ARC-EN-CIEL
285. ExpUcAlUM 4a pliéM«BièMe de l*ai«-«M-elel. — Tout le monde a pu remarquer que, pour voir un arc-en-ciel, il faut tourner le dos au soleil et regarder une nuée qui donne de la pluie , et qui en même temps se trouve vivement éclairée par la liunière solaire. Alors, Tare coloré qui se développe dans les airs peut être considéré comme faisant partie de la base d'un cône, dont le sommet est dans Tœil de Tobservateur, et dont Taxe prolongé par derrière va passer précisément par le centre du soleil. Il est facile de s'assurer que cette condition est to«jours remplie, soit pour les beaux arcs-en-ciel que donne la pkiie des nuées, soit pour les arcs-en-ciel bien moins .complets dans leur étendue que donne la pluie des cascades ou celle des jets d'eau ; elle indique même la position qu'il £suii choisir dans œs derniers cas, pour voir briller les couleurs dans toutes ks gouttelettes flottantes qui sont formées par la chute de l'eau, et ensuite disséminées par le vent.
D'après toutes les apparences du phénomène, on ne peut douter qu'il ne soit produit par une modification particulière que la lumière solaire éprouve dans les gouttes d'eau. Nous allons voir en effet que les couleurs qu'on aperçoit sont apportées dans l'œil par des rayoqs qui viennent directement du soleil, après avoir été réfi:*actés, r^édiis et décomposés dans ces petites parcelles aqueuses, dont la forme est parfaitement sphérique.
Pour prendre une juste idée de la marche des rayons solaires dans on cerde liquide , on peut faire l'expérience suivapte :
Pi/ (FiG. 7) représente une coupe horizontale du volet de la chambre noire, et celle d'une très-petite ouverture o percée dans son épaisseur. A quelque distance derrière ce volet,, et à la hauteur de rouverture, on dispose un vase de cristal parÊdtement cylindrique et renqpli d'eau; la figure représente seidemeat la coupe horizontale de ce vase. Ensuite, on fait entrer ua rayon solaire dans la direction oi, et l'on regarde d'en haut sa nurehe
OHAF. m. — ARG-E1M3EL. 739
dans rintériear de Teaii : ce liquide sera toujours asKz peu lîni*
pide pour que la trace de la lumière s'y troure sensiblement marquée. Il sera facile de toit que le rajon parcourt la faute /, a, 4, Cy rf, e^'f-'—y ^ qu'à chaque incidence sur la paroi fl éproure à la fois une réflexion et une réfiraction : c^est par tes réflexions (ju'û continue sa route dans le liquide, et par les réfractions qu'il (luninae d'intensité en donnant naissance aux faisceaux émer* reutsfl', b% é ^ rf', /, /'.—i q™ sont tons des spectres plus ou moins étalés, comme si le fiûscean avait trarersé un prisme. Apres quatre ou cinq réflexions, ces faisceaux émer«rents auront iicore une intensité sensible.
Ce qui arrive ici se reproduira indubitablement dans une outte de pluie sphérique, quelque petite qu'elle soit; car le pemier plan d^inddence détermine dans cette sphère un grand Tcle, dans lequel se mouvra le rayon, comme dans la section 1 cylindre de Texpérience précédente.
Cela posé, voici la propriété fondamentale sur laquelle repose formation de rarc-en-ciel. Concevons un rayon qui sorte après oir éprouvé une réflexion intérieure en h (Fie 8) : sa direction émergence ec fera, avec sa direction d'incidence sa^ un ceitain fie ste^ que nous désignerons par </; c'est ce que l'on appelle iéi'iation. Si Ton désigne par i Fangle d'incidence ^«n, et son 1 oatj par r Fangle de réfraction ooft, et son égal oba^ on
a évidenmient : oba = bat + ito, ou r = / — '^ + s» à' où
: 4r — 2i. Or, la propriété dont il s'agît, c'est que cette déion est susceptible d'un maximum. On le démontre par les es ordinaires du calcul différentiel, en remarquant que les ntités i et r, qui varient ensemUe, sont liées entre elles par station sin < = /i dn r ; et Ton trouve ainà que cette valeur imum de la déviation a lieu pour une incidence /, détermî-
par la relation cos'i= —5 — .
