‹ Eléments d'archéologie chrétienne (volume 3)Chapitre 48 sur 71 · STYLE BYZANTIN · texte numérisé non relu

STYLE BYZANTIN

Le style byzantin doit son origine et son développement à plusieurs causes.

D'abord, le génie artistique, des Grecs, qui avait momentanément été paralysé par la domination romaine, se réveilla et prit de nouveau son essor après que Constantin eut, en 328, transporté à Byzance ou Constantinople le siège principal de l'Empire. La stabilité d'organisation politique du nouvel empire et la prospérité qui en fut la conséquence naturelle secondèrent sensiblement la renaissance des beauxarts. Celle-ci cependant ne fut pas un retour aux formes anciennes. La grande restauration qui s'accomplissait par le christianisme fit sentir son action sur le génie grec et le modifia profondément, de môme qu'elle transforma les mœurs et les institutions politiques du Bas-Empire.

Ensuite, les monuments de l'Asie-Mineure, de la Syrie et des contrées voisines exercèrent une influence considérable sur la forme des monuments byzantins. Les uns et les autres présentent souvent, surtout au iv« et au v^ siècle, le même aspect général par les dispositions de leurs façades et leurs couronnements en coupole. Les publications récentes

des monuments orientaux des premiers siècles montrent à l'évidence la vérité de notre assertion (i).

Enfin, l'emploi de la brique au lieu de la pierre dans les grandes contructions contribua puissamment à la formation du style byzantin. On ne trouve guère, aux environs de Constantinople, des gisements de pierre de grande dimension, tandis que les moellons calcaires et surtout l'argile pour cuire les briques y sont très abondants. Les constructeurs byzantins furent donc conduits naturellement à faire des maçonneries en petit appareil régulier, d'autant plus que le développement rapide de l'Empire d'Orient, les obligeant à construire vite, ne leur permit pas de demander aux pays voisins des pierres de grande dimension. Or, «la brique, comme l'observe très justement de Dartein, lorsqu'elle forme l'élément principal des constructions, exerce une très grande influence sur l'architecture, à cause de ses formes régulières et invariables, et des exigences de sa mise en œuvre. Elle facilite la construction des arcs et des voûtes et, en substituant des arcs aux architraves ainsi qu'aux linteaux des portes et des fenêtres, elle remplace la ligne droite par la ligne courbe. Elle donne lieu pour les corniches à des formes spéciales. Enfin la multiplicité des joints exige, pour prévenir l'effet des tassements dans les murs élevés, que des arcs de décharge soient espacés sur leur hauteur; de là l'origine des grandes arcatures réunissant de vigoureux piliers et bouchées par un mur faisant simplement office de cloison. Ces divers effets, qui résultent pour le caractère de l'architecture d'un emploi judicieux de la brique, ont été réalisés au plus haut degré dans les constructions de style byzantin. " Etude sur V architecture lombarde, P*^ partie, p. 31.

Nous étudierons les caractères distinctifs du style byzantin : l*" dans le plan et la disposition des églises -, 2° dans le système de construction; et 3° dans la décoration des édifices.

(1) Voyez entre autres Melchior DE Vogué, Architecture civile et religieuse âe la Syrie centrale.

§ 1- — Plan et disposition des églises| byzantines.

Les églises byzantines présentent, dans leur^plan et lenr disposition, trois types distincts : 1° la basilique couverte en charpente, semblable à la basilique du style latin en Occident ; 2" la rotonde ou église circulaire; et 3° la basibque byzantine proprement dite, voûtée et surmontée d'une ou de plusieurs coupoles. — Le premier type, qui est celui des églises les plus anciennes, ne fut guère suivi qu'au iv° et au v^ siècle; le second n'a été employé que très-rarement; le troisième fut adopté généralement en Orient pour toutes les églises élevées à partir du vi^" siècle. " Au point de vue de la disposition, dit de Dartein, ce dernier genre d'édifices est le seul qui présente un caractère original; car la basilique byzantine couverte en charpente ressemble exactement à la basilique latine, et la rotonde byzantine n'offre de particulier que l'appropriation de quelques nouvelles formes de détail à un type déjà ancien. Au contraire, la basilique byzantine voûtée se distingue très nettement de tous les monuments des temps antérieurs par sa coupole sur pendentifs, élevée au milieu d'un vaisseau central plus ou moins allongé. Il était naturel que cette disposition particulière, manifestée avec tant d'éclat par Sainte-Sophie de Constantinople, servît de type dans les contrées où elle avait pris naissance. L'usage s'en est même perpétué jusqu'à nos jours, non-seulement dans les pays qui dépendaient de l'empire grec, mais encore en Russie, grâce à la comuiunauté de religion. <i Étude sur V architecture lombarde, I^^ partie, p. 50.

