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PREFACE

La science ne consiste pas en faits, mais dans les conséquences qu'on en tire.

Claude BsaxAaD.

La première partie de mon Anatomie et Physiologie générales ayant paru en iSgS, il ne m'a pas été possible de la faire suivre par la seconde partie aussi rapidement que je me Tétais d'abord proposé. Si je publie aujourd'hui seulement cette dernière, les retards qu'elle a subis ne lui auront cependant pas été préjudiciables, j'ose Tespérer du moins. Les cinq années qui viennent de s'écouler ont été, en effet, remarquablement fécondes en recherches et en discussions fructueuses sur les questions fondamentales de l'Anatomie et de la Physiologie générales, et, en particulier, sur les problèmes dont l'étude forme une partie considérable du présent livre.

La part aclive que j'ai prise à ces controverses explique le temps d'arrêt qu'a subi mon ouvrage. Ce temps, j'ai dû le consacrer à me faire une opinion personnelle sur des vues très répandues avec lesquelles ne peuvent, à mon sens, s'accorder maintes questions fondamentales de l'Anatomie et de la Physiologie générales. De ces recherches sont nées mes « Zeit- und Streit/ragen der Bio~ logie ».

Dans une première publication : « Praeformation oder Epige-

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nese ? Grundzuge einer EnUvicklungstheorie der Organismen », j ai pris position dans la question du Néo-Darwinisme, nom sous lequel on désigne souvent la tendance qui s'affirme surtout dans les nombreux travaux de Weismann sur Thérédité, sur le plasma germinatif, sur l'omnipotence de la sélection naturelle, sur la sélection germinale, etc. Dans un second écrit polémique: « Mechanik und Biologie », j'ai examiné les idées de Roux et me suis occupé de sa mécanique du développement, qui a donné lieu à la « théorie de la mosaïque ».

Ces deux études doivent être comptées comme des travaux préliminaires à la seconde partie de mon traité. En la publiant je pense avoir rempli le programme que je me traçais en 1898 dans la préface de la « Cellule ». Comme complément de mon Traité d'Embryologie, je discute à présent, aux points de vue les plus divers, le côté physiologique du processus du développe-menty l'histogenèse, et surtout les causes physiologiques de la formation des tissus et des organes.

En parcourant les 21 chapitres de l'ouvrage, on constatera que j'ai exposé en détail la loi de causalité dans son application à l'organisme, les lois de la division du travail et de l'intégration physiologiques, les facteurs internes et externes du développement organique, et, enfin, le problème de la transmission héréditaire des caractères acquis et la loi biogénétique fondamentale. En toutes ces questions, je me suis constamment efîorcé de faire de l'organisme-cellule avec ses propriétés analomiques et physiologiques la base de mon exposé, et de trouver en lui le fondement d'une théorie scientifique du développement. De là le nom sous lequel je groupe l'ensemble de vues auquel je suis parvenu. En l'appelant théorie de la biogenèse, j'entends d'abord marquer nettement la différence qui sépare cette ihéorie des doctrines de l'épigenèse, de la pangenèse, du plasma germinatif, delà mosaïque et de Tidioplasma, attendu qu'elle s'écarte en bien des points de la façon de voir des autres chercheurs ; je veux ensuite faire res-

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sortir, par son nom nnême, le rôle prépondérant qu'elle attribue à la cellule comme unité vitale élémè'ntaire du monde organisé.

J'ai, ce qui n'avait pas encore élé tenté, réuni et coordonné dans le cadre d'un exposé didactique une foule de faits jusqu'à présent disséminés dans les publications périodiques de médecine et de biologie. En outre, diverses considérations théoriques font l'objet de discussions qui traversent toute la série des chapitres comme des fils conducteurs. En ce qui concerne ces derniers, peut-être pourra-t-on leur reprocher un caractère subjectif un peu trop accentué pour un traité écrit en vue de l'enseignement, et peut-être regrettera-t-on d'y entendre résonner comme un écho des polémiques de ces dix dernières années.

Je suis le premier à m'en rendre compte, lorsque je considère mon œuvre en critique aussi désintéressé qu'on peut l'être dans ce cas. Mais mon excuse sera, en premier lieu, que les doctrines actuellement en présence sont par leur nature même radicalement inconciliables, et ensuite, qu'il s'agit ici de questions d'une portée très étendue et très générale. Il importe à tout biologiste de se faire, sur ces questions une opinion nette^ arrêtée, bien qu'elles ne puissent actuellement se démontrer de la même façon que beaucoup de théorèmes fondamentaux de la physique et de la chimie. Je crois d'ailleurs que ce qui pourra être un motif de blâme aux yeux des uns paraîtra un avantage aux yeux de beaucoup d'autres, ne fût-ce que par l'intérêt plus vif que prête aux matières traitées un mode d'exposition animé et personnel.

Le lecteur tenté de me blâmer voudra bien en tous cas, reconnaître que j'ai tiré parti, comme point de départ et comme fondement de toutes mes considérations théoriques, de tout le matériel de faits que nous ont livré l'observation et l'expérimentation, et il conviendra que c'est sur cette base positive que je me suis efforcé, dans toutes les questions traitées, de me faire une opinion personnelle. Il m'accordera aussi que je suis le premier à avoir groupé les problèmes fondamentaux de l'anato-

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mie et de la physiologie générales, les observations et expériences d'importance capitale qui ne se trouvent généralement pas dans les autres traités, et d'en avoir fait l'objet d'un exposé coordonné, méthodique et complet.

L'étude de l'anatomie et de la physiologie générales porte en elle des germes féconds près d'éclore; puivssent les pages qui vont suivre lui conquérir des amis, et des collaborateurs, dont les eflForts soient couronnés de succès !

Oscar Hertwig Berlin, mars 1898.

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