PRÉFACE
11 y a huit ans, je publiai un petit volume ayant pour titre r Anthropologie. Il répondait à un besoin; c’était un manuel à la portée de tous, destiné à tracer le programme des matières que comporte l’histoire naturelle de l’homme et à servir de vade-mecum aux commençants et aux voyageurs (1). Il obtint la faveur du public et des corps savants : quatre éditions françaises, plusieurs traductions étrangères, une médaille d’or à la Faculté de médecine de Paris et un second prix à l’Institut, en font foi. Il exposait les idées de mon maître immédiat Paul Broca et de l’école à laquelle il appartenait.
Le présent ouvrage a un tout autre caractère. Eclairé par le résumé même que j’avais esquissé, je n’eus d’autre souci, depuis, que d’élucider les points qui étaient restés obscurs dans mon esprit et me paraissaient exiger de nouvelles recherches. Appelé à enseigner
chaque hiver à l’Ecole d’anthropologie et quotidiennement au laboratoire Broca, les parties qui traitent spécialement de l’homme vivant, du squelette et du crâne, et à répondre aux voyageurs qui viennent au laboratoire s’initier aux méthodes et procédés d’observation avant de se mettre en route, j’ai fait de ces sujets l’objet de mes prédilections.
Il m’a semblé que la période de l’histoire de l’anthropologie que nous venons de traverser, était une phase de transition entre la discussion du monogénisme et du polygénisme, qui a pris tin avec le livre de M. de Quatrefages sur Y Unité de l’espèce humaine et le mémoire de Broca sur Y Hybridité, et la renaissance de la doctrine française de Buffon et de Lamarck développée par Darwin et Hœckel ; et que le moment était venu d’adapter l’anthropologie à ce nouvel état de choses. J’ai pensé surtout que la science de l’homme devait rompre avec certaines croyances, envisager certaines questions autre-
(1) L ' Anttu'opologie, par Paul Topinard. Bibliothèque des sciences contemporaines, lrc édition française en 1870, 4e en 1884. Paris, G. Reinwald, éditeur.