Nous donnons à la page suivante le plan et une vue latérale de l'église de Sainte-Sophie. On pourra se former, par ces gravures, une idée exacte du type des églises byzantines. Sur le plan, A estie point central de la coupole principale, B le presbyterium, et 0 l'atrium ; les pointillages indiquent les nervures des voûtes.

Les façades des églises byzantines proprement dites diffèrent de celles des basiliques latines. Dans celles-ci les

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Vue latérale de l'église de Sainte-Sophie.

façades sont généralement terminées par un fronton ou pignon triangulaire plus ou moins élevé d'après la plus ou moins forte inclinaison de la toiture principale; les façades des églises orientales, au contraire, se terminent presque toujours soit par une bande horizontale en forme de corniche, soit par une série de couronnements semi-circulaires. La première de ces dispositions est le résultat des toitures peu inclinées des édifices orientaux ; la deuxième est produite par les voûtes en berceau des nefs. La façade de l'église de Tine, dont nous donnons ici la gravure, offre cette

dernière disposition. La façade de l'église de Saint-Marc de

Façade de l'église de Tine (Archipel).

Venise se terminait probablement d'une manière analogue avant le xi"v^ siècle, époque à laquelle on plaça, à l'extrados des cintres, des arcs en accolade chargés d'ornements de style ogival. On trouve cependant aussi en Orient un petit nombre d'églises dont la façade se termine par un pignon triangulaire. C'est surtout dans les constructions byzantines de l'Italie, ainsi que dans celles de la ville d'Athènes, qu'on remarque ce mode de construction, qui est dû, sans aucun doute, à l'influence des édifices occidentaux et des anciens temples païens de la Grèce.

Système de construction.

Le système de construction des églises byzantines se distingue par les traits suivants :

1° La brique est généralement employée pour toutes les maçonneries. Même dans les contrées où la pierre de taille est abondante, les architectes byzantins ont le plus souvent préféré la brique aux matériaux de grande dimension. C'est ainsi, par exemple, que l'église de Saint-Nicolas, à Myra en Lycie , est construite en briques bien qu'il existe de riches carrières de pierres dans le voisinage de la ville.

2° Les murailles d'enceinte, formées de cloisons établies

entre les piles extrêmes, sont reculées de manière à former avec celles-ci des parois unies à l'extérieur de l'édifice ; on parvenait ainsi à utiliser tout l'espace couvert compris entre les supports. Au moyen âge, au contraire, les murs faisant office de cloison entre les contreforts extérieurs présentaient, du côté intérieur de l'édifice, une surface unie ou décorée d'arcatures, et les contreforts faisaient saillie à l'extérieur. 3° Le caractère le plus distinctif des églises byzantines, au point de vue de la construction, consiste dans la présence d'une ou de plusieurs coupoles portées sur des pendentifs. La coupole est une voûte hémisphérique ou se rapprochant de la demi-sphère, généralement saillante et visible à l'extérieur. La construction des coupoles élevées sur des murs bâtis sur plan circulaire depuis les fondements ne présente pas de grandes difficultés; mais il en est tout autrement lorsqu'il s'agit d'élever une coupole sur quatre piles isolées ou sur des murs affectant un plan carré ou polygonal. Dans ce cas, qui est celui de toutes les églises byzantines si l'on excepte quelques anciennes rotondes de petite dimension, il est nécessaire de recourir à l'usage des pendentifs. On appelle pendentif (i) un encorbellement ou trompe se rapprochant, pour sa forme, du triangle d'une voûte sphériqus et destiné à faire passer une construction du carré à l'octogone ou au plan circulaire. "Portée sur quatre piliers épais, disent les Instructions du Comité historique, toute calotte sphérique est soutenue en l'air par des constructions secondaires, formant un encorbellement dont la forme est variable et dont le but est de racheter les angles du plan carré de chaque travée,

pour le relier à la base

circulaire de la coupole. On a donné à cette disposition lenom de pendentif. " Style byzantin, p. 122. Les figures ci-contre repré-

