‹ Eléments d'archéologie chrétienne (volume 3)Chapitre 50 sur 71 · LE STYLE ROMAN DEPUIS LE VIII" JUSQU'AU X^ SIÈCLE · texte numérisé non relu

LE STYLE ROMAN DEPUIS LE VIII" JUSQU'AU X^ SIÈCLE

Au viii^' siècle, l'Europe était livrée à une effroyable anarchie. Les hordes barbares venues du nord avaient pris possession de toute l'étendue de l'empire romain ; elles avaient couvert de ruines la Germanie, les Gaules, l'Espagne et la majeure partie de l'Italie. La décadence complète des beaux-arts fut la conséquence nécessaire des nombreux bouleversements politiques que l'Europe avait subis depuis environ trois siècles. Les prêtres et les religieux seuls luttaient, au milieu de ce chaos, contre la barbarie et la force brutale des peuples envahisseurs. Ce furent les moines et le clergé séculier qui sauvèrent de la destruction les beaux monuments des littératures grecque et romaine, et donnèrent la première impulsion à la renaissance des lettres et des arts. Cette renaissance fut lente ; car le sol de l'Europe occidentale était jonché des débris amoncelés des monuments anciens, les traditions artistiques étaient perdues et les principes tombés dans l'oubli. Ensuite, elle ne fut ni simultanée ni également active dans toutes les contrées, parce que les peuplades qui avaient fait irruption en Europe n'étaient pas toutes douées du môme génie, de la même habilité et du même goût pour les arts. Il n'y a donc rien d'étonnant si les beaux-arts ont été cultivés plus tôt dans un pays que dans un autre.

Pour l'architecture et les arts qui en dépendent, la Lombardie fut, jusqu'à la fin du x*^ siècle, le principal théâtre de cette renaissance. Le style qui s'est formé, à cette époque, dans le nord de l'Italie a reçu le nom de lombard. Dans

les autres pays de l'Europe occidentale le retour vers la culture des beaux-arts fut plus lent, et la formation d'un nouveau style moins rapide.

Dans le premier pao-ar/raphe de cet article nous traiterons du style lombard, et dans le second nous ferons connaître l'état de l'arcliitecture, avant le xi^ siècle, dans les pays autres que la Louibardie.

§ 1. — Style lombard.

Les trois éléments qui ont contribué à la formation du style roman se sont rencontrés simultanément dans le nord de l'Italie. La Lombardie possédait un grand nombre de monuments romains et de basiliques latines; l'architecture byzantine y fut introduite du temps des Goths- et s'y répandit sous la domination des Grecs à tel point que la ville de Milan même fut dotée d'une magnifique église byzantine dédiée à saint Laurent. L'élément barbare, apporté d'abord par les Goths et plus tard par les Langobards, favorisa, par la mise en oubli des anciennes règles, la fusion complète des styles qui se trouvaient en présence.

Le style lombard, ou style roman du nord de l'Italie, a régné dans cette contrée depuis le viii^ siècle jusqu'à la fin du xii*'. Ses principaux caractères peuvent se résumer de la manière suivante :

1. Plan (les églises. Le plan de la basilique latine fut généralement adopté dans les églises lombardes. L'église de Saint- Ambroise, à Milan, qui est un des premiers édifices où le style lombard apparaît nettement constitué, conserve jusqu'aujourd'hui les dispositions basilicales , y compris l'atrium avec ses portiques. Lorsque, par exception, les constructeurs lombards suivent le plan de la basilique byzantine, ils remplacent, par des séries de coupoles, de même hauteur et de même diamètre, élevées sur les travées de la nef et les bras du transept (Saint-Marc de Venise), la coupole centrale, toujours dominante au milieu des édifices de l'Orient et entourée de coupoles de moindre dimension. En-

suite les coupoles, au lieu d'être circulaires, sont souvent octogones, et, au lieu d'être portées sur des pendentifs proprement dits, sont appuyées sur une série d'arcs en encorbellement, qu'on appelle trompes étagèes. Malgré ces différences, les coupoles des églises lombardes offrent une ressemblance frappante avec les coupoles byzantines; et il est évident qu'elles en sont la copie plus ou moins fidèle.

Dans la plupart des grandes églises lombardes, les bas côtés sont surmontés de galeries.