' dmettons ces résultats du calcul, et essayons seulement de
comprendre comment cette propriété du maximum déter^
3 la production des couleurs. Considérons d'abord de la lii«-
e rouge. Pour cette nuance du spectre, l'indice de la réfirao-
est 72=;= 109/81 . En substituant cette- valeur dans Texpressioii
^ édente de cos i, nous en déduirons / ss 59* 23' 30'' ; c'est-4-
740 LIVRE YIII. — MËTÉOIIOLOGIE.
dire, que le rayon rouge qui tombe sous cette inàdenoe est de tous les rayons rouges incidents celui qui ëpronye la dcmbOD maximum, et cette déviation est de 42* l' 40*. Supposons que nous ayons tracé sa route sabce (Fie 8), et que nous Toofioib examiner ensuite la. route des deux rayons voisins, qui tombent, l'un avec une obliquité un peu moindre, et Vautre avec une obliquité un peu plus grande. Puisque leurs rayons émergents e et/ ont une déviation un peu moindre que celle de «, il est éfidem qu'ils sont sensiblement parallèles à «; par conséquent, le pedt pinceau composé de ces rayons émergents se propagera sans diminuer d'intensité , et il pourra ainsi produire une vive impression sur l'œil du spectateur. Au contraire, tout autre pinœao émergent, étant composé dé rayons qui divergent j diminue nécessairement d'intensité en s' éloignant, et devient insen^âhle à la distance ou l'œil du spectateur peut le recevoir.
Tel est le principe sur lequel nous allons nous appuyer pour expliquer maintenant avec la plus grande facilité toutes les circonstances que peut présenter l'arc^en-ciel dans sa grandeur, dans sa forme et dans l'arrangement de ses couleurs.
Pour mieux fixer les idées, supposons que les rayons du sokfl couchant éclairent une nuée de pluie , et qu'un observateur soh convenablement placé pour regarder la nuée en tournant le dos au soleil (Fig. 9). Concevons une ligne droite qui passe par le centre du soleil et par l'œil de l'observateur , pour se prolonger à l'infini vers l'orient ; dans notre supposition , cette ligne sera horizontale. Concevons ensuite une seconde ligne qui coupe la première dans Tœil de l'observateur , et qui fasse avec elle on angle de 42^ l' 40*, et qui se prolonge indéfiniment dans b nuée. Imaginons enfin que cette seconde ligne tourne autour de la première, sans cesser de remplir les conditions précédenteSt et déaîve ainsi une surface conique dont nous avons à considérer seulement la moitié supérieure. Cette ligne , dans chacune de ses positions, rencontrera une foule de gouttes de pluie. Mais arrêtons notre pensée sur celles qu'elle rencontre sous Fangle d'émergence qui donne le maximum de déviation pour la lumière rouge. Soit abc l'une de ces gouttes : le pinceau de lumière qu'elle reçoit du centre du soleil est horizontal et parallèle à oh ; dans tous les rayons qui le composent, il y a un c<ttain rayon sa^ qui, après avoir été successivement réfracte en fli
CHAP. III. — J^G^N-^IEL. 74i
réfléchi ea b^ puis réfracté en Cj vient sortir dans la direction ce arec la déviation maximum : car sa étant parallèle à oAy l'angle te est de 42* 1' 40', comme Tangle eoh.
Donc, dans cette direction, Tobseryateur apercerrala lumière rouge du ^>ectre.
Ce que nous venons de dire par, rapport au centre du soleil, s'applique à tous les points du disque de cet astre; et en répétant la même construction pour chacun d'eux, et particulièrement pour les deux bords opposés, qui sont vus de la terre sous un angle de 30', il est évident que l'observateur, voyant une ligne rouge pour chaque point du soleil, verra pour leur enseinble une bande rouge sous-tendant à Tœil un angle de 30^, conmie le disque du soleil lui-même.
Nous allons maintenant chercher la cause des autres couleurs de l'arc-^-ciel et de leur arrangement.
La lumière violette, par exemple, ayant, dans son passage de Taîr dans l'eau, un indice de réfraction de 109/81, il est évident que, pom* elle, le maximum de déviation n'est pas le même que pour la lumière rouge, etcpi'il correspond à une autre incidence. En mettant pour n cette valeur dans l'expression précédente, de cos'i, on trouve : i = 58® pour le violet, et rf= 40® 17'.
