CIRCULATION DES POISSONS
L'orifice auriculo-ventriculaire est muni d'une valvule, formée de deux lames membraneuses (il y en a quatre dans VAmia, six dans le Pohjpterus et le Lepidostus) ; elle permet le passage du sang de l'oreillette dans le ventricule, mais empêche son reflux, en sens inverse. Des valvules sigmoïdes existent aussi à l'orifice de sortie du ventricule, ou orifice artériel. Une seule artère s'échappe du ventricule. Elle occupe la hgne médiane ventrale du corps, et se dirige en avant.
Chez les Sélaciens et les Ganoïdes, la portion initiale de cette artère est renflée et fortement musculeuse. C'est le cône artériel, qui contient 3 ou 4 étages de valvules en nids de pigeon, dont chacun possède de 2 à 9 valvules, empêchant le reflux du sang
Fjg. 576. — Schéma de la portion centrale de l'appareil circulatoire des Poissons. — SVS, sinus des veines cardinales antérieures ; /-/F, les quatre arcs aorliques; les autres lettres comme dans la planche VI.
Fi^. 577 — Bulbe aortique de Lamna ouvert pour montrer les trois rangs de valvules, v, et l'épaisse paroi musculaire, m (Huxley).
dans le ventricule (fig. 577). Ce cône artériel n'existe pas chez les TÉLÉosTÉEiNs, l'aorte ne présente qu'un court bulbe aortique, dont les valvules sigmoïdes correspondent à celles de l'étage supérieur chez les Sélaciens.
L'aorte primitive donne naissance à droite et à gauche aux vaisseaux branchiaux (fig. 576, 1-IV). Ceux-ci naissent par paires et en nombre correspondant à. celui des branchies. Ce nombre, en général de 4 paires, peut donc varier, suivant les types, de 3 à 7 paires. Ces vaisseaux se résolvent en capillaires dans les branchies, et le sang hématose sort de l'appareil respiratoire par un nombre de vaisseaux égal à celui des vaisseaux qui l'ont amené.
Les vaisseaux efîérents ou épibranchiaux débouchent dans les deux racines aorliques, courant parallèlement, l'une h droite,
l'autre à gauche (Pl. VI, RA). En avant, ces deux aortes sont réunies par une anastomose transversale, le cercle céphalique{cc) d'où partent les carotides (c) : carotides externes^ dans le prolongement des racines aortiques ; carotides inlei-nes, plus rapprochées de la ligne médiane.
C'est dans ce vaisseau circulaire qu'aboutit l'artère hyoïdienne venant de la pseudobranchie, et recevant le sang du premier vaisseau épibranchial.
En arrière, les racines aortiques se réunissent en une aorte commune médiane (/le), qui donne naissance à un grand nombre d'artères, dont la principale e^iV artère cœliaque [Te), destinée à l'irrigation de la rate et des viscères dépendant de l'appareil digestif.
Il faut encore citer les artèt^es rénales {ar) nombreuses, et les artères génitales (ag). A la partie postérieure, l'aorte est enfermée dans un canal formé par les prolongements ventraux de la colonne vertébrale (arcs hémaux).
Le sang désoxygéné est ramené au sinus veineux par deux canaux symétriques, les canaux de Cuvier {Ce), où se rassemble le sang de toutes les parties du corps. De la tête, le sang revient par les veines cardinales antérieures {Ca); de la région thoracique par les veines sous-clavières [Sel) ; les veines de la région abdominale sont plus compliquées :
1° Une partie du sang traverse les reins {système porte rénal) et arrive au sinus veineux par la veine cardinale postérieure {Cp); 2° une autre partie y arrive directement par les grandes veities latérales { VI) ; 3° enfin une troisième partie arrive dans la veine porte hépatique {vp), qui colhge le sang de l'intestin et le mène dans le foie {système porte hépatique). Il en sort par les veines sushépatiques, qui arrivent directement au sinus veineux {vsh et fig. 576, Vsh).
Des anastomoses unissent d'ailleurs ces divers systèmes et permettent au sang des trajets assez variables.'
Circulation des Dipneustes (fig. 578). — La transformation de l'appareil respiratoire chez les Dipneustes entraine une modification consécutive dans l'appareil circulatoire. L'oreillette se divise en deux parties par une cloison fibreuse, musculaire et incomplète chez le Lepidosiren : la cavité droite, recevant le sang du poumon, plus une certaine quantité de celui qui revient du corps, renferme du sang mixte; la cavité gauche reçoit le reste du sang veineux, sans mélange.
A son tour le ventricule est divisé par une cloison en deux parties correspondant aux deux oreillettes. Mais celte cloison,
CIRCULATION DES DIPNEUSTES.
toujours incomplète, n'empêche pas d'une façon absolue le mélange des deux sangs.