2. Cnptes. Les cryptes des églises lombardes s'étendent sous tout le presbyterium et forment de véritables chapelles souterraines à plusieurs nefs voûtées. Elles sont si profondément creusées sous le sol que le pavement du presbyterium ne parait pas plus élevé dans les églises avec crypte que dans celles qui en sont dépourvues.

3. Appareils et système de constniclion. La plupart des édifices lombards sont construits en briques. Quelquefois aussi on a fait usage de moellons de moyen ou de petit appareil.

Contrairement à ce qui se pratiquait dans l'architecture byzantine, les contre-forts étaient rejetés en saillie à l'extérieur des édifices*. Les constructeurs lombards obtenaient de cette manière, dans les bas côtés de leurs églises, des parois unies, formées par la face intérieure des contre-forts et les murailles faisant fonction de cloison entre ceux-ci.

4. \ ouïes. Pour bien comprendre tout ce qui va suivre, il est nécessaire de connaître les différentes espèces de voûtes ainsi que les parties dont elles se composent.

Tiîî. 1. \j^ voûte en berceau {^g. 1) consiste

dans un demi-cylindre creux, sans pénétration aucune; elle est souvent renforcée de distance en distance, principalement au droit des points d'appui, par des arcs doubleaux ap-

Voiite en berceau. pareilles.

La voûte (V arête, ainsi nommée parce qu'elle présente à l'intrados quatre arêtes saillantes, est formée par l'intersection

Fig. 2.

Fis. 3.

OU pénétration de deux voûtes en berceau ah et cd, de même diamètre, qui se coupent à angle droit (fig. 2). On distingue

deux espèces de voûte d'arête :

la voûte d'arête romaine et la voûte d'arête à nervures. La voûte cVaréte romaine (fig. 3) diffère de la voilte d'arête à nervures (fig. 4

et 5) en ce qu'elle n'a pas, comme celle-ci, ses arêtes appareillées de manière à for-

Extrados d'une voûte d'arête.

Fig. 4.

Intrados d'une voûtt d'arête romaine.

Si,-.

Plan

Intrados

d'une voûte d'arête à nervures.

mer des cintres bâtis. La voûte d'arête romaine est une croûte homogène, un couvercle d'une seule pièce, qui doit toute sa solidité à la stabilité des points d'appui et à l'adhérence ou concrétion des matériaux provenant de l'excellence du ciment qu'on employait. La voûte d'arête à nervures, au contraire, se compose de deux parties entièrement distinctes : 1° d'une ossature formée par les arcs doubleaux a et les nervures diagonales h, bâtis en matériaux appareillés, et 2° de quatre segments triangulaires en maçonnerie appuyés sur ces arcs doubleaux et ces nervures. Les figures 4 et 5 montrent la construction d'une voûte d'arête à nervures : A et B sont deux piliers et DC un mur extérieur; les arcs a sont des arcs doubleaux ; les arcs h sont les nervures, appelées aussi arceaux, arcs diagonaux et arcs ogives ; le petit arc c, rampant en quelque sorte le long du mur, porte le nom d'rtfc formeret. Ces parties réunies composent l'ossature ou squelette de la voûte. Voyez la fig. de la p. 272. On voit, par ces notions, que la construction des deux

espèces de voûte d'arête repose sur des principes diamétralement opposés. Pour la voûte d'arête romaine c'est le principe d'inertie, tandis que pour la voûte d'arête à nervures c'est celui d'élasticité et d'équilibre. La première est une masse inerte, la seconde est une force vive. En effet, la voûte d'arête romaine, par la fixité absolue de ses points d'appui et la concrétion parfaite de toutes ses parties, présente une masse passive, immobile et inerte, semblable à un couvercle taillé dans un seul bloc de marbre ou de pierre ; elle s'effondre dès qu'il survient des gerçures dans sa croûte. Dans la voûte d'arête à nervures, au contraire, les nervures et les arcs doubleaux, appareillés et flexibles, constituent une force vivante, élastique et libre, en un mot une ossature, sur laquelle reposent des panneaux libres et à surfaces courbes. Si un mouvement vient à se déclarer dans ses points d'appui, elle présente de l'élasticité et suit le mouvement des piles, grâce à la réunion symétrique des claveaux. Cependant, on conçoit aisément que ce mouvement dans les piles doit rester circonscrit dans certaines limites ; il faut donc prévenir la poussée latérale qui tend à faire déverser en dehors les piles et les murailles hautes, en lui opposant une force contraire produisant l'équilibre. Nous verrons comment les architectes ont résolu ce problème aux différentes époques du moyen âge.

