‹ Élémens des sciences naturellesChapitre 81 sur 147 · DES ANIMADX EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DES ANIMADX EN GÉNÉRAL

qu’à ce qu’il ait acquis assez Je consistance pour subvenir à ses besoins; ces animaux sont dits alors ovipares : tantôt la femelle, fécondée d’avance, conserve ses germes à l’intérieur, et les nourrit dans un organe appelé une matrice , spécialement destiné à cet usage. Ils ne sortent de son corps et ne s’en séparent qu’avec la forme qu’ils doivent conserver. Ces animaux sont dans ce cas appelés vivipares.

Les ovipares, ou les animaux qui pondent des œufs , présentent encore une double modification. Les uns ne les abandonnent que lorsqu’ils ont été vivifiés dans leur intérieur, et alors leur coque est le plus ordinairement solide ou cornée, et la fécondation s’opère Je plus ordinairement dans l'air ; les autres, et les poissons, les grenouilles, quelques insectes, et beaucoup de muUusques sont dans ce cas, abandonnent leurs œufs avant qu’ils soient fécondés ; ces œufs ne sont animés, vivifiés qu’à l'extérieur, et ordinairement cette opération a lieu dans l eau. On observe aussi parmi les ovipares'deux autres circonstances remarquables : dans l'une, les œufs ne sont pas réellement pondus , ils éclosent dans le corps de leur mère, qui conserve ainsi ses germes jusqu’à ce qu’ils aient acquis la solidité nécessaire pour être déposés dans les lieux convenables à leur développement. Ces espèces qui se rencontrent dans les classes très-différentes , sont dites faussement vivipares ,ou mieux ovovivipares. L'autre circonstance notable dans le développement des ovipares , c’est qu’il j eu a un très-grand nombre qui, en sortant de l'œuf, n’ont en aucune manière la forme, la structure, ni les mœurs qu’avoient leurs parens à l'époque où ils les ont engendrés.

Ils ont des apparences tout à-fait différentes , et ils subissent dans le cours de leur existence limitée, plusieurs transformations ou métamorphoses successives. Tels sont en particulier les grenouilles et autres genres voisins, et toute la classe des insectes.

Ce qui caractérise encore les animaux d’une manière plus manifeste que la cavité digestive, c’est l’existence de la faculté locomotrice ou de la motilité (232) pibduite chez eux par la Jibremotrice, contractile, qu’on nomme aussi charnue ou musculaire. Cetis.su est formé de filamens excessivement ténus ,

susceptibles de se raccourcir et de mouvoir ainsi les parties sur lesquelles ces filamens sont fixés. Ces fibres sont distribuées dans les diverses parties du corps , et elles produisent tous les mouvemens intérieurs et extérieurs. Quand elles sont réunies en faisceau, dont l'ensemble coopère à une même action, ce faisceau se nomme un muscée. 11 y a dans un animal autant de muscles différens qu'il y a de mouvemeus simples , possibles; et le plus ordinairement, pour rétablir les parties dans l'état où elles étaient avant d être mues , il existe d’autres faisceaux de fibres destinées à produire l’effet contraire, et qu’on appelle à cause de cela muscles antagonistes.

L'élément de la fibre motrice, considéré chimiquement, paroit résider dans une matière appelée fibrine (662), qui ne se dissout pas dans l'eau bouillante, que l’on retrouve fluide dans le sang , que l’on peut liquéfier dans les eaux alcalines , et en précipiter par l’action neutralisante des acides, et qui offre, plusieurs autres caractères chimiques à l'aide desquels on dénote la présence de la fibre motrice dans beaucoup d’organes différens.

L’action de l'électricité voltaïque démontre aussi la présence de ce principe du mouvement , par les contractions subites qu’elle détermine sur les parties qui reçoivent la fibrine dans leur texture.

Les autres organes destinés aux mouvemens sont tout-à fait passifs ; tantôt ils sont disposés au-dehors sous l’apparence de membranes, de légumens plus ou moins solides ; tantôt sous forme de croûtes ou de gaines, dans l'intérieur desquelles les muscles se trouvent placés. La solidité de ces parties, leur structure , leurs articulations, leurs mouvemens sont coordonnés avec la manière de vivre des animaux ; ces croûtes, ces tests, ces écailles, ces coquilles, ces étuis sont de nature calcaire ou cornée , et subordonnés, pour la consistance , aux efforts qu’ils ont à soutenir; les plus mous , comme on le conçoit , ne pouvant exercer leurs mouvemens que dans des fluides liquides.