Pendentil's

(1) Le mot pendentif a encore une autre signification que nous ferons connaître plus tard.

Pendentifs de l'église de Vourcano.

sentant des pendentifs feront comprendre les descriptions qui précèdent. Souvent les pendentifs sont ornés de mosaïques ou de peintures à fresque. On y voit, comme sur ceux de l'église de Vourcano, dont nous donnons ici la gravure (abc et clef) des figures de saints et principalement celles des quatre évangélistes.

Les églises byzantines sont le plus souvent couronnées de

plusieurs coupoles. Dans les grandsédifices la coupole centrale est entourée, à tous les angles et à toutes les travées des collatéraux, de coupoles ou de demi-coupoles moins élevées qu'elle.

L'église Pan agia-Nicodimo d'Athènes, dont nous donnons le plan, est surmontée d'un dôme central placé au milieu de douze coupoles de moindres dimensions.

Les voûtes et les coupoles sont généralement construites avec des tubes creux en terre cuite , emboîtés les uns dans les autres (i). Ces voûtes, légères et solides, ont l'avantage de n'exercer qu'une faible poussée sur les supports et les murs d'enceinte. — A l'extérieur, les voûtes et les coupoles sont couvertes de lames de plomb ou, cjuelquefois aussi, de tuiles, posées, sans V intermédiaire de charpentes, sur les parties convexes des voûtes. Voyez les gravures des pages 254 et 255.

Quelques coupoles, par exemple celle de l'église de Sainte- Sophie, sont percées, dans leur partie inférieure, de petites ouvertures cintrées en forme de fenêtre. La plupart, cependant, sont surélevées au moyen d'un étage vertical placé

(1) Ce système de construction des voûtes se rencontre aussi dans quelques édifices de la décadence romaine, entre autres dans le cirque de Maxence, à Rome.

olouOuqjo:

Plan de l'église Pan agia- Nicodimo, à Athènes.

entre le sommet des pendentifs et la naissance de la coupole proprement dite; cet étage a reçu le nom de tambour. Le tambour est toujours percé de fenêtres fermées, à la partie supérieure, par des archivoltes en plein cintre.

La coupole était en usage dans les édifices religieux de la Syrie dès le iii*^ siècle de notre ère. Aussi peut-on affirmer, sans crainte de se tromper, que l'idée de la coupole a été empruntée à l'Orient par les constructeurs byzantins. Cependant, bien que l'aspect des coupoles de la Syrie et du Bas-Empire offre une grande ressemblance et que la place qu'elles occupent soit la même, les procédés de construction sont entièrement différents. En effet, les architectes de l'Asie, qui avaient à leur disposition des pierres ba-saltiques très résistantes et de grande dimension, se sont servis, pour passer du plan carré des piles de soutien à la base circulaire de la coupole, non pas de pendentifs ou encorbellements, mais de grandes dalles placées en porte-àfaux.

Quelques églises, surtout celles d'une date récente, sont couvertes de voûtes en berceau. Voyez ci-dessus, p. 255, la gravure de l'église de Tine.

4° A l'imitation de ce qui se pratiquait en Occident (voyez p. 168), les constructeurs byzantins ont parfois utilisé des débris de monuments antiques. C'est ainsi, par exemple, que l'église de Sainte-Sophie, à Constantinople, fat construite, en partie, avec. des fragments de marbres et des colonnes arrachés aux temples les plus somptueux de Rome et de l'Italie.

§ 3. — - Décoration des églises byzantines.