Ainsi, pour avoir la position de l'arc violet, il faut mener par l'œil de l'observateur une ligne faisant avec oh un angle de 40* 1 7' ; et il est évident, d'ailleurs, que la bande violette sera vue, comme la bande rouge, d'une largeur correspondant à 30'.
Toutes les couleurs intermédiaires du spectre donneront aussi des bandes de même largeur ; mais elles seront placées à des hauteurs intermédiaires entre celle du rouge et celle du
violet.
n sera facile de déterminer par le calcul la véritable poâtion de toutes ces bandes, l'étendue dans laquelle elles se superposent, et par conséquent les teintes qui doivent en résulter vers le milieu de Tarc-en-ciel.
On voit donc, comme conséquence définitive de cette discussion, que toutes les couleurs de l'iris sont sur des surfaces co-
742 LIVRE Vin. — HÊTËOROLOGIE.
avec Taxe un angle de 42^ 2' ; et que la largeur totale des couleurs occupe par conséquent une étendue de 1* 45'*
Newton, qui a donné le premier une explication complète de Tarc-en-ciel, a vérifié tous ces résultats par l'expérience.
Quant à l'étendue de l'arc coloré que Ton aperçoit, il est évident qu'elle dépend de la hauteur du soleil au-dessus de l'horizon. Au coucher du soleil, Tare sera tu à l'orient, et formera une demi-circonférence entière pour 1 observateur qui serait dans la plaine ; mais îl pourrait former plus d'une demi-drcooférence pour l'observateur qui serait au sonmiet d'une haute montagne, sur un pic élevé et d'une petite largeur. Au lever du soleil, les mêmes phénomènes se reproduisent du côté de l'occident. Plus le soleil est élevé sur l'horizon, et moindre est l'étendue de l'arc que l'on aperçoit. Cependant, du haut d'un grand mât d'un vaisseau, le soleil étant directement au zénith, on pourrait voir à ses pieds, sut la mer , un arc-en-ciel d'une circonférence entière.
Outre l'arc-en-ciel dont nous venons de parler, on observe quelquefois un second aro-en-ciel, que l'on appelle extérieur^ parce qu'il enveloppe le premier. Il est produit par la lomière qui a éprouvé deux réflexions intérieures, conune on peut le voff dans la figure 10.
sabcde est la marche du rayon qui donne l'aro-en-ciel extérieur; il entre dans la direction *a, et il sort dans la direction de.
Il est fkcile de voir que la déviation ste^ que nous appellerons eT, est alors donnée par l'équation :
rf' = 6r — 2/— 180%
et que son maximum correspond à une incidence déterminée
par cos* I = — g — .
En faisant les calculs pour la lumière rouge et pour la lumière violette, on trouve les résultats suivants :
Rouge * r= 7 1« 60', r = 45* 27', <f = — 50*^ 59'. Violet î = 71<» 26', r = W 47', éf = — 54' 9'.
Le signe moins^ qui précède la valeur de <f , annonce que ks rayons incidents et émergents se coupent au-devant du globale d'eau.
€IAP. m. — ARG-EK-CSL. 743
Akui, dans le second anv^n-del, le rouge est en dedans et le fiolet en dehors. Les couleurs sont déreloj pees sur une étendne de 3* 1(/. C'est une largeur presque triple de œDe du premier arc. Enfin, Fintervalle couvris entre le rouge intérieur du second arc et le rouge extérieur du premier est donné par la ^iiffiérence des déviations correq>ondantes , c'est-à-dire qu'il est ^ à 50» 69' — 4i* 2', ou à «• 57'.
Newton avait aussi pris des mesures exactes qui confirment ces résultats.
£n âiminant ret r entre les trois équations qui -déterminent
le premier ou le deuxième arc, M. Babinet arrive aux équations
suivantes : pour le premier, sin' -= ^^ J ? pour le deuxième,
co6*5= g23i > 4^ donnent directement la déviation
au moyen de Tindîce de réfraction.
n paraît que, dans des circonstances extrêmement favorables, on a quelquefois observé un troisième arc-en-ciel; mais sa lumière est toujours très-affaiblie, parce qu'elle a éprouvé un plus grand nombre de réflexions intérieures dans les gouttes de pluie.
284. U y a aussi des arcs secondaires ou surnuméraires qui paraissent résulter des interférences des rayons qui ont traversé les gouttes d'eau avec ceux qui ne les ont pas traversées en même nombre. M. Babinet rend sensibles les franges analogues aux contours des arcs-en-ciel, ou des arcs sumuméraîres, en dirigeant un trait de lumière sur un filet d'eau vertical et cylindrique de 1 à 2 millimètres de diamètre.