Les architectes lombards réalisèrent de grands progrès dans la construction des voûtes. Avant leur époque, on ne connaissait, outre la coupole, que deux espèces de voûtes : la voûte en berceau et la voûte d'arête romaine. Ce furent eux qui introduisirent les premiers l'usage des voûtes d'arête à nervures saillantes, vigoureusement accusées et soigneusement appareillées.

Les voûtes lombardes présentent toutes un surhaussem.ent considérable, c'est-à-dire que leur clef F est beaucoup plus élevée que le sommet des arcs doubleaux et formerets BGC et CED. Cette particularité tient au système de construction suivi par les architectes lombards. Ils élevaient leurs

Ossature d'une voûte lombarde.

voûtes sur plan carré et donnaient la courbure d'an demicercle environ aux nervures AFC et BFD ainsi qu'aux arca

doubleaux etformerets BGC et CED.

Mais comme la diagonale BD d'un carré ABCD est plus grande que les > côtés AB, BC, CD et DA, la clef F des nervures AFC et BFD ou arcs diagonaux, tracés par un plus grand rayon, se trouve nécessairement plus élevée que celle des arcs élevés sur les quatre côtés. Ce surhaussement de chaque compartiment carré donne aux voûtes des églises lombardes un aspect tout particulier.

Dans les églises lombardes à trois nefs, le vaisseau principal a toujours le double de la largeur des bas côtés. Or, comme on n'établissait des voûtes que sur plan carré, il en résultait qu'à chaque grande voûte de la nef correspondaient, de part et d'autre, deux petites voûtes latérales, et que chaque bas côté avait deux fois autant de travées que la

nef principale. La gravure ci-contre explique cette disposition. On appelle êravée chacune des divisions d'une église comprise entre deux rangées de piliers

Plan d'une partie de la nef parallèles au tran-

de l'église de Saint- Ambroise, à Milan (ixe siècle). gg^jf T „ travée SG

compose donc d'une partie ou ordonnance de l'édifice, transversale à l'axe longitudinal de l'église, de telle manière que les piliers et les arcs doubleaux qui les réunissent perpendiculairement à l'axe font partie, par une de leurs moitiés, de deux travées voisines.

Comme nous l'avons dit, les voûtes de la nef principale exercent sur leurs points d'appui, non-seulement une pression verticale, mais aussi une poussée oblique et latérale qui tend à faire déverser en dehors les piliers et les murailles

supérieures. Dans les édifices lombards, cette poussée se trouve en partie auéantie par les poussées opposées des voûtes hautes et basses des bas côtés, et en partie reportée sur les contreforts extérieurs par les arcs doubleaux des bas côtés et les portions de murs que supportent ces arcs. Les poussées exercées par les nervures et les arcs doubleaux des voûtes des bas côtés viennent s'amortir, du côté intérieur, contre les piliers, et du côté extérieur, contre les contre-forts. Ces appuis sont suffisamment solides, pour résister aux efforts de renversement, tant à cause de leur masse qu'en raison de la charge qu'ils soutiennent.

Les gravures suivantes aideront à comprendre la disposition des nefs et des voûtes des églises lombardes. La fig. 1 donne la coupe transversale de l'église de Saint-Ambroise,

Fig. 1.

rig.

m\\\vw-w\^n^\\\v:^iî:\^\^\\' \-\v,a\w' :

Coupe selon la ligne AB (Voyez le plan de la p. 272) Coupe selon l'axe d'une partie de la nef de l'église de Saint-Ambroise, ;\ MiLin, (ixe siècle).

à Milan, suivant la ligne AB du plan que nous avons reproduit p. 272, et la fig. 2 la coupe longitudinale de ce môme plan suivant i'axe longitudinal de l'église.