La décoration extérieure des églises byzantines , surtout au iv^ et au v^ siècle, est très simple et peu riche. Ce n'est qu'assez tard que les byzantins ont commencé à orner plus ou moins l'extérieur de leurs édifices religieux. A partir du Yii'^ou du viii" siècle, les parements extérieurs des murs et les archivoltes des baies sont assez souvent, comme ceux des édifices latins, formés par des assises en pierres alternant

avec plusieurs assises de briques, les archivoltes se couvrent de moulures qui se profilent en saillie les unes sur les autres, et des cordons se dessinent sur les murs au moyen de briques variées de forme et de couleur.

La décoration intérieure «consiste surtout, dit de Dartein, en revêtements de diverses natures, placages en marbre ou mosaïques, appliqués sur les piliers, les murailles et les voûtes. Les archivoltes et les arcs, appareillés en petits matériaux, sont décorés de la même manière, en sorte que le rôle de la sculpture se réduit à orner les parties de la construction qu'une destination spéciale oblige à exécuter en blocs de pierre isolés ou saillants, telles que les bases, chapiteaux et sommiers des colonnes, les linteaux des portes et les meneaux des fenêtres, les bandeaux et les corniches, enfin les appuis ou parapets des galeries supérieures. Par cela même qu'il est très amoindri, le rôle de la sculpture se trouve accommodé au caractère superficiel de l'ensemTale de la décoration. En outre, son mode d'expression répond bien à ce caractère. Des saillies hardiment découpées, des profils vivement accentués, eussent paru trop mouvementés à côté de vastes surfaces lisses, couvertes de marbres précieux et de verres émaillés. On a donc alourdi les profils, réduit ou supprimé les saillies; mais comme il fallait en même temps harmoniser les sculptures avec la richesse des revêtements, on leur a donné une grande finesse de détails. C'est ainsi que le chapiteau, ofi'rant habituellement la forme d'une corbeille, tantôt assez évasée, comme à Saint- Vital de Ravenne, tantôt plus ou moins cubique, fut couvert sur toutes ses faces d'un réseau d'ornements capricieux et délicats, qui enveloppent ses massives parois de la même façon que les placages et les mosaïques tapissent les murailles et les voûtes. Parfois même on refoailla ces ornements, au point de les détacher presque de la masse du chapiteau, et rien ne montre mieux que cette recherche combien la décoration byzantine était essentiellement superficielle, c'est-à-dire indépendante de la construction qu'elle recouvre , puisqu'elle apparaît telle jusque dans une matière dure et homogène comme la

pierre. Cette décoration, qui ne fait que revêtir les membres des édifices, convient sans doute parfaitement pour orner de grandes masses, de vastes surfaces lisses, formées de piatériaux petits et grossiers (i), mais elle n'accuse en rien le but utile de ces masses ; et, faute de détails expressifs, ce but n'est indiqué qu'à grands traits par des proportions d'ensemble et des contours." Etude sur V archUecture lombarde, V^ partie, p. 57. Voici les gravures de deux chapiteaux de

Chapiteau à l'église de Saint-Vital, à Raveune.

(1) "La décoration orientale est plutôt riche que réellement belle, mais il faut dire qu'elle se prête admirablement à l'ornementation de vastes surfaces comme celles qu'el'e était appelée à traiter, et qu'en négligeant la forme pour s'emparer de la couleur, elle a obéi à une nécessité de position. A l'Orient la couleur, à l'Occident la forme ; cette division est fondamentale ; elle tient à l'état des esprits : elle subsiste encore dans toute sa force, et son origine se perd dans la nuit des temps. " L. Reynaud, Traité d'architecture, II, p. 233.