La lune peut donner des arcs-en-ciel conmip le soleil, surtout quand elle est pleine et qu'elle brille de tout son éclat. Il arrive cependant, même dans ces circonstances, que les couleurs sont toujours très-pàles, lorsqu'on les compare aux couleurs des arcs-en-ciel solaires.
ilJLU>S, PARHELIES, CERCLE PUIHELIQUE, COUROimES, OMBRES DIVERSES, ETOILES FILAlTrES, AEROLITHES.
885. Les halos sont des cercles colorés, ayant le rouge en dedans, qui apparaissent autour du soleil dans certaines saisons de l'année. Leur bord intérieur est en général assez bien défini, tandis que leur bord extérieur est à la fois plus vague et moins
744 UVRE YIIK — MÉTÉOROLOGIE.
coloré. Le demi-angle visuel du plus petit de ces oerdcs est de 22 à 23% et le demi-aogie visuel du plus grand d'enviion 46^; il arrive rarement que Ton puisse voir en même temps le halo de 23o et celui de 46^. Mariotte avait donné de ce phénomène une explication qui a été confirmée par toutes les obsenratioDS ultérieures. Cette explication repose sur la présence dans Fatmosphère d*une multitude de petites aiguilles de glace, qui réfractent la lumière solaire. En efiet, la glace cristallise, en formant des prismes triangulaires réguliers, dont les faces font entre elles des angles de 60^, et sont perpendiculaires aux bases. Or, si l'on admet que ces prismes aient leurs axes horizontaux, et que leurs faces soient convenablement tournées, il est facile de voir que la déifiât ion minimum qu'ils impriment aux rayons solaires incidents est d'environ 23^ pour la lumière rouge, puisque
d'après la formule on a sin (— Ç — ) ' sîn 30= 108 : 81 , ou à
peu près, car on ne connaît pas très-exactement l'indice de réfraction de la glace. Ces rayons, qui ont éprouvé la déviation minimum, sîont analogues aux rayons efficaces de l'arc-en-ciel, puisqu'ils sont sensiblement parallèles, et arrivent à l'œil sans diminuer d'intensité. Cette hypothèse explique donc à la fois la formation du halo de 23^, l'arrangement de ses couleurs et ses dimensions. D* ailleurs M. Arago s^est assuré que la lumière est en effet polarisée, comme la lumière réfractée, et non pas comme la lumière réflécliie.
Le halo de 46* s'explique en admettant que les prismes ont leur axe obliquement situé , de telle sorte que l'angle réfringent soit alors l'angle droit que les faces latérales font avec la base du prisme. La déviation minimum pour cet angle réfringent de 90* est en effet d'environ 46*, conmie l'indique l'observation.
Le cercle parhélique est un cercle blanc honuonlsA^ passant par le soleil^ et formant une bande assez vivement éclairée, dont la hauteur est égale au diamètre de l'astre ; il n'accompagne pas toujours le halo. M. Babinet regarde le cercle parhélique, comme formé par la réflexion que la lumière solaire éprouve sur les faces verticales des aiguilles de glace disposées dans tous les sens. On comprend en effet que, si l'on prend la verticale de l'observateur conune axe d'un cône droit, ayant pour génmtrice la ligne qui joint l'oeil de l'observateur au centre du soleil,
GHAP. m. — HALO. 745
il sera toujours possible de mener par la génératrice primitiye et par un point quelconque de la base du cône, supposé dans la r^on des aiguilles flottantes de glace, un plan perpendiculaire à une petite facette yerticale, passant par ce point de la base du cône, et convenablement orientée , pour que ce plan contienne les angles d'incidence et de réflexion , et pour que ces angles soient égaux. Cependant, il reste à discuter en détail les diverses apparences du cercle parhélique dans ses différents points, et malheureusement Ton n'a que de très-rares occasions de l'observer^
Le cercle parhélique, lorsqu'il est complet , pénètre dans Tintérieur des halos et les coupe en deux parties égales; en même temps, Ton observe encore quelquefois une bande blanche qui coupe les halos verticalement, formant ainsi, avec le cercle parhélique, une croix plus ou moins bien définie dans l'intérieur du halo de 23*, le soleil formant par conséquent le centre de c^tte croix. Quand le phénomène est complet, on observe enfin, un peu au dehors du halo de 23*, et sur les bras de la croix, des images très- vives et colorées du soleil , puis Ton en voit encore une autre que Ton nomme anthélie ou faux soleil, parce qu'elle se trouve sur le cercle parhélique au point diamétralement opposé au vrai soleil. M. Babinet a essayé d'expliquer toutes ces apparences, mais il n'a pas publié le détail de ses recherches sur ce sujet. {Comptes rendus^ 1837.)
