ZOOPHVTES
En donnant une idée de la vie, et en exposant les différences qui existent entre les végétaux et les animaux ( 229 j , nous avons indiqué comment les organes de la nutrition avoient dû être modifiés par la faculté locomotile ; leur mode de reproduction est également en rapport avec leurs fonctions animales, qui ont permis beaucoup de moyens qui ne se rencontrent pas dans les plantes. Ainsi, comme l'animal peut aller trouver ou recevoir l’individu fécondant, et que le rapprochement peut être intime ou immédiat, les hermaphrodites, parmi les animaux, n’ont été observés que parmi les moins motiles ; la vivification des germes s’opère par une liqueur, et les organes persistent après la fécondation, comme les in¬
dividus. Dans les végétaux, au contraire, les deux sexes, lorsqu’ils sont séparés , ne se transportent pas d’eux-mêmes l’un vers l’autre par leur propre volonté ; la matière fécondante du mâle, le pollen, renfermé dans des globules ou utricules solides, est transporté par l’atmosphère comme par une sorte de véhicule, et l'organe qui sert à la reproduction est détruit complètement après l’acte qui a multiplié l’espèce , il se flétrit, se fane en partie ; enfin il se détache et tombe tout entier avec la semence qu’il contient , lorsque celle-ci est parvenue à son point de maturité.,
La motilité et la sensibilité n’exercent pas une moindre influence l’une sur l’autre; ou, ce qui est un fait réel, les organes qui per-
DE LA CLASSIFICATION DES ANIMAUX
roeîtent ces deux facultés sont liés par tant de rapports, que les modifications de l'une, entraînent forcément des changemens dans l’autre. D’abord il répugne à la pensée d’isoler ou de séparer ces deux facultés animales. Cette supposition ne seroit pas d'accord avec la prévoyance infinie qui a réglé tous les faits de la nature. Quand on conçoit qu'un mouvement produit est volontaire , on doit croire qu'il y a eu de la part de l’animal une perception, une détermination opérée par une sensation agréable ou pénible j car toute sensation qui lui convient ou qui lui nuit appelle bientôt de sa part l'acte ou le mouvement qui l'éloigne ou celui qui le rapproche de l'objet dont il est affecté. C’est ainsi que le milieu dans lequel l'animal est appelé à vivre, par cela même qu'il semble avoir nécessité des modifications dans le mouvement, a dû entrainer de plus grandes différences dans les organes des sens.
Les animaux les plus simples ont dû se trouver dans l’eau ; car cette eau portant vci's eux la nourriture, la nature a permis que plusieurs fussent peu mobiles, qu'ils fussent privés d'un ou de plusieurs des orgauesdes sens, qu'ils eussent un grand nombre de bouches , que l’orifice de leur tube digestif ne fût muni d'aucun instrument, enfin qu’ils pussent se reproduire à la manière des plantes par gemmes, par hermaphroditisme ou par androgynie.
Les organes du mouvement, au contraire, et ceux des .sensations ont été excessivement et simultanément développés dans ceux des animaux terrestres qui avoient besoin de saisir une proie qui les fuit et qui leur échappe s'ils ne la poursuivent, ne l’atteignent et ne la -détruisent après l'avoir découverte à l'aide de la perspicaéité de quelques uns de leurs sens, éminemment exaltés dans ce but ; ou s'ils ne sont armés de quelques moyens qui puissent paralyser subitement leurs victimes.
En considérant les principales modifications que les animaux éprouvent dans leurs tondions ou dans les organes qui sont destinés à les remplir, voici un aperçu rapide de la série suivant laquelle les animaux se plâceroient, si l'on faisoit abstraction de
cette subordination que nous avons cru reconnoître dans les articles qui précèdent.
Sous le rapport des facultés communes ou réparatrices des individus ou de leur race, nous étudierons d'abord les fonctions nutritives ou la digestion, la circulation, la respiration et les sécrétions ; secondement, la faculté reproductrice et les appareils générateurs; troisièmement, nous rappellerons les principales modifications des organes de la vie active ou animale , comme ceux de la motilité et de la sensibilité, qui ont servi de base à la classification que nous adoptons, et dont l’analyse se trouve exprimée dans le Tableau synoptique qui précède. (677.)
Les principaux modes de là digestion dans les différentes classes , sont d’abord une simple absorption de liquides au-dehors par un grand nombre de pores analogues à ceux des racines des plantes, comme dans les rhizostomes parmi les zoophytes ; tantôt par un seul orifice destiné à l'eiitrée et à la sortie, telles sont les actinies ; tantôt, et c’est le cas le plus général, le canal digestif reçoit les alimens par l'une de ses extrémités, qui est la bouche, et laisse échapper par l'autre le résidu des matières qui ont été digérées. La bouche elle-même est armée de dents de formes variables, comme dans les mammifères , les reptiles, les poissons ; tantôt elle est munie d’un bec corné, comme dans les oiseaux, les tortues, les têtards des grenouilles, les sèches ; le tube digestif lui-même est tantôt dilaté pour former un estomac et d'autres renfleraens qui ont reçu des noms divers ; tantôt il est simple ou sans dilatation dans la longueur. Comme annexes des organes digestifs, l’absence ou la présence de certains sucs qui s’unissent aux alimens, et qui sont sécre'tés par des organes particuliers, tels que la salive, la bile, le suc pancréatique. Enfin, il est des exemples d'animaux qui offrent de grandes différences, sous ce rapport, dans les diverses époques de leur vie, sans cesser d'être les mêmes êü'es, tels que les hydrophiles , parmi les insectes, qui deviennent herbivores , de carnassiers qu'ils éloient sous la forme de larves; et les têtards des grenouilles et des crapauds, parmi les reptiles, qui sont carnassiers sous l’état parfait, après s’ètre uniquement nourris de végétaux dans leur premier âge, ou sous leur première forme.