Saint-Vital de Ravenne, qui feront comprendre aisément les caractères principaux de l'orneaientation végétale dans le

Chapiteau à l'église de Saint-Vital, à Ravenne.

style byzantin. Les rinceaux sont si profondément refouillés qu'ils semblent détachés de la corbeille du chapitre. Les ornements que les byzantins aiment à sculpter sur les panneaux de marbres dont ils décorent l'intérieur de leurs églises sont des enlacements de lignes droites et courbes auxquelles se joignent des croix pattées, des rosaces, et quelquefois des représentations d'animaux réels ou chimériques. A partir du viii^ siècle, les peintures à fresque furent assez souvent substituées aux mosaïques et aux placages en stuc des églises byzantines, et finirent dans la suite par les remplacer complètement. Elles sont encore en usage aujourhui dans les églises grecques et conservent toujours le même type et le même caractère, parce qu'elles sont exécutées

d'après les règles invariables renfermées dans l'Epfxvjvâa ta; ?oovpatx^s ou Guide de la peinture, espèce de code ou manuel dans lequel sont consignées minutieusement les règles que le peintre doit suivre dans la disposition et l'exécution des fresques.

La description suivante de la décoration intérieure de Sain te- Sophie, à Constantinople, que nous empruntons à de Dartein, achèvera de donner une idée exacte de la nature de la décoration byzantine. » L'ensemble, dit l'auteur, en est grandiose et largement entendu. Dans la nef principale, une corniche en marbre règne tout du long, à la hauteur du plan de naissance des voûtes : au-dessous, la décoration est en marbre, et par-dessus elle est en mosaïque : les parties qui supportent se trouvent ainsi nettement distinguées da celles qui sont portées. Il en est de même aux deux étages de galeries. Les Grecs ont su merveilleusement approprier la mosaïque en petits cubes de verre de couleur à la décoration des grandes surfaces lisses et particulièrement à celle des voûtes. De longues bandes vivement colorées, tracées suivant des lignes de division simples et régulières, se détachent sur un fond d'une couleur uniforme. Les compartiments qu'elles dessinent sont occupés, soit par des rinceaux, soit par des figures traitées dans un style très calme et sans la moindre apparence de relief. La mosaïque ainsi entendue, loin de dissimuler les formes des voûtes, les fait au contraire ressortir davantage. A Sainte-Sophie, la décoration la plus riche est réservée pour la coupole, pour ses pendentifs et pour la surface des grands arcs cintrés du nord et du midi. On voit que c'est toujours sur la coupole qu'est concentré l'effet. Au-dessous de la corniche de couronnement, les parois sont revêtues de placages en marbre. Il y en a de deux espèces : de grandes dalles unies ou veinées sur les parements des supports, et des mosaïques en marbre de couleur dans les tympans des arcs et dans les frises. Ici encore, le parti de la décoration se rapporte parfaitement à celui de la construction. Les mosaïques en marbre représentent d'élégantes arabesques et des enroulements de feuillages fine-

ment découpés : elles sont encadrées par des bordures d'un dessin plus régulier et uniformément reproduit, qui néanmoins les détache peu du motif central. Il en résulte une apparence comparable à celle d'un riche et ample vêtement qui indiquerait seulement, sans les accuser, les formes qu'il enveloppe. Toute la décoration de Sainte-Sophie ofire ce môme caractère. Partout les lignes sont réduites presque à des contours pour ne rien ôter à l'effet des surfaces. Toujours la ligne est sacrifiée à la couleur. Les sculptures des chapiteaux et des corniches sont en harmonie parfaite avec l'ensemble de la décoration. Ces sculptures, fines et délicates, n'offrent ni reliefs prononcés, ni motifs accentués. Comme les revêtements en marbre et en mosaïque, elles sont purement superficielles. Les chapiteaux méritent de fixer l'attention par l'originalité de leur type. Leur corps présente la forme d'une corbeille évasée, presque aussi haute que large, circulaire à la base et carrée au sommet, avec de petites volutes ioniques très peu saillantes aux angles du carré. Il repose sur le fût de la colonne par une épaisse astragale, et il est surmonté d'un tailloir vigoureusement accusé dont la saillie augmente la surface d'appui des arcs qui viennent y retomber. La forme massive de ce chapiteau convient au genre de construction qu'il supporte : son évasement considérable relie bien la maçonnerie grossière des arcs avec le fût de la colonne. Le tailloir surtout joue un rôle spécial au point de vue de la stabilité. Aussi verronsnous que, dans les constructions byzantines, on l'a séparé en général du corps du chapiteau. Il forme alors un membre particulier de la colonne que l'on appelle sommier ou dosseret.ii Architecture lombarde, L° partie, p. 37.