286. Les couronnes ont , à la première vue , l'apparence des halos, mais elles en diffèrent essentiellement, en ce que le rouge est en dehors et le ifiolet en dedans^ et en ce que le demi-angle visuel de la première couronne paraît toujours être compris entre 1* et 2* ; et , en prenant ce demi-angle pour unité , ceux des autres couronnes suivent la série des nombres 2, 3, 4, etc., comme M. Delezenne l'a démontré par plusieurs observations. Ce phénomène paraît être analogue à celui des couronnes que Ton observe en regardant le soleil ou une bougie avec un verre couvert de lycopode. L'explication théorique de ces apparences me semble laisser encore beaucoup à désirer; cependant, on verra avec intérêt l'énoncé du théorème sur lequel M. Babinet fait reposer l'explication qu'il en donne {Comptes rendus ^\%Z1). C'est en s'appuyant sur le même principe que M. Babinet e;q)lique aussi le phénomène des ombres argentées observées par M. Necker, de Genève; les couleurs des fils d'araignée, et celles
746 LIVRE Vni. — MÉTÉOROLOGIE.
des objets très-déliés exposés aux rayons solaires sous certaines conditions.
287. Les étoiles filantes ont, dans ces derniers temps, attiré Fattention d'une foule d'observateurs : on a constaté qu'elles sont en général hors des dernières limites de l'atmosphère, et que leur distance s'élève souvent à plus de deux cents lieues, que leur vitesse varie de six à dix lieues par seconde ; qu'il y a peu de nuits où un observateur, s' attachant à explorer seulement un quart du ciel, n'en observe au moins six ou huit par heure ; qu'à certaines époques de Tannée, et surtout du 11 au 13 novembre et du 10 au 12 août, le nombre des étoiles filantes est beaucoup plus considérable , et qu'elles prennent alors une direction déterminée. Ces résultats conduisent à supposer que les étoiles filantes sont de petits coips célestes dispersés en plus grande abondance dans certaines régions du ciel, où ils se meuvent avec rapidité, et (pi'ils deviennent visibles pour nous, loisque la terre , par son mouvement de rotation autour du soleil , se rapproche des régions où semblent se concentrer les orbites de ces espèces de corps. On petit consulter sur ce sujet le Mémoire très-intéressant de M. Quetelet {Catalogue des principa* les apparitions cT Etoiles filantes^ 1 839).
288, Les aérolithes y dont la chute a été constatée partant d'observations authentiques , ne paraissent pas être sans analogie avec les étoiles filantes.
Depuis le commencement du siècle , on peut estimer à une centaine environ le nombre des aérolithes qui sont tombés en Europe seulement, et dont la chute a été bien constatée. On peut regarder comme un fait général , qu'une fois arrivés près de la terre, ces météores se présentent sous l'apparence d'un globe de feu plus ou moins volumineux , animé d'une grande vitesse, laissant sa route , quelquefois sinueuse , marquée par une traînée de lumière qui persiste pendant quelques secondes ou même pendant quelques minutes; ce globe éclate, soit dans Fatmocphère, soit au moment de son contact avec la terre , et les firagmenis en sont dispersés à diverses distances. Tous les fragments qui ont été recueillis , sont recouverts en tout ou en partie d'une co^ide d^apparence vitreuse , et l'analyse chimique a constaté que fc*"" composition diffère de celle de tous les minerais connus, que k fer tn fiBÛt essenûellemeiit partie, et le nick&l tres-60uv€iit«
UTUS Tm. -^ METË0MLIN3B. 747
GHAPETRE IT.
De rdcctiicité aùBO^liëfiqiie.