Enfin, le cône artériel lui-même présente un septum médian, qui le divise en deux rampes, communiquant chacune avec une des parties du cœur. Cette cloison est un peu contournée en spirale, si bien que, sagittale à la base du cône artériel, elle devient à son sommet parallèle au plan frontal, et les deux rampes sont placées l'une devant l'autre. La rampe communiquant avec la cavité gauche du cœur conduit aux deux premiers arcs aortiques, la rampe droite aux deux arcs aortiques postérieurs. La cloison est incomplète chez le Ceralodus. De cette disposition il résulte que les deux premiers arcs aortiques reçoivent, par la partie gauche du cœur, du sang en partie artérilisé dans le poumon, — si toutefois celui-ci fonctionne — , ou plus exactement du sang mélangé ; les deux derniers arcs reçoivent du sang noir sans mélange. Le vaisseau afférent du poumon tire son origine du 4° vaisseau branchial efférent ; il contient donc du sang déjà oxygéné dans les branchies. Celui-ci, après avoir traversé le poumon, revient au cœur, et est transporté de nouveau dans les branchies des deux premières paires.
Dans le cas où le poumon ne fonctionne pas, la circulation est donc identique à celle des Poissons, le poumon recevant du sang oxygéné, comme un organe quelconque du corps. Si le poumon fonctionne au contraire, la circulation des Dipneuslcs est tout à fait comparable à celle des Batraciens, et en particulier des Pcrennibranches.
Fig. 578. — Appareil central de la circulation de Ceratodus. — 0, oreillette; F,ventricule ; la, 4a, artères branchiales; tv, veines branchiales ; p, artère pulmonaire droite; artère pulmonaire gauche; ac, aorte commune; ci, carotide interne ; cœ, tronc cœliaqiie ; œ, artère œsophagienne (I); s, Si, sous-clavicros droite et gauche (Boas).
(1) Il en part sans doute aussi uuc, de l'artère droite.
B. Batraciens. — Le cœur des Batraciens présente des rapports étroits avec celui des Dipneustes. .
Il est, sauf chez les Gymnopinones, placé dans la région tout à fait antérieure de la cavité générale, et présente toujours 3 cavités : deux oreillettes et un ventricule unique. Les deux oreillettes sont tout à fait distinctes chez les Anoures; mais la cloison qui les sépare peut être percée, chez les Urodèles, d oriBces qui font communiquer les deux cavités. Le sinus veineux est lui-même divisé en deux parties, correspondant chacune à une oreillette.
Ces deux parties sont fort inégales : la plus petite, placée à gauche, reçoit le sang de la veine pulmonaire ; c'est du sang oxygéné. La plus grande reçoit le sang veineux qui revient du corps par les veines caves. Le ventricule est toujours unique, bien que, chez les Anoures, il présente déjà un rudiment de cloison médiane. Le sang s'échappe du ventricule par l'intermédiaire d'un cône artériel, rappelant celui des Sélaciens et des Dipneustes, auquel fait suite le tronc aortique proprement dit. Trois valvules séparent le ventricule du cône artériel ; quatre ferment l'entrée du tronc aortique.
De celui-ci partent les arcs aortiques, dont la disposition varie beaucoup suivant les types auxquels on s'adresse, mais dont l'étude comparative est extrêmement importante :
Dans la période larvaire, au moment où le jeune Batracien possède des branchies, il existe quatre paires d'arcs aortiques, partant tous du tronc aortique en des points rapprochés les uns des autres, au lieu d'être espacés comme chez les Poissons (Planche Vil, fig. B). Bien que le sang artériel de l'oreillette gauche et le sangveineux de l'oreillette droite arrivent l'un et l'autre dans le ventricule commun, les divers arcs ne reçoivent pas identiquement un mélange égal des deux sangs : Un septum longitudinal, disposé comme celui des Dipneustes, divise en efl'etle bulbe aortique en deux rampes : la rampe antérieure, qui part de la partie gauche du ventricule, communique avec les deux premiers arcs aortiques ; tandis que la rampe postérieure va de la partie droite du cœur aux deux arcs aortiques postérieurs. Le sang artériel de l'oreillette gauche arrive le premier dans le ventricule, et se rend dans la rampe gauche, qu'il rencontre tout de suite sur son trajet et qui lui offre un passage plus facile. Il se rend donc surtout aux deux premiers arcs. Le sang veineux de l'oreillette droite, trouvant la rampe gauche déjà remplie, ne peut plus prendre que la rampe droite, et arrive par suite aux arcs postérieurs.
Des quatre arcs, les trois premiers se rendent aux branchies (^î'i-s) (au nombre de trois, on se le rappelle, chez les Têtards);