la foudre : l’édair brille avant que le coup de tonnerre se fasse entendre, ît le temps qui s’écoule entre ces deux phénomènes peut onner une mesure delà hauteur ou plutôt de la distance à quelle la foudre éclate. D’après cela, on peut juger que lusieurs observateurs, placés sur une même ligne à cent pas s uns des autres, n’entendraient pas au même instant le ruilqui serait excité à l’une des extrémités de celte ligne, ux pieds du premier observateur : celui-ci entendrait le n avant tous les autres, le 2® l’entendrait avant le 3*, le 3* ant le 4*, etc. ; et ce qu’il importe de remarquer aussi, est qu’au moment ou le 3® observateur, par exemple, enndrait le son, le l®*" et le 2® ne l’entendraient plus, tandis ue le 4® et lès suivons ne l’entendraient pas encore; on eht donc conclure de celte expérience, qu’un son brusque t instantané, comme celui qui résulte d’un choc ou d’une II. 4
SO LIVRE V. — ACOUSTIQL’E.
explosion, passe successivement d’un lieu à l’autre, et qu’en conséquence il est un mouvement particulier dont notre organe est affecté.
Mais, dans quelle substance ce mouvement peut-il se propager avec tant de rapidité? est-ce dans l’air lui-même ou dans quelque autre fluide? Celle question, fort difficile en apparence, peut être résolue d’une manière décisive par l’expérience suivante :
Au milieu de la platine de la machine pneumatique, on dispose un petit coussinet de laine ou de colon, sur lequel on place un mouvement d’horlogerie à détente, muni d’un timbre; cet appareil étant couvert d’une cloche à lige et à boîte à cuir, on fait le vide , puis on tourne la lige pour presser la détente et lâcher le ressort. A l’instant l’horloge marche, le marteau frappe le timbre par intervalle, et aucun bruit ne se fait entendre au dehors. Mais si l’on rend un peu d’air, on commence à distinguer un petit bruit, correspondant à chaque coup de marteau; un peu plus d’air donne à ce bruit un peu plus de force; enfin, quand l’air est tout à fait rentré, le son est fort et se fait entendre au loin. Donc le son ne peut pas se propager dans le vide; là ou il n’y a plus de matière pondérable, il n’y a plus de véhicule du son.
Ainsi le son diminue d’intensité, par une double cause, à mesure qu’il s’élèvedans l’atmosphère : il diminue parce que la distance augmente, et parce que l’air dans lequel il pénètre est de plus en plus raréfié. Les bruits les plus violens qui retentissent sur la terre ne peuvent pas sortir des limites de ralmosphère;ils s’affaiblissent à mesure qu’ils en approchent et s’éteignent sans pouvoir les franchir. Réciproquement, nul bruit ne peut venir des espaces célestes jusqu’à la terre; les plus terribles explosions pourraient éclater sur le globe delà lune, sans qu’il nous soit donné d’en entendre le moindre retentissement.
De Saussure dit qu’au sommet du Mont-Blanc un coup de pistolet fait moins de bruit qu’un petit pétard tiré dans la