— Otto de Gueiicktf, bourguemestre de Magdebouig, et célèbre ATeateur de la machine pueumatique , fut le {weinier qui découvrit quelque appareuce de lumière électrique. Le docteur iVall, presque à la même époque, en excitant rélectrîcité sur un ;rand cylindre d*ambre , observa une étincelle plus vive et un )niit beaucoup plus fort; et, chose digne de remarque, cette crémière étincelle produite par la main des hommes fut à Fintaat comparée aux édats de la foudre. Cette lumière et ce raquement, dit Wall dans son Mémoire (Trans. philos.) y pa- ^is^nt en quelque façon représenter le tonnerre et F éclair. < analogie était frappante, il ne fallait que de l'imagination pour i saisir ; mais pour en démontrer la vérité , pour trouver dans n phénomène si petit les causes et les lois du plus grand phé- <Hnène de la nature, il fallait une série de preuves que Ton e pouvait attendre que d'un génie supérieur. Cepeudunt plu- ^urs physiciens cherchaient ces preuves dans des rapprocheleots plus ou moins ingénieux : les uns remarquaient que étioceUe est crochue comme Téclair , d'autres pensaient que le )imerre est entre les mains de la nature ce que Télectricité est itre les nôtres : « J^avooe que cette idée me plairait beaucoup, isait Tabbé Nollet, si elle était bien soutenue ; et, pour la sou- 'oir, combien déraisons spécieuses, etc. » Enfin, tout se passait i raisonnements qui ne pouvaient rien conclure , parce qii^ea lysique, c'est Texpérience seule qui doit donner ses conclusions, endant que Ton raisonnait ainsi en Europe et dans tout rancieii tonde saTant sur cette grande question, Ton expérimentait en Amé* c[ue, chez uq peuple nouveau, à peine connu dans les sciepces, • ces expériences s'attaquaient directement à la foudre. Franklin ouvait le moyen de la faire descendre du del pour Tinterroger le-méme sur son origine. Après avoir fSût plusieurs découvertes
748 LIVRE VUI. — MÉTÉdllOLOGIE.
électriques , particulièrement sur la bouteille de Leyde et sur le pouvoir des pointes, Franklin eut la pensée hardie d'aller chercher r électricité au sein des nuages ; il avait conclu de quelques expériences décisives qu'une tige de métal pointue, élevée à une grande hauteur , au sommet d'un édifice , devait recevoir Félectricité des nuées orageuses. U attendait avec une grande anxiété la construction d'un clocher que l'on devait à cette époque élever à Philadelphie ; mais, lassé d'attendre et impatient d'exécuter une expérience qui devait lever tous les doutes , il eut recours à un autre moyen plus expédiûf et non moins sur pour les résultats. Comme il ne s'agissait que de porter un corps dans It région du tonnerre, c'est-à-dire à une assez grande hauteur dans les airs, Franklin imagina que le cerf- volant, dont s'amusent les enfants , pouvait lui servir aussi bien qu'aucun clodier que ce p\t être. Il prépara donc deux bâtons en croix, un mouchoir de soie, une corde d'une longueur convenable, et, profitant du premier orage, il s'en (ut dans les champs tenter l'expérience. Une seule personne l'accompagnait : c'était son fik. Craignant le ridicule dont on ne manque pas de couvrir les essais infructueux , comme il le dit avec ingénuité , il n'avait voulu mettre personne dans sa confidence. Lo cerf-volant était lancé. Un nuage qui promettait beaucoup n'avait produit aucun effet ; d'autres nuages s'avançaient , et l'on peut juger de l'inquiétude avec laquelle ils étaient attendus. Tout paraissait tranquille , on ne voyait aucune étincelle, aucun signe électrique ; à la fin, cependant, quelques filaments de la corde commençaient à se soulever comme s'ils eussent été repoussés ; un petit bruissement se fit entendre : encouragé par ces apparences électriques, Frankhn présente le doigt à l'extrémité de la corde , et voit paraître à l'instant une vive étincelle qui lut bientôt suivie de plusieurs autres. Ainsi, pour la prtjmière fois, le génie de l'homme put se jouer avec la foudre et surprendre le secret de son existence.
L'expérience de Franklin eut lieu en juin 1752; elle fiit répétée dans tous les pays savants , et partout avec le même succès. Un magistrat français, de Romas, assesseur au présîdial de Nerac, profitant de la première pensée de Franklin , qui avait ete publiée en France , avait imaginé aussi de substituer le cerfvolant aux barres élevées; et dès le mois de juin 1753, ànnt