Dans les animaux qui paroissent le mieux organisés sous le rapport des mouvemens ,

ET DE LEURS FONCTIONS

et qui par cela même jouissent d’un plus grand nombre de facultés, les parties solides articulées qui protègent et modifient les formes de leurs corps , en même temps quelles en déterminent la mobilité, sont presque en totalité situées au-dedans. Elles font l'office de leviers articulés , et sont nommées des os, dont l’ensemble ^ortele nom de squelette osseux. Tous aboutissent à une tige centrale , sorte de colonne creuse et mobile, appelée échine , et dont les pièces , plus ou moins solides et nombreuses , le plus ordinairement destinées à semouvoir les unes sur les autres , portent le nom de vertèbres. Chez tous ceux qu’on dit à cause de cela vertébrés , la lige moyenne se termine d’un côte par la tête. Celle partie élargie renferme dans sa cavité intérieure la plus grande masse de la matière animale qui donne la sensibilité; elle loge le plus ordinairement quatre des organes des sens , et de plus elle réunit tous les instrumeus propres à la préhension , à la division des alimens , et qui constituent la bouche ; souvent même c'est dans la tête que se trouvent situés les organes qui facilitent ou même qui produisent l acté mécanique de la respiration. Enfin le plus souvent cette échine se prolonge en arrière pour former la queue.

Tous les animaux paroissent jouir de la sensibilité (232) ; iis perçoivent l'action que les autres corps peuvent exercer sur eux par leurs propriétés. Ils sont sensibles : ils ont la conscience de leur existence, et ils éprouvent le besoin continuel de la conserver , car ils ressentent le plaisir et la douleur, pour chercher leur bien-être et fuir le danger. Ils ont une volonté qui paroît être transmise avec une rapidité excessive et instantanée dans tous ceux de leurs organes qui leur obéissent. Leur admirable machine est en outre appelée à apprécier les qualités des corps, à l'aide de certains appareils, ou d'éprouvettes, construits de manière à recevoir leur action par le contact le plus intime et sous quelque forme que ces corps se présentent : solides , liquides , fluides élastiques ou impondérables. Ces instrumens destinés aux perceptions extérieures qu'on nomme sensations , sont appelés organes des sens. Les parties intérieures, par l'intermède desquelles les animaux ont la conscience des perceptions internes , sont ^ comme celles qui aboutissent aux organes

des sens , des fibres spéciales d'une matière blanche et molle, que l'on désigne sous le nom de moelle nerueme, d’où proviennent ou qui reçoit des filamens plus solides ,mais contenant la même substance, qu'on a appelés des nerfs (663.) L’ensemble de cet appareil sensitif porte le nom de système nerveux.

Les nerfs vont pour la plupart en diminuant de grosseur lorsqu'ils se terminent dans les parties : ils paroissent également doués de la faculté de rapporter à l’animal les sensations diverses ou les perceptions que chacune de leurs parties a pu éprouver au-dehors, comme au-dedans du corps.

Cependant on n’a pas encore pu distinguer les nerfs dans une classe entière d’animaux, qui sont, pour la plupart, des éti'es trèsmous , ou d'une ténuité telle que leur organisation a pu les soustraire aux recherches de l'anatomie , même microscopique ; on ne peut pas cependant supposer qu’ils en soient totalement dépourvus. Comment imaginer en effet un être animé et non sentant?

ce défaut de sensibilité semblerait impliquer contradiction dans l’existence d un animal qui produit ou manifeste des mouvemens.

De fait, la plupart des animaux ont des nerfs bien distincts. Tantôt ces cordons , ou filets, proviennent d une tige ou d'un tronc central, situé dans la longueur de l’animal , présentant des renflemens ou des ganglions d'espace en espace , mais sans masse plus volumineuse dans la région correspondante à la tète ; tantôt les .animaux offrent au contraire dans celle partie, et souvent dans une sorte de boite protectrice qu’on nomme crâne, une portion très - développée de la masse nerveuse qui prend alors le nom de cerveau , d’où les principaux nerfs paroissent tirer leur origine. Les organes des sens (958) présentent aussi beaucoup de variétés importantes pour leur nombre, leur situation, leur perfection, surtout dans les dernières classes d'animaux.

