CHAPITRE XXV
ni à une idée physiologique comme la correspondance de la forme extérieure du crâne et du cerveau qu’il recouvre, ni à une idée zoologique d’atavisme ou de gradation continue de l’animal à l’homme, ni à une idée esthétique en rapport avec l’attitude ordinaire de la tête, ni même à une idée de subordination à quelque autre caractère ou d’harmonie. Ils sont nombreux, et certains apportent les meilleurs caractères à la distinction des races.
La couleur de la peau, l’état rectiligne ou enroulé des cheveux, la forme ronde ou allongée de la boîte cérébrale, la taille haute ou petite, rentraient dans cette catégorie. Si, parmi les caractères empruntés à l’appareil nasal, les uns sont d’ordre zoologique comme la configuration en gouttière du bord inférieur des narines osseuses qui rapproche l’homme des singes anthropoïdes et cébiens, d’autres comme la leptorrhinie et la platyrrhinie sont d’ordre indifférent. Lorsqu’on consulte la série soit des mammifères, soit des singes, on ne voit nullement que le resserrement de l’entrée des fosses nasales ou leur dilatation soit une supériorité ou une infériorité : la distinction des singes en catarrhiniens et platyrrhiniens repose sur l’épaisseur de la cloison du nez et n’a pas de rapport avec la distinction précédente chez l’homme. Au crâne, à côté des formes brachycéphale ou dolichocéphale, hypsicéphale ou platycéphale , sténocéphale ou eurycéphale qui sont sans relation aucune soit avec le volume et les qualités de l’encéphale, soit avec une considération zoologique quelconque, se présentent une foule de caractères non moins indifférents indiqués précédemment, entre autres page 714 aux caractères descriptifs.
C’est à la face toutefois qu’on en rencontre le plus grand nombre. En réalité, après les caractères faciaux que nous avons décrits à propos de la séparation de la face avec le crâne, de sa limite inférieure et de son profil, tout ce qu’il nous reste à y décrire rentre dans cette catégorie. Ainsi chez les animaux comme chez l’homme le développement transversal de la face ne semble obéir à aucune tendance générale d’évolution; il ne comporte aucune gradation et varie d’une espèce à l’autre, capricieusement; et cependant ces détails ont une fixité dans ces espèces ou dans leurs variétés qui leur donne une valeur distinctive parfois très remarquable. Chez l’homme l’agrandissement de telle ou telle largeur dans les régions bi-orbitaire, maxillo-malaire ou malaire, donne lieu aux figures ovales, rondes ou carrées, aux visages longs et étroits ou courts et larges ; et par compensation en s'associant à la projection ou au retrait des parties médianes, aux faces aplaties ou saillantes, si importantes pour reconnaître une race d’une autre. Dans les détails mêmes, la face fournit des caractères appartenant à la même catégorie, que la craniologie met au premier rang, comme l’indice orbitaire, la saillie des pommettes, la courbe des arcades alvéolaires, etc. Les caractères empiriques comportant peu de théories et leur intérêt résidant entièrement dans le fait même à utiliser plus
CARACTÈRES EMPIRIQUES. 917
tard lorsqu’on a à reconstituer l’histoire particulière des types, nous irons vite.
Crâne facial (suite). — La face au point de vue anatomique, regardée par devant, est, il n’est pas superflu de le rappeler, l’espace compris entre l’ophryon ou point sourcilier et le menton dans un sens et entre les deux arcades zygomatiques dans l’autre. Elle se divise en face supérieure et face inférieure qui s’étudient séparément ou réunies. Dans les deux cas elle se mesure soit par la méthode ordinaire sans se préoccuper de l’attitude et comme s’il s’agissait d’une surface ou d’un corps accidenté quelconque, soit par la méthode de projection. Nous ne parlerons ici que de la première; la seconde, qui convient spécialement au vivant, ne viendra qu’après, à ce propos. Commençons parles mesures d’ensemble.
ï n «lice facial total. — De même que le rapport de la plus grande longueur du crâne dans le sens de son grand axe à sa plus grande largeur donne lieu à un indice céphalique qui partage les crânes en longs et courts ; de même le rapport de la plus grande longueur de la face dans son sens vertical à sa plus grande largeur donne lieu à un indice facial qui partage les faces en longues et courtes, suivant la division établie par M. Edwards à la suite de son tour de France de 1825.
L’indice facial typique embrasse donc forcément la face entière comme l’indice céphalique embrasse le crâne entier, et ses points de repère sont tout indiqués. Le nomenclature à adopter est une question secondaire, que dès la première année de mon cours, ayant à traiter des deux sortes de faces, je fus cependant appelé à résoudre.
Je remarquai d’abord qu’en règle générale il existe une conformité très remarquable entre le crâne et la face et que le plus souvent leur forme est la même des deux côtés : à ce point qu’on peut diagnostiquer, à quelque chose près, l’indice céphalique rien qu’à l’aspect du visage. Ce que j’ai fait souvent avec succès, notamment chez des nègres dont j’ai reconnu ainsi soit la mésaticéphalie soit la brachycéphalie, bien que chez eux ce soit une forme imprévue, presque contradictoire. Cependant il y a des exceptions soit chez des métis, soit dans des types ethniques où ce caractère acquiert, par cela même, une grande valeur. Gomme exemples de crâne et de face harmoniques, je citerai le type Scandinave ou germanique ancien dans lequel la forme allongée existe à la face comme au crâne, et le type celtoslave pur où c’est au contraire la forme courte ou arrondie; et comme exemples de désharmonie, le type de Cro-Magnon, le type tasmanien et le type bâtard des bords du Rhin, décrit par M. Kollmann.
Cette conformité ou cette discordance si remarquable entre le crâne et la face, qui dans les deux cas constitue un caractère précieux, m’engageait à conserver dans la dénomination correspondante les deux termes de dolicho et de brachy, qui ont l’avantage de rappeler larègle. Restait à trouver le radical; deux terminaisons se présentaient, l’une grecque comme ces