D’APRÈS LEURS FONCTIONS
On ne connoît point les organes de la circulation dans les zoophytes et les insectes, et tout porte à croire que la nutrition des parties s’opère chez eux par simple imbibition. Cette circulation est simple dans les vers, les crustacés et les poissons; elle est partielle, ou la totalité du sang ne passe pas dans les poumons, chez les reptiles et les mollusques ; elle est double dans les mammifères et les oiseaux. De même la respiration se fait au dehors ou à la surface dans les zoophytes comme dans les plantes : elle a lieu par des branchies dans les poissons, les crustacés et les mollusques; elle se fait par des trachées qui portent l’air dans toutes les parties du corps chez les insectes. Enfin elle s’opère par des poumons plus ou moins compliqués dans les reptiles, les oiseaux, les mammifères. Les organes des sécrétions ne sont pas encore assez connus dans les modifications générales qu’ils peuvent offrir, pour que nous les exposions ici.
Les organes de la reproduction paroLsent ne pas exister chez certains animaux qui propagent leur race par la séparation qui s’opère de quelques parties de leur corps, sur lesquelles les portions qui manquent se développent , comme dans les boutures , les drageons des végétaux; tels sont les polypés parmi les zoophytes. Chez d’autres , comme les helminthes, les modes de génération sont encore ignorés. Les autres, et c’est le plus grand nombre , ont des organes m.âles et femelles, ou des sexes tantôt réunis dans un même individu , comme on l’observe dans les mollusques, dont les uns, qui sont les gastropodes en particulier , ont un besoin réciproque d’accouplement et sont hermaphrodites, et les autres, privés pour la plupart des moyens de locomotion, se fécondent eux-mêmes, et sont dit alors androgynes, comme les acéphales. De même aussi les animaux considérés sous ce point de vue de la génération, se séparent de leurs germes sous forme d’œufs , et sont dits ovipares , soit que ces œufs soient fécondés avant ou après qu'ils ont été pondus : ce dernier cas est celui des- poissons, et des batraciens parmi les reptiles. Les oiseaux , la plupart des autres reptiles , les crustacés , presque tous les insectes, les mollusques , les vers sont dans la première catégorie. Un
petit nombre d'animaux de diverses classe.s sont faussement vivipares ou ovovivipares , c’est-à-dire que leurs œufs, fécondés dans leur intérieur, y éclosent, taudis que la seule classe des mammifères nous oATre un exemple de véritables vivipares, dont les petits ne se séparent de leur mère qu’avec la forme qu’ils doivent conserver.
Nous avons déjà vu que, sous le rapport des organes du mouvement, les animaux pouvoient être distingués en vertébrés , tels que les mammifères , les oiseaux, les reptiles et les poissons, et en invertébrés. Tantôt ceux-ci ont le tronc articule , soit avec des membres ou des pattes à plusieurs join • tures , comme les crustacés et les insectes, soit sans appendices latéraux, formés de pièces mobiles les unes sur les autres, comme les vers ; tantôt leur tronc n’est pas articulé ; tels sont les mollusques et les zoopbytes. Le nombre des membres varie beaucoup ; les vertébrés n’en ont que quatre, presque tous les insectes n’en ont que six, les aranéïdes huit, les crustacés dix ou plus, les myriapodes quelquefois jusqu à cent et au-delà. La forme et les usages de ces membres ou de ces pattes varient, et déterminent chez les animaux toutes les sortes de mouvemens pour marcher , courir, sauter , nager , voler, ramper, grimper, saisir, étreindre, écarter, porter , etc. , enfin pour toutes les actions extérieures de leurvieanimale , actions qui varient excessivement ; ainsi les animaux sont terrestres , aériens, aquatiques : ils marchent, volent, nagent ou plongent. Mais parmi ceux qui volent, comme les oiseaux et les insectes, on trouveroit les chiroptères , les dragons,les exocets , de classes très-distinctes ; ainsi encore parmi ceux qui nagent ou plongent, on placeroit les cétacés, les plongeons, les triions, les crustacés, les mollusques; parmi ceux qui sautent, les gerboises , les kanguroos, les pies y les podures , les puces , etc.
Enfin les organes de la sensibilité sont toujours en rapport avec la faculté de se mouvoir, et d’autant plus développés que les êtres sont plus animés. Les organes des sens surtout sont modifiés par les milieux dans lesquels les animaux sont appelés à vivre. La vue manque chez tous ceux qui vivent dans des lieux où la lumière ne doit
DES ZOOPHYTES
pas parvenir ; i'odorat n'est plus le même dans les animaux qui ne respirent pas l’air ; le goût, le toucher, l’ouïe sont toujours relatifs à la nécessité dans laquelle les animaux
se sont trouvés, tantôt d’avaler leur proie sans la mâcher, tantôt d’être mis à l’abri de toute attaque extérieure et à distance.