Après avoir donné ainsi une ide'e générale des fonctions que les animaux remplissent à l’aide de leurs organes, nous pourrons faire connoitre l’influence que ces diverses facultés exercent les unes sur les autres , suivant leur plus ou moins de développement. Ces circonstances sont tellement im-

portantes clans la vie des animaux qu’elles ont permis de partager ces êtres en classes fort distinctes et très-naturelles, comme nous le ferons connoitre dans le chapitre suivant. Mais avant de nous livrer à cette étude nous croyons nécessaire d exposer quelques détails sur la structure physique et sur la composition des animaux. •

Comme tous les êtres vivans , les animaux sont formés de matières solides et de liquides ; de parties actives ou actuellement agissantes, et d autres qui sont élaborées ou qui doivent l'être , et qui résistent alors à la décomposition , à la putréfaction. La chimie peut analyser ces matériaux , mais non les reproduire , quand leurs principes constituans ont été une fois séparés. Étudiée sous le rapport physique ou anatomique , la substance matérielle des animaux peut se partager en principes solides et en fluides. Les solides ont une sorte de texture, aussi les nomrae-t-on des tiisus (hôS) ; ils s’unissent et se compliquent dans la plupart des organes. Les parties fluides, qu'on nomme des humeurs (664), quand elles sont liquides, ont moins d’adherence entre elles j leurs molécules glissent avec facilité les unes sur les autres j elles s'écoulent quand elles sont abandonnées à elles-mêmes j elles donnent naissance aux solides; elles sont en plus grande quantité et constamment en plus grande proportion. Les éiéraens chimiques des animaux sont rarement libres , ils entrent dans la composition des tissus et des humeurs , quelques uns se trouvent isolés; nous indiquerons les principaux. (665.)

Les tissus des animaux ont été distingués entre eux, soit par le mode apparent de leur assemblage , soit par la nature même des élémens qui les composent. Les principaux sont ceux que nous allons indiquer :

le celluleux (656), le fibro-gélalineux (657), le membraneux (658), le vasculaire (659), le glanduleux(660), l’osseux, cartilagineux ou corné (661), le fibrineux ou musculaire (662), enfin le tissu nerveux. (663.)

Le premier tissu, celui qui chez le plus grand nombre des animaux forme pour ainsi dire la tfame de tous leurs organes , en les liant les uns aux autres , en les enveloppant

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et les pénétrant par un entrelacement de fibrilles lâches, molles, tomenteuses, formant des vacuoles, des aréoles spongieuses qui se laissent facilement distendre par toutes les humeurs qui s’y déposent, a été désigné sous le nom de tissu cellulaire ou celluleux , de réticulaire ou parenchymateux.

Un autre assemblage de fibrilles peu alongeables, mais solides , tenaces et résistantes sur leur longueur, en même temps qu’elles sont flexibles et élastiques en travers , paroît uniquement destiné à communiquer le mouvement, à résister aux elTorts des puissances extérieures ; on le nomme tissuJibreux, lumineux , ligamenteux, ten~ dineux, apûnéaroticjue, cartilagineux ,0{x, par sa nature chimique , fihro-gélatineux , car il se dissout par l’action de l'eau bouillante , il forme de la colle ou de la gélatine en se coagulant, par le refroidissement, sous forme de gelée tremblante. La gélatine , privée d’eau, constitue les différentes colles animales peu solubles dans l’eau froide. Dans les arts, on retire cette matière des morceaux de peau et des membranes fibreuses , des bgamens , des tendons , des cartilages et même des os prives préalablement du phosphate de chaux. Parmi les ditTérens emplois auxquels on destine les colles, nous citerons celles dites de Flandre, d’Angleterre, qui servent aux menuisiers , aux ébénistes ; celles qui est employée par les chapeliers; celle de peaux de lapin, qu’on destine à la peinlure commune en détrempe. 11 y a ensuite des colles plus blanches qui servent aux papetiers , à la pharmacie, et même dans nos cuisines pourclarifier les vins, le café, et pour faire la base de certaines gelées sucrées et aromatisées.

Cette gélatine est la plus pure, on la nomme colle de poisson ou ichlkjocolle. (998.)

On désigne sous le nom de membranes ou de tissu membraneuxf une disposition de lames minces , souples , étendues en manière de toile , dont la structure varie ainsi que les msages physiologiques. Les unes sont tégumenlaires ou cutanées ; elles enveloppent le corps à sa superficie, elles permetteilt l'absorption , l’exhalation ; elles sont formées de plusieurs couches et elles ont beaucoup d’annexes, tels que les poils , les plumes, les ongles , les écailles , les croûtes,

ET DE LEURS FONCTIONS

les cornes , etc. ; d’autres membranes sont dites muqueuses ou folliculeuse.'. , parce qu’elles sécrètent dans leurs parois un liquide visqueux qui lubréfie leur face libre, laquelle tapisse intérieurement les cavités qui doivent communiquer avec le dehors de l’animal 5 enfin , il est des membranes qu’on nomme séreuses, parce que leur face intérieure, lisse et polie, laisse exhaler, par une sorte de perspiration vaporeuse, une humeur très-liquide. Elles forment des sacs sans ouvertures , qui sont minces , transparens et qui facilitent les mouvemens réciproques de tous les organes à la surface desquels ces membranes se réfléchissent sans les envelopper entièrement.

Le tissu vasculaire forme des tuyaux membraneux continus les uns aux autres , mais ramifiés pour contenir, recevoir, diriger les humeurs nutritives, depuis les organes où elles se préparent, jusque dans ceux où elles doivent se rendre pour servir à la nutrition, à la respiration, aux sécrétions.

Tous les organes qui sont destinés à produire des humeurs de sécrétions , soit pour les usages intérieurs, soit pour les transmettre au-dehors tantôt au moyen de canaux excrétoires , tantôt par de simples pertuis poreux, paroissent formés d’un tissu que Ion désigne sous le nom de glanduleux, lobulaire ou folliculeux. Ces organes présentent des granulations conglobées et rapprochées les unes des autres.

Le tissu osseux, cartilagineux , calcaire , corné , est formé par des parencbymes muqueux ou gélatineux, dans lesquels se déposent les parties les plus dures, les plus résistantes, qui protègent le corps et servent à ses mouvemens.

Le tissu fibrineux ou musculaire est composé de filamens plissés en zigzag , d'une nature chimique particulière nommée fi-' brine (648), sorte de principe immédiat qui ne se dissout pas dans l eau bouillante , mais dans les acides foibles. Ces fibrilles, le plus ordinairement disposées en faisceaux, jouissent de la faculté de se raccourcir en se contractant, et de produire ainsi tous les

mouvemens dont l'existence caractérise les animaux, qui tous ont des muscles ou un système fibrineux.

Enfin , le tissu nerueux est formé de cordons alongés et de filamens entrelacés sur leur longueur , d’où résultent des tuyaux rapprochés, dans l’intérieur desquels on trouve des prolongemens de la moelle cérébrale ou sensilive. Ce tissu s’étendant du centre à la circonférence, comme autant de rayons, transmet les sensations; il porte dans tous les organes, et surtout dans les muscles , l'ordre de la volonté. Ce sont ces nerfs qui animent les diverses parties du corps, en les liant entre elles par une sorte de consentement mutuel et sympathique , pour faire de tous les organes de l’animal un tout individuel, sentant dans toutes ses parties.

Les fluides des animaux doivent la mobilité de leurs molécules intégrantes, soit à l’action de la vie , soit à celle du calorique ou de l'eau. On les trouve dans les corps sous la forme de gazs , de vapeurs, ou de liquides dont la consistance varie. Les premiers ne sont que momentanément sous cette forme, car la plupart doivent être absorbés ou exhalés ; tels sont l’air atmosphérique qui pénètre dans les poumons et les trachées, et par conséquent les gazs oxigène, azote, acide carbonique , et ceux qui se rencontrent dans les intestins , comme l'hydrogène carboné ou sulfuré et l’ammoniaque.

Les fluides liquides portent plus particulièrement le nom i^humèurs ; tels sont le chyme , le chyle, la lymphe , le sang (967), les humeurs séreuses , albumineuses , muqueuses , salines, huileuses, etc., comme la matière de la sueur, la synovie, les mucosités nasales, bronchiques , intestinales ; les larmes, la salive, les urines, la bile ( 1223 ), la cétine ( 1239), la graisse, la moelle, le lait ( 1229 ) , etc.

Les élémens chimiques simples que l’on retrouve dans l’économie animale sont, parmi les ageus impondérables , le fluide calorique qui s'y développe, s'y conserve, s'y distribue , s’en échappe au moyen d’appareils particuliers ; la lumière et le fluide électrique que plusieurs animaux peuvent produire, recueillir, conserver ou transmet-

DE LA CLASSIFICATION DES ANIMAUX

tre par des organes spéciaux. Puis, parmi les gazs simples , l’azote , qui entre dans la composition de la plupart de leurs tissus ; l'hydrogène , qui est un des élémens de la lymphe, de la bile , de la graisse ; l’oxigène, que tous les animaux absorbent dans l'acte de la l’espiration , et qui entre aussi dans la

composition de leurs liquides. Enfin on retrouve dans les différentes parties du corps le carbone en très-grande quantité, ainsi que la chaux , la soude, le fer, etc., qui servent de bases à plusieurs sels formes paries acides carbonique et pbosphorique.

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