Quelque ingénieux que soit, pour équilibrer les poussées, le systèn)e de construction (pic nous venons d'exposer, il offre néanmoins l'inconvénient de rendre extrêmement difficile l'éclairage direct de la .nef. En ettet, si l'on veut que les voûtes des bas côtés contre-butent efficacement la poussée latérale de la voûte principale, elles doivent être presque aussi élevées que celle-ci. Mais alors il devient impossible de pratiquer, sous les arcs formerets de la voûte centrale,

des ouvertures prenant des jours directs ; car les voûtes des bas côtés viennent s'appliquer contre les murs de la nef, à la hauteur environ de la clef des arcs formerets. Aussi voyons-nous que les plus anciennes églises lombardes ne reçoivent le jour que par les fenêtres ouvertes dans les murs extérieurs des bas côtés, la façade et le chevet du chœur. De plus, ces églises sont abritées par une seule toiture, à deux versants, portée par une charpente. Pour obvier à l'inconvénient que nous venons de signaler, on éleva, dans les monuments lombards d'une date plus récente, les murs delà grande nef de manière à pouvoir percer des fenêtres sous les arcs formerets des voûtes hautes. Mais, par Télevation de ces murs, le point où venait aboutir la résultante des poussées latérales des voûtes delà nef principale s'éleva également, et les arcs doubleaux des nefs latérales venaient s'appliquer beaucoup au-dessous de ce point. Ces voûtes, n'étant pas suffisamment étayées, ne se maintinrent pas, et il a fallu les refaire dans les siècles suivants. Les édifices où ce système de construction a été tenté se distinguent des églises plus anciennes en ce que leur nef principale porte un toit à deux versants, tandis que les bas côtés sont couverts de toitures appliquées en appentis contre les murailles hautes de la nef, un peu au-dessous de la naissance des fenêtres de la nef principale. Voyez p. 280 la gravure du dôme de Lucques.

5. Piliers et colonnes. Dans les édifices anciens et dans les basiliques latines on s'est servi de colonnes cylindriques, peu espacées et recevant directement les pressions verticales des entablements d'un poids relativement peu considérable. Les constructeurs lombards couvrirent leurs édifices de voûtes. Or " l'usage des voûtes, et de voûtes très massives, comme l'observe de Dartein, auguiente beaucoup la charge, d'autant plus que la couverture en charpente subsiste quand même. Enfin, les voûtes exercent des poussées qui, nialgré les dispositions adoptées pour détruire ces actions les unes par les autres, atténuer leurs effets, ou les reporter sur des contre-forts extérieurs, peuvent cependant déterminer sur les supports des pressions obliques et les exposer au renversement. Pour tous ces motifs, il a fallu

donner aux piliers, et surtout aux principaux d'entre eux, qui reçoivent la charge des grandes voûtes, de larges sections, de vigoureux empâtements. La forme du support doit naturellement s'adapter à celle de la construction qui vient y reposer. Or, celle-ci est dentelée sur son contour par les saillies des arcs longitudinaux et transversaux jetés entre les piliers, et par les arêtes ou les nervures diagonales des voûtes; d'où résulte que des dentelures correspondantes découpent aussi la paroi du pilier. Ce sont des colonnes ou des pilastres qui, partant du sol en général, s'élèvent jusqu'à la naissance de l'arc ou de l'arête dont ils portent la retombée. Ainsi l'usage des voûtes d'arête et le mode de structure de ces voûtes, pourvues d'arcs saillants, ont conduit à substituer le pilier cantonné de colonnes, appui déforme complexe, au simple support cylindrique de la basilique couverte en charpente. Il Étude sur V architecture lombarde,!!^ partie, p. 130.

Les caractères des piliers lombards peuvent donc se résumer de la manière suivante : 1'' Les piliers présentent une section rectangulaire ou carrée et sont cantonnés de pilastres ou de colonnes engagées, recevant les retombées des nervures et des arcs doubleaux; 2° ils n'ont pas tous la même importance : les uns sont plus forts, les autres plus faibles, suivant qu'ils reçoivent à la fois les retombées de toutes les voûtes, ou de celles des bas côtés seulement. Voyez ci-dessus, p. 272, le plan d'une partie de la nef de Saint-Ambroise, de ^lilan, aux lettres a et b. Les piliers forts et faibles se succèdent alternativement. Voyez aussi les coupes de la page 273.

Les sections suivantes des piliers de l'église de Saint- Michel de Pavie feront comprendre la forme ordinaire des

Fig. 3.

Fig. 'i.

Sections des piliers de l'église de Saint Michel, à Pavie.

piliers lombards. Voyez aussi la fig. 3 de la page 279.

Les colonnes et les colonnettes sont ordinairement bâties par assises d'inégale hauteur {pseudisodomos), de moyen et de petit appareil; rarement elles sont monolithes.