La forme particulière de quelques parties de V ameublement contribuait aussi à donner à l'intérieur des églises byzantines un aspect différent de celui des basiliques latines. L'autel des Grecs était, comme celui des Latins, surmonté d'un ciborium ; mais ce ciborium consistait dans une coupole, non dans un dais. Ensuite, la cloison qui séparait le sanctuaire de la nef principale était décorée de

mosaïques ou de peintures sur fond d'or, représentant des images de saints. C'est pour cette raison que, dans les églises grecques et byzantines, cette clôture a reçu le nom A' iconostase, mot dérivé du grec î1/.wv, image, et o-Tâ-ri,;, place ou étalage. Dans les églises les plus riches, l'iconostase était souvent formée de plaques d'or ou d'argent travaillées en relief. Les Grecs, tant orthodoxes que schismatiques, ont conservé jusqu'à nos jours l'usage de ces clôtures imagées. L'église grecque de Livourne possède une iconostase entièrement en argent, sur laquelle les représentations des personnages sont plus grandes que nature.

Édifices religieux élevés en Occident sous Vinjluence du style byzantin. On trouve, dans l'Europe occidentale, plusieurs églises construites d'après les données du style byzantin. L'Italie en possède un assez grand nombre. Les églises de Saint-Vital, à Ravenne, et de Saint-Marc, à Venise, sont byzantines par leur plan et par leur décoration; celles de Saint-Apollinaire-in-Classe etde Saint-Apollinairein-Urbe, à Ravenne, sont latines par leur plan et byzantines par leur décoration.

En-deça des Alpes, l'influence byzantine s'est fait sentir d'abord, au commencement du ix'' siècle, à Notre-Dame d'Aix-la-Chapelle bâtie à l'image de Saint-Vital de Ravenne par des ouvriers venus de l'Italie orientale ; ensuite, vers la fin du x"^ siècle, dans Saint-Front de Périgueux qui est une copie presque servile de Saint-Marc de Venise. L'église d'Aixla-Chapelle n'est byzantine que par sou plan et ses dispositions d'ensemble ; les détails et l'ornementation appartiennent au style latin. Plusieurs églises ont été construites, dans les provinces rhénanes et dans le Périgord, sous l'influence byzantine des monuments types d'Aix-la-Chapelle et de Périgueux.

11 est à remarquer que, dans les églises byzantines de l'Europe occidentale surmontées de plusieurs coupoles, il n'y a pas, comme en Orient, une coupole dominante au centre de la nef, mais toutes les coupoles d'un même édifice ont le même diamètre et la même élévation.

§ 4. — Monastères byzantins.

La vie solitaire ou érémitiqiie fut la forme primitive de la vie religieuse. Les religieux, privés de tout commerce avec le monde, songèrent bientôt à rapprocher leurs cellules les unes des autres et à les grouper autour d'un oratoire commun. Ces réunions d'ermitages, où chaque religieux vivait séparément, à peu près comme les Chartreux d'aujourd'hui, furent appelées par les Grecs >aûpat, cest-k-àire prindes rues ou réunions. Cependant la vie commune ne tarda pas à devenir la plus ordinaire en Orient. L'ensemble des constructions dans lesquelles des religieux menaient la vie commune portait le nom de pâv^J'pa, mandra, her(/erie, et le supérieur celui à! arcMma7idrite.

Tous les religieux de la Grèce et de l'Asie-Mineure suivaient autrefois et suivent jusqu'aujourd'hui la règle de Saint-Basile.

Il existe encore des couvents de Grecs schismatiques qui ont conservé leur ancien aspect. Les plus curieux, appelés les Météores, se trouvent en Thessalie. Ils sont jDlacés au sommet de rochers à pic, et l'on ne peut y monter qu'au moyen d'échelles mobiles ou d'un filet de cordes relevé par les moines avec un cabestan (i).

(1) Voyez la description de ces intéressants monuments dans Didron, Annales archéologiques, 1, pp. 173 et svv.

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