CHAPITRE XVI
1,361 grammes d’après les statistiques réunies de Broca, Boyd et Bischofï. La femme a 1,211, c’est-à-dire 150 grammes de moins, sur lesquels 94gr,2 sont à retrancher par le fait de sa taille. Reste 55gr,8, c’est-à-dire 4gr,t pour 100 grammes d’encéphale masculin, qui est son déficit réel. Nous verrons plus tard si cette infériorité n’est pas rachetée d’une façon quelconque (1).
Variations individuelles chez la femme. — - Sans nous arrêter à l’influence de l’éducation, du travail intellectuel et du genre d’occupations ordinaires, sur laquelle les documents concernant la femme sont plus rares que ceux concernant l’homme, ni à celle de l’aliénation où les statistiques sont nombreuseset confirment, sans y rien ajouter, les aperçus que nous avons exposés, nous passerons aux variations ordinaires et extraordinaires.
Les variations individuelles extrêmes, observées chez la femme, sont, d’une part, de 1,742 grammes sur une aliénée non épileptique, morte de phthisie, à l’âge de 39 ans et dont le cas a été publié par Skae; et de l’autre de 283 grammes chez la microcéphale du Dr Gore, idiote, d’une taille de im,52 et âgée de 42 ans.
Après le poids de 1,742, les plus élevés que je connaisse sont deux cas de 1 ,587, l’un de Sims, sur une femme de 63 ans, saine d’esprit ; et l’autre de Gr. Glapham, sur une aliénée. Puis trois cas de 1,580, deux de Boyd, chez des sujets sains, l’un de 25 et l’autre de 35 ans, et un que je dois à l’obligeance de M. Farabœuf. Dans ce dernier, il s’agit d’une étudiante qui, croyant avoir échoué à un cinquième examen de doctorat, se suicida, après avoir légué son cerveau afin qu’il fût examiné. Elle n’avait jamais présenté d’autre trouble d’intelligence et avait fait preuve même d’aptitudes exceptionnelles chez une femme.
N’est-ce pas le moment de rappeler ce que nous avons avancé, qu’une hypertrophie cérébrale a au moins autant d’inconvénients que d’avantages : elle favorise le travail intellectuel, mais elle expose à des déviations de toutes sortes. Chez l’homme, qui a pour contrepoids sa volonté et son pouvoir de maîtriser les impulsions insolites, cette hypertrophie est moins dangereuse. Mais chez la femme, dont la caractéristique est la faiblesse, faiblesse dont la manifestation protéiforme la plus apparente constitue l’hystérie, elle est une menace. Byron, avec sa vive impressionnabilité, a pu se défendre contre son hypertrophie cérébrale; la pauvre fille ci-dessus a été emportée par elle, dès l’âge adulte.
Telle est, sans doute, l’explication du peu de cerveaux signalés qui dépassent, chez la femme, un certain niveau par le poids.
Les poids faibles sont en revanche nombreux, depuis le cas ci-dessus
(1) Cette démonstration, que je crois être le premier k avoir faite, date du cours de l’École d’anthropologie de 1881-82 et a été l'objet d’une conférence à la Sorbonne au printemps de 1882. Les tableaux sur lesquels elle repose, et qui ont figuré à mon cours, sont demeurés à la disposition de tous depuis cette «époque et souvent copiés.
POIDS DE L’ENCÉPHALE CHEZ LA FEMME
de 283 grammes chez une idiote de 42 ans, jusqu’à celui de 538 de Gr. Clapham, chez une femme de 45 ans, sans doute aliénée, ou celui de 820, de Bischoff, chez une femme de 53 ans, aliénée. Page 554 nous avons donné les poids d’un certain nombre de microcéphales, généralement idiotes. Il y manque, comme pour l’homme, bien des cas où la petite taille explique le petit cerveau et dans lesquels l’intelligence reste assez satisfaisante.
Le minimum de poids compatible avec une intelligence saine, disait Broca en 1869, peut descendre à 975 grammes chez la femme, à l’âge adulte (48 ans), et à 907 grammes dans la vieillesse (76 ans). Surle registre où il avait fait recopier ses observations qu’il jugeait devoir figurer dans la liste des cerveaux sains, le minimum est de 965, à l’âge adulte, chez une femme de 30 ans, morte à l’hôpital St-Antoine et de 933 dans la vieillesse, chez une femme de 73 ans. Dans ce même registre, le maximum est de 1.360, de 20 à 60 ans; de 1,399, de 60 à 90. Mais, chose curieuse, le véritable maximum se rencontrait à l’âge de 19 ans; il est de 1,427. C’est conforme d’une part au fait constant dans les deux sexes, que les encéphales qui atteignent promptement un poids élevé succombent aisément, et de l’autre, à la difficulté plus grande qu’a la femme de résister à ces exubérances cérébrales.
Dans la statistique de Bischoff, dans laquelle les maladies propres du cerveau n’ont pas été écartées, les maximum s’élèvent plus haut. Il y a 13 cas à 1,400 et au-dessus, dont 3 avec maladie du cerveau, et 1, celui d’une guillotinée (1,400). Le plus élevé, de 1,565, à l’âge de 21 ans, s’expliquerait volontiers par la taille qui est de lm, 75 : deux causes qui, réunies, devaient faire succomber le sujet. Le suivant, de 1,543, à l’âge de 43 ans, chez une femme de lm,60, qui a succombé d’infection purulente, à la suite d’une amputation de la mamelle, est très correct. Les suivants, de 1,530, 1,560, 1,460, 1,447, ne laissent rien à désirer non plus.
Dans l’autre sens, il y a 7 cas au-dessous de 1 ,000 grammes. Le premier, de 820, est à mettre de côté, parce que, d’une part, la femme est aliénée, et que, de l’autre, elle a une taille de lm,32 (une microcéphale sans doute). Le second, de 832, appartient à un vieillard de 70 ans, de lm,49, mort d épuisement. Le troisième, de 920, vient d’une apoplectique et devrait, en vertu de la règle, être rejeté. Le suivant de 950, à l’âge de 54 ans, et ceux venant après ne souffrent pas d’objection.
Les maximum et minimum normaux, dans les statistiques réunies de Broca et de Bischoff, sont donc de 1,950 et de 543, dans la période adulte, de 20 à 60 ans.
Cette courte analyse montre la façon dont on doit apprécier les variations extrêmes et leurs écarts, brutalement publiés, la plupart du temps, sans indication même de la période d’âge qu’ils comprennent. Suit un résumé des écarts chez la femme, calqué sur celui de la page 534, chez l’homme. La première série de Sharpey réunit tous les cas de Sims,