Les colonnettes cantonnant les piliers, souvent minces et très élevées, montent parfois, sans interruption, jusqu'à la naissance des voûtes. "Ces colonnes allongées, dit Reynand, constituent un fait capital dans l'histoire de l'art ; car elles sont un des éléments les plus caractéristiques et les plus fondamentaux de presque toute l'architecture du moyen âge, celui qui lui a donné son expression la plus saisissante : la prédominance des lignes verticales. Il n'y en a pas d'exemple avant l'invasion des Lombajds, et après eux, ou du moins... dès le commencement du xi" siècle, cette disposition est générale, non pas toujours au dehors, mais à l'intérieur. Dans tous les édilices postérieurs à cette dernière époque, les nervures des voûtes sont reçues par des colonnes élancées qui partent du sol ou des chapiteaux des colonnes du rezde-chaussée. Il Traité d'architecture, 1\, p. 045.

La proportion qui, d'après les règles des ordres grécoromains, doit toujours exisfer entre la hauteur du fût et le module, fut entièrement négligée par les constructeurs lombards, de même que le renflement du fût vers la base.

Les fûts des colonnes et des colonnettes, les pieds-droits et les archivoltes sont quelquefois ornés de sculptures, telles que rinceaux, spirales et ornements géométriques.

6. iîases. Les bases lombardes se rapprochent sensiblement, pour leur forme, de la base dite attique. Voyez la fig. 3 de la page 279. Quelquefois les deux tores et la plinthe ont la môme saillie, coumie dans les exemples suivants empruntés à l'église de Saint-Ambroise de Milan.

Fig. 1.

Fig. 2.

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licist-b lumbaides, ii l\'glibe de ^aiat.-Aiiibroisc. ii .\Lihm, (ixe siècle)

Ces bases sont souvent munies d'un ornement destiné à relier le tore inférieur avec les angles de la plinthe et à donner, de cette manière, une apparence de plus grande solidité à ces angles. Cet ornement ou appendice a reçu le nom de f/rijfe ou patte. Les griffes les plus anciennes sont très simples, comme le montrent la fig. 1 de la page 276 et la fig. 3 de la page 279; celles d'une date postérieure représentent ordinairement des têtes d'animaux (fig. 2 et 3 de la ])age ])récédente), ou des feuillages.

7. Cliapileaux. Les chapiteaux lombards , comme les chapiteaux byzantins, offrent ordinairement la forme d'une corbeille soit évasée, soit plus ou moins cubique. Pendant la période de formation du style lombard, les sculptures des chapiteaux reproduisent pour ainsi dire servilement le feuillage aigu, sans relief et profondément refouillé, qui caractérise le chapiteau byzantin. Lisensiblement cependant une transformation s'opéra, et, comme dit très-bien de Dartein, "les sculptures des premières églises louibardes, bien qu'elles appartiennent franchement à l'art byzantin, ne sont déjà plus de simples copies des ouvrages grecs. On y sent une certaine originalité, dne sans doute à l'essor artistique que provoqua le développement de l'architecture nouvelle. Les chapiteaux de Saint- Ambroise de Milan, exécutés dans le courant du ix'' siècle, marquent parfaitement cette deuxième période. Leurs types sont très variés; le ciseau du sculpteur y fait preuve de fécondité et d'indépendance. Cependant ils se rattachent de très près aux traditions de l'école byzantine par leurs formes massives, leurs reliefs méplats, l'abondance des entrelacs et des guirlandes, les dentelures aiguës des feuillages, et même par quelques refouillements. » Étude sur V architecture lombarde , L*^ partie, p. GO.

Plus tard, cette transformation continua lentement, et, dans le courant du x*" sièclcj les sculptures devinrent plus saillantes; les feuillages s'élargirent, et on arrondit leurs extrémités.

Sous le rapport de la sculpture d'ornement qui couvre la corbeille, on peut distinguer deux espèces de chapiteaux :

les chapiteaux ornés de feuillages et les chapiteaux historié?, ou légendaires.

Voici quelques exemples de chapiteaux ornés de feuillages qu'on voit à Saint-Ambroise de Milan (i) :

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Chapiteaux ornés de feuillages, à Saint-Ambroise de Milan (ixe siècle).

(1) Nous avons fait exécuter ces gravures et la plupart de celles qui se rapportent à l'histoire du style lombard d'après les belles planches qui accompagnent l'excellente Élude .mr l' architecture lombarde de M. de Dartein. L'auteur a bien voulu consentir gracieusement à cet emprunt.

Les chapiteaux historiés sont très communs dans les églises lombardes à partir du viii« siècle. En voici trois des églises de Saint- Ambroise et de Saint- Celse, à Milan :

Chapiteau historié, à Saint-Ambroise de Milan.

l.'hapiteau historié, à Saint -L'tlse de Milan.

Chapiteau historié, à l'cglisc de Saint-Celse, à Milan.

On appelle chapiteaux historiés et léf/endaires ceux qui sont

ornés de sculptures représentant des sujets historiques et légendaires ou des animaux symboliques et fantastiques.

Le tailloir de grande dimension, qu'on trouve souvent dans les édifices latins et byzantins (voyez pp. 173 et 263), se rencontre »assez rarement dans les éo-lises lombardes; il est remplacé par un tailloir très robuste, très accentué de profil et souvent taillé dans un bloc distinct du corps du chapiteau. 8. Façades. Les églises lombardes, couvertes d'un seul toit à deux versants, ont leur façade terminée par un grand pignon triangulaire, indiquant l'inclinaison de ce toit (Saint- Ambroise de Milan). Dans celles qui ont un triple toit (voyez ci-dessus p. 274), le surhaussement des murs latéraux de la

nef principale se dessine ordinairement sur la façade, comme au dôme de t Liicques, dont voici la gravure.

Les façades sont régulièrement décorées d'un ou plusieurs rangs d'arcatures. Dans les édifices les plus anciens, ces arcatures sont aveugles (c'està-dire bouchées ou appliquées sur un mur plein) et s'appuyent sur de simples consoles ou ^.A^f/wj^cef/i modillons , tandis

Taçade et tour du dôme de Lucques (xie siècle), çvwç, dans IcS monuments d'une dateplus récente, leurs archivoltes viennent retomber sur des colonnettes. Les arcatures de ce dernier genre sont presque toujours ajourées et forment des galeries superposées (dômes de Lucques et de Pise) ; rg^ement elles sont aveugles (SantaMaria délia Piazza, à AïKîône).

9. Tours. Les tours des églises lombardes se composent d'une succession d'étages carrés (rarement circulaires, comme à la tour penchée de Pise), tous de même largeur et à peu près de même hauteur, et séparés les uns des autres par des corniches. Ces étages sont décorés soit de petites

rig. 1.

Tour de Saint -Anibroise, à Milan. Tour des Saints-Jean-et Paul, à Rome.

arcatures, ordinairement aveugles et appuyées sur des modillons (tours de Saint-Ambroise de Milan, fig. 1, et du dôme de Lucques, gravure de la page précédente), soit de orandes arcatures souvent ajourées et portées par des colonnettes (tour de l'église des Saints-Jean-et-Paul, à Rome, lig. 2). La fig. 1 présente le type des tours lombardes les plus anciennes, et la fig. 2 montre la disposition ordinaire des tours plus récentes. Plusieurs églises de Rome, bien que construites d'après les principes du style latin, possèdent des clochers lombards de ce dernier genre.

10. Corniches. Les corniches des édifices lombards ne présentent qu'une faible saillie sur les parois des murs.

Elles sont presque toujours portées par des arcatures aveugles, à plein cintre, dont les retombées sont reçues sur des modillons d'une

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quelques édifices , par exemple à Saint-Michel de Pavie et à la nef du dôme

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Corniche de l'atrium, à Saint-Ambroise, de Milan.

de Pise, on a substitué des colonnettes aux modillons.

Les arcatures constituent un des traits caractéristiques de l'architecture lombarde. On les trouve, non -seulement

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Baptistère de Padoue.

sous les corniches des toits, mais aussi sous celles des façades, et même sous les plates-bandes des murs, comme au baptistère de Padoue, dont nous donnons une gravure à la page précédente.

11. Décoration mominieiltale. Les. Byzantins, comme il a été dit ci-dessus p. 259, couvraient de marbres et de mosaïques les parois intérieures de leurs églises. Les Lombards, au contraire, montrent, dans leur système décoratif, une préférence marquée et presque exclusive pour la. sculpture. '/ Tandis que, dans les églises byzantines, dit de Dartein, les revêtements composent presque toute la décoration et que la sculpture joue un rôle accessoire, dans les églises lombardes, c'est l'inverse qui a lieu. On peut même dire que, dans ces dernières, les revêtements deviennent un objet de luxe, attendu que les membres principaux de la construction se trouvent complètement décorés par le seul fait de leur mode de structure, et que, par suite, les parois susceptibles d'être revêtues se réduisent à des surfaces de remplissage. Or, ce sont là des parties secondaires que l'on peut fort bien se dispenser d'orner. La sculpture, au contraire, naturellement appelée à décorer les nombreux chapiteaux des piliers, les archivoltes multiples des baies, les consoles des arcatures, en un mot, toutes les pièces de l'appareil sur lesquelles une fonction spéciale réclame qu'on attire l'attention, devient un élément décoratif d'une importance capitale. " Etude sur l'architecture lombarde, P'^ partie, p. 58.

Nous avons donc à étudier particulièrement la nature de la sculpture décorative des édifices lombards; car les revêtements ne servirent qu'exceptionnellement à décorer quelques églises lombardes, où on les employa pour orner l'abside. D'ailleurs ces revêtements ne se distinguent des ouvrages byzantins, ni pour le système d'exécution, ni pour l'ordonnance, ni pour le style artistique ; ils sont probablement les œuvres d'artistes du Bas-Empire. Après le viii^siècle, on substitua souvent la peinture aux placages et aux mosaïques.

La sculpture lombarde, dérivée de la sculpture byzantine,

suivit pendant quelque temps plus ou moins servilement l'art du Bas-Empire. Cependant elle s'en éloigna insensiblement, et, dès le ix^ siècle, elle commença à s'affranchir des traditions de l'école byzantine. Témoin les chapiteaux de Saint-Anibroise et de Saint-Celse de Milan, que nous avons reproduits ci-dessus. «Plus tard, dit de Dartein, la sculpture lombarde s'éloigne davantage de son type primitif. Vers la fin du x'' siècle, elle s'exprime avec plus de vigueur ; les saillies deviennent très prononcées et leurs contours s'arrondissent. En même temps, les figures d'hommes et d'animaux se multiplient singulièrement; et, au lieu d'avoir assez souvent, comme à l'époque antérieure, une signification symbolique, elles ne représentent guère que des scènes, soit de l'histoire sainte, soit de la vie réelle, ou bien des fantaisies plus ou moins bizarres. Toutefois, l'influence byzantine continue à se faire nettement sentir dans le caractère général, c'est-à-dire dans la richesse d'une ornementation capricieuse, attachée en quelque sorte à la surface de blocs lourdement profilés,, et sans relation, ni avec la forme, ni avec les fonctions des membres d'architecture qu'elle enveloppe. Saint-Michel de Pavie fournit le type le plus remarquable des sculptures de cette troisième et dernière période, à la suite de laquelle, vers le commencement du XIII'' siècle, l'art de la Lombardie se transforme entièrement. " Et ude sur T architecture loriibarde,V^ part. , p. 60.

Dans les premiers édifices lombards, on remarque une grande incorrection dans les figures soit réelles soit fantastiques. Les scul})teurs ne parviennent qu'après beaucoup de tâtonnements à donner un peu de modelé à leurs images. Ensuite, pendant toute la durée du style lombard, ils prodiguent, dans leurs œuvres, les animaux chimériques tantôt isolés, tantôt affrontés, et aiment à reproduire des enlacements de feuillages.

Les sculptures ne couvrent pas seulement les chapiteaux, mais aussi les archivoltes et les tympans des arcades, ainsi que les faces des autels, des ambons, etc. Voici quelques exemples de rinceaux et d'enlacements ornant les archivoltes du narthex supérieur, à l'église de Saint-Ambroise de Milan :

Sculptures d'ornement sur les archivoltes de la galerie supérieure du narthex, à l'église de Saint- Ambroise de Milan (ixe siècle).

Conclusion. Il résulte de l'exposé que nous venons de faire des caractères de l'architecture lombarde que l'influence exercée par le style latin apparaît surtout dans le plan et la disposition des édifices, tandis que l'influence byzantine se manifeste principalement dans la décoration monumentale.

§ 2. — État de l'architecture, avant le xi" siècle, dans les pays autres que la